‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 30 sur 73 · CONDUITE DU MARÉCHAL · texte numérisé non relu

CONDUITE DU MARÉCHAL

suivant sa patente; il manda au baron de Gondrin, seigneur de Montespan (duquel le père était malade dans Lectoure);, qu'il s'en allât vers lui, et mandait partout qu'on ne m'obéît en aucune sorte, et que je n'étais plus lieutenant du roi en Guyenne, que c'était lui : il écrivit par deux fois à M. de Madaillan qu'il ne fît point de faute de lui amener ma compagnie, lequel fit toujours réponse que la compagnie était à moi et non à lui, et qu'il n'était point en sa puissance de la lui amener. Tous les déplaisirs qu'il me pouvait faire, il le faisait, ce qui ne touchait rien à mon particulier, car ce que je faisais c'était pour le service du roi et pour la conservation du pays. Voilà comment les inimitiés particulières causent la ruine du général. Néanmoins, pour cela je n'arrêtais de faire tout ainsi que si j'eusse été lieutenant du roi. Et fut bon besoin pour le pauvre pays que je ne regardasse pas à ce qu'il me faisait; mon dépit eût porté grand dommage : étant fils d'un connétable de France, et lui maréchal, je ne me dédaignais d'être commandé de lui, s'il eût voulu et s'il eût fait ce qu'il devait. Tant y a qu'il traversa en tout ce qu'il put les desseins que j'avais pour la conservation delà Guyenne, qui en avait plus de besoin que le Languedoc. Cependant nouvelles nous vinrent que MM. les princes et amiral étaient en Périgord et prenaient le chemin de Quercy pour se retirer à Montauban ; je connus bien qu'ils venaient recueillir le comte de Montgommery pour se renforcer, car sans aide il était

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malaisé qu'ils traversassent tout ce pays. Je me suis cent et cent fois étonné comme tant de grands et sages capitaines qui étaient près de Monsieur prirent ce mauvais parti d'assiéger des places au lieu de suivre lesdits princes mis en déroute, et tellement réduits en extrémité, qu'il n'y avait nul moyen de se remettre sus. Si le peuple eût eu des forces pour le suivre, facilement ils les eussent tous mis en pièces. On dit que nous-mêmes qui portons les armes entretenons la guerre et voulons allonger la courroie, comme on fait au palais les procès; le diable emportera tout : jamais n'ai-je eu cette intention, pouvant dire avec la vérité qu'il n'y a lieutenant du roi en France qui ait plus fait passer de huguenots parle couteau ou par la corde que moi. Ce n'était pas vouloir entretenir la guerre. Ayant donc entendu le chemin que MM. les princes prenaient, sans déclarer à personne mon intention, étant au logis de M. de Gondrin à Leetoure, je fis venir M. de Panjas, le chevalier de Romegas et le chevalier mon fils : M. de Gondrin était malade; et là je leur dis que j'étais vieux, et que je ne pouvais prendre la peine si le siège nous venait, et que, pour me soulager, je voulais toujours laisser la charge de gouverneur à M. de Panjas pour la police de la ville ; et quant à la défense et à ce qui y serait besoin, lesdits chevaliers de Romegas et le chevalier mon fils, qui s'étaient trouvés au siège de Malte, qui a été le plus furieux siège qui jamais ait été depuis qu'il y a eu artillerie au

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