OCCUPATION DE GRENADE
aperçut était si près d'eux, qu'il connut qu'ils avaient casaques blanches, et alla regagner la porte de la ville; mais il fut enfermé par derrière et pris; ils lui firent dire tout, et le montèrent en croupe, remmenant au grand trot et galop. Le comte de Montgommery, qui était vers Montant et Nugron, en fut bientôt averti, et ils lui donnèrent telle alarme qu'il monta incontinent à cheval, sans descendre jusqu'à ce qu'il fût à Orthez; et son artillerie demeura par les chemins abandonnée , et il n'y avait pas trente hommes, à la relation des bonnes gens du pays et d'eux-mêmes et de ceux qui étaient prisonniers. M. le maréchal arriva à Grenade un peu après le soleil levant; mon quartier avec l'avant-garde fut à Saint-Maurice, qui est à M. de Barsac de Quercy; et voulut M. le maréchal que M. de Savignac fût de l'avant-garde, et les compagnies de MM. de Gramont et d'Arne, et M. de La Chapelle Lozières, et les trois compagnies de gendarmes que j'avais; et voilà comme nous arrivâmes tous à Grenade, à trois lieues du Mont-de- Marsan. Deux jours après notre arrivée, M. le maréchal tint encore propos de s'en vouloir retourner, car c'était toujours son refrain, et disait qu'est-ce que je voulais qu'il fît dans le pays de Béarn, vu que toutes les villes étaient rendues et que le roi n'y tenait plus villes ni châteaux; qu'il ne faisait que perdre son temps, et d'autre part, que les vivres lui manquaient, et que déjà les soldats criaient à la faim, et aussi qu'il n'avait point d'artillerie pour
battre les villes. Il y avait la raison des vivres, parce que le charroi n'était pas encore arrivé; mais dès qu'il me manda qu'il voulait marcher, je mandai promptement de cotiser tout le Condomois, TArmagnac, FEsterac, Gomminge et Bigorre, et dans deux jours nous eûmes plus de vivres qu'il ne nous fallait. A la fin je connus bien que son affection ne se perdrait point, ni de son conseil, car de moi je n'y entrai jamais, sinon à celui de No~ garol. L'on ne m'y appelait point, ni ne m'y présentais pas aussi, parce que je connaissais bien qu'on ne prenait pas plaisir quand je disais que nous devions faire la guerre en Guyenne, puisque les ennemis y étaient; et connus bien que tous les conseils qui se tenaient sans moi n'apportaient rien de bon en la Guyenne : nous, qui étions Gascons, en tenions de notre côté.
Voyant donc que cette volonté continuait, je priai M, le maréchal de me laisser aller attaquer le Mont-de-Marsan, espérant de l'emporter. Il me dit comment je pensais prendre une ville fermée de murailles, qui était bonne, et non-seulement une, mais trois, toutes closes de bonnes murailles, ce qui était vrai ; toutefois je lui répondis que j'en avais pris d'autres plus fortes que le Mont-de-Marsan d'emblée, et là où il y avait de meilleurs soldats : il me ressouvenait de Pienza, qui était bien autre chose que le Mont-de-Marsan, encore qu'il soit assez fort. Je lui disais aussi que M. de Terride avait bien été pris en même sorte à Orthez ; c'est