‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 23 sur 105 · BATAILLE DE PAVIE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE PAVIE

arracher, le fit crier : et, ayant été reconnu, il fut apporté avec ledit sieur maréchal dans Pavie, au logis de la marquise de Scadalfol. Plusieurs autres grands seigneurs y moururent, comme le frère du duc de Lorraine, M. l'amiral de Chabannes, et plusieurs autres pris, entre lesquels étaient le roi de Navarre1, MM. de Nevers, de Montmorency, de Brion et autres. Je ne veux taxer la mémoire de personne pour la perte de cette bataille , ni marquer ceux qui firent mal leur devoir, mêmementen présence de leur roi. Pendant le séjour que je fis en l'armée, je fus toujours avec un capitaine, dit Gastille de iNavarre, sans prendre aucune solde, lequel, le jour de la bataille, conduisait les enfants perdus : il me pria lui faire compagnie ; ce que je fis avec les cinq gentilshommes qui étaient venus avec moi. Je fus pris prisonnier par deux gentilshommes de la compagnie du seigneur Antoine de Levé, lesquels le samedi matin me laissèrent aller, ensemble deux de mes compagnons, car ils voyaient bien qu'ils n'auraient pas grande finance de moi; les autres avaient été tués. Je me retirai en la maison de la marquise , où M. le maréchal était blessé : je le trouvai avec M. de Saint-Pol, tous deux couchés en un lit, et M. de Montejean, couché en la môme chambre, étant blessé à la jambe : là où j'entendis le discours et la dispute qu'il y eut entre le sieur Federic Bege, prisonnier, et le capitaine

ï. Henri d'Albret.

Sucre, qui était à l'empereur, sur la perte de cette bataille ; lesquels taxaient de grande faute nosFrançais, surtout plusieurs particuliers, du nom desquels je m'abstiens ; je jugeai leur opinion très-bonne, étant tous deux grands capitaines. Ce que je leur ouïs dire m'a depuis servi en d'autres exécutions, avec ce que j'en jugeai moi-même, comme doivent faire tous ceux qui ont envie de parvenir par les armes.

Il faut non-seulement rechercher les occasions de se trouver aux combats et batailles, mais aussi être curieux d'écouter et retenir l'opinion et raison de ceux qui sont gens expérimentés, sur la faute, perte ou gain qui s'en est ensuivi : car certes c'est grand'sagesse de bien apprendre, et se faire maître aux dépens d'autruL La France a longtemps pleuré cette perte, et la prise de ce brave prince, qui pensait trouver la fortune si favorable comme à la journée des Suisses : mais elle lui tourna le dos, et fit voir combien il est grave qu'un roi se trouve lui-même à la bataille, vu que bien souvent sa prise mène après la ruine de son État. Toutefois Dieu regarda le sien d'un œil de pitié et le conserva: car les victorieux perdirent le sens, éblouis de leur victoire. Que si M. de Bourbon eût tourné vers la France, il nous eût mis à deviner.

Le lundi après, M. de Bourbon commanda que tous ceux qui étaient prisonniers, et qui n'avaient moyen de payer rançon, eussent à vider le camp et à se retirer en France. Je fus de ce nombre, car

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