CAMPAGNE DE PIÉMONT
qui fut presque assommé. Ledit sieur amiral, se voyant sur l'hiver, s'en retourna en France, ayant pris quelques petites places, et laissa M. de Boutières, lieutenant du roi, lequel mit San-Pietro en garnison à Gabarret, et moi à Savillan où M. de Termes était gouverneur, qui en fut bien aise ; car aussi il nous demandait. Pendant notre séjour, il se dressa plusieurs entreprises, tant sur Turin que sur nous, et nous aussi sur nos ennemis, éprouvant tantôt la bonne, tantôt la mauvaise fortune ; mais, parce qu'il n'y a rien de particulier, je m'en tairai; aussi ne serait-ce jamais fait, si je voulais écrire tous les combats où je me suis trouvé.
Après que les Turcs se furent retirés, comme nous avons dit, M. de Savoie et le marquis du Guast mirent le siège à Mondovi, où le seigneur de Dros, Piémontais, était gouverneur, ayant avec lui quatre compagnies italiennes, et deux compagnies de Suisses des six de M. de Saint-Julien, qui firent toujours fort bien, encore que ce ne soit leur métier de garder des places : il y fut donné deux ou trois assauts. M. de Boutières n'avait nul moyen de les secourir ; car le roi avait alors peu de soldats en Piémont. Les Suisses, qui avaient perdu leurs capitaines et lieutenants, de coups de canon, se commencèrent à mutiner contre le seigneur de Dros, gouverneur ; tellement qu'il fut contraint de capituler. Pour lui ôter toute espérance de secours le marquis du Guast, qui a été un des plus fins et rusés capitaines de notre ûge, fit contrefaire des
lettres de M. deBoutières, par lesquelles il lui écrivait qu'il prît parti, n'y ayant moyen de le secourir : il ne put découvrir la ruse, et se rendit vies et bagues sauves, voyant la mutinerie des Suisses» Toutefois la composition (à la grande honte du Guast) fut mal gardée, et le seigneur de Dros poursuivi, lequel se sauva sur un cheval d'Espagne ; heureusement pour lui, car tout l'or du monde ne l'eût su sauver, pour la haine que le duc de Savoie lui portait, parce qu'étant son sujet, il s'était révolté contre lui. On disait qu'il s'était sauvé habillé en prêtre, par le moyen d'un soldat italien qui avait été à lui : je crois toutefois que ce fut comme j'ai dit. Je puis dire sans mentir que c'était un des vaillants hommes et des meilleurs esprits qui sortit jamais de Piémont. Il mourut à la bataille de Gerisole fort vaillamment. Le jour même que le Mondovi se perdit, j'étais parti de Savillan avec vingt-cinq soldats, au grand regret de M. de Termes, pour essayer si je pourrais entrer dedans; car avec grande troupe il était difficile : j'avais un guide qui me voulait conduire par des varicaves l, et par une rivière qu'il y a à Mondovi. par dedans laquelle il fallait que nous allassions Ion guement, n'y ayant eau que jusqu'au genou : et je crois que par là j'y eusse entré ; mais il n'eût de rien servi, d'autant qu'il m'eût fallu passer par le chemin des autres, vu que les étrangers nous don-