LIVRE XXVI IL
Au chap. V, Tite-Liv e traduit presque littéralement Polybe, X, 41 et suiv., en abrégeant seulement quelques passages. Il est permis de conjecturer que ce qui suit est encore puisé à la même source; cependant Tile-Livc a omis ce que Polybe r.i conte des signaux donnés par le leu. Le chap. vu concorde aussi avec les fragments de Polybe, recueillis dans le Spicilége de Schweighœuser, p. 85. Il y a cependant plusieurs choses relatives aux Grecs et à Philopœmen (Polyb., XI, 8 19), qu'il a omises. Au ch. x, il dit qu'il a été consigné dans les annales, nolatum , que les soldats avaient lancé quelques sarcasmes contre C. Claudius. Au chap. m, il a mis à contribution Polybe et d'autres auteurs; il fait allusion à Polybe, quand il dit que plusieurs auteurs écrivent que soixantedix mille honimes d'iufauterie avaient été amenés devant la vilk'de àilpia. Il atait précédemment donné un nombre moins considérable, d'après d'autres écrivains. Dans les détails, il diffère de Polybe ( XI, 20 et suiv.). H fait ici l'éloge d'Annibal, que Polybe place aussi dans la même circonstance (XI, 49 . Toute la suite du ch. xm est puisée dans Polybe jusqu'au ch. xvi, où s'arrêtent les extraits (ch. xxiv, de Polybe). Le ch. xxm est en harmonie avec Polybe, XI, 24 ; ch. xm et suiv., jusqu'au xxx, le récit de la sédition des soldat» de Scipion a été emprunté à Poljbe, XI, 25-30. 11 a aussi pris dans Polybe beaucoup de passages et de pensées pour le long discours de Scipion. La suite (ch. xxxu ) est aussi de Polybe, XI, 31 et suiv.; Tite-Live a seulement rendu le discours de Scipion direct. Ch. xxxun : ici sont des détails de l'histoire intérieure , que Tite-Live a puisés ailleurs. Au sujet du lieutenant laissé en Espagne, il est en opposition avec Polybe, XI, 33 ( cf. Schweifehaeuser), mais conséquent avec lui-même (cf. XXIX). Il semble que ces deux passages ont été empruntés s des historiens latins, Cœlius, peut-être, ou Valérius, dont il fait l'éloge au ch. xlvi.
Cuàh. III. — Fossa dupluiqtie vallo circumdata urbe. Cette laçon d'ouvrir un siège était ordinaire chez les anciens, surtout chez les Grecs. Ils bâtissaient pour retranchements de bonnes murailles qui formaient une double enceinte , et ils s'établissaient au milieu. Souvent les deux murs étaient assez rapprochés pour ne former qu'une espèce de galerie, et on les liait par des tours. On a un remarquable exemple de cet usage dans le siège de Platée au commencement de la guerre du Péloponése. Sur tous les détails techniques qui suivent, voyez Végèce , IV, 25 ; Turnèbe ^drers., XI , 28; J.-Lipse, Poliorc., V, 8 et Addenda p. 651.
Le» Lu pi ferrei étaient des espèces de tenailles dentées , eu fer, attachées a des cdbes qui servaient surtout à détourner les coups du bélier en le saisissant et en l'enlevant ensuite.
Cas*, y.— Heracleam duxtt. Héraclée, ville dePhtiotide en Thessalie près du golfe Maliaque et des Thermop^lcs. Voyez XXVII, 30; XXXI „ 46; XXXIU, 3; XXV, 22.
