PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE HENRI IV
La mort de Henri III, qui sauvoit momentanément les ligueurs du châtiment qu'ils avoient redouté, causa la plus vive sensation dans la capitale. Le peuple^ égaré par les Seize, se livra aux transfw>rts d'une joie fe'roce : on donna des fêles indécentes, et la duchesse de Montpensier, ne cachaùt pas assez les sentimeos
■SI^O Uf TEQDTJCTION AUX MÉ|EQ|RES
- x58g. qa'eUe ëprouvoi^ fit naître dès soupçons qui souillent encore sa mémoire. Le duc de Mayenne se montra beaucoup plus circonspect : assistant d'un air froid à ces solennités populaires , il sembloit attilbuer. à la Providence le coup inattendu dont venoit d'être frappé celui qu'on faisoit passer pour le. persécuteur de la religion.
Il mit en liberté les royalistes qui avoient été arrêtés : Achille de . Harlay sortit de la Bastille, moyennant une rançon de dix mille écus^ et ce grand magistrat put aller présider le parlement de Tours, auquel sa fermeté «et son courage donnèrent une activité qu il n'avoit pas eue jusqu'alors. Conformément ^ux actes qui proscri voient le monarque légitime , le conseil de la Ligue proclama roi le cardinal de Bourbon , iet le reconnut sous le nom de Charles X. Ce prélat , prisonnier depuis le meurtre des Guise , étoit attaqué d'une maladie mortelle : Fambition, qui dans sa vieillesse Tavoit entraîné à se prêter aux vues des factieux ^paroissoit éteinte, et il faisoit souvent xles vœqx pour que le chef de sa maison recueillit l'héritage auquel les lois du royaume lui donnoient droit. Les
V ligueurs, ayant essayé de l'enlever à Chinon, il fut
quelque temps après transféré dans le c^faateau de Fontenay. - / '
Les forces de la Ligue, déjà très-redoutables^ s'accrurent encore à la mort de Henri III : presque tous ies Catholiques se persuadèrent qu*un roi protestant entreprendroit de faire une révolution religieuse, et que la France éprouveroit tôt ou tard le sort de l'Angleterre ; les hommes les plus modérés et les plus sages se rallièrent donc au parti qui annoncent Tin-
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tention de tout sacrifier pour maintenir l'ancien culte 'y iSSg. mais leur adhésion tardive augmenta les divisions qui rendoient ce parti presque impossible à conduire. En effet, diverses passions, des intérêts opposés partagèrent la Idgue en une multitude de petites factions.
Le cardinal de Bourbon, qu on regardoit comme un &Qtôme qur devoit bientôt disparottre , n'avoit point de partisans. Les profusionis des Guise, leur brillante réputation , Thorreur et la compassion qu'avoient inspirées les meurtres de Blois, faisoient désirer à plusieurs qu'un prince de cette maison montât sur le trône. D'autres étoient'^vendus à TEspagne, et attendoient un monarque de la main de Philippe II. Le duc de Savoie, issu d'une sœur de Henri II, avoit sur la Provence et le Dauphiné des prétentions favorisées par un gi^and nombre d'habitans de ce pays. Quelques-uns des Seize, sortis -des derniers rangs de la société, se livrolent à des spéculations anarchiques : habitués depuis un an à la licence la plus outrée, ils vouloient la perpétuer, et établir un gouvernement populaire dont ils aspiroient à être les chefs. Mais la classe nombreuse et influente des hommes honnêtes qui n'étoient entrés dans la Ligue que par dévouetneqt pour leur religion, et à la tête de laquelle se trouvoient Villeroy et Jeannin, avoient d'autres vues bien plus conformes aux véritables intérêts de la monarchie : elle étoit disposée à reconnoître Henri lY, pourvu qu'il consentît à se faire catholique. Mayenne, se flattant peut-être de parvenir à la Couronne^ quoi* que sa famille eût d'autres vues, ménageoit cette classe, dont son caractère doux et modéré lui avoit attiré la confiance , et qui pouvoit , si le Roi s'obsti-
!l32 INTRODUCTIOK AUX Mélîolllês
iSSg, rioit à rester Protestaat, devenir rinstrùment de -sa
grandeur.
Henri IV venoit d'être reconnu par son armée et par les seigneurs qui n'avoient pas abandonné son prédécesseur ; mais sa position étoit extrêmement difficile y et son parti avoit encore moins d'ensemble cjue celui de la Ligue. Eloigné des pays d'où il pouvoit tirer des ressources, pressé entre les Protestans ses anciens serviteurs, qui frémissoient à la seule idée d'un changement de religion, et les Gàilioliques, qui pou- Toient seuls lui assurer le trône; il falloit tout son génie, foiat au carattère lé plus ouvert et le plus aimable, pour que de tels élémens restassent uiiis. Disposé depuis bien des années, ainsi qu'on l'a vu, à révenir au. culte de ses pères , il fut obligé de susptendre l'exécution de ce dessein, qui l'auroît aussitôt privé de ses appuis les plus solides, et il promit seulement de se faire instruire dans six mois , si les circonstances le permettoient. En même temps il fit partir pour Rome le duc.de Luxembourg, avec des instructions propres à éclairer Sixte-Quint sur la véritable situation de la France. • .
Après avoir fait ces dispositions, qui empêchèrent la dissolution subite de son parti, il lia des relations avec Villeroy et Jeannîn, et ne négligea rien pour dissiper les préventions des Catholiques de bonne foi. Il fit d'abord prier Villeroy de venir le trouver au bois de Boulogne , lui annonçant qu'il vouloit se servir de lui pour faire la paix, et déclarant qu'il açcorderoit tout ce qui seroit raisonnable et utile. Mayenne empêcha cette entrevue^ et dom Bernardin de Mendocc, ambassadeur d'Espagne, effrayé d'une tentative qui
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pouvoît amener bientôt une pacification générale, '^Sg. s*efibrça de gagner Yilleroy : mais cet ancien ministre rejeta ses offres avec indignation , €it co«rut trouver Mayenne, auquel il (iemanda son 'COT^é. -k Je lui dece claray, dit-i! dans ses Mémoires , que je ne Voulais « avoir paît en une entreprise si injuste et si imposte sS)le qu'estoit celle du roy d'Espaghe, laquelle ft desbonoreroit ceux qui s'en med<eroient , et seroit « cause de destruire la religion et le royaume; ad- « joutant que, puisque 1^ roy d*Espagné avoit tel des- « sm, luy, duc de Mayenne, ne devoit aussy espétw « de faire fortune par «on moyen ; et qu'il àcquerroit ^
« plos de gloire, de grandeur et de contentemient, en « aydant au repos du royaume, sous Tobeyssance « dan prince fi'ahçais, qu'il ne feroit en favorisant « un dessein estrangér, lequel lui feroit enfiti perdre R les biens et la vie. » Jeahtiin, qui se treuvoit préseat, parla dans le même sens que Villeix)y : Mayenne leur fit observer qu'il né pouvoit entamer une lïégociation tant qu^e le cardinal de Bourbon seroit prisonnier et que le Roi re^eroit protestant : il leur promit de s'opposer aux projets du roi d'Espaghe, et obtint d'eux qu'ils continuassent à faire pàilie de son conseil.
Henri IV avoit des serviteurs bien plus zélés dans la Boulogne, quoique Mayenne en fût gouverneur* Guillaume -de Tavannes, toujoui^ fidèle à la cause qu'il avoit embrassée , et faisant la guerre à ses dépens, empêcha ses officiers de céd^r aux sédtictibns dé la Ligue : il convoqua lés Etats de la province à Sémur, dont il étoit maître, et*des fonds furent votés pôui^ soutenir le roi légitime.
i589« Malgré les sages précautions que le monarque avoit
prisés pour conserver son armée^ cette réunion de chefs d'opinions si différentes ne tarda pas à. se dissoudre : quelques-uns passèrei^^t. dans.le parti de la Ligue; d'autres se retirèrent^ sous le prétexte du ^an« ger que couroient leurs propriétés.*, Henri. IV ne se* découragea point : ses troupes protestantes lui res-* toient : un assez grand nombre do Catholiques pairoissoient dévoués à- sa cause , et il s'étoit attachélea dix mille Suisses que son prédécesseur avqit appelés, JVe pouvant plus espérer de réduire Paris, il partit pour Dieppe, où il comptoit recevoir des secours d*Elizâbeth, reibe d'Angleterre, avec laquelle il avoit contracté Tunion la plus intime.
Mayenne regarda cette retraite comme une fuite, et résolut de le poursuivre avec toutes les forces dont il pouvoit disposer : poussé par la duchesse de Montpénsier sa sœur, il montra une forfanterie qui^n'étoit pas dans son caractère, et il promit aux Parisiens de leur ramener le Béarnais enchaîné. Mais Téxénement ne répondit pas à ses espérances. : abattu près d'Ârques, il fut obligé de se retirer en Picardie, et Henri W, que les Seize croy oient prisonnier, parut tout-à-coup sous les murs de Paris, s'empara des^ faubourgs , et répandit la terreur dans cette ville, où Ton avoit déjà fait des préparatifs pour se ^ réjouir de sa défaite. Après cet éclatant fait d'armes, il apprit que Mayenne avoit obtenu des secours d'Alexandre Farnèse, prince de Pai*me, gouverneur des Pays-Bas, et qu'il revenoit pour dégager la capitale : hors d'état de continuer le ^ siège , il sépara son armée ^ et partit pour Tours, où résidoient ses n^nistres.
ilîEPuis i547 JusQu^EN i5g4* st35
II y trouva de Thou^ que Henri III , quelque temps i589« avant sa mort, avoit chargé d'une mission en AlleT magne, en Suisse et en Italie. Ce magistrat lui apprit que le sénat de Venise s'étoit empressé de le recon* Doitre, et que Ferdinand de Médicis, duc de Floreiice, considérant comme rompus les liens qui Favoient uni à Marguerite de Valois, témoîgnoit le désir qu'il épousât sa nièce Marie, encore à la fleur de Fâge* Le Roi fit alors peu d'attention à cette offre, qui n'étoit pas acceptable dans des temps de trouble : mais il s'en souvint lorsque, affermi sur le trône, il eut perdu Gabrielle d'Estrées ; et ce mariage eut lieu dix ans après les premières propositions qui en furent faites. De Thou parla aussi au Roi de d'Ossat, qui, attaché au cardinal de Joyeuse, et chargé près du Pape des affaires de Henri III, avoit été obligé de quitter Rome après les meurtres de Blois, et de se réfugier à Venise. Il s'étendit sur les talens de cet homme d'Etat, auquel Henri IV confia aussitôt les négociations relatives, à sa conversion, et qu'il éleva depuis au rang de cardinal.
Le duc de Luxembourg, ayant reçu la défense de s'approcher de Roipe , s'étoit arrêté sur le territoire vénitien. Il écrivit à Sixte-Quint, et parvint à lui donner une juste idée des affaires de Fftmce. Ce pontife, qui, d'après les sollicitations de la Ligue, avoit chargé Henri Gaétan, de procurer la délivrance du cardinal de Bourbon, et de le reconnoitre pour roi, changea . tout-à-coup les instructions de ce légat , qui n'étôit pas De Tbou. encore parti, et lui recommanda seulement de faire Cajret, Kr en sorte que le trône fût occupé par un prince catho- ' Ynîerov lique. Gaétan, vendu à l'Espagne, se mit en route L'EstoUe.
2i36 niTiiODVCTioir kvx médioirss
avec la résolution d'agir ^ottfbrtÉiément aux intentions des ligueurs les plus outrés.
