CHAPITRE IV
Siège de Marseille. —Affaire du moulin d'Auriol. — Trêve de
dix ans.
[1529-1532] Pour m'accommoder de tous points, je demeurai trois ans sans pouvoir guérir de mon bras en aucune manière; et après être guéri, il fallut faire tout ainsi que le premier jour que je sortis hors de page, et, comme personne inconnue, chercher ma fortune aux grands périls de ma vie, endurant beaucoup de nécessités. Je loue Dieu du
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tout : car, quelque traverse que j'aie eue, il m'a toujours aidé.
[1533] Au premier remuement de guerre, le roi François dressa les légionnaires, qui fut une trèsbelle invention, si elle eût été bien suivie (pour quelque temps nos ordonnances et nos lois sont gardées, mais après tout s'abâtardit) ; car c'est le vrai moyen d'avoir toujours une bonne armée sur pied, comme faisaient les Romains, et de tenir son peuple aguerri, combien que je ne sais si cela est bon ou mauvais. La dispute n'en est pas petite : cependant aimerais-je mieux me fier aux miens qu'aux étrangers.
. [1534-1535] Le roi en donna mille au sénéchal de Toulouse, seigneur de Faudoas, lequel me fit son lieutenant : et encore que ce fût de la légion de Languedoc, et qu'il en fût colonel, je lui dressai toute sa compagnie en Guyenne, et lui fis ses centeniers, cap-d'escouades et enseignes.
[1536] Un grand bruit courait lors par la France, que l'empereur, par les grandes intelligences qu'il avait, s'avançait pour la conquête d'un tel et si grand royaume, avec forces invincibles, pensant surprendre le roi notre maître au dépourvu, comme de fait il s'avançait vers la Provence. Le roi, pour s'opposer à un tel et si grand ennemi, manda ses forces de toutes parts : nous fîmes une telle diligence (aussi n'ai-je jamais été paresseux), que notre compagnie fut la première qui arriva à Marseille ; nous y trouvâmes M. de Barbezieux, qui
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était de La Rochefoucauld, et M. de Montpezat, que leroi avaitfaitses lieutenants, ayant autantd'autorité l'un que l'autre ; et les seigneurs de Boutières et de Villebon, grévôt de Paris ; les compagnies de M. le grand écuyer Galliot et dudit seigneur de Montpezat, qui venaient de Possanotous démontés n'ayant chacun qu'un courtaut : car par la reddition dudit Fossano, qui se perdit par l'énorme trahison, et peut-être inouïe, du marquis de Saluce, il fallut qu'ils laissassent leurs grands chevaux. L'empereur étant bientôt après arrivé à Aix, nous eûmes incontinent les compagnies légionnaires de mille hommes de M. de Fontrailles, père de ceux-ci qui sont en vie, et de M. d'Aubigeous, et celles de Languedoc; Christofle Goast, qui était d'Alexandrie, avec sept compagnies d'Italiens. Je ne saurais dire si les compagnies de MM. de Boutières et de Villebon y étaient ; bien me souvient de celle dudit seigneur de Barbezieux. Et tant que l'empereur demeura à Aix, nous demeurâmes toujours à Marseille, où ne se fit aucune faction1 que celle que je vais décrire. Comme l'empereur eut demeuré longtemps à Aix, attendant sa grosse artillerie pour nous venir battre, les vivres lui diminuaient toujours de plus en plus. Pendant ces entrefaites, le roi arriva à Avignon, là où Sa Majesté fut avertie que, si l'on brûlait quelques moulins que l'empereur tenait vers Arles, et même un qui était à quatre lieues