PERTE DE FONTARABIE
s'en alla en poste à la cour : ce qui enhardit nos ennemis à redresser le camp et mettre le siège devant Fontarabie, laquelle ils prirent avant que M. de Lautrec fût de retour. La perte de cette place procéda de la faute ou méchanceté d'un neveu du connétable de Navarre, nommé don Pedro de Navarre, iils du feu maréchal de Navarre, lequel, ayant été banni d'Espagne parce qu'il soutenait le parti du roi Henri de Navarre, fut mis dans cette ville avec quatre cents hommes bannis comme lui, où il fut depuis si bien sollicité par son oncle qu'il se tourna de son côté : ce qui fut cause de la perte de la place, laquelle était imprenable, encore que les ennemis eussent fait deux grandes brèches. Et, parce que je n'y étais pas, et que je ne veux parler par ouï dire, je n'en dirai autre chose, si ce n'est que le capitaine Frauget, qui la rendit, et qui s'en déchargeait sur le dit don Pedro, fut dégradé à Lyon. La perte de cette place nous ôta un grand pied que nous avions en Espagne. Ce fut là où, quelques ans auparavant, le sieur du Lude acquit une gloire immortelle, pour avoir soutenu le siège un an entier avec toutes les extrémités du monde; celui-là en rapporta honneur, et Frauget honte et ruine. Ainsi va le monde et la fortune. Cependant, si quelque prince ou lieutenant du roi passe les yeux sur mon livre (peut-être en pourra-t-il lire de plus inutiles), qu'il note, par cet exemple et autres que j'ai vus, et que peut-être je pourrai citer ci-après, qu'il est très-dangereux de s'aider de ce-
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lui qui quitte son prince et seigneur naturel; non pas qu'on le doive refuser quand il se vient jeter entre vos bras, mais ne lui donnez pas une place avec laquelle il puisse faire sa paix, et rentrer en grâce avec son prince; ou, pour le moins, si vous le faites, que le temps ait apporté une telle assurance qu'il n'y ait nul doute : car cependant il se sera comme accoutumé au pays où il vint exilé et fugitif, et aura acquis et reçu des bienfaits. Si on le veut employer, mettez-le loin de ceux avec lesquels il peut avoir pratique. A ce que j'ai ouï dire aux capitaines de l'empereur, quand même Charles de Bourbon eût pris Marseille et la Provence, l'empereur n'eût pas fait cette faute de la lui bailler en garde, quoi qu'il eût promis. Mais passons outre. [1524] Toutes les compagnies de gens de pied étant cassées, sauf celles qu'on mit en garnison, et ne voulant m'enfermer dans des murailles, je me remis dans la compagnie de M. le maréchal de Poix, jusques à ce que le roi François entreprit le voyage pour aller combattre M. de Bourbon, lequel était venu assiéger Marseille avec le marquis de Pescaire ; lequel sieur de Bourbon pour un dépit s'était tourné du côté de l'empereur : il n'y a rien qu'un grand cœur n'entreprenne pour se venger. Et, parce que le roi ne permit à M. le maréchal de Poix de mener que vingt hommes d'armes de sa compagnie, et qu'à mon arrivée je trouvai que je n'étais pas du nombre des élus, je me dépitai, et m'en allai avec cinq ou six gentilshommes, les-