1 590. Henri IV , instruit des volontés du légat',,avoit donné
Fordrç à Guillaume de Tavannes de rehlever à son passage en Bourgogne : cet ordre d'ayant pu être exécuté , Gaétan , protégé par une escorté nombreuse de ligueurs, continua sa route vers Paris, et y fit une entrée solennelle. On lui prodigua les honneurs, on le logea au Louvre, et il s'en fallut peu , lorsqu'il alla prendre séance au parlement, qu'il n*y occupât le trône destiné au Roi. Empressé de répondre à tant de démonstrations, il confirma un décret que les Sei^e v«nôient d'arrachei* à la Sorboùne, etparleqdel il éloit défendu de négocier avec un roî hérétîcjttc et relaps. Le parlement de Tours informa coht^e les auteurs de ce décret, et ordonna qu'il fût brûlé.
La présence du légat excitoît à Paris une fermentation alarmante : la populace ne vouloit reconnoître que son autorité, et les Seize emplôyoient toute leur influence pour favoriser cette disposition. Mayenne, s'apercevant que le pouvoir alloit lui échapper, entreprit de le conseiTer, en donnant à son gouvettiement une forme plus régulière. L'archevêque de Lyon , qui, comme on l'a vu, avoit été ari-eté à Blois avec le cardinal de Guise , étoit parvenu depuis peu à s'échapper de sa prison : dévoué à la maison de Lorraine , doué de grands talens politiques, chéri delà Ligue, il pouvoit rendre d'éminens services dans un emploi supérieur. Mayenne le nomma chancelier ; ^, comptât^ sur la loyauté deVill«roy et de Jeannin, il les fit secrétaires d'Etat , quoiqu'il connût leur penchant à se soumettre à Henri IV, s'il erabrassoit la religion ca-
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tholiqae. Âppujé mr ces troiii hommes habiles^ il put iSqo. latter avec avantage contre le crédit q^e s'étok acquis le légat dans, les dernières classes du peuple*
Pendant que Maiyennç k Paris voyoit une faction lui disputer le pouvoir^ le Boi à Tours concevoit deSr inquiétudes sur les manceuvres de quelques Catholi^ ques à la tête desquels éloit h cardinal de Vendôme son neveu. Ces hommes, dont l&$ principes se rappro^ choient de ceusL, des PpUU^es sous les deux derniers règnes, et qpi ay oient pris le nom de Tiers puni, voulaient contraindre le monarque à se faire instvuire^ et le mei^çoient de Tabandon^^ , s'il ne leur douttoît pas sur-Uh^Uamp cette garantie* Animés la plupart, des; meilleures intei^tions,, iljs n'auraient pas éti^ redouta-^ blés, ^ I4 Iig.u9 n'eût entretenii des intelligences aveist eux : bei^reusement leur chef puuiqtiQit de fermeté et de résolution ; et l^enaud de jBeaune, archevêque de- Boavges, .prélat distingue par ses talens, déiiTiMié àla bonne ca^se , r etepoit daps le devoir la majorité des Catholiques foyali^teS) HenrilY , sur le point d'entreprendre ui^e girf^nde expédition en Normandie ,. chargea de Thou de surveiller ce parti, dont quelques mem** bres faisoie^t partie de son jconseil.
Cette expédition ayant réussi^ le Roi ndJ: le siège devant Dreux, oh la. Ligiio^veit de grands magasins dé manitipns et de vivres* Alors le légat,, la duchesse de Mqntpensiçi* ^t les S^îfte pressèrent Mayenne de tenter le $ort dVnel)ataille : Ve^altsAioo des Pajrisiens leur faisoit croire qui^ la victoire ne seroit pas douteuse , et ils e$péroient anéantir d'un seul coup le parti royal ^ sur lequel leur armée avoit Tavantage du nombre. MaJ3 le Ueuteuant'général voy^t d'un autre odil la si-»
iSgo. tuation des choses : le souvenir des combats, d* Arques lui inspiroit des inquiétudes sur une nouvelle lutte; et ses troupes y composées en grande partie de volontaires peu habitués au métier des armes, né lui donnoient pas beaucoup de confiance. Cependant , obligé , sous peine de se décréditer entièrement , d*obéir au vœu de son parti, il marcha vers Dreux, et Henri IV vint lui présenter la bataille dans les plaines d'Ivry. Les ligueurs donnèrent d'abord avec cette ardeur qu'inspirent les haines politiques ; mais, repoussés par le Roi, qui, payant de sa personne, se montroit par-' tout avec une présence d'esprit admirable, ils plièrent bientôt, et presque tous auroient été exterminés, si le monarque n'eût dofmélWdre deles épargner [i4 mars]. Après cette bataille , qui faisoit tant d'honneur à l'armée royale, et où Henri IV s'étoit exposé comme un simple soldat, le maréchal de Bu*on lui dit : « Sire, <c vous avez fait le devoir du maréchal de Biron, et le ce maréchal de Biron a fait ce que dey oit faire le Roi. » — (c Monsieur le maréchal, lui répondit modestement « Henri , il faut louer Dieu , car la victoire vient de «c lui seul. »
Les Parisiens attendoient la nouvelle d'une victoirç décisive, lorsqu'ils apprirent que leur chef avort été complètement défait: la -consternation succéda aux plus brillantes espérances; et ils s'en prirent à ceTni qu'ils avoient forcé de soutenir une lutte inégale. Mayenne n'osa rentrer dans Paris :' iV partit pour la Picardie, afin d'implorer le secours du ^Hnce de Parme, dans le cas qh le Roi voudroit assiéger la capitale, et il laissa le commandement de cette ville an duc de Nemours^ son frère utérin, je'une* prince
DEPUIS i547 jusqu'en 1 594* aSg
doué d'un grand courage et d'une constance iné- iSgo. branlable, mais qui, égaré par une ambition aveugle, s étoit entièrement livré à la faction populaire de la ligue. Pour que cette démarche , à laquelle les circons- . tances contraignoient le lieutenant-général , n'eût pas l'air d'une abdication , il confia aux Seize la garde de ce qu'il avoit de plus cher : sa mère y sa sœur , safemine^ ses enfanSy restèrent dans laville, qui avoit à redouter toutes les horreurs d'un siége« «
Les Parisiens s'attendoient d'un jour à l'autre , à v.Qir paroitre l'armée royale sous leurs murs : mais il. fut. . impossible à Henri IV de profiter de sa victoire. Plusieurs, seigneurs le quittèrent sous le prétexte d'aller recueillir des fonds dans leurs propriétés; et il fut obligé de se borner à prendre quelques petites villes d'oil la capitale tiroit ses approvisionnemens. Espérant que y après une défaite , la Ligue seroit plus disposée . à se soumettre ^ il chargea du Plessis Mprnay , l'un des Protestans sur la fidélité desquels. il comptoit le plus, d'çntamer une nouvelle négociation avec Yilleroy. : Ces. deux seigneurs se virent à Mantes , et ne purent s'entendre sur les premières bases d'un accommodement Le Catholique démandoit que le Roi se fit aussi*tôt instruire^ et soutenoii qu'il ne ponvoit choisir un moment plus favorable que celui où il venoit de rem-^ porter une victoire ; le Protestant exigeoit que préalablement les rebelles reconnussent l'autorité légitime : VilLeroy faisoit obs^^er que si l'on poussoit le lieute*^ naiitgénéral^ ilse jetteroitentreles bras des Espagnols; mais du Plessis connoissoit trop Mayenne, pour le cs(Àpe: capable d'un acte de désespoir qui l'auroit entièrement perdu.
^^O INTRODUCTION AUX XÉMOI&BS
iSgo. Cette négociatiot) n'ayant eu aucun résultat ,
Henri IV , doial Y Armée étoit devenue plus nombreuse, résolut sérieusement 46 faire le blocus de Paris. U es^ péroit réduire par la famine un peuple peu halûtué aux priva tipns , et s'épargner ainsi la douleur dé Fexposer aux suites funestes que pouvoit avoir une attaque de vive force. H fermadonc to«ites les communications dans les premiers jours du mois de mai. Les Seize et les prédicateurs y qui partageoient leurs sentimenS; excitj^rent les Parisiens à opposer à leur Roi^ qui vouloit ipéni^F leur sang^ une rési3tan]ce désespérée. Le duc de Nemours jura aux pieds des autels , de ne consentir à aucuiie capitulation : ta duchesse de Mont* pens^er, sa sioeur^ parcourut les rues, harangua le peuple , et eonkmuniqua son exaltation aux cœurs les plus timides. Le légat prodigua' les solennités religieuses y ^Qn de redoubler les ^larmes des Catholiques de bonne foi: les ecclésiastiques séculiers, les moines <ie tous lies ordres y parurent en armes ; et cette ville qui, au milieu des troubles dont la Frsmce étoit désolée depuis tant d'années , n'^avcit presque pas éprouvé les nialheurs de la guerre,, fut tout^à-'Coup disposée à an: supporter av^ec courage les calamités les plus iterril^les. ^
Oj> apprit alors la . moit du cardinal de Bourbon , ijpie la Ligue reconnoissoit pour roi sous le nom de Charles X [9 mai]. Ce prince avoit terminé ses jours idans le château de Fontenay^, oà Henri lY l'avoit fait transpoiter : éloigné des .séductions qui avoieirt ^aré sa vieillesse, il fit à ses derniers momens des vœux pour le triomphe du monarque dont on avoit voulu lui faire usurper les droits. Cette mort , qui semr
jDEPXJxs .154.7 Jiîsq^'ew ïSgi. a4i ▼
bloit délivrer Hçpn |V d'uix compétiteur, ne produisit . iS^o* cependant pas en sa faveur Tefifet qij^'op. auroit dû a^-n tendi^e :. le cardinal aVtoit qu'un fantôme , devenu . depuis, long- teoips inutile au parti dont il avoit un mo.^ , mçnt servi, les prp}^ : ildisparut $aas que cepaiti en ressentît aucime secousse. • . .
Le blQcus de Paris çontini|a pendant les mois de ■ juiQ et. de juillet. Le besoin de vivres se fit, d'abord pea.sçutir k la, multitude , parce que les chefs ordour oèreiit qu'on lui distribuât toutes les. provisions .qui existoientchçz lesjriches et ds^n&les couvens. Le légat et. l'ambassadeur d'Espagne se décidèrent en même . temps k d'énormes sacrifices. Ce dernier vendit sa vais^ . selle, et <ç fit battre , dit un /contemporain ', une grande <c quantitj^ de demirsols marqués au coin de son roy, . « qu'il faisoit jeter dans les carrefours.au plus simple « peuple, lequel crioit par les rues: f^wePhiUppelI ! >r Mais Cfes ressources , dont on n'usa pas avec économie^ : s'épuisèrent bientôt- Alors la famine exerça ses ravages si^r une population de plus de deux cent mille ames^ . les maladies s'y joignirent; et. ces deux fléaux pro*-* . dui$ii*ent une affreuse. mortalité. Lesmalheur^euxhabiy^My apimés par le& Seize, montrèrent une constance qu!on n'auroit jamais attendue d'un peuple- amolli depuis long*temps . par l'exemple d'une* Cour volup*- . tuéjuse. Ils s'imposèrent avec résignation et patience > leçplus douloureuses privations, et la.nécessité leui? . fit cl^ercber des alimens dans des objets propres à exciter le d^goi^tet l'horreur. Après^avoir dévoré l'herbe d^s J9jrdips> ainsi; que tous^ les animaux qui pouvoient , leur §c^ir de nourriture , quelques-uns eurent recours aux os des morts, dont iU formèrent uiie sorte de mets 20. i§
/ a4^ IVTAODtJCTION AtrX MÉilOIIlEB
iSqo. en les pulvérisant^ dans Tespoir, ou d'appoiter un soulagement momentané à la faim qui les consumoit^ ou de hâter une mort à laquelle ils attachoient Fidëe du maityre. L*uniqae consolation qu'ils eussent cônsistoit en quelques lettres de Mayenne que la duchesse dé Montpensier fàisoit répandre avec profusion , et dont il résultait que le prince de Parme vièndroit bientôt, à la tête d'une armée èsjpâgnole , faire lever le siège. -Mais cette délivrance -étoit encore éloignée.