Cbap. VI. — Tormentis mackinisque ad oppugnandam eam ex navibiis expositis. La machine la plus usitée pour saper les retranchements était le bélier, c'est-à-dire une poutre armée d'une tête en fer. Cette pontre était suspendue à des câbles. On s'en servait quelquefois sans lui donner d'autre appui que les épaules des soldats qui les luisaient manœuvrer. Mais cela ne dut arriver que dans l'enfance de la stratégie, ou bien dans lès cas imprévus et pressés où l'emploi d'un grand bélier aurait entraîné trop de lenteur. Les machines nommées bal is tes et catapultes lançaient bien des projectiles; mais ces projectiles n'étaient redoutables que pour les hommes : les murailles n'en étaient pas ébranlées. 11 n'y avait rien chez les anciens d analogue à cette artillerie de siège au mo>en de la quelle les modernes se jouent des remparts les plus solides
Ibid. — Euripum non sept i es die, etc. L'Eu ripe est un petit canal situé entre la Béa lie et l'Eubée. C'était unt opinion répandue chez les anciens que ce canal éprouvait sept fois par jour un mouvement de flux et de reûux. Mais il est certain que son agitation n'offrait aucune périodicité. Cette agitation consistait eu courants formés par le mouvement de la mer au large. Selon que les eaux du large se portaient sur la pointe méridionale ou sur la pointe septentrionale de l'Eubée, il en résultait un courant qui marchait dans le petit canal du sud au nord ou du nord au sud. Ce courant était ordinairement rapide, et cela s'explique par le peu de largeur de son lit. Les deux bords de l'Euripe pouvaient être réunis par un pont. On conçoit sans peine que la moindre oscillation de la mer devait lancer l'eau dans l'Euripe comme par une écluse. Ce phénomène a excite l'attention des modernes. Un voyageur français, M. Ségur Dupeyron, a visite dernièrement l'Euripe. Nous lui emprunterons quelques passages de sa lettre au doc.eur Pariset, qui se rapportent à ce sujet :
• On est étonné, eu traversant le détroit qui sépare le continent de l'île de Négrepont, de voir de combien peu il s'en est fallu que celte lie ne fût une presqu'île. Le bras de mer a ciuquante mètres tout au plus de largeur. La prefoudeur de l'eau u'est pas à la marée haute de plus de deux mètrYs, et la longueur du canal présente un développement de ceut cinquante mètres environ. On peut évaluer à cinquante ou soixante mille mètres cnbes les matériaux qu'il faudrait pour combler le détroit et pour eu faire un isthme.
« Le détroit de l'Euripe présente, comme vous le savez, le phénomène singulier d'uu flux et reflux trèsirréguliers; mais les courants alternatifs ne se (ont sentir que dans le détroit ; aux approches du détroit cependant, et des deux côtés , on remarque sur les roches des altérations qui prouvent que le gonflement de la mer s'élève à deux ou trois pi cils.
c Plus ou ré recirait le passage, plus le courant serait rapide ou, eu d'autres termes, plus la force d'évasion serait grande, et cela est démoutré par le fait suivant. Les habitants de Chalcis, comme Thucydide le rapporte, prièrent un jour les Béotiens de les aider à combler le détroit, et les Béotiens y consentirent. Mais à mesure que le travail avançait et que la mer se trouvait plus resserrée, les couraots augmentaient de vitesse. Quand le canal n'eut plus que la largeur suffisante pour qu'un vaisseau y pût passer, les marées devinrent si violentes qu'on fut obligé de suspendre le travail , d'élever sur chacun des deux môles une tour et de les mettre en conimuuicatioo au moyeu d'un pont-levis.
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
« Les Vénitiens ont mieux comprit que les Grecs le moyen de rendre le passage commode. Ils ont détruit les deux môles antiques ; au lien d'un seul canal , ils en ont fait deux, en élevant une haute tour au milieu du courant.
« Je ne chercherai pas à vous expliquer, mon cher docteur, les causes de ce flux et reflux qui ont lieu jusqu'à quatorze fois en vingt-quatre heures à certaines époques de la lune, et qui à d'autres époques , n'ont lieu , comme toutes les autres marées, que quatre fois. De bien plus habiles gens que moi y ont perdu leur science. S'il fallait même en croire certains auteurs, Aristote se serait noyé de désespoir dans l'Euripe , en disant à la mer : « Comprends-moi donc , puisque je ne puis te comprendre. • Cette irrégularité dans le nombre des renversements de l'Euripe avait fait comparer à ce détroit tout ce qui est sujet au changement. Ainsi, les anciens Grecs appelaient atripistos nn homme d'une foi chancelante et inégale. Ils avaient donné le m taie nom à la fortune, pour marquer son inconstance. Enfin, ils avaient comparé les pensées de l'homme à l'Euripe, dont les ondes sont portées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. •
Chap. VII. — Philippum et ignés ab Oreo editi monuerant. Le système de signaux parait avoir été ancien chez les Grecs. Si l'on pouvait prendre pour de l'histoire un beau tableau tracé par Eschyle, on croirait que la nouvelle de la prise de Troie a pu arriver à Argos en une nuit au mo>en de feux allumés de promontoire en promontoire et d'ile en île. L'image du feu, comme signal, parait se préseuter naturellement à l'imagination des hommes. Voyez dans la Dame du lac, de Waller Scott, la description de la marche de la croix de feu.
