DISPOSITIONS A LEGTOURE ET A AGEN
monde, entendaient mieux à la défense et à ce qui était besoin de faire que moi-même, et que tous deux étaient compagnons d'un même Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qu'ils s'accorderaient bien ensemble, et que le chevalier mon fils obéirait à celui de Romegas, parce qu'il était plus vieux que lui, et aussi qu'il avait commandé sur la mer en trois ou quatre combats où mon dit fils s'était trouvé près de lui (à la vérité c'est un homme plein de cœur et de courage autant qu'autre que j'aie connu); que cependant je voulais courir jusques à Agen pour y mettre l'ordre qu'il fallait tenir à se défendre. Tous le trouvèrent bon, et ne voulurent point faire quartiers, mais que tous deux iraient ensemble; et commencèrent dès l'heure à redoubler les manœuvres de la fortification : M. de Panjas pourvoyait à ce qu'ils lui demandaient^ comme gouverneur. Je m'en allai le lendemain à Agen ; M. de Valence mon Irère s'était retiré à Lectoure; j'avais envoyé quelques jours devant ma femme et mes deux filles à Bordeaux. Et comme je fus à Agen, M. de Gassaneuil, à qui j'avais baillé la charge de Villeneuve et de ces quartiers de delà, encore que j'en eusse baillé le gouvernement au capitaine Pauillac le vieux, s'accordait fort bien avec lui ; ils me mandèrent que les princes étaient arrivés à Montauban, et qu'ils voulaient venir droit à Villeneuve. Je leur envoyai la compagnie de Peyroux et une autre avec deux nouvelles qu'ils en avaient là dedans, et quelque cent arquebusiers qui étaient
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audit capitaine de Pauillac, gouverneur, et bien trente ou quar^inte gentilshommes de ces quartiers-là, qui s'étaient retirés dans la ville avec eux. Puis je m'en retournai à Lectoure, là où je ne demeurai que trois ou quatre jours, car ni ma vieillesse ni mon indisposition ne m'arrêtaient guère en un lieu. Peu après, on m'avertit que la ville d'Agen était entrée en peur, et que tout le monde commençait à plier bagage, et que la ville s'en allait abandonnée. J'eus le soir ces nouvelles, et le remontrai à tous ces seigneurs qui étaient là, et que j'y voulais aller le matin; et fut trouvé bon, pourvu que je retournasse audit Lectoure, car de m'engager à Agen, je ferais la plus grande folie que jamais homme fît, et que l'on pouvait bien connaître que tous les deux camps des ennemis viendraient là. Je les assurai de ne m'y engager point. Ils me dirent si je trouverais bon qu'ils écrivissent une lettre à M. le maréchal, de la part de toute la noblesse d'Armagnac, pour le prier de vouloir venir avec tout son camp pour combattre Montgommery à Gondom avant qu'il fût joint, l'assurant que ledit Montgommery ne s'engagerait point dans la ville, car elle ne valait rien, et en plusieurs lieux l'on y entrait comme l'on voulait; et qu'ils lui offraient tous de mourir pour le service du roi, et pour s'aider à remettre en leurs maisons. Je le trouvai bon, et qu'ils ne pouvaient faire moins que de lui envoyer un gentilhomme pour l'en supplier : ils élurent M. de La Mothe-Gondrin pour porter la