CHAPITRE III
Embarras de Montluc qui n'est plus en force. — Retraite de Coligny sur Montauban, après la bataille de Moncontour. — Harangue de Montluc aux principaux d'Agen. — Il met la Tille en défense. — Rupture du pont de bateaux jeté sur la Garonne par Coligny.
Le départ dudit sieur maréchal mit grand trouble en nos affaires, et donna courage à nos ennemis. Quant à moi, en cinq compagnies que j'avais, il n^y demeura pas deux cents hommes, parce qu'ils s'étaient dérobés pour apporter ou prou ou peu de butin qu'ils avaient gagné, chacun en sa maison Voilà l'inconvénient qu'il y a de faire la guerre
avec les gens du pays : il faut aller voir la moulée, il faut décharger le bagage; et puis chacun a son cousin, frère, ou ami parmi les ennemis, lequel il favorise. Et quant à la cavalerie, elle n'y pouvait vivre à quatre ou cinq lieues aux environs, parce que les ennemis avaient mangé une partie des vivres, et les nôtres l'autre ; et le pays de soi-même est stérile. Cependant j'y demeurai encore quatre ou cinq jours après que monsieur le maréchal s'en fut allé, et fis déplacer trois ou quatre cent charretées de grains, et les fis porter vers Eause et autres lieux voisins, afin que les ennemis ne pussent ravitailler leurs villes en Béarn; mais il m'en eût fallu quinze ou plus, avant que de les pouvoir tous tirer : et si les cinq enseignes eussent été complètes comme elles étaient à mon arrivée, je me fusse engagé dedans, encore que je fusse bien certain que je n'eusse pas été secouru, car j'ai bien fait en ma vie de plus grandes folies que celle-là, dont jusqu'ici, grâce à Dieu, je ne m'en suis jamais trouvé mal, et le service du roi encore moins. Je me retirai vers Agenois, et laissai le baron de Gondrin, sieur de Montespan, avec sa compagnie dans Eause, et une compagnie nouvelle de gens de pied que je trouvai en notre quartier, qui se faisait, non pas pour y endurer le siège, car la ville ne vaut rien, mais seulement pour favoriser un peu le pays, et afin de ne l'abandonner pas du tout, encore que nous connussions bien que sa demeure ne servirait pas de grand'chose. J'envoyai M. de Fontenilles vers le