Henri IV profita des loisirs que lui donnoit le blocus pour s'attacher le chancelier de Cheverny , l'un des serviteurs les plus distingués de son prédécesseur.' Retire dans sa terre d'Esclimont / Cheverny y recevoit in* diffôreaiment les royalistes et lès ligueurs , et son caractère doux et conciliant lui cônservoit des amis dans les deux partis. Non-seulement il pohvoit contribuer puissamment à les rapprocher, mais sa présence étoit nécessaire pour donner quelque régularité au conseil qui accompagnoit le Boi : ce conseil, composé presque entièrement de militaires , et ayant à sa tête le duc de Nevers et le mai'échal: dé Biron, ignoroit les lois du royaume, et rendoit souvent des décisions qui leur étoient contraires. De Tbou , beau-frère du chancelier^ fut donc chargé de l'inviter à reprendre les sceaux. '
Cheverny ne quitta qu'avec regret une retraite où il avoit su se mettre à l'abri dés guerres civiles : il vint trouver Henri IV à Âubervillier, entre Saint-Denis et Paris. Le Boi s'avança au devant de lui : « Vous soyez c< le nûeux que très-biep venu , lui dit-il en l'émbras^ 4c sant et avec cette affabilité qui lui gagnoit tous la « c<£urs; \e suis assez content, et me tiens maintenant « assez fort puisque je vous ay près de moy , estimant
DEPUIS l547 JU8^U*Elf 1594. ^43
ft qu'à votre exemple tous les officiers de ma Couronne, i Sga
«et tous les bons François me recognoitront pour
K leur roy , et me viendront bientôt servir, m*assu*
« rant cependant tellement de vostre fidélité, de vostre
« expérience et conduite, que j'estime déjà toutes mes
« affaires restablies comme je le désire. » Il prit les
sceaux des mains de d'Ârmagnac, son premier valet de
chambre, et les nemit à Chevemy : « Monsieur le chan^
« celier; poursuivit-il, voilà deux pistolets desquels je
c( désire que vous me serviez , et que je sais que vous
« pourrez fort bien manier : vous m'avez avec eux faict
« bien du mal plusieurs fois, mais je vous pardonne,
« carc'estoit parle commandement, et pour le service
« du feu Roy mon frère : servez-moy de mesme, et je
« vous aimeray autant et mieux que luy , et croiray
« vostre conseil ; car il s'est mal trouvé de ne l'avoir
« voulu suivre. »
Le chancelier, qui avoit eu connoissance des négociations de Yilleroy , son ancien collègue dans le mi-^ nistère , engagea , comme lui, le Roi à se faire instruire ; et il obtint qu'en attendant des circonstances plus favorables, le service divin suivant le rit catholique seroit célébré au quartier du monarque. « Inconti- « nent, dit-il dans ses Mémoires, nous receusmes la a musique de la chapelle royale, dont monsieur l'arec chevesque de Rourges prit la charge , pour à la suite a de la Cour dire tous les jours la messe du Roy, et « faire des prières continuelles pour sa conversion et R conservation. » Cette concession , qui faisoit espérer une conversion prochaine, produisit le meilleur ejBTet panni les Catholiques royalistes, et déconcerta pouc lie moment les intrigues du Tiers parti.
' â44 US^TRODCrCTION AUX 'MÉtfOI&ES
%Sqo^ Le 24 juillet , Henri IV attaqua et prit tous les fau*
bôuFgs de Pa]:is : les habitans / resserréls dans une enceinte plus étroite, et livrés à toutes les horreurs delà famine et de la contagion , commencèrent à perdre courage. Les Seize punirent de mort ceux qui osèrent parler de se rendre ; mais ils ne purent résister au vœu général, qui demandoit que du moins on négociât avec le Boi. L'évêque de Paris et l'archevêque de Lyon furent chargés de cette mission par le conseil de la Ligue : ils virentle monarque dans Tabbay e Saint-Antoine [4 août] ; et leurs propositions, qui oonslistoient et ce que là yille de Paris fût médiatrice de la paix du royaume ^ ne purent être acceptées. Leur retour , sans avoir rien obtenu, aurdit causé une révolte générale contre les Seizç , si Ton n^avoit pas reçu datis le même moment la nouvelle certaine que le prince de Parme alloit enfin se mettre en marche pour faire lever le blocus.
Ce long siège, où Tarméé royiale p^avoit combattu qu'à l'attaque des faubourgs^ avoit amolli dés guerriers, ' habitués depuis long-temps à une activité continuelle. Liés liens de la discipline s'étoient relâchés parmi eux, et plusieurs, ayant à Paris d'anciennes connoissances, n'avoient pu résister àla tentation d'y faire passer quelques vivres. Les princesses de Lorraine avoiént profité de cette disposition des assiégeans, et pendant que le ' p«iupTe, dont elles excitoient la résistance opiniâtre, pi^rissoit de misère et de faim, ell^ recevoient des secours de quelques généraux royalistes avec lesquels elles avoient eu autrefois des relations de société ou des liaisons de galanterie. Le Roi lui-même cédoit à Hmpulsion qui entratnoit ses officiers et ses soldats : il perdoit auprès de la^ jeune abbesse de Montmartre des mo-
DEPUIS i547 jusqu'en 1594. a45
mens qu'il auroit dû consacrer aux soins assidus qu'cxi- i Sgo« geoit sa position : d'ailleurs la bonté de son cœur ne lui permettoit pas d'être insensible aux souffrances des habitans de sa capitale : il donna d'abord des saufconduits aux femmes et aux enfans qui voulurent ensortir ; puis il étendit cette faveur aux ecclésiastiques et aux jeunes étudiant de l'université : il suffit par la suite aux plus ardens ligueurs d'être recommandés par quelques royalistes y pour obtenir la même gi^e; Telles furent > à Ce qu'il paroît, les causes de l'obstihafion des Parisiens ) qui conservèrent leur ville jusqu'au mo ment où le prince de Parme vint la secourir.
Ce général s'étoit avancé dans le royaume avec beaucoup de précaution : il arriva le 2? août près de Meauxy et, en évitant adroitement un combat^ ilfor^ Henri IV à lever le siège. Il repartit ensuite pour 'la Flandre , barcelé sans cesse par l'armée royale , qui le suivit jusqu'à la frontière. Le Roi, ayant été obligé de congédier une partie de ses troupes ^ fixa pour quelque temps son séjour à SenliS) où, de concert avec Cheverny , il s'occupa, de donner à son gouvernement une forme régulière : entouré de Catholiques et de Protestansy qui continuoient de se haïr, il avoit besoin de toute son habileté pour les tenir unis.
Mayenne rentra dans la capitale y sans obtenir au« cane acclamation d'un peuple auquel il avoit procuré un secours si taixlif.Cependant, soutenu par lé conserl' de l'Union, qu'il avoit comppsé d'hommies modérés; appuyé par 1q parlement, qui commençoit à s'effrayer des ifureurs populaires, il reprit toute son autorité. Le premier usage qu il en fit , fut d'ôter le gouvernement , de Paris au duc de Nemours , et de le confier au feune
^46 Ill{TROJ)VCTION AUX MÉMOIRE»
i5go. duc d'Aiguillon, son fils, auquel il donna pour lieutenant et pour guide, le comte de Belin, royaliste . secret. Il abaissa ensuite le pouvoir des Seize en distribuant les emplois municipaux à des personjties ^nemies des excès , et du dévouement desquelles il étoit sûr. La faction y qui %voit dominé pendant son absience; se plaignit amèrement de ce qu 'pn tràitoit ainsi ceux h qui la Ligue devoit son salut , et elle médita des vengeal^ces horribles;
VillHi'oy étoit arrivé à Pari s avec le duc de Mayenne : il nous a laissé un tableau très-curieux de cette ville, après un siège qui avoit coûté la vie à plus de trente mille permîmes. « Quoique les babitans, dit-il, eussent f( toutes occasions de nous recevoir joyeusement, en ^ considération de leur délivrance, et de la gloire par « eux acquise en la défense de lem^ ville, toutefois ils « estoient si combattus de la faim et des maux quils fc av oient .soufferts, qu'ils nous regardôient d*ùn oeil « plus pitoyable qu'allégé ; ni plus ni mojins que ceux « qui sortent d'un péril contre leur espérance, sont m encore plus estonnés que joyeux, sentans plus le « mal qu'ils oat enduré, qu'ils ne rçcognoissentle biea ' fc qui leur arriva , et sont si troublés d'appréhension « et de douleur, qu'ils mépriseM leur délivrance. Mais m comme tels accidens font teijtrs -efiects, selon la na- •c ture et dispositi4)n.4es cœurs où ils agissent, nous 4c en remarquions aussy sortir plusieurs de cette ago-^ ic nie, transportés de rage et d'une ardeur effrénée de « se venger, et malfaire à un.çhascun; et les autres si « niattés du passé et suCcès'de l'ayenir , qu'ils avoient fc honte de ce que les autres faisaient ^oire, et ne « pouvoientnou®surder, ni nous èux> sanssouspi-
DEPUIS l547 JUSQU^EH l^Q^* ^^']
« rer. » Ainsi d'un côté rabattement le plus tnornci i5go. de l'autre le fanatisme le plus ardent se partagooient cette malheureuse ville.
Villeroy, en s'étonnant de la patience qu'avoient montrée les Arisiens, observe très^bien /que, dans dés temps ordinaires^ ils. se seroient livrés aux plus grands excès y si les marchés eussent été deux fois dégarnis : «mais y ajoute-t*il, les maux qui nous arrivent par f( force, se supportent plus doucement que ceux que ff nous estimons, noas advenir par quelque faute du K gouvernement, chaàcun se résolvant d'endurer ce tt qu'il ne peut éviter. »
Sixte-Quint , qui avoit vu avec peine que Gaétan se fôt écarté de ses instructions, et qui avoit formé le projet de le rappeler, étoit mort le a 7 août , au moment de la levée du siège de Paris^ Il avoit eu pour successeur le vertueux Urbain YII , disposé à tout faire pour rétablir la paix en France; mais ce pontife n^ayànt régné que onze j ours , le fougueux Grégoire XIV , partisan déclaré des Espagnols, étoit monté sut le trdne de s^int Pierre. Instruit par Gaétan , qui étoit revenu à Rome , de l'état oik se ttouvoit la Ligue ^ Grégoire employa les trésors amassés par Sixte-Quint, à lever des troupes contre Henri ÏY, et il mit à leur tête Hercule Sfondrat , son neveu , auquel il donna le titre Gheveniy, de duc de Monte Marciano. En même temps il fit par- De Thou. tir pour la France , en qualité de iM^nce extraorcHnaîre , o^Uaume* • Marsillo Landriano, évéque milanais,. $«ljet de Phi^- deTavanûes. lippe II. Ce prélat devoit fieqônder Philippe de Séga, Villcroy, cardinal de Plaisance, à qui Gaétan avoit Iwssé les fonctions de légat.
Le duc de Nemours ^ ^n perdant le gouverbement iSgi.
