‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 28 sur 73 · MORT DU CAPITAINE ARNE · texte numérisé non relu

MORT DU CAPITAINE ARNE

pays de Bigorre, voir s'il pourrait faire quelque chose par delà pour tenir les ennemis en cervelle ; mais tout cela n'était pas médecine pour guérir si grande maladie. Je ne me veux point mêler d'écrire la défaite du capitaine Arne et du baron de Larbous, car je ne les avais pas mis là où ils furent défaits. Au contraire je mandai au capitaine Arne qu'il était soldat et qu'il pouvait bien connaître que le lieu où il était ne lui pouvait apporter que malheur, et qu'il me semblait qu'il devait se retirer à Auch, qui était ville fermée. Il me répondit que Ton l'avait laissé là, et qu'il était délibéré d'y mourir plutôt qu'en bouger. Il ne tarda pas quatre jours après que je lui eus donné avis, que l'on me porta les nouvelles qu'il était défait, et au bout de deux jours sa mort, qui fut un grand dommage pour le service du roi et pour toute notre patrie, car c'était un des plus gentils capitaines et des plus vaillants, et de qui nous avions autant d'estime que de capitaine qui fût en Guyenne.

Or, bientôt après, M. le maréchal fut vers Mazères, et moi en Agenois. Le comte de Montgommery fit comme les loups, qui sortent de la forêt par famine, et s'en vint en Armagnac, et peu à peu s'achemina vers Gondomois. Il avait fait venir trois canons et deux couleuvrines pour battre Eause, sachant qu'il n'y avait dedans que M. de Montespan avec la compagnie de son père et la nouvelle compagnie que je lui avais envoyée. Et comme l'artillerie fut à Nogarol, et qu'il eut envoyé recon-

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naître, et que de ses parents et amis qu'il avait huguenots l'en eurent averti, il le me manda. Je n'avais personne pour l'envoyer renforcer, ni moins de moyen de le pouvoir secourir de mon côté , ni d'ailleurs il n'en pouvait être ; car monsieur le maréchal était devant Mazères, ou bien retiré à Toulouse. Je lui mandai que je ne voulais point qu'il fût fait de lui un rampeau * au capitaine Ame, et qu'il suffisait d'avoir perdu un brave et vaillant capitaine, et une compagnie de gendarmes, sans en perdre deux; et qu'avec lui il retirât tous les prêtres et religieux de la ville, et tous les riches marchands catholiques, et qu'il les sauvât vers Lectoure, ce qu'il fit. Et encore que j'eusse envoyé remettre mon gouvernement, je n'arrêtais pour cela de faire ce que je pouvais pour le service du roi et du pays : je fis dresser cinq ou six compagnies vers Villeneuve et autour de Pleurance, et en laissai une vieille et deux nouvelles audit Fleurance, quatre avec celle du gouverneur, qui était M. de Panjas, à Lectoure ; et il en y avait assez, parce que toute la noblesse d'Armagnac s'y était retirée avec leur famille, et la ville était si pleine qu'il ne s'en y pouvait plus loger. Je m'en vins jusqu'à Agen, et là j'assurai les gens de la ville le mieux queje pus, et y demeurai quelques jours. Le comte de Montgommery vint à Eause, et, comme il fut là arrivé, les

1 . Rampeau, terme du jeu do quilles. Faire un coup pareil à celui du capitaine Arne.

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