‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 13 sur 73 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dissentiments entre le maréchal de Damville et Montluc. — Prise de Mont-de-Marsan. — Le maréchal de Damville se sépare de Montluc et retourne en Languedoc.

Les allées et venues de M. de Terride vers moi durèrent trois jours entiers, et après Montgommery le vint attaquer. Depuis sa défaite je demeurai à Saint-Sever, et jusques à ce qu'il fût pris dans le château d'Orthez je n'en partis, et après me retirai de rechef à Aire, où je demeurai neuf jours après la prise dudit sieur de Terride : et du tout donnai avis à M. le maréchal, le priant encore de vouloir venir où nous étions. Il me fit réponse de quoi il lui servirait d'y venir, puis que M. de Terride était défait et pris. J'y renvoyai M. de Leberon pour lui remontrer que s'il passait la rivière vers le Languedoc, pour tout certain Montgommery se jetterait dans le pays du roi, ne trouvant personne qui lui fît tête, et que s'il lui plaisait de faire halte encore pour quelques jours, l'on pourrait connaître bientôt ce que le comte de Montgommery voudrait faire, car, enflé d'une si belle victoire, il ne se voudrait arrêter là; ce qu'il accorda, mais non pas pour plus longtemps que la paye d'un

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mois que la ville de Toulouse avait donnée à ses gens, et que le demeurant il le voulait employer à recouvrer les places de son gouvernement. Or, à la vérité dire, depuis que M. de Terride fut défait, les affaires demeurèrent si confuses que Ton eut bien eu affaire de deviner le parti que Ton devait prendre, à moins que le pays de Languedoc eût voulu payer l'armée de M. le maréchal pour défendre la Guyenne, ce que peut-être il n'eût pas fait; aussi il n'y avait point de raison. Durant les neuf jours que je demeurai à Aire , nous nous assignâmes de nouveau en un village, il ne me souvient du nom. Tous ceux qui s'étaient trouvés à Projan s'y trouvèrent, et là discourûmes des remèdes que nous pourrions trouver, ce qui était bien difficile, pour les raisons susdites : et furent tous d'opinion que j'écrivisse à M. le maréchal s'il lui plairait de s'approcher jusqu'à Vie, que je m'en irais le trouver, afin de résoudre ce qu'il lui semblait que nous devions faire pour la défense de la Guyenne; lequel me manda qu'il s'y trouverait un jour qu'il me nomma, qui était deux ou trois jours après. Je veux mettre par écrit ici qu'est-ce que je faisais h Aire, à cinq lieues des ennemis , et en une ville qui n'est pas fermée, n'ayant que cinq compagnies que le capitaine Castella commandait, et une du vicomte Labatut, qui était venue à Aire; et par ce que ceci servira par aventure à quelqu'un à l'avenir, je le veux écrire : quelques apprentis en notre métier y apprendront quelque chose.

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Les trois compagnies de gendarmes étaient en un village deçà TAdour, vers la Gascogne. Je découvris mon intention à MM. les barons de Gondrin, de Fontenilles et de Madaillan, et leur dis que je voulais tenter la fortune, voir si je pourrais cornbattre Montgommery à mon avantage, avec si peu de gens que nous étions, et que je voulais faire retirer tout le bagage de toute la noblesse qui était avec nous, à Nogarol, et qu'il ne nous demeurerait rien que nos armes et chevaux, et que je voulais que toutes les nuits ils se rendissent avec toutes les trois compagnies, une heure après minuit, devant Aire, deçà la rivière, vers la Gascogne. J'avais, outre cela, quatre compagnies d'argoulets ; en tout ils pouvaient être trois cents arquebusiers, lesquels pareillement se rendraient à Millas, sur le bord de la rivière. Nos six enseignes de gens de pied étaient logées au Mas d'Aire, au-dessus d'Aire, du côté des ennemis ; toutes les nuits , à la même heure , tous s'y rendraient en bataille au long de la rive et hors du village; et que quand Talarme viendrait, sans sonner tambour ni trompette , ils se retireraient par Aire, et passeraient le pont; et nous qui étions logés audit Aire, passerions à gué, car la rivière était guéable ; et que cependant, toutes les nuits, vingt chevaux iraient sur trois 'chemins que les ennemis pouvaient prendre pour venir à nous, et qu'ils auraient intelligence les uns avec les autres pour se tenir avertis ; et que tous ensemble se retireraient vers Aire sans don-

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ner Talarme, et qu'ils avertiraient les gens de pied, et nous par conséquent; et que les vingt chevaux iraient à une grande lieue ou à une lieue et demie en avant, afin que nous ne fussions contraints de retirer nos gens en désordre, et que nous eussions du temps pour faire une demi-lieue sur notre retraite, qui était vers Nogarol , avant que les ennemis n'arrivassent à Aire. Je mesurais la longueur de la nuit, car je ne craignais pas qu'ils vinssent le jour, à cause que je tenais un gentilhomme, nommé le capitaine Bahus, en un village fermé qui est à une lieue et demie d'Aire, tirant à Morlas, lequel tenait des gens, tout le long du jour, sur tous les chemins que les ennemis pourraient venir à nous, et avait soixante ou quatre vingt soldats avec lui, et vingt ou vingt-cinq argoulets. Je leur mettais en avant que quand les ennemis auraient fait cinq grandes lieues de ce pays-là, surtout les gens de pied, et singuhèrement la nuit, qu'à l'arrivée à Aire il faudrait que les gens de pied mangeassent et bussent, et qu'ils n'y pouvaient arriver qu'il ne fût près du j our, à l'heure du grand sommeil, et surtout gens de pied qui ont cheminé toute la nuit; qu'ils ne tireraient jamais un homme de pied de là dedans, et que la plupart de leur arquebuserie à cheval demeurerait avec les gens de pied, et que, par Fart de la guerre^ les gens de cheval devaient passer outre et venir après nous, ayant opinion que nous nous retirerions de peur; et que je voulais que notre rencontre fût à

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demi-lieue d'Aire, qui serait proprement entre la pointe du jour et le soleil levant ; et comme nous les verrions approcher de nous, nous tiendrions toute notre arquebuseriô couverte de nos gens de cheval , et baisserions la tête les chargeant. Je ne faisais pas doute que nous ne les défissions: ce qu'ils trouvèrent bon, et furent de même opinion que moi, que nous les déferions et romprions, car nos chevaux se trouveraient frais , et les leurs las : et nos gens de pied qui viendraient demi-lieue au trot après nous, voyant la victoire , et que les leurs se trouveraient encore dans Aire dormant ou mangeant, et voyant leur cavalerie défaite et en déroute, il ne fallait faire doute que chacun ne se fût essayé de se sauver par où il eût pu, et non de combattre. Il faut ainsi se représenter les choses quand on les entreprend, et ouïr les raisons des uns et des autres là-dessus.

Sur cette entreprise, nous demeurâmes neuf jours : toutes les nuits nous étions en bataille de cette sorte, attendant que les ennemis nous vinssent combattre, nous pensant surprendre ; mais je crois que nous y eussions demeuré, si nous les eussions voulu attendre , jusqu'à cette heure. Et le dixième jour, ayant eu la réponse de M. le maréchal, que dans trois jours il se rendrait à Auch, nous nous retirâmes vers Marciac pour nous rallier avec M. dP. ellegarde , auquel je laissai tous les gens que j'avais, et seulement m'en allai avec vingt chevaux à Auch. Je fis neuf grandes lieues ce jour

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