27}.^ IKÏAODUCTION AUX MÉXOt&BS
tSgf* de Patis, âyoil obtenu celui du Lyonuaîs et du Usa* ^ piiiné : il s^ rèbdBt au grand regret«^dés Seize/ et Mayenne, qui leur étok odieux, partil poar âoîssoiM f d'oil il entama encore avec k Roi des négociations ^lû ' n'eurent aucun résultat Pendant rabsei4e de ces deux cHefé, sur lesquels les factions qui partageoieni la Li* giie fondoiént tontes leurs espérances, le*cli^vaUer d'Âùmaley neveu de, Mayenne, jeune homme ardfent let téméraire, voulut se distinguer par une entreprise aussi hardie que périlleuse , qui dev<Mt en même teiilps lui procurer roccasion de revoir une femme qu'il ai- ' moit , et dont il étoit depuis lông^temps séparé. Âc-' compagne d'une troupe foîble, maisdét^minée, il surprit au milieu de la nuit la ville de Saint^Denis , qui appartenoit iaù Roi, et oil se trouvoit sa maîtresse [3 janvier]; « A peine fut-«il le maistre, dît un «CDU-' «c temporain, qu'il s'amusa avec cette femme, qnis'ap^ :*<( peloit La Raverie : surpris à son tour par Duvic, <t gouverneur pour le Roi , ses troupes lurent chassées , « il périt dans le désordre , et il eust esté impos&ible '« de. le chscenmaTv des autres, morts, si La Ravérie ne «c l'eust elle-*mesmé trouvé et reconnu au moyen des « cfai&eâ d'amour qu'elle lui avoit depuis loqgrtemps te gravés et figurés dans le bras. » . * ■ ■* ' Cet échec , qui ne pouvoit être attribué qu'à Timpru^ dence du comte d'Aumale, fit concevoir à Henri^IV ridée d^essayer suf Paris une entreprise mieux concertée. Ayant £iit déguiser en- charretiers un certain nombre de ses partisans les plus intrépidé», il leur ordtona de se présenter le ao janvier, de grand matin , a la poiie Saint-Honoré, avec des voitures de farine , et de s*^n- })arer de cette porte ^ leilr promettant qu'il teroit lui*
BEFVIS l547 JUSQU^Efr i5^. ^49
même à peu^dè distance pour les soutenir. Mais le. ^Sgi, cbc â*AigaiUon fut averti: à Jtempsj et les prétendus chan^liers trouvèrent la porte murée. Les Seize mirent à profit la xnrainte que cette tentative ijispiiia aux Parisiens : sous le prétexte d'assurer la, conseivation de la viUe contre les trahisons qui pourroient être trani(ées par les Royalistes > ils y firent entrer une garnison ;es* pagnole, dKsposée à les seconder dans les attentats qu'ils méditoient * î; '
Le Roi, n ayant plus Fespoir de surprendre la capitale/résolut d'assiéger Chartres , ville où là Ligue tivoit d'immenses magasins. Il éprouva une résistance opiniâtre y et ce ne fut qu'au bout de deux mois qujl amena. les hafaHans à capituler [is avril]. Maître; de cette ville, alors très^foitifîée, il y établit les évéqùeS qui avoieut embrassé sa cause, et vint se.fixer à Man^ tes, où il appela le cardinal de Vendôme, afin de sur-? veiller ses démarches. Ce prélat, que le Tiers parti reconnoissoit pour, chef, et qui, depuis la mort dû prétendu roi -des ligueurs , avoit pris le titi;e de cardinal de Bùttrbon, cpntinùoit de fomenter le méeontentement. dés. Catholiques royalistes. Uqe mesure que Henri IV fut obligé de prendre en faveur des Protestansqui formoient sa principale force, entraîna le cardinal dans, de nouvelles intrigues. :. . . * . Ma^^ la protection bien naturelle que le monarque accordoit aux'Protestans, aucun acte ne leur assuroit la liberté de religion, et ils avQient lieu de craindre, qu'après la paix, les Catholiques n'exigeassent l'exécutiûnde l'édit de réunion qui les proscri voit : ils de-, mandèrent donc , et ne tardèrent pas à obtenir, que le roi régnant remît en vigueur Ic: dernier édit de tolé-^
250 IJNTRODUCTION AUX MÉMOIRES .
i5gi. rance que Henri III avoit rendu avant d'être dominé par. la Ligue. Cette garantie, réclamée vivement par les anciens compagnons de Henri IV , éprouva dans le conseil l'opposition la plus forte , de la part du nouveau cardinal de Bourbon, qui, n'ayant pu faire prévaloîr.son avis, entama des négociations avec Yilleroy et les ligueurs modérés. Il s'agissoit 4'engager de non-* veau le Roi à ne plus difierer sa conversian, et de le menacer de l'abandon des Catholiques, s'il refusoitde souscrire à leurs prières. Ces intrigues , qui furent facilement déconcertées, eurent l'inconvénient de retarder cette conversion, qui ne devoitpoint être.reiFet de la contrainte : mais, elles procurèrent en même temps un grand avantage à Henri IV, celui de xapprocher les Catholiques des deux^partiis, et de diminuer les pré-» ventions qu'ils nourrissoient les uns contre les autres^ depuis le. commencement des guerres civiles.
Cependant Landriano, nonce extraordinaire de Grégoire XIV, étoit arrivé à Bbeims, ville soumise à la Ligue : il y publia un monitoire«par lequel il ordoiinoit, sous peine d'excommunication , aux Catholiques royalistes d'abandonner surJe^-champ un prince hérétique et relaps. Cet acte violent dépfait au parlement de P^ris, qui fut cependant forcé par les Seize à l'enregistrer et à le proclamer : le parlement de Tours le brûla, en relevant avec aigreur la foibl^se des magistrats de la capitale r une guerre de plume s^engagea entre ces deux cours souveraines; et elles lancèrent Tune contre l'autre des arrêts furieux , selon la cha-leur du-tèmps^
' Su^ ces entrefaites, il arriva un événement, qni^ ^eux ans plas tôt, aurcùt pu donner à la Ligue la plus
DEPUIS i547 jusqu'e» i594- ^5i
grande force, mais^ qui ne fit alors qu^aragmenter les divisions qui la dëehiroient. Le jeune duc de Guise, qui, depuis Fassassinat de son père aux états deBlois, étoit gardé avec soin dans le château de Tours, parvint à s'échapper [5 août ]r Les historiens racontent qu'il mit beaucoup d'adresse à tromper la vigilance de ses gardiens : quelques mémoires particuliei'S prétendent qu'il dut sa liberté à une double intrigue d'amour» Suivant ces derniers , la duchesse dé Montpensier, qui avoit pour lui des sentimens plus passionnés que ceux d'une tante, et avec laquelle il entretënoit une correspondance secrète, ayant appris qu'une des dames de la reine Louise, veuve de Henri III, retirée alors à Chenonceaux , étoit aimée de Roùvray, gouverneur du . château de Tours , décida cette jeune femme à exiger de son amant qu*il fermât les yeux sur l'évasion du prince. Cette trahison de Rouvray, dont les liaisons étoient connues , fut soupçonnée par le premier président de Harlay ; mais les preuves disparurent : le parlement de Touts informa vainement contre lui : ses amis répondirent de son innocence ; et, grâce h l'excès* sive indulgence qui des deux côtés régnoit dans ces temps de trouble, il ne fut pas même arrêté.
Si le jeune duc de Guise n' avoit pas été enfermé immédiatement après la mort de son père, il est probable que la Ligue l'eût préféré à Mayenne, et que, guidée par un jeune homme ardent , elle auroit été plus redoutable que' sous un chef fort circonspect : la duchesse de Montpensier auroit exercé sur son neveu Tascendaiit d'une femme habile, passionnée et encore séduisante ; tout le paili se seroït rallié autour de ces deux personnes , qui avoient juré aux Prdtefilans ttne
iSgi.
â52 INTRODUCTION AUX MÉMOIRES
i5gi« baine implacable;. et une lutte dé}à si terrible auroit été une guerre d*e:^ermination. Mais au moment où le duedeGaise.sortitcleprispny Tantoritë de Mayenne ëtoit solidement établie; le conseil de TUnion et le , parlement de Paris lui étoient dévoués; Villeroy. et Jeannin dkîgeoi^nt ses affs^ires avec dextérité ; et il possédoitla confiance de tous les Catholiques honnêtes qui avoient a<Uiéré à la Ligue. Il ne restoit donc au jeune prince que la faction des^ Seize , irritée contre le lieutenant-général y dont elle détestoit la modération ^ forte par Tappui des basses classes du peuple ^ qu^elle égaroxt^ mais incapable de lutter long-temps contre la masse considérable de ceux qui désiroient la paix, pourvu que le sort de là religion fôt assuré. I>'après ' les conseils, de ses partisans^ le duc de Guise ne vint point à Paris^ oti il n'auroit obtenu qu^un triomphe stérile : il. se rendit à Tarmiée de la ligue , qui , ayant à sa tête le duc de Mayenne, étoit campée près de Rhé- ;tel; et il se flatta en vain de la séduire.
X<es Seize, ne doutant pas qu'il seroit bientôt le chef du parti catholique, voulurent lui aplanir les voies par. les attentats qu'ils niéditoient depuis long-temps. Leur projet étoit de dissoudre en même temps le conseil de rUnion, le parlement, le corp» municipal, et de. les composer ensuite d'hommes de leur faction. Pour y parvenir plus aiséinent^ eu répandant une grande terreur, ils résolurent de livrer au dernier supplice trois hommes dont ils redoutoient Toppositioa courageuse. Barnabe Brisson , qui avoit eii la foiblesse d'accepter les fonctions de premier président après . l'arrestation d'ÂchiUe de Harlay, parôissoit depuis Ipng-temps revenu de ses erreurs : il rendoit au Roi
DEPUIS l547 JUSQÙ^BN i594^ 253
des sarices secrets, protégeoit ses partisans lorsqulls ' iSgi^ étôient accusés, et employoitr son influence dans la magistrature à faire revivre les anciens principes de la monarchie. Secondé par Cla^ideLarcher, consdller au pai lément, et par Jean Tardif, conseiller au ptésidîal , il étoit parvenu à ramener un grand nombre d^hommés de toutes les classes* Ce fut conti'e ces magistrats , ijiii se trouvaient dans une position équivoque, parce qu'ils servpient une cause qu'ils' avoient autrefois trahie, que les Seize dirigèrent d'abord leiir fureur 9 et cet- arrêt de proscription fut exécuté le i S novembre., sous les yeux de la garnison espagnole , introduite dans la ville quelques nàols auparavant. |
Brissob, arrêté le premier, fut conduit au Gh^elet; où se trouvoient quelques-uns des Seize, qui se déda^rèrent ses juges: après quelques minutes d'interroga^ tdre, on le pendit à une poutre. Larcher et Tardif, amenés successivement, subirent le âiéme sort^ Tou6 trois avoient la réputation d'être de grands jurisconsultes ; et Brîfison , voyant là mort présente, n'àvoit éù d'autre regret que de ne pouvoir terminer un ouvrage dedroitqu'ilregardoitcommeun chef-d'oeuvre% « Après «l'exécution, dit un contemporain, Crucé, l'un des ' «juges, fit venir trois crocbeteurs avec leur^ cro* « chets, et Texél^tcur mit:sur chascun d'eux lesdits «sieurs morts, tout. debout, nuds en chemise, ayant « chascuiileur^criteaU pendu au cou : ceux qui virent « cette action la trouvèrent merveilleusement piteuse « espouvantable. Les Seize pensaient que ce spectacle « feroit soulever la multitude en leur faveur ; mais àk c( les Espagnols ni le peuple ne s'en esQDeurént poifitr (( chascun alloit les voir : aulcuns haulsoient les es-^
a 54 IKTRODUCTIOH AUX 3CÉUOXEE8
iSgi» ic paules sans dire mot; d'autres blasmoient cet acte; « Aulcune émotioa n'eut lieu. La nuit du 17^ Vexé-t( cuteur.osta les corps , et les vendit aux ve vives et aux <( enfans des dits sieurs morts. »
Cet attentat, qui consterna Ja capitale, excita la campassion d'un grand nombre de Royalistes : « Plu* tt sieurs, observe de Thou, furent touchés de la fin «( malheureuse de ces mtàgistrats ; quelques-uns cepen« «. dapt crurent >que la république des lettres y avoit « plus perdu que VEstat , peu surpris de voir périr le ff président, puisque, aux dépens de son honneur, il « avoit mieux aimé vivre avec les ligueurs, et occuper « parmi eux une première charge qui ne lui apparte* « mHt pas, que de suivre le party de son Roy , et de se « contenter.de la jdace qu'il pouvoit; occuper en sûreté ce avec ses conir^es. » Cette réflexion sévère d'un écri*vain aussi modéré que de Thou , prouve que le .parle^ ment de Tours nourrissoit encore une grande aigreur contre les magistrats qui avoient adhéré à la Ligue, et qu'il n'étoit pas disposé à les plaindre, lors même qu'ils, périssaient victimes d'un sincère repentir.