Sur l'usage des signaux chez les aucienson peut consulter Pol y be (1. X, 42-45), qui eu parle ex professo, et pour en avoir fait l'objet spécial d'un traité.. On y verra que l'idée des télégraphes n'est pas nouvelle , puisque Polybe discute plusieurs systèmes complets d'alphabet télégraphique, qu'il trouve imparfaits et auxquels il propose d'en substituer un autre de son invention, et dont il se fait honneur. Mais ces combinaisons pyrotechniques paraîtraient bien peu expéditives a notre époque, que ne satisfait plus la belle création de Cbappe, et qui soumet déjà aux usages de sa correspondance l'action instantanée de l'électricité.
Ibid. — Inde Oxeas trajecerant Pœni. Oxéas signifie dans la traduction, les côtes de la Pbocide. La leçon vulgaire est en effet Phoceas. Mais ce ne peut être Phocée. qui est située dans le golfe Œtéen. Gronove corrige Echinades. En effet, la flotte carthaginoise était en station auprès d'J^gium, attendant Philippe, comme il était convenu. Mais ayant appris que les Romains et Attale avaient quitté Orée, et croyant qu'ils faisaient voile pour venir à eux, les Carthaginois craignirent de se trouver renfermés dans le golfe de Corinthe et de n'en pouvoir plus sortir. Us se retirèrent donc vers les iles Echinades, d'où ils partirent pour les ports de l'Acarnanie. Cette correction de Gronovius s'éloigne trop de la lettre des manuscrits. Crévier s'en rapproche beaucoup plus en Usant in Oxeas, qni est une des îles Echinades. (Voyez Strabon, VIII, p. 551.)
Cbap. IX. —Sestertium tricies. Trois millions de sesterces. Le sesterce valant 0, 21 c, d'après M. Saigey , les trois millions équivalaient à 650,000 fr. C'est la première évaluation d'une somme en sesterces, que l'on rencontre dans Tite Live. Voyez Périzonius, de are gravi, § 19.
Remarquez aussi que la somme en argent est beaucoup plus considérable que la somme en airain. L'usage de l'argent commençait à prévaloir dans les transactions commerciales.
Chip. XII. — Ac nescio, an mirabilior, etc. Cet éloge est emprunté à Polybe, XI, 19. Bossuet puisait à la même source quand il disait (Hist. unir., III, 16): • On regarde comme un prodige que, dans un pays étranger et durant seize ans entiers, Annibal n'ait jamais vu, je oe dis pas de sédition, mais de murmure dans une armée toute composée de peuples divers, qui. sans s'entendre entre eux, s'accordaient si bien à entendre les ordres de leur général. »
Ibid. — Prima Romanis inita provinriarwn , qua quidem continentis sint. En effet, la Sardaigneet la Sicile , les premières provinces conquises hors de l'Italie, ne font pas partie du continent. Cf. Vell. PaL, II, 58.
Ibid. — Ductu uuspicioquc Augusii Cœsaris perdomita est. Il fait allusion à la guerre d' Agrippa contre les Cantabres, les Vaecéens et les Asturiens, l'an de Rome 754. Voyez Dion Cassius, LUI, 22-28; LIV, H.
Ibid. — Ad quinquaginta milita peditum, etc. Polybe lui donne soixante-dix mille fantassins, quatorze nulle cavaliers et vingt-deux éléphants.
Ibid. — Ad Silpiam urbem. Polybe donne ÉXi-y-pr*. Mais Silpia et Elinga étant également inconnues aux geographes,Scbweigha?U9er, sur Polybe et sur Appien (Hisp., xxiv), pense qu'il faut lire llipom. C'était en effet le nom d'une ville de la Bétique, sur les bords du Bétis, entre Hispalis et Corduba (voyez Strabon, III, p. 141; Hin. d'Antonin, p. 4 1 1 , Pline, III, f ou 5), et non loin de Carmon ou Carmona, dans le voisinage de laquelle Appien ( Hisp., xxiv, xxvii ) place le théâtre des événements.
