EMBARRAS DE L'ENNEMI
Port, et commencèrent à passer ce pont de bateaux, six à six, ou sept à sept au plus. Et quelque grande diligence que les passagers pouvaient faire, arrêtaient-ils près d'une heure et demie avant que le bateau fût allé et revenu; et en cette peine passèrent ces trois cornettes, qui demeurèrent deux jours à passer. M. le comte de Caudale et M. de La Valette étaient à Astafort avec huit ou dix cornettes de gens de cheval; et comme le comte de Montgommery abandonna Gondom pour s'approcher de la rivière, j'écrivis une lettre audit sieur comte de Caudale, que si la délibération était de combattre Montgommery sur le passage, que je me trouverais au combat avec les deux compagnies de gens d'armes que j'avais et cinq cents arquebusiers, non pour commander, mais pour lui obéir comme le moindre soldat de la troupe. Il me remercia fort, et me fit réponse que, quand cela serait, lui et toute la troupe qu'il commandait m'obéiraient ; et toutefois il ne se parlait point que je passasse pour me joindre avec eux. Je connus bien par la lettre que tous eussent élé bien aises que j'eusse été auprès d'eux; mais La Croisette qui était là, servait de dominus fac totum. Encore leur mandai-je que, s'ils ne voulaient que je m'y trouvasse, je ferais passer les deux compagnies et les cinq cents arquebusiers se joindre avec eux. Et par là chacun peut bien connaître que je n'étais pas parti de M. le maréchal pour ne lui vouloir obéir, puisque j' offrais d'obéir au comte et à M. de La
128 COMMENTAIRES DE MONTLUG
Valette, et au capitaine La Croisette mêorie, qui était plus grand qu'eux en leur troupe.
Je ne veux point écrire comme ils firent, parce que je n'y étais pas, et ne m'en suis pas informé? sauf qu'on m'a dit qu'ils avaient fait une charge à quelques-uns qu'ils trouvèrent hors de Bruch, et les rembarrèrent dedans; etm'a-t on dit depuis que le comte de Montgommery était dans la ville: je ne sais si cela est vrai, et pense fort bien qu'ils firent tout ce qu'on y pouvait faire, car ils sont trop connus et estimés. Le comte de Montgommery passa premièrement les gens de cheval, puis ses gens de pied les uns après les autres. Je fis passer la rivière à soixante salades de ma compagnie et de M. de Pontenilles, avec trois cents arquebusiers pour les soutenir, et allèrent jusqu'à un petit village qui est appelé La Rozie, où ils tuèrent quinze ou seize hommes, et y gagnèrent douze ou treize chevaux, leur donnant une alarme bien chaude. Et m'a-t-on depuis dit que si nos gens de cheval eussent poussé outre jusqu'au passage, ils en eussent fait noyer deux ou trois cents, car de cette alarme il s'en noya quatre ou cinq à la hâte qu'ils avaient, et du côté de M. Famiral ne les pouvaient secourir, car ils ne pouvaient repasser que six ou sept chevaux sur le pont à bateaux, parquoî ils demeurèrent cinq ou six jours à passer. Et voilà la peine en laquelle se trouva M. l'amiral à pouvoir retirer à lui le comte de Montgommery et les trois cornettes de reîtres.