Mayenne étoit près de Laon avec le jeune duc de Guise, lorsqu'il apprit la nouvelle des excès auxquels les Seifee s'étoient portés. Instruit de l'effet qu'ils avoient produit dans la capitale, il prit sur-le^-cbamp le parti de. s'y rendre, dans l'intention défaire un grand exem* pie. Ayant donc laissé sous la garde du président Jei^nnin, son neveu, qui n'avoit pu réussir à se concilier l'armée, il se mit en route avec un corps d'élite, ^t amva .dans la soirée du aS novembre à l'abbaye Saint-Antoine, où. il établit son quartier. Après s'être concerté avec le conaeiL de l'Union , qui, ainsi que le
DEPVI5 i547 3^sqvzx iS94« a 55
parlement y avoit été exposé >aux fins gtands dangers ^ i5gi. et s^étre assuré des dispositions presque unanimes des habitans, il entra la nuit même dans latvilleé Dès le lendemain^ n'ayant >rien à risdouter des Espagnols, qui avoient ordre de le reconnoitre comme le cbef de laLigue, il fit arrêter Louchard, Ëmmonot, Henroux et Ameline, qu'on àvbit vus %urer parmi les juges de Bris^on. Ges quatre forcenés funent amenés dans une salle du Louvre/pendns aux solives ^ et l'exposMion de leurs corps sur la place publique annonça <que désor^ mais lés crimes ne seroient pas impunis*^ Cet acte dé rigueur fût immédiatement suivi d^une abolition qui tt« râi^sura point les Seize : le conseil de l'Union y etr le parlement , dont la présidence fut confiée à Le Mattre^ reprirent leur autorité ; et le premier usage qu'ils en filant, fut de défendre y sous pmne de m<M*t , les asgem-^ blées secrètes. »
Dès ce moment y la Ligue n'eut plus ni force ni union : les Sei^e conçurent pour le> duc de Majretme et ses partisans une haine encore {dus fotte que -celle qu'ils poitotent aux Royalistes. Des sotipçons odieux^ des défiances réciproques, divisèrent des hommes qui jusqu'alors avoient en apparence marché dans la même ligne ? les ligueurs modérés se rapprochèrent davan^ tage des Catholiques qui suivoient le parti du Roi ; et si les Espagnols n'eussent employé tous les moyend poui* entretenir ce feu qui tendnit à s'éteindre, Henri IV n eût presque plus éprouvé aucun obstacle.
Cependant' ce monarque y matlre de presque tonte la Normandie,' avoit entrej^s le siège de Rouen, o^ commandiRt VillaFs^ V\m des généraux le^ plus câè^^ bres de la Ligue j et Mayenne, craignant pour cette
ifigi*
De Thou.
âS6 invi^vocTïwx Â.vXMàmom^
ville, dont la'soumisskHii actrok ^htralmf .celle de la «a{>itale| ^enoit d'imploi^cde nouveau leasecom» du prince de Parme* Dans lesi premiers fottts de ce âege, Henri lY apprit la mort dun semteur poqr^ lequel il avok autant d'amitié qued'estme.La Noue, que fious avoua vu se distinguer dèsJecommeifaem^tidefrga^es civiles, par sa grandeurd'ame et sou humanité , avoît reçu un coup mortel devant le châlteau de I^s^mbi^e^ Ua contemporain rapporte que la veille ou le^nt, dans un jardin , cueUlir des branches d^lauriier pour enorneit^on casque, et qu'il dit àim<de ses j^rens : « Tenezy mou cousin, .vo^là toute la-réeômpense qUe Gayetjliv.a. ^ vous-^ moy espëroos, suivant'.le m^^MMT que nous j. ^^^^°y > a faisouâi D Le Eoi pleura ce- guerper,; dont le >éésinlér nessement. ùSmAt un contraste frappant avec Tavidite . de fjresque tous ceux qui le servoient.
^Ge grand prince n'avoit souvent pas * moins à se plaindre des'prétentions' de ses gépâ'aux que>de leur humeur. Daps oedéraiercas, il montaroit une patience hét^oïque, qui,4oin de diminuer le resp^eet qn^on lai devait, ne^aisoit que raugmenter^ parœ qu'elle iiispi-» rait en même temps Fadmiration et Tam^ur. Ppndaut ce si4fji^j entrepris dans la spisou la plus rigoureuse, plusieiiri» mur<nums s'élevdient contre lui^.etCTilkai auqud il avoit dotmé le nom de Brat^eyAoit Fuq dd ceux dont les reproches le fatiguoien|:.le plus. Ce/t*oificier, ayant commis une faute , repoussa par une jus* tification.fprieuseles remontrances qui lui fiueiit^adres* sées : le Roi lui ordonna* vainement 4e sortir j jl rentra <pluiûeui:s foisi^ et ne conséàtit à s'éloigner qu^ lorsqu'il eut exhalé sa rage> Pendant celle scè^e, onavoii m Henri IV pàlii:^ et l'on avoit craint qu'il ne se livrai à
BBPtis i547 jvsqv'eh i594« 2S7
qaelque emportement. La nature, dit-il à ceux qui xSgs. Tentouroîent, ma formé colère : mais depuis que je me^oounois^je me suis toujours tenu en garde contré une passion ijuU est dangereux d^ écouter. « Il est cer-^ «.taÎQy observe de Tbou^ que son tempérament ^ « ses fati§ues.contmuMles, et les différens états de sa « vie y lui avoient rendu Famé si ferme , qu'il étoit , « beaucoup plus m^tre de sa colère que de ses plaift sirs* M^
Le duc de Parme, sollicité par Mayenne^ se mit en marche pour venir au secours de Rouen. Henri IV, ne . voulant pas l'attendre , alla au>-devant de lui avec une foible partie de son armée : il le rencontra près d'Aumale^ et Fattaqua, quoique très-inférieur en nombre» Obligé: de plier après un combat sanglant , il reçut 4iDe blessure en protégeant la retraite de sa> troupe. • Cet échec ouvrit la route de Rouen au prince de Parme > qui fit lever le siège, mais qui fut à son tour blessé dangereusement. près de Caudebec, et contraint à se retirer en Flandre [février]. Pendant cette lutte entre les deux plus grands capitaines de leur temps, Tarmée de la Ligue s'étoit emparée d'Epemay , et menaçoit Châlons , àù, siégeoit une section du parlement roya-^ liste. Henri lY, parfaitement rétabli , vola en Ghanipagne, mit le siège devant Epernay, força bientôt cette l^ce à capituler, et n'eut à regretter que le maréchal Armand de Biron, l'un de ses plus braves serviteurs^ qui eut la tête eniportée par un boulet de canoni Guillaume: de Tavannes, aussi fidèle, mais plus heu« reux, se maintenoit en Bourgogne contre tous les ef^ finis de la Ligue : instruit que son frère le vicomte se . disposoit à marcher contre lui, il écrivit à Henri Vf : ao. i ij
d58 inîKODXJctioxr Auk MÉjtoiii]^
iSgo. « Si mon frère vient à la guerre, comme il en est lé 4c bruit, je la luy feray si ferme, que mes mahreillans À n'auront pas sujet de me blasmer. w En effet , il eut le diagrin de voir le>icomte dans les rafngs opposes: en le combattant loyalement, il conserva pour lui les égards que les liens du sang leur imposoient. ' Un changement favorable à la cause de Henri IV s^toit opéré à Rome dans les derniers mois de l'année précédente : Grégoire XIV, son ennemi personnel^ étoit mort le i5 octobre iSgi, Innocent IX n'avoit régné que deux mois, et Clément VIII, doué d'un caractère doux, conciliant et pacifique, étoit par« v^nu à la tiare. Le nouveau pape, forcé par l'Espagne à suivre encore quelque temps le système de ses prédécesseurs, témoigna qu'il y redonceroit à des condi- . tions raisonnables ; et il souffrit que d'Ossat fàt secrètement accrédité auprès de lui.
Le Roi, délivré de l'obstacle qu'il redoutoit le plus,
continu oit de négocier en faisant la guerre. li avoit à
Paris de grandes intelligences, et presque toutes les
corporations renfermoient quelques-uns de ses parti**
sans. Ayant intercepté plusieurs lettres de Philij^pe IT,
où l'on voy oit évidemment le dessein d'ôter à Mayenne
la conduite des affaires, il les fit passer à ce prince,
qui fut comtrainl; à se rapprocher des royalistes de la
capitale. Ce parti, jusqu'alors timide et caohé, ne
« craignit plus de se montrer : il se recruta de tous les
hommes honnêtes que les cruautés des Seize avoient
révoltés; et bientôt le parlement, ainsi que les autres
cours souveraines, s'y rallièrent, sous le prétexte de
remplir les vues du lieutenant-général. D^Aubray^
dont il est parlé d'une manière si honorable dans la
satJTO ^féi^ppée, en étoit Tuii des principaci^ chefs; et i5ga« les preini^res réunions d'i;n p^i si long-temps exposié a^L plus affreifses persécutions^ eurent lieu dans la |uaiso|^ de pet ï^mïx\e intrépide et dans le couvent de S^inte-G^eviève.
K Les RçyaUste^y dit un contemporain ^ convinrent % a\ors 4e l'ordre quil falloit tenir doresn^vant dans «leurs assemblées^ pojir savoir des nouvelles ^ pour V prendre le signal et le mot du guet, et pour désif a gner Tei^df oit où cfam^Wi^ se .devroit adresser. Ils K disposèrent quatre maispns où tous les jours^ à cer* « taines heures, ils iroient confifrer de ce qu^il fau« « drpît dire et faire* n Ces maisons appartenoient à des bQui^eqis dont Thistoire doit conserver les nomsi^ L^rroadissementdes halles dépendait de Ville^-Bichot^ celui de la Grève, de Marchand; celui du Louvre, de ' Pussard; et celui dp la Cité, le plus important de tous, puisqu*il comprenpit l'Université, reconnoîssoiC d'Aubray, l'un des agens les plu$ influeps de l'entre-* prise. (j'Huili^erf qui devait deu^ ans après ouvrir les portes à Henri IV, se disti^guoit déjà parmi les partisaQs les plus zélés de la cau^e royale;
Quelqufss persQQnes bif^n intentionnées , mais crai«giumt une grande effusion de sang lorsque les roya^ listes s^ déqlareroienty leur proposèrent de traiter avec les fieize , et de prendre pour base de la négocia* tioQ , une so^misçion entière au^ volontés du duc de Maye^pe. )ls s'y prêtèrent volontiei^, quoique sans esppif de ramener des furieux que le souvenir de leurs crimes et la crainte d'en être punis dévoient rendre iaaoeies^bles à toute espèce. d'arrangement Les con^ iereiie#s se tinrent à l'hôtel de ville : elles commencé*
26o INTRODUCTION AUX MÉMOIRES
^592» rent assez tranquillement; mais bientôt les prétentions exagérées des Seize provoquèrent une rupture violente. «C'est trop disputé/ leur dit d'Aubray; nous nous
« faisons tort de parler à vous autres. Qui êtes vous? » et leur montrant l'abolition qu'ils avoient obtenue du duc de Mayenne Tannée précédente , « Voilà, pource suivit-il, vostre reproche sur le front; vous estes ce par Jà, réprouvés, désadvoués et difiàmés; gens- sans «, chef et sans aveu, auxquels sont faites défenses d^ « vous nommer les Seize; et néantmoins vous prenez « ce nom à grand honneur : nous ne devrions pas seu* « lement parler à vous. -^ Nous n'avons que faire, « par la grâce de Dieu , répondit fièrement l'un des « Seize, de l'abolition dont vous parlez, et ne l'avons fc demandée ny poursuivie, ni aulcun des nostres, « cpmme n'estant ' nécessaire et sans occasion. » Les
deux partis se séparèrent plus irrités l'un contre Tau- .tre qu'ils ne l'avoient jamais été.