Cbap. XIII. — Prœmisso Silano ad Colchamduodetrigintaoppidisregnantem. Nous ne pouvons douterqne l'Espagne n'ait été, dans les temps anciens , beaucoup plus peuplée qu'aujourd'hui. Il est impossible de comparer par des chiffres la population d'autrefois avec la population actuelle. Néanmoins, les indications de l'histoire ancienne à ce sujet n'en sont pas moins concluantes. Nous fonderons plus bas de semblables inductions sur la durée de la marche de Scipion, depuis la Bétique jusqu'à l'Ebre. Mais n'est-ce pas déjà nu fait très-remarquable qn'no état de vingt-huit villes, lequel ne formait dn reste qu'une principauté peu importante, puisque le roi qui le gouverne n'est nommé dans aucun des grands mouvements de l'Espagne à cette époque ? Poljbe appelle ce roi KoXtxavra tXI, 20 et XXXIII, 21».
Cbap. XIV. — tpse e dextro cornu. U%çrr^t0.i rû j«v £eÇicp ràç axjxaîa; xaî ràç ÎXaç taiaTcs'os:* im Jo'fu, ri âaiwvôpia) ràvavTta (Polybe, XI, 22). Cette conversion, et le mouvement oblique dont il est question plus bas; avaient pour but d'étendre les ailes de l'armée romaine, de manière à ce qu'elle présentât un front égal à celui de l'armée ennemie, forte du double, et en même temps de permettre aux légions romaines d'attaquer les ailes de l'armée ennemie avant que les centres pussent se joindre. Voir, pour les détails stratégique? de cette bataille, Polybe, loco cit., Schweigh., ibid., et Guischard, ifem. mil., 1. 1, cb. xi.
Chap. XVI. — Septuagesimis castris. Soixante -dix * campements impliquent au moins soixante-dix jours de marche, en supposant que Scipion Taisait une marche nouvelle chaque jour. Rien n'indique du reste que l'armée romaine ait changé chaque jour de lieu et de camp, et il est plus que probable que Scipion eût mis plus de soixante-dix jours dans son voyage, d'autant mieux que son principal but était de prendre des informations sur la conduite que les peuples et les rois de l'Espagne avaient tenue durant les iroubles précédents. Ce Tait semble prouver que la population de l'Espagne à cette époque était considérable. Combien ne devait-elle pas être pressée sur ce sol aujourd'hui à moitié désert? combien, d'un antre côté, les fractionnements devaient y être nombreux, puisque, des bords du Guadalquivir aux bords de l'Ebre, dans un espace de deux cents lieues au plus, un général romain qui fait une enquête sur la conduite des peuples et des princes trouve à employer plus de soixante-dix jours? En effet, une marche de deux cents lieues, divisée en soixante -dix jours, ne donnerait pour chaque journée de marche qu'un peu plus de deux lieues et demie.
Chap. XVIII. — Eam artem Mi viro ad conciliandos. Bossuet , Oraison funèbre de la reine d'Angleterre : • Presque tous ceux qui lui parlaient se rendaient à elle. « Fénelon, Tèlèm.. liv. V : • Je reconnais cette parole douce, simple et insinuante, qui persuadait avant qu'on eût le temps de s'en défler. »
Dans le spectacle que l'histoire nous présente, en faisant passer sous nos yeux la longue série des affaires humaines, notre curiosité redouble lorsqu'une forte et grande individualité vient à apparaître. Au point où la guerre punique en est arrivée, ce sont moins les malheurs de Carthage, la fortune de Rome, l'état du monde, témoin de cette lutte, que la conduite, le caractère, la phjsionomie d'un seul homme, qui attire et captive toute notre attention. Qu'est-ce que ce Scipion qui relève avec tant d'éclat et de bonheur la fortune et la gloire de Rome ? Ce vieux type latin, si énergique, si raide, si dur, ce type, représenté par tant de forles physionomies, les Camille, les Cincinnatus, les Fabricius, les Papirius, les Régulus (car Régulus n'a précédé Scipion que d une seule géuération), existe* t-il toujours? Non. Tandis que Rome impose au monde la tyrannie de la force matérielle, elle subit à son tour la domination des idées. La Grèce déborde comme un torrent dans Rome. Ce soldat, qui mène si vivement les Carthaginois et les Espagnols, n'est pins le Romain ferme et quelque peu cauteleux d'un autre âge ; il n'a pas la télé presque rase, afin de mieux porter le casque ; ce Romain est un jeune homme gracieux, qui laisse ondoyer sur ses épaules une magnifique chevelure. Il a les allures, les manières d'un chevalier. U entreprend seul les coups les plus téméraires à travers les mers et les contrées ennemies. Il a des aventures merveilleuses. Cet homme d'ailleurs écrit des comédies sous la tente'. Il se conduit de telle sorte qu'on en veut faire un roi. Il n'a tenu qu'à lui de devenir un chef de parti redoutable, et d'essayer l'œuvre de César. Aussi Fabius le comparera- t-il bientôt indirectement au célèbre favori de Socrate. En effet, Scipion est un autre Alcibiade, moins les vices.
