‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 17 sur 73 · FORGES DU MARECHAL · texte numérisé non relu

FORGES DU MARECHAL

chai, il y avait près de trois cents gentilshommes, comme ledit sieur maréchal même me dit à Grenade, présent son maréchal de camp, qui était M. de La Groisette, tant du côté de Gomminge que de Languedoc: il avait vingt-deux enseignes de gens de pied, que M. de Saint-Girons de La Guiche commandait, et dix de M. de Savignac; sa compagnie d'hommes d'armes, celles de MM. le comte d'Esterac, de Lauzun, de Terride, de Negrepelisse, des deux Bellegarde père et fils, de Gramont, du maréchal de La Foi, de Joyeuse, d'Aubigeoux, d'Arne, de Sarlabous, avec les trois que j'avais, faisaient le nombre de quinze cornettes de gendarmes, et la sienne que nous prenions pour deux, par ce qu'il y a cent hommes d'armes ; le tout revenait à dixsept. Nous nous joignîmes avec lui à Auch, puis allâmes à Nogarol, où ledit sieur maréchal demeura deux jours : les ennemis avaient déjà passé TAdour, et tenaient le Mont de Marsan, Grenade et Gazères ; je commandais l'avant-garde.

Le lendemain que le camp fut à Nogarol, M. le maréchal tint conseil où je me trouvai. Je voulais que nous marchassions en avant ce même jour, et espérais que nous surprendrions ceux de Gazères et de Grenade ; toutefois M. le maréchal n'en fut point d'opinion de ce jour-là, parce qu'aucuns proposaient que dès que les ennemis entendraient notre arrivée, ils passeraient la rivière de l'Adour en Béarn, parce qu'elle était fort basse et se guéait en plusieurs lieux. M. le maréchal proposa en ce

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conseil, qu'attendu qu'il n'avait point de grosse artillerie pour battre les villes, et qu'il n'avait que quatre pièces dv^. campagne, qu'il ne délibérait point de passer plus outre, mais s'en retourner en son gouvernement pour exécuter les entreprises qu'il y avait, et pour recouvrer les places que les ennemis y tenaient, et beaucoup d'autres raisons que ledit sieur maréchal mettait en avant. Cette fâcheuse chanson était toujours en nos oreilles; ( t encore que ses raisons fussent apparentes, je ne les pouvais trouver bonnes, parce que je voyais clairement advenir en la Guyenne ce qui est advenu, comme faisaient aussi tous ceux qui y avaient intérêt comme moi ; et entrâmes si avant, que je fus contraint de lui dire qu'il fallait qu'il répondît au roi aussi bien de la Guyenne que du Languedoc, et que par sa patente il trouverait qu'il avait accepté de commander aux quatre provinces, qui étaient Dauphiné, Provence et Guyenne, aussi bien qu'au Languedoc dont il en était gouverneur, et que je le priais d'y vouloir aviser. Il me répondit que par toutes les trois provinces il y avait des gouverneurs, et que chacun gardât son gouvernement comme il ferait le sien. Je connus bien à ses paroles qu'il se fâcha de ce que je lui avais dit, car ces gens veulent qu'on leur accorde tout ce qu'ils disent : il était vrai pourtant, car il avait embrassé tout cela. Et demeura ainsi le conseil sans résolution; je me retirai, après avoir prié M. de Joyeuse et M. de Bellegarde de le lui vouloir re-

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