Leg Seize, ayant intercepté quelques lettres par lesquelles les royalistes prioient Henri IV d'accorder à la capitale la liberté de commerce dotit toutes les classes avoient le besoin le plus pressant, présentèrent «tne^ pétition à Mayenne, et inisistèrent pour que les signataires de ces lettres fussent rigoureusement punis. ft La saison , leur i^pondit froidement le Ireutenant- « général , ne requiert aulcun remuement : cette en- (c treprise ne procède dé mauvaise intention , mais du fc désir «qu'aulçuns bourgeois ont de trouver quelque c( prompt remède pour sortir de leur misère ; ce que «c Ton doit plutôt excuser que punir. » Cette réponse modérée excita la fureur des factieux : il« déclamèrent •outre Mayenne^ qui^ forcé dé peâcher davantage
DEPtJis i547 7usQu*Eir i594- ^^^
vers le parti contraire ^ désigna L'Huilier pour être iSg^. ^ prévôt des marchands l'année suivante.
Alors les Seize, poussés par l'ambassadeur d'Espa-* gne et par le cardinal de Plaisance , demandèrent à grands cris que les états fussent assemblés , afin de procéder à la nomination d'un roi : ils destinoient le trône à l'infante Glaire -Eugénie, que Philippe II avoit eue de l'infortunée Elisabeth, fille de Henri II, et ils espéroient que cette princesse épouseroit le ).eune duc de Guise , leur idole. Mayenne ne s'expliquoit pas sur ce vœu, qui étoit partagé par les ligueurs des pro-^ vinces : entouré d'abîmes de tous côtés, il craignoit presque autant ses amis apparens que ses ennemis, dé* clarés.
Un arrêt foudroyant du parlement de Châlons conr* tribua beaucoup à le tirer de son incertitude {i5 novembre^. Cet acte portoit que la ville oii se tiendroient les estais serait rqsée de fond en comble, sans espénance d'estre réédifiée, pour perpétuelle mémoire àia postérité de sa trahison, infidélité et perfidie* Mayenne ea conclut que les partisans du Roi , libres d exprimer leurs sentimens, n'étoient pas disposés à l'indulgence. Ayant appris quelques jours après la mort du» prince de Parme, qui depuis long-temps engageoit le roi d'Espagne à donner un autre chef à la Ligue, il se vit plus assuré de conserver l'autorité, crut avoir moins besoin des royalistes , et prit la résolution de réunir les états, se figurant avec raison qu'il disposeroit facilement de la majorité» Jeannin obtint qu'ils fussent convoqués à Paris, parce que cette ville, éloignée des frontièi^es, étoit moins exposée aux entreprises des Espagnols, et que, depuis le supplice des meurtriers
!k6à INTRODUCTION AUX MÉMOIRES
Cîievcmy. de Brisson , Fesprit dé révolte s'y trouvoit beaucoup De Thou. affoibli : en \nême temps ViUeroy, de l'areu dû Heu-
Guillaume *. « . i .
deTavannes. tenant •général, continua d entretenir des mations Cayet,liv.4. àvec les Catholiques de l'armée de Henri IV, et préli j ^^^^ ' p^a les conférences pacifiques qtiî eurent lîeu Tannée suivante.
iSgS. Les lettres de convocation des états de la Ligué
furent enregistrées au parlement de Paris le 5 janvier : le sceau ddht elles étoient revêtues te^préselitoit un trône viàc. Les élections furent eti gi'atide partie favorables à Mayenne ; un certain nombre de royalistes s'y glissëreiit^ et l'ouverture prochaine de cette assemblée donna lieu à une multitude d'intrigues âouvelles. La première séance se tint le 26 janvier dans là salle . royale du Louvre, et le cérémonial nous en a été conserve. Le duc de Mayenne étoit assis sur uu trône surmonté d'un dais de drap d'or : à ses côtés Ton Voyoit, dans des chaires de velours crâtùoîsi, les |)rinces de Lorraine et les. ambassadeurs du Pape et de Philippe n : les députés des tï*ois ordres, ceux du parlement et de la chambre des comptes étoiënt placés €n face, suivant leur rang. Au devant dû trône, on VOmarquoit à uïie tablé les secrétaires du duc dé Mayenne et ceux de Tàssèiriblée. « Suivant ToVdre ac- « coustumé en France éz assemblées des estats , ob- « serve un conte^nporaîn^Mês princes sont toujours <t assis sur des bancs endossés et couverts de velours « violet, semés de fleurs de lys d*or, les piliers de la c< salle couverts de mesmé; bref, qu'on n'y voit dé « tous cQstés que fleurs dé lys; et au contraire, en « ceste cy il ne s'y en voyoit point. 3) "On né prononça daus cette séance que des discours d'apparat qui pro-
DEPUIS 1 547 vïiwqu'ek î 5g4. a63
dniôrent peu d'effet; les partis ne se croyant pas en<- iSgS. cûreea état de disposer de toutes leurs forces, il fut convenu d*ua commun accord que la seconde séance ' semit difi&ée jusqu à TaiTivée du duc de Féria. nouvel ambassadeur d'Espagne qu'on attendoit à cn)aique instant- An commencement de mars, Mayaine reçut une lettre «des Catholiques de l'armée du Boi, par la* quelle ils proposoient à la Ligue une conférence ami-» cale, teû.e que celle <loot Yilleroy avoit donne Tidée Tannée précédente. Cette démarche, su^érée par Henri lY, étoit concertée avec les royalistes de la ca« pitale. Un conseil extraordinaire fut aussitôt convoqué pour examiner la proposition : présidé par le lieute-» nant-^énéral^ ii étoît composé des cardinaux de Plaisance et de Pelleté ; de don Diego dlbarra , ministre espagnol ; de deux prélats étrangers attachés au cardinal de Plaisance ; de rarchevéque de Lyon , de Be- Ib) gouverneur de Pam; du vicomte de Tavannes; de ViUeroy et de Jeannin. Les partisans <le l'Espagne soutinrent qu'il ne fàUoit faire aucune réponse à cette lettre ; Mayenne demanda qu elle fût comnniniquée aux états; et, après de grandes contestations, cet aviâ prévalut^
Le duc de Féria vendt d'arriver, et ii parut à là * seconde séance des états, qui eutiieu le ± avril« BanSi son discours, il s'efforça de prouver que Philippe II n'étoit goid^ par aucune vue d'ambition : il dit que ce monarque n'avoit d'autre but que celui de soutenir la religion menacée ; et il 'fit obseiver que cette conduite étoit bien différente de celle que Catherine de Médicis avoit autrefois tenue , lorsqu'elle avoit envoyé le duc d' Alençon en Flandre pour ustn-per <:ette
a64 If^TRODUCTIOll AUX UÉMOmiBS
1593»' principauté avec Taide des hérétiques. Il teroaina^^n lisant une lettre flatteuse de son maître , dans laquelle il appeloit les membres de l'assemblée y nos réi^rens, illustres^ magnifiques et bien ajmés les députés- des estais généraux de France. Ce discours ne fut ap^ plaudi que par les paitisans des Seize ^ qui formoient la minorité. Le cardinal de Plaisance,. malgré; la défaveur que venoit d'éprouver le parti qu'Ufavorisoit^ proposa de prêter un serment par lequel on s'enga-* geroit à ne jamais traiter avec le Roi. Cette propo$itîon fut rejetée y et Ton passa ensuite à la discussion de celle qui avoit été faite par les Catholiques de l'armée royale.
La délibération fut des plus violentes, et les partisans des Seize firent les derniers efforts pour qu'on repoussât le vœu des royalites. Mayenne !se taisoit; ^mais la majorité , instruite de ce qu'il désir oit, imposa silence à ses adversaires, et fit décider que la' conférence auroit lieu. Yilleroy, qui eut beaucoup d'influence sur cette importante décision , explique très- , bien dans ses Mémoires quelle étoit alors la" politique de Mayenne. « Il favorisoit, dit-il/ce rapprodiement; 4!c non, à mon advis, qu'il pensast qu'il en succéderoit a ce qu'il advint, mais parce qu'il n'estoit content, ni <c du cardinal de Plaisance , ni des Espagnols, lesquels ce montroieat plus de faveur à son neveu qu-à. luy, « et avoient des desseins contraires aux siens : il vou- « loit avoir plusieurs cordes en soa arc, pour sq faire ce respecter et s'en servir au besoin , estimant : qu'il ce lui seroit facile de rendre ladite conférence inutile « toutes les fois qu'il vouldroit. ».
. Cette conférence si désirée par les. hommes, honnêtes de tous les partis ^ s'ouvrit à Surenne le aS avril.
DEI^UIS l547 ^USQU.*EN I&94* ^65
L'ardkevéque de Bourges, possédant toute la confiance iSqS: da Roiy étoit le* principal agent des Catholiques de son parti ; et Farchevêque de Lyon ; qui avoit couru les plus grands dangers à Fépoque des meurtres de Bloisy ëtoit revêtu par le lieutenant-généraldes pouvoirs les plus étendus. Les deux prélats , égaux' en doctrine et en éloquence, prononcèrent de longs discours, où ils agitèrent avec habileté les plus hautes (pestions de théologie et de politique. S'ils ne parvinrent point à s'entendre, ils bannirent du moins l'aigreur de leurs discussions, et les députés des deux partis, qui ne purent s'empêcher d'admirer leurs talens, ftt^en^ insensiblement amenés par éux:à se traiter ayec une Cordialité dont on n'avoit pas encore eu jd'exemple depuis le commencement des guerres civiles. Ces dispositions , qui annônçoient pour l'avenir les plosiieureux résultats, exeitèrent la fureur des Seize : prévoyant qu'il séroit possible que Henri IV fût bientôt, reconnu par tous les partis, ils voulurent d'avance anéantir son autorité, et mettre en pratique lés théories séditieuses qu'ils avoient déjà développées aux derniers états de Blois. On répandit en leur nom une déclaration dont les, principaux articles portoient que désormais les états s'assembleroient à des époques fixes; que les. ministres et les conseillers d'Etat seroient nommés par eux ; que pendant les sessions le Koi se tiendroit éloigné de dix lieues, afin que les déli})érations fussent entièrement libres ; et qu'il séroit obligé d'approuver, de confirmer et d'exécuter toutes les résolutions qui seroient prises. Cette espèce d'acte constitutionnel fut attribué à Boucher, docteur de Sorbonne, et à Matthieu de Launay, curé de Saint- Benoit, qui s'étoient fait remarquer par des
266 UrTRODUCTIO» JLVX JCÉKOU»
1 593* sermons pleins de violence (0 : il ne contraria que foiblement ce penchant vers le retour de l'ordre, qui depuis long^temps faisoit à Paris les plus grands progrès.
