DISSENTIMENT DU MARÉCHAL ET DE MONTLUG
pourquoi puisque nos ennemis l'ont fait, je le pouvais faire, et que par aventure je leur pourrais bien rendre la pareille. A la fin il me dit qu'il en était content. Je le priai de laisser venir M. de Savignac avec les dix enseignes ; ce qu'il m'accorda. Je ne pus pas partir le lendemain, qui était le troisième jour, car il plut tout le jour ; et néanmoins je voulus aller avec quarante ou cinquante chevaux reconnaître la ville, et ne pus aller plus de demi- lieue. J'arrivai en trois ou quatre maisons, où je trouvai le capitaine Arne, et M. de Larbous, lieutenant de M. de Gramont, lesquels me dirent que le soir devant ils y avaient été, comme aussi avait fait M. de La Chapelle Lozieres ; et parlâmes longuement tous trois de la résolution que M. le maréchal prenait de s'en vouloir retourner ; ceux qui adhéraient à son opinion de retourner faire la guerre en Languedoc et de laisser la Guyenne, connaissaient bien qu'ils ne trouveraient pas grande résistance à exécuter leurs entreprises au Languedoc, vu que la force des ennemis était en Béarn, d'où je crois bien qu'ils pensaient que les ennemis ne bougeraient ; mais nous autres qui étions de la Guyenne, savions bien que Montgommery ne pouvait vivre longuement en Béarn, et qu'il fallait par nécessité, quand même il ne le voudrait pas faire, qu'il se jetât sur le pays du roi et sur nos maisons. Je connaissais bien aussi que ceux qui suivaient l'opinion de M. le maréchal, pensaient que, reprenant les villes du Languedoc, ils
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feraient de grands services au roi, dont ils tireraient grandes louanges, et mettraient leurs maisons en sûreté. Je n'étais pas marri que ceux qui étaient du Languedoc eussent cette opinion, et qu'ils voulussent tirer M. le maréchal en Languedoc pour toutes ces considérations, car j'ai toujours ouï dire que plus près est la chemise que la robe, et, quelque chose qu'on fasse, on cherche le profit: cela les excuse, n'y ayant point de déshonneur, comme il n'y avait pas aussi. J'étais seulement dépité contre ceux qui tenaient l'opinion des autres et qui étaient de la Guyenne, ce qu'ils faisaient pour plaire à M. le maréchal, et désirais que les ennemis leur brûlassent leurs maisons, parce qu'ils tenaient pour le secours de Languedoc, où ils ne pouvaient rien perdre, et semblaient chercher la ruine de leurs maisons et parents. Je sais bien d'autre part qu'il me fut dit qu'il y en avait de ceux qui étaient de la Guyenne, qui disaient à M. le maréchal que toutes les persuasions que je lui faisais de faire la guerre en Guyenne, n'étaient sinon parce que, si M. le maréchal faisait quelque chose de bon, l'on m'en donnerait la louange, et dirait-on que j'en étais cause, comme l'on faisait du temps des premiers troubles, quand M. de Burie et moi étions ensemble. Et si jamais j'y avais pensé, je prie Dieu qu'il n'ait jamais pitié de mon âme, et si je tâchais ou avais autre volonté, sinon qu'il fît quelque chose grande, et que je fusse auprès de lui pour faire quelque bon service au roi,