‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 14 sur 73 · CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

CONSEIL DE GUERRE

rà, qui en valent vingt de France, parce que le lendemain matin était le jour que M. le maréchal m'avait mandé qu'il s'y trouverait, et ne lus en ma vie si las, car il faisait une chaleur extrême ; j'y trouvai M. deNegrepelisse, qui était arrivé le jour de devant, ayant entendu que M. le maréchal s'y devait trouver, et pour rallier ce qui était demeuré de sa compagnie , laquelle était avec M, de Terride. Le lendemain matin M. le maréchal ne se trouva pas à Auch, mais y envoya M. de Joyeuse, et tînmes le conseil au logis de M. de Negrepelisse, qui avait la goutte ; et là M. de Joyeuse nous exposa l'intention de M. le maréchal , qui était qu'il s'en allait repasser la rivière de Garonne , et allait employer son temps en son gouvernement, vu la dépense que le pays faisait pour subvenir aux frais de la guerre. Nous débattions tous le contraire , et puisque les ennemis étaient en la Guyenne, que lui , ayant la charge du Dauphiné, Provence, Languedoc et Guyenne, qu'il devait aussitôt penser à conserver l'un que l'autre ; que tous étaient serviteurs du roi , tous sujets du roi , et le pays au roi, et qu'il fallait aller là où étaient les ennemis et réparer la grande faute que nous avions faite, M. de Joyeuse mettait en avant que le pays de Languedoc ne payerait pas l'armée de M. le maréchal, s'ils ne voyaient qu'il employât leur argent à recouvrer les places de Languedoc ; et, comme j'ai déjà dit, il y avait de la raison. Néanmoins, nous autres qui étions de la Guyenne, n'attendions

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autre chose que la ruine d'icelle, et par conséquent de nos maisons ; et pour toutes ces considérations, nous eussions bien voulu que M. le maréchal eût pris opinion de défendre la Guyenne et non de retourner en Languedoc. En somme, il nous dit qu'il se rendrait le soir à M. le maréchal, à L'Isle, et que le lendemain matin ledit sieur passerait la Garonne vers le Languedoc , et nous laissa tous bien ébahis , connaissant bien que Montgommery ne pouvait pas vivre longuement en Béarn, et qu'il se jetterait dans le pays du roi. Je dis à M. de Joyeuse que puisqu'il ne me demeurait forces pour défendre la Guyenne, je ne pouvais faire autre chose que de meretireràLibourne,làoùle roi m'avait mandé. Et ainsi je m'en retournai trouver M. de Bellegarde à Marciac, qui fut aussi ébahi que moi-même, car il n'était pas sans crainte de la ruine de ses maisons, aussi bien que moi et les autres qui étions de la Guyenne. Je laissai le vicomte de Labatut avec ses deux compagnies dans Marciac, et lui mis à sa discrétion de faire ce qu'il pourrait , car de forces je n'en avais point pour le secourir. M. de Bellegarde se retira aussi un peu plus avant vers le Comminge, attendant ce que M. le maréchal commanderait qu'il fît; et le baron de Gondrin s'en alla vers Eause, pour faire le mieux qu'il pourrait avec sa compagnie. Nous étions tous comme brebis égarées. Je m'en vins avec les cinq compagnies passer la Garonne, et les mis au Port-Sainte-Marie et Aiguillon, pour voir si je pourrais assembler en*

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