Chap. XX.— Trucidant inermes, etc. Compares Racine, Andromaque, acte m, se. 8 ; Esther, acte n, se. 5 ; Massillon, Discours sur Us tentations des grands, ad finem.
Cuap. XXL — Quantum cupiditas imperii : « Faut-il
dominer à ce prix, et le commandement est-il si doux, que les hommes le veuillent acheter par des actions si inhumaines? • Bossuet, Uist. unit?., m, 6.
Chap- XXL— Quidam, quas disceptando, etc. Tite-Live nous offre ici un exemple de duel remarquable par son ancienneté. La plupart de ceux qui ont traité de l'origine de cet usage l'ont rapporté aux Germains qui émigrèrent dans la Gaule. C'est une opinion qui confond le duel privé avec le duel )udiciaire. Il est vrai de dire que le duel judiciaire est d'institution germanique; mais le duel proprement dit a dû exister partout ou les hommes ont connu l'épée. Tite-Live uous montre ici deux nobles espagnols décidant leur querelle par le jugement de Dieu, deux cents ans avant l'ère chrétienne. Qui peut croire que la colère soudaine et les injures inattendues n'aient pas amené, longtemps avant le combat de Corbis et d Orsua , des combats de même espèce ? Il suffît pour cela qu'au courage on joigne un léger sentiment d'honneur. Or, l'antiquité ne fut pas si féroce que quelque générosité n'y relevât la valeur. Pour démontrer que le duel, tel qu'il existe parmi nous, précéda l'apparition des Germains dans l'histoire , les faits manquent ou sont du moins en petit nombre. Mais le raisonnement qui soutient cette assertion trouve dans la nature humaine un appui si solide, que l'autorité des faits ne parait pas nécessaire pour le consacrer.
Ibid. — Huic gladiatorum spectaculo ludi funèbres additi. En quoi consistaient ces jeux funèbres? Cette question est d'autant plus embarrassante , que l'opinion commune regarde les jeux de gladiateurs comme un spectacle essentiellement funèbre. Ces jeux faisaient toujours partie des funérailles des grands. Rome les avait reçus des Grecs, dit-on, en les modifiant un peu. Achille, dans les funérailles dçPalrocle, immole des victimes humaines en l'honneur de son ami. Cbexles Romains, les victimes s'immolaient elles-mêmes. Ces combats firent dès leur origine essentiellement partie des funérailles ; mais il parait qu'ils ne les remplissaient pas entièrement. U se peut ici que Scipion . daus son désir d imiter la Grèce, y ait joiut des jeux gymniques à la manière de ceux qu'Achille fit célébrer aux funérailles de Pat rode. Voyex la note du chap. xxx du liv. XXUI, tome I, p. 904.
Chap. XXIV. — Scipio ipse gravi morbo. Sur la maladie de Scipion et ta révolte de son armée, voy. Appien, Hisp., xxxiv et suiv., et Polybe, XI, 25 et suiv.
Chap. XXV. — JVon desperandœ cUmentiœ. Bossuet , Or. fun. : « Jamais on n'a douté de sa parole, ni désespéré de sa clémence. •
Chap. XXVIII. — Rhegium quondam in prœsidium missa legio... per decem annos. etc. Voyex Epitom., XII et XV; Frontin, Stratag., IV, I, 58; Orose, IV, 5; Zonar., VIII, 6; Valer.-Max., H, 7, 15; Appien, Samn.. ix, et surtout Polybe ( I, 7). Du récit de ce dernier, il résulte qu'il faut lire ici per novein annos, et que Tite-Live. en portant à quatre mille les coupables frappés de la hache, a mis, sinon un mensonge, du moins une exagération dans la bouche de Scipion. Il est constant que les rebelles dont il parle aimaient mieux pour la plupart mourir sur les murailles de Rhegium , en défendant la ville, que de se rendre prisonniers. On conduisit le reste à Rome, et on les décapita sur la place publique; mais leur nombre ne dépassait pas trois cents.