Un écrit que l'on regarde encore aujcmrd'hui comme Tun des monumens les plus précieux. de la langue française , et qui fut alors publié par les partisans du Roi, fit oublier cette production ridicule. Dirigé noo" seulement contre les Sei^e, mais contre les états de la Ligue, il les couvrit les uns et les autres d'un ndi" cule ineffaçable. « Quelques bons et gentils esprits, « dit . un contemporain, s'esiployeront à décrire la «< tenue et Tordre desdits estats : ils en firent un livre
K intitulé : le Cailikolicon d* Espagne, eu Satire mé* a nippée^ dans lequel, sous paroles et a{légatioD& « pleines.de raflleries, ils bouffonnerent^ comme eu fc riant le vrai se peut dire ; ;ils déclarepent et firent 4c apertement recognoistre les menées, desseins et ar* « tifices, tant des chefs de la Ligue et iEi&pagnals, «c que desdits estats par eux apostés ; en teUe sorte qu'il te se peut dire qu'ils n'ont rien oublié de ce qui peut « servir de perfection à cette satire , qui, bien enten* « due , sera grandement estimée par la postérité* 9
L'effet de çêt ouvrage , qui produisit \sl plus vive sensation 9 fut puissamment secondé par l'avis que le Roi fit donner à l'assemblée de Surenne , qu'il ne tarderoit plus à se faire instruire [16 mai]. Le iQonarque écrivit en même temps à tous les prélats du royaume, pour les prier jde l'aider ;de leurs conseils^ Cette dé-r marche décisive excita les inquiétudes des Prolestans, et le ministre La Faye fut leur ongane. «J^Tous sommes <c grandeipent desplaisans, sire, dit*»ilÀHeQriI¥, de
DEPUIS î547 JusQtj*EN i594- 267
ft vous voir arracher par violence dti sein de nos égli- i5g3, ft ses : ne pehnettez point, s'il vous plai^/ qu'un tel K scandale nous advienne. -^— Si je suivois votre avis, K lui répondit Henn, il n'y auroit ni roy ni royaume <c en France. iFé désiré donner la paix à tous mes su- « jets et le repos à mon ame : advisez entre vous ce qui K est de besoin pour vostre seureté : je seray toujouTs « prest de vous faire contenter. » Ainsi, dans le moment oii il t:ombloit les voeux des Catholiques de bonne foi, il'â'empressoit de dontier des garanties à ses anciens compagnons d'armes. Les plénipotentiaires du lieutenà*nt- général à l'assemblée de Surenne furent frappés d^dnnemènt eh apprenatit cette nonveUe : pour gagner du temps, ils déclarèrent qu'ils ne se soumetlroient ati Roi, que si le Pape le recevoit en grâce. L'assemblée séisépara, mais sans aigreur; et Henri IV, qui sentoit le besoin de continuer les négociations, fit offrir une prolongation d'armistice qui ne fut point acceptée.
Le duc de Péria , se figurant que l'habitude qui exîstoît en France depuis îè commencement de la monarchie, de né point laisser tomber le trône en quenouille, èmpêchoit seule les états de teconnoître l'infante <3làire-Etigériîe, crut lever cette difficulté, en jyroposaht de la marier à l'archiduc Â.lbert d'Autriche, qui deviendroît rôi par élection. Cette ouverture ne contenta |)ei'Sonne; elle révolta lés royalistes, déplnt aux partisans du duc de Mayenne , et ne répondit point aux v^ux des Seize, qui péféroient le jeune duc de Guise k tout autre prétendant.
Dans ceocnèment de mécôirtentement et d'in décision^ le parlemèîïj: de Paris fit la démarche la j^lus noble et la phts baràie. n rendit un arrêt par lequel il faisait
^68 INTRODUCTION ÀUX MÉMOIRES
1 593. remontrance au. lieutenant-général , pour qu'il ne consentît à aucun traité qui pût conférer la. Couronne à un prince ou à une princesse de maison étrangère 9 et pour qu'il remédiât promptement aux maux dont le peuple étoit accablé. Cet arrêt déclaroit nulles toutes conventions faites ou à faire contre la loi salique [28 juin], a Les Espagnols , dit Villeroy^ crurent que ce là. de Mayenne avoit poussé le parlement à cette ce démarche : mais cela n'estoit point; car. ladite jcour «avoit pris ce conseil d'elle-mesme^ mue de: son « honneur et devoir, comme gens qui aimoient mieux <c perdre la vie que manquer à Tun et à l'autre en « cette occasion, en connivant au renversement des « loix du royaume. » En effet , le lieutenant-général reçut mal le président Le Maistre , lorsque , à la tête d'une députation de la Cour, il alla lui présenta cet acte important.
Le duc de Féria, effrayé de la tournure que prenoient les affaires , se servit d'une ruse diplomatique <iui eut un moment quelque succès. Il feignit d'avoir reçu des lettres de Philippe II par lesquelles le. monarque renonçoit à donnée le trône de France à Tarchiduc Albert, et l'offroit au duc de Guise ^ qui épouseroit l'Infante. C'étoit combler les vœux des Seize et de leurs partisans : aussi firent-ils éclater leur, joie; mais la majorité des états n'accueillit point cette, proposition inattendue : les évéuemenis, qui se succédèrent avec rapidité, la firent bientôt tomber dans l'ou- IAÎ9 et cette royauté, fortement soutenue par la duchesse de Montpensier, tante et maîtresse du ^jeune prince, s'évanouit au bout de quelques, jours.
Pendant ces vaines disputes qui agitoient lea états çt les Seize , Hemû IV veiioit de remporter upe vie-
DEPUIS r547 jusqu'en 1594. ' 269
jtoiré près de Dreux, et s'ëtoit emparé de cette ville, iSg?. où les Parisiens avoient placé tl'iinmenses approvisioDnemeDS [5 juillet]. Le lieutenant-général, plus embarrassé que jamais, décida les états à consentir à la trêve que le Roi avoit offerte avant la rupture des conférences de Surenne. Les négociations reprirent . leur activité, les hommes* sages des deux partis se rapproebèrent de nouveau, et le spectacle le plus tou-^ chant confirma bientôt li^i^rs espérances.
Henri IV se rendit le 22 juillet à Saint-Denis, oH il avoit appelé plusieurs prélats : il conféra longtemps avec eux; et -le a8, il parut dans Téglise abbatiale pour y faire son abjuration à la vue d'une foulé immense. Quoique Mayenne eût ordonné que pendant la cérémonie les portes de ï^aris fussent fermées, et qu'il eût expressément défendu d'en sortir, une multitude de royalistes et même de ligueurs passèrent par-dessus les murs et se précipitèrent vers le lieu où se consômmoit un si grand événement. Les acclamations l-etentirent de toutes parts avant et après la messe : il sembloit, comme l'observa très -bien Henri IV, que cette multitude, si long-temps tourmentée par les horreurs de l'anarchie, yilt affamée de voir un roi.
Peu de jours après, les états, devenus inutiles et tombés dans le mépris, se séparèrent : dans les deirnières séances, ils avoiènt cessé de s'occuper des affaires politiques, et leurs vaines délibérations n'avôient roulé que sur quelques points de discipline du Concile de Trente : malgré l'opposition du parlement, ils s'étoient décidés à les accepter, pour ne pas augmenter les humiliations du légat, qui, n'étant plus soutenu que par les factieux , voyoit chaque jour diminuer 8to influence. ■ ^
270 INTRODUCTION AUX HÉMOtlLES
iSqS. Les Seize, isolés de tous les partis., et frémissant du
sort qui les menaçoit, exh^èrent leurs fureurs par les discours et les libelles les plus violens. Le cure de S^tint-Benoit, quon savoit ^voir travaillé aux articles coustitutionnels publiés pendant les confére^cçç de Surenne, fit un sermon où il prit pour texte : Eripe nie de lutofœcù^ débourbonnez-nous, et dans lequel il soutint que la conversion dfi If enri lY n'étalât pas sincère , elle ne pouvoit être considérée que CQmme une horrible profanation. D'autres façtieui; prodiguèrent au monarque des injures plus afrqces, ^ allèrent même jusqu'à provoquer contre lui la rfige des as-r sassins. Henri IV ne voulut opposer à ces diatribes, dont on lui représenta vainement' le danger, qu« la patience et la modération r il n y vit que les derniers eiTorts d'une faction expirante. «C'est un mal, dit^l, (( que Dieu a envoyé sur nou» pour coqs punir de te nos fautes : mon intention est de tout oublier, de €( tout pardonner; et ne leur doit-on savoir pli|^ mauic vais gré de ce qu'ils ont fait, qu'à un furieux quand ce il frappe, et qu'à un insensé lorsqu'il se pourniene (c tout pud, »
Mais ces libelles, répandus avec profusion «dans les provinces, y ranimèrent un fanatisme qui commençoit à s'éteindre dans la capitale. Pierre Banîère ^ jeune batelier de la Loire, après avoir été Ippg-temps en proie à un amour malheureux , s'étoit livré aux pas* sions politiques. Constamment tourmepté par i|D9 sorte de délire, menant une vie errante, il çon^à Lyon, où le duc de Nemours commaqdoit pçur la Ligue, l'horrible dessein d'assassiner le Roi. H s'ouvrît à un moine florentin^ qui s'empressa d'avertir le monarque ; on le fit surveiller avec soin ; e^on l'airét^À
DEPUIS i547 JusQuW i5g4* ^*ji
Meluti. Ses aveux con&mèrent la vëritë des renseigné* i SgS. mens qu*on avoit reçus ^ et il fut condamné par le par» lement de Tours au supplice des régicides [3i août]. Ce premier attentat sm* les jours d*un Boi dont la majorité de la nation commençoit à sentir les vertus et les qualitâ aimables ^ excita une hcHreur générale, et redoubla la haine qu'on portoit aux Seize.
Henri IV s'étoit établi à Fontainebleau ^ où lesnégo* dations devinrent plus actives que jamais. Villeroy, Jeannin, le comte de Belin, gouverneur de Paris , eurent tour à tour avec lui de longues conférences : mais rindécision de Mayenne , qui espéroit conserver le ponvok* en ménageant habilement tons les partis, empêcha de rien conclure. Ainsi se passèrent les der* niers mois de iSgS. La trêve alloit expirer : le lieute* oant- général en demanda la prolongation : mais il Cheveniy. n'obtint qu'un délai d'un mois, passé lequel le Roi dé- y^nj^ ^' clara qu'il soumettroit par la force ses sujets rebelles [27 décembre].
Le mécontentena^nt fut à son comble dans la capit i5g4* taie, lorsqu'on apprit que les hostilités alloient recommencer. Plus de sept* mois de trêve ^ pendant lesqiiéls les relations de commerce s'étoient rétablies, avolent habitué les habitans de toutes les classes aux douceurs de la paix. Les royalistes profitèrent avec liabileté de cette disposition du peuple ; et le procureur-général, appuyé par eux^ osa, de concert avec le comte de BeUn , gouverneur de Paris, proposer au parlement de reconnoître Henri IV. Cette démarche hardie , et peut^tre trop précipitée, irrita Mayenne, qu'elle auroit mis^ si elle eût réussi, dans l'impossibilité de faire un traité avantageux avec le Roi , et le porta, contre son inclination, à se rapprocher des Seize,
2^]^ INT110DU(!tI0N aux MÉMOiltES
i5g4, dont il étoit détesté. Il destitua le comte de BeKn^ et donna sa place à Brissac, qui, d'abord fougueux partisan des factieux y étoit revenu à des senîtimens pins modères, depuis qu'il les avoit reconnus capables de tous les crimes. Quelques royalistes furent exilés , et d'autres, parmi lesquels se trouvèrent le vénérable cardinal de Gondy, évéqueMe Paris, et ses grands vicaires, sortirent volontairement de la capitale : tous allèrent à Fontainebleau , et se déclarèrent ouvertement pour Henri IV. Le parlement, peu effrayé des menacés du lieutenant -général, et Convaincu qu'il n'oseroit pousser les choses à Textrémité, rendit un arrêt par lequel il demanda la réintégration du coQite de Belin , et déclara qu'il quitteroit la robe pojur la cuirasse y afin de s'iinir à ceux qui, indignés: de la tyranniedesEspagnols, entreprendroientdeles chasser [lij- février].
