‹ Commentaires (volume 3)Chapitre 66 sur 73 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

sent je me vois tirant à la mort, dans le lit, je me sens grandement soulagé; en dépit d'elle, mon nom vivra, non- seulement en la Gascogne, mais parmi les étrangers.

Or c'est ici la fln de mon livre et de ma vie : que si Dieu me la continue plus longuement, quelque autre écrira le reste, si je me trouve en lieu où je fasse quelque chose digne de moi, ce que je n'espère pas, me sentant si incommodé que je ne pense pouvoir jamais plus porter les armes. J'ai cette obligation à cette méchante arquebusade qui m'a percé et froissé le visage, d'avoir été cause que j'ai dicté ces Commentaires, lesquels, comme je pense, dureront après moi. Je prie ceux qui les liront de ne les prendre point comme écrits de la main d'un historien, mais d'un vieux soldat, et encore gascon, qui a écrit sa vie à la vérité, et en guerrier : tous ceux qui porteront les armes y prendront exemple, et reconnaîtront que de Dieu seul procède l'heur et le malheur des hommes. Et parce que nous devons avoir recours à lui seul, supplions-le de nous aider et conseiller en nos tribulations, car ce monde n'est autre chose, et dont les grands ont aussi bien leur part que les petits : en cela se manifeste sa grandeur, vu qu'il n'y a roi ni prince qui en soit exempt, et qui n'ait ordinal, rement besoin de lui et de son secours.

Ne dédaignez, vous qui désirez suivre le train des armes, au lieu de lire des Amadis ou Lancelots, d'employer quelque heure à me connaître

250 COMMENTAIRES DE MONTLUG

dedans ce livre ; vous apprendrez à vous connaître vous-mêmes, et à vous former pour être soldats et capitaines, car il faut savoir obéir pour savoir après bien commander. Ceci n'est pas pour les courtisans ou gens qui ont les mains polies, ni pour ceux qui aiment le repos; c'est pour ceux qui par le chemin de la vertu, aux dépens de leur vie, veulent éterniser leur nom, comme en dépit de l'envie j'espère que j'aurai fait celui de Montluc.

Ici avait mis fin le seigneur de Montluc à son livre ; mais depuis, réchantillon qui s'ensuit s'est trouvé.

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