Ibid. — Atrium... nominis et mm abominandi dncem, etc. On sait l'importance superstitieuse que les
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
Romains attachaient aux noms. Le rapport du nom à'Atrius avec ater suffisait pour le rendre de funeste augure.
Cuap. XXIX. — Gladiis ad tenta conrrepuil. C'était aussi un usage guerrier chez les peuplades germaniques. Vojez Piutarque, Vie de Marins . ch. ix.
Chap XXXIV. — Mos velnslus eral Bornants, etc. Cf. XXXVI, 28; Sigonius , de ani. jur. liai.. I, I; et Saumaise, Observ. ad jus AU. el llom., ch. sxxvi, p. 601.
Chap. XXXV. — De fralris filio remisso. Au ch. xix du livre XXVII, Tile-Live dit que Masiuissa était oncle de Massiva; que Gala, ppre de Masiuissa , était l'aïeul maternel de ce jeune prince. Glareanus pensait doue qu'il fallait lire ici sororis filio. à moins que notre auteur n'ait donné le nom de f râler au mari de la sœur, et que chez ces barbares le frère ne s'unit par le mariage à sa sœur. Gronove croit que Tite-Live a ete induit en erreur par l'expression £&iX?iâ&0;, dont se serait servi l'auteur grec qu'il traduisais
Chap. XXXVI. — Orasqne et anroras prœridunt.
Vojez la note sur lech. xix du livre XXII, t. I, p. 895.
Cbap. XXXVII. — Sufeles eorum, qui summua Panis est magislralus. Tite-Live, XXX, 7; • Sufetes, quod velut consulare iinperiuui apud eos erat. • Festus : • Suffes consul lingua Pœnorum. • Les su frètes ( comparez les schoplutins des Hébreux) étaient les rois de Cartilage, paaûtî;, comme les appellent les auteurs grecs. On sait fort peu de choses sur tout ce qui les concerne. Tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est qu'ils étaient choisis parmi les premières familles de l'état ; qu'ils avaient la préséance et la parole au sénat ; qu'ils exerçaient une haute influence, et qu'ils jouissaient d'une grande autorité. On sait encore que pour les décrets il fallait qu'il y eût unanimité eutre eux et le sétiat; et que lorsqu'ils ne pouvaient s'entendre, la décision appartenait de droit au peuple. Aristote, comparant les suffètes avec les rois de Sparte, Polybe, avec les consuls romains, et ces deux auteurs n'en parlant qu'au pluriel , il est à présumer qu'il en régnait toujours deux à la fois.
La question relative à la durée de leur magistrature a été aussi résolue de différentes manières. On a cru , sur l'autorité de Cornélius ISépos, qu'ils changeaient tous les ans comme les consuls romains ; mais Cornélius Népos sacrifiait évidemment au désir d'établir un parallèle entre les suffètes et les magistrats romains. Plusieurs raisons semblent même combattre cette opinion. Déjà le nom de rois, PxatXtî;, par lequel les désignent les Grecs, ne signifie point un mouarque choisi pour une année, mais pour la vie. De plus, Aristoie les compare avec les rois de Sparte , entre lesquels il trouve cette seule différence qu'à Sparte cette dignité était héréditaire dans deux familles, tandis qu'à Carthage , elle dépendait de l'élection publique. Si cette élection était renouvelée tous les ans , comment Âristote se serait-il tu sur cette grande différence? Mais un passage de la république de Cicéron tranche la difficulté. Cicéron y compare les rois de Carthage avec ceux de Rome, et cela en opposition directe avec les magistrats élus depuis un an. Il faut en conclure que le pouvoir qu'il leur attribuait était à vie (V. Heeren, Polit, et Comm., t. IV, p. U5 et suiv., et Bœtlicber, Histoire des Carthaginois.)
Cbap. XXXVIII. — Sacrorum cura pontificem maximum in Italiadelmebat. Cf.ch. xliv ; Tite-Live, Epitom., L1X ; les commentateurs de Tacite, Ann.. III, 58; Gullicr, de vet. Jur. Poutif., I, 13; Bosius, de Pontif.
max. t ch. vi. et Valois sur Dion dans les Exe. de Piere.se, p 605.
