‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 11 sur 73 · APOLOGIE DE MONTLUC · texte numérisé non relu

APOLOGIE DE MONTLUC

Dieu; car lever un siège contre forces égales, vaincre et forcer une ville, prendre le lieutenant du roi dans une bonne place en trois jours, presque à la vue d'un maréchal de France et d'un lieutenant du roi, comme j'étais, et bref en trois jours conquérir tout un pays, cela semble être un songe. Il faut confesser que de toutes nos guerres il ne s'est fait un plus beau trait de guerre que celui-ci.

Capitaines mes compagnons, qui a acquis cette belle gloire au comte de Montgommery? certes la diligence dont il usa, sans donner presque loisir à M. de Terride de penser à lui; c'est une des meilleures pièces de la guerre. Mais qu'est-ce qui fit perdre ledit sieur de Terride ? le peu de diligence qu'il mit en son fait. Quant à moi, j'y apportai tout ce que je pus; car d'entrer plus avant en pays sans avoir entendu son état, et combattre un ennemi victorieux sans avoir des forces suffisantes, avec des gens en peur, je n'étais pas si malavisé, pour mettre toutes choses pêle-mêle, et lui faire compagnie en sa ruine. J'avais trop longuement gardé cet avantage de n'avoir jamais été défait, pour le hasarder pour le secours d'un homme lequel en dépit de tout le monde se voulait perdre.

Qu'on ne s'étonne pas si je m'arrête si longuement sur ceci ; car je crois que de cette faute, laquelle plusieurs mal instruits m'imputent, est provenue non-seulement la ruine de la Guyenne, mais aussi de ce royaume; car je suis assuré que les affaires des huguenots étaient réduites à telle

extrémité, qu'il n'était pas possible qu'ils se pussent remettre. En premier lieu, si M. le maréchal et moi l'eussions suivi, il n'y avait doute que Montgommery n'y eût été défait, et par ainsi tout le Béarn conquis, qui n'est pas peu de chose ; et je pense que par la paix le roi se fût bien gardé de le rendre, ayant de quoi récompenser dans le royaume la reine de Navarre, pour la tenir d'autant plus sous son obéissance; car un roi doit toujours désirer que ceux qui sont ses sujets, s'ils sont grands et puissants, soient dans le cœur do royaume et non aux extrémités, car lors ils n'osent lever les cornes : et puis le roi n'avait pas faute de bons titres pour le Béarn, car on dit que !a souveraineté lui appartient; j'en ai ouï discourir une fois à M. de Lagebaston, premier président de Bordeaux, lequel disait avoir vu les titres en la comptablerie de Bordeaux. Je n'ai que faire de réveiller cette vieille querelle. Il nous disait aussi que lorsqu'on commença de dresser la fortification de Navarreins, la cour de parlement envoya devers le roi François, pour lui remontrer combien cela importait ; mais le roi leur manda qu'il ne le trouvait point mauvais. Ce fat un mauvais conseil au roi, car un prince, le plus qu'il peut, doit empêcher ces forteresses voisines; il y a assez de moyens de les empêcher. Sans cette forteresse tout le pays était au roi; mais, cela est fait, il n'y a plus d'ordre, car à chose faite le conseil en est pris. Outre tout cela, si Montgommery eût été défait, M. l'amiral, qui

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