ALLIANCE DES TURCS
donner assuré témoignage. Et il ne vous faut pas craindre qu'une telle amitié se puisse dissoudre ou violer en aucune sorte, parce que, n'y ayant entre la couronne de France et cette illustrissime Seigneurie aucuns différends, ni anciens ni récents, et ne tenant l'un aucune chose de l'autre, les occasions manquent aussi pour lesquelles les amitiés se peuvent dissoudre entre les princes : mais au contraire leur unité, alliance et conformité sont telles, que la ruine de l'une menace et promet assurément la dissolution et calamité de l'autre. »
[1543] Je ne sais pas quelle opinion resta à la Seigneurie d'une si grande affaire, ni si l'éloquence de mon frère leur fit trouver bon ce qu'ils trouvaient si mauvais : une chose sais-je bien, que alors et depuis j'ai toujours ouï blâmer ce fait, et crois que nos affaires ne s'en sont pas mieux portées; mais ce n'est pas à moi à démêler de si grandes fusées. Ce grand secours du Turc arrivé, tout le monde pensait que la terre ne fût assez capable pour eux. Voilà ce que c'est des choses qu'on n'a pas essayées, M. d'Enghien, qui était pour lors lieutenant du roi en Provence, assembla quelques enseignes de Provençaux et vint se planter devant Nice, où, après avoir fait une grande batterie, l'assaut fut donné par les Turcs et Provençaux ensemble ; mais ils furent repoussés. Enfin la ville se rendit, mais non le château. M. de Savoie sollicitait cependant le marquis du Guast pour le secourir, lequel se mit en campagne avec une bonne armée. Les
Turcs méprisaient fort nos gens; je crois qu'ils ne nous battraient pas à force égale : ils sont plus robustes, obéissants et patients que nous ; mais je ne crois pas qu'ils soient plus vaillants ; ils ont un avantage, c'est qu'ils ne songent rien qu'à la guerre. Barberousse se fâchait fort et tenait des propos aigres et piquants, surtout lorsqu'on fut contraint de lui emprunter des poudres et des balles. Tant y a qu'ils se rembarquèrent sans avoir fait de grands faits d'armes : aussi l'hiver approchait. Ils se portèrent bien modestement à l'endroit de nos confédérés. Les Provençaux aussi se débandèrent.