MARCHE SUR GRENADE
montrer, car de mai je connaissais bien que je l'avais fâché, et ne lui en voulais plus rompre la tête : ils me promirent de le faire, et je laissai un gentilhomme auprès d'eux, afin qu'ils m'avertissent de sa délibération. Bientôt après lesdits sieurs me mandèrent qu'ils s'étaient résolus d'aller à Grenade, de quoi je fus fort aise, comme aussi fut toute notre troupe. Je lui écrivis promptements'il trouverait bon que j'allasse la nuit devant enfermer ceux qui étaient dans Grenade, voir si nous leur pourrions donner une estrecte*. Il me manda qu'il le trouverait bon, et qu'il avait déjà fait partir L'Estang de Cornusson avec les quatre cornettes de cavalerie qu'il avait, pour se jeter dedans Gazères, qui étaient celles dudit de L'Estang, de Saint-Projet, du Sendat et Glairac.
Je partis à l'entrée de la nuit avec la noblesse et ma compagnie, et sans une pluie qui nous prit la nuit, la plus grande que je pense jamais avoir vue^ j'eusse attrapé à Grenade quatre-vingts ou cent chevaux qu'il y avait, qui étaient de mes voisins de Tonneias et Glairac ; j'eusse mieux aimé les rencontrer que trois cents d'autres, et je crois que je les eusse si bien accoutrés, qu'à peine eussé-je eu jamais crainte d'eux, car c'est la tanière des mauvais garçons. Mais un malheur seul ne m'advint pas, car la pluie me contraignit me jeter dans Gaube, qui est à M. de Valence mon frère, qui dura pour