Chap. XXXïX. — Locus inde lautiaque. Paul. Diac. : « Dautia dicebant veleres , quap lautia dicimus. Dabantur leg.itis hospitii gratia. • Ou peut don/ pré mi mer que le mot latin dautia n'était autre que l'expression grecque £w7icv. La formule lova lautiaque se retrouve plusieurs fois dans Tite-Live <XXX, 17; XXXIU, 24; XXXV, 23; XLII, 6, 26; XLIV, 16; XLV,20|. On la rencontre encore dans un aucien sénatus-consulle publié daus le Corpus Imcriptionnm de Gruter, 131) I. Au niot lautia. correspond le mot ÇeW dans les inscriptions grecques, (/étaient surtout des provisions de bouches et non des présents , car lautia est presque toujours suivi de munera. Venise observa longtemps l'usage de pourvoir à la table de ses hôtes de distinction.
Cbap. XLIIL— Ctir... non Agathoclem potins... refers? Cet Agathocle était, comme on le sait, un Sicilien qui, de simple potier, devint roi de Syracuse et de toute la Sicile. Il dut cette haute fortune à ses talents militaires, et ne parvint du reste au rang suprême qu'après de nombreuses vicissitudes. De son temps les Carthaginois étaient maîtres de toute la Sicile; il la leur enleva presque en entier. Mais au milieu de ses succès, un revers imprévu faillit ruiner sa puissance. Un combat avait eu lieu entre lui el les Carthaginois aux environs d'Himera. Les Carthaginois fuyaient, et les soldats d' Agathocle s'ei aient déjà mis à piller, lorsqu'uu renfort carthaginois survint, et trouva les vainqueurs en désordre. Les fuyards se rallièrent alors, et le combat ayant recommencé, l'année d' Agathocle fut vaincue à son tour. Agathocle se réfugia à Syracuse, et les Carthaginois vinrent l'y assiéger. Agathocle alors conçoit un projet hardi. Tandis que les Carthaginois assiègent sa capitale, il passe en Afrique avec ce qui lui restait de troupes , et marche sur Carthage. La fortune se montra favorable à celte audacieuse résolution, et les Carthagiuois , forcés de demander la paix, l'acceptèrent aux conditions qu'il plut à Agathocle de dicter, Voyez Diodore, XIX et XX; Polybe, Mil, 12; IX. 23; XU, 15; XV, 35; Justin. XXII, \ et suiv.; XXIII. f et suiv.
Chap. XLV. — Quominus swo quisque loco senator rogatus sententiam diceret. On ne suivait pas un ordre invariable eu prenant l'avis des sénateurs, niais ordinairemeut on demandait d'abord celui du prince du sénat, princeps sénat us, à moins qu'il ne se trouvât dans l'assemblée un consul élu ; alors ou s'adressait toujours premièrement à ce magistrat et ensuite aux autres sénateur?, suivant leurs dignités, consulares, prœtorii. œdilitii, tribunitii et quœstorii. Comme les consuls élus donnaient les premiers leuropiniou, de même les préteurs et les tribuns élus semblent avoir joui d'une égale préférence sur le reste de leur ordre. Le président du sénat pouvait à son gré interroger un membrede ce corps; il le faisait quelque* fois par déférence on par amitié. Les consuls observaient ordinairement pendant toute l'année, pour interroger les sénateurs , l'ordre qu'ils avaient suivi en commençant leurs fonctions.
Idid. — Butra. C'était uninstrument de fer pour remuer la terre ou le sable. Paul. Diac. : • Rutrum dictum, « quod eo arena eruitur. • Festus, p. f 27, éd. Egger : c Rutrum tenentis juvenis est efllgies in Capitolio ephebi « more Gra?corum arenam, rnenlis exercitatiouis gratia. « Quod signum PoropeiusBilbynicusexBithyniasupelle- « ctilis regia: Romani deportaut. •
Chap. XLVI. — Cum ingenti rerum ab se gestarum titulo. C'est cette table que Polybe a consultée , III, 53 : ÊtuT; fip lopo'vTi; im Aoxtvîw ttjv fpacpTjv Taùnrr* tv x«*xtôp.art xaTaTtTa-Yu.ivYjv ta' Âwt€cu, xaâ'côç xaip&ù; iv toi; xarà ttjv fraXiav TOTrct; ivt<rrptçi?o, wâvrco; ivopuaauev aWiv Twpî ^i T<âv Tctoûrtdv «|i0ffi<TT0v itvtti* Sio xal xaraxo/cjôeîv tiXoutôx rri fpa<p? raûrij.