Ce fut dans ces circonstances, qui devenoient de jour en jour plus favorables à la cause royale , que Henri IV résolut de se faire sacrer. Rheims étant au pouvoir de la Ligue, il choisit, d'après l'avis des évêques royalistes, l'église de Chartres, l'une des plus anciennes du royaume. L'archevêque de Bourges, qui disputoit à l'archevêque de Lyon le titre de priniat des Gaules, et qui , comme on l'a vu , avoit rendu au Roi les plus éminens services, annonça là prétention de faire la cérémonie. Mais Nicolas de Thbu, évêque diocésain , fit valoir ses droits avec fermeté, en menaçant d'excommunier quiconque singéreroit à cette entreprise^' On craignit quelque temps une scission qui auroit pu ' avoir les résultais les plus dangereux : des négociations furent entamées, les prélats se portèrent pour 'conciliateurs ; enfin l'archevêque de Bourges fit le sacrifice
BBPI718 i547 Jx^sQu'sv iSgi* ^7^
fgênjSreux à'uxx honneur qil*il regardoit commeia rë- 1594. compense la plu^ précieuse de ses services, et de Thon sacra Henri IV le 97 février. Cette cérémonie auguste excita autant d'acclamations que celle ,qui avoit eu lieu à Saint-Denis sept mois auparavant.
Cependant, grâce aux sages mesures priises par le monarque, un grand mouvement s'opéroit en sa faveur dans presque toutes les provitices. Lyon venoit d'être sm'pris par un de ses généraux, la Provence s'étoit soumise , Rouen avoit reçu Rosuy •' Orléans , Meaux , Péronne, Montdidiel* et une multitude d*autres \illes 8*empressoient de le reconnoître : <c Tellement, dit le <e chancelier de Chevemy , qqe le Boy et son conseil nt « pouvoient quasi fournir à esçouter et recevoir cettf « louable affection de tant de peuples tout*à-coup « miraculeusement revenus.: ainsy la Ligue se défiloit « bien viste. » «.
Mayenne, effrayé de cette défection générale , écri'vit à Philippe II pour, solliciter de prompts secours^, et lui soumit un vaste plan appuyé sur, une «lultitude de pièces de la plus haute importance. Cçs:dépèches, interceptées par lesIVoyalisit^, furent rémoises à Henri IV, qui en prit connoissance,..les. récacheta soigneusement, et les envoya au roi d'Espagne, dans Tespoir de pénétrer ses secrets. Il chargea de cette mis^ sion périlleuse LaVarenne, attaché à lui comme portemanteau, homme intrépide, plein de ^^ésplutionet de sang-froid. Cet agept se rendit en toute hâte à Madrid , où il ne fit naître aucun soupçon: il eut delpng^ entretiens avec Philippe II, qui s'euvrit à lui, et il parvint à être admis près de l'infante Çlajre-Eugâciiej que les Seize vovflpient pour Reine* <^tte priaceâse , • ao. i8
2^4 lîitEODXJCTiOïr ktX MÉMOIRES
1594. -qui àvoit heRtkconp entendu parler déis exploits de fiehi^i IV-^ se toontra ibrt entïpressée de savoir tout ce ^ui le ccsocerobil 4 '^é&ê témpôî gna te '^^ir de coûnoîtrc jsa personne 9 stin cânmotère^, îses qtiklit^s ^ ses défauts. La Varenne nfetrciava d'âtrtre moyen de iâ satârfatire, t(ue de lui rçnaettre le cpotftrâdt d^ ^6tk maître. « Euic génie y dit un >c0hteiS!Kporaiii , le i^ègàrda aâsez 'ff iôhg^'temps(^ un peu étmibia^ Visage ^ à ce que put -ç recoMnoître La Tarenné , qui laii^ ééhapiper ^ùd- « qu^ mots d'uÀ :ma¥iage pour la {(aix delà chres* ;fr tiente : d:lb nie lia i^spondit rien, et retint seule* 'K ment lepm^trail; )> Gèpéndatit Mayenne , instruit ispiè ses dépécliea[ avotôiit ^étë. îirtércef^tëés, fijt partir fHHtrTEspague un autre éuiissaire> charge d'appren* dreii-Fhiiip^e II qu'il étoit jôué-: Lk Vàrenne, averti à temjps, quitta furtiveipént MàdiHd, et ^'^niva eh France qu'après avoir couru mille dangers. t)e magnifiques 'récompensés payèrent par la suite le dévoue- ]aaeii42' qu'il aii^t montré dans cette ^casion,
Henri I¥/dmit les partisans é^aùgméhtoient à Paris, tàhtjpàrles'sdiïs du président ïie Maîstrè, de L'Huiliein^ qui étoi^ . devenu prévbt dés marchands, et du brave d^Aubray y que pëi* la détiH^sè du lieutenantçéoiéral>;parviiit k gâgtiërSrîàÈâPë, gouverneur delà ville.' :Mayrâ]$e, averti dé sa'défëëtibn secrète, n'osa le destituer, dam 1« crainte de -tomber eiitre les mabs des! Seize, qui^ |âusTOl^iéux que jamais, méditoient liii scmlèvemetit. Il séiitit qu'il ne lui étoit plus possible de 'rester à ^Pàris, oix sa 'vie et sa liberté étpient à disiquê ikistaÀt'tiftûacéès, et il résplut'd'aller, soit en Picarrdiis, sôU en Bourgogne, rallier 'ses partisans, afin d'obtenir uii'trwté avantageux. On lui vit tenir à peu
oBPuis i547 jusqu'en 1594. 2t5
jM^s la même conduite qu'en 1 Sgo , lorsque Henri IV, vainqueur à Ivry, préparoit le blocus de la capitale ; maisles circonstances étoient bien différentes : autant la Ugue avoit. alors d'énergie et d'exaltation ^ autant montroit-elle dans ce moment de découragement et de foiblesse. ILdéclara donc qu'il alloit demander dû secours au comte . de Mansfeld , qui avoit remplacé le p^n<^ de Panne dans Je commandement des Pays- Bas, et que sa famille resteroit en otage entre les mains .des Parisiens^ Mais lorsqu'il <partit furtivement le 6 n)ar3, il emmena sa femme et ses enfans, et ne laissa que la duchesse de Pf emours sa mère, et la xluchesse de M^atpensier sa sœur.
Les Seize, se voyant abandonné», et ne doutaqt pas que la ville seroit bientôt livrée au Roi, résolurent de prévenir leur perte par le /massacre des principaux royalistes. Ils destin^ent au préâdent Le Maistre le mémesort qu'ils avoient fait subir àBrisson, et dres« sèrent une liste de proscription où furent poités une multitude de magistrats et de riches bourgeois. Brissac, sans se déclarer encore, déconcerta leurs projets : il interdit les assemblées publiqiies et secrètes, défendit de répandre .aucun écrit politique, et , secondé par tous . les, hommes honnêtes, il.établit dans la ville la police la plus^ère. Ayant ramené un calme apparent^ il seotit la nécessité de ne plus itarder à recevoir Heurt IV dans sa capitale. -De concert avec le prévôt des marchands, L'Huilier, les échevîns Langlois et Ne«* f^t, Qtiplu^eurs colonels de quartier, il ouvrit, dans la nuit du^ i mars, la porte Neuve et laporte Saint-Denis aux troupes roys^les. Ces troupes, guidées par d'habiles gén^aujL, euti^reut en silence, occupèrent les
276 INTRODUCTION AUX MÉUOIRES
i594; principaux postes, n'eurent à soutenir un l^éger coi»bat que contre quelques Allemands au service de VEs* pagne; et , dans la matinée du 22, les Parisiens apprirent avec étonnement que leur ville n'étoit plus au pouvoir dé la Ligue. Aussitôt des transports de joie éclatèrent de toutes parts ; cbâcun se félicita d'être délivré dune tyrannie deveiiue depuis long-temps insupportable, on conçut les plus flatteuses espérances, les Seize n osèrent se monti^r , et la- foule se^curia du côté de la porte Neuve, par où le Roi devoit entrer.
Henri IV parut bientôt , entouré de ses généraux les plus célèbres : ses regards, ses gestes, ses paroles annonçoient une généreuse clémence, et le peuple y répoçdoit par Içs plus vives acclamations. Il se dirigea vers la cathédrale, dont le /clergé étoit peu nombreux par l'absence du doyen, du: grand chantre et de plu* sieurs chanoines qui avoient quitté Paris avec leur évêque. De Dreux, archidiaci^, reçut le monarque à l'entrée de la nef, et y s'étant mis à genoux devant lui, il lui présenta, le crucifix : il implora sa clémeuce, et lé .pria dé défendre. et de soulager ses malheureux sujets, (c afin, àjouta-t-il, que Dieu vous rendant bon fc Roy , vous puissiez avoir bon peuple* si Henn r^ pondit avec une douceur mêlée de piété. «> Quant à la ^c défense de mon^ peuple, poursuivit-ii, j'y employéce ray jusqu'à la dernière goutte de mon sang et der* ft nier soiipir de ma vie ; quant à son soulagement, j^ « feray tout mon pouvoir, et en toutes -sortes : dont «j'appelle Dieu et la Vierge sa mère à tesbioins. » . Pendant que leRoiétoit àNotre-Dame, lecomtede Brissac, L'Huilier, Langloià, Ner<et, accompagné^de bérants et de trampettes^ pài^couroîent 4e& •Tuêsi en
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annonçant au peuple grâce et pardon , et ordonnant i^» que tout le monde, prit des écharpes blanehes. Us se séparoient> suivant le besoin, et se rejoignoient sur les grandes places. Partout ils étoient pressés par une foule immense qui faisoit retentir les cris de Fiue fe Jtcy! En même temps on affichoit , et Ton faisoit distribuer un placard , qui avoit été imprimié la veille à Saint-Denis, et qui étoit ainsi conçu : :. . "
« De par le Roy, Sa Majesté, désirant de réunir tous « ses sujets et de les faire vivre en bonne amitié etcon* « corde, «notamment les bourgeois et habitans de sa tt bonne ville de Paris, veut et entend que toutes cho* « ses passées et advenues depuis les troubles soiept ou^ « bliées; défend à tous ses procureurs généraux, leurs « substituts , et autres officiers, de faire aucune recher-* « che àrencontra de quelque personne que ce soit : pro- « mettant ladite Majesté, en foy et parole de roy, de vi* « vreetde mourir en la religion catholique, apostolique « et romaine, et de conserver tous ses dits sujets et bour- « geois de la dite ville en leurs biens, privilèges, estats, « dignités, offices et bénéfices^ Donné le ao mars 1 5g4* « Signé Henbt, et plus bas, par le Roy, Ruzé. » •
Le Roi vint ensuite prendre possession du Louvre^ cil il reçut les hommages de tous les corps -, et il ter^ mina cette heureuse journée, par une visite à la du^ chesse de Montpensier, qui, si long-temps son ennemie, et, livrée actuellement à sa merci, reçut de lui des marques de bonté propres à dissiper toutes ses craintes. Il montra autant d'indulgence pour le légat et pour. les ambassadeurs espagnols, qu'il préserva , lorsqu'ils sortirent de la ville , des outrages d'un peuple , qui attribuoit à leurs intrigues tous les maux auxquels il avoit été en proie.
278 iifrRODucTioir aux mémoiru;
x5g4« Le parlement, qui siégeoit à Paris depuis Fépoque
funeste des seconds états de Blois, avoit bieù réparé ses torts par les périls qu'il Yenoit de courir pour la cause royale. Il fut solendellement réhabilité par le chancelier de Gheverhy ; et ce ministre, après avoit exigé un nouveau serment des magistrats qui le composoient, leur adressa les admonitions et commande^ mens que Sa Majesté ayoit fugé en son conseil leut deyoir estre faicts. Tous ceux qui deveient leurs places à Mayenne, eurent besoin de nouvelles nominations; et ils durent céder le pas aux magistrats qui<n*avoient )amaiscessé de servir le Boi dans les parlemens de Tours* , et de Ch&lons. Ainsi , par un mélange de justice et de clémence, Henri lY sut récompenser totis les services , calmer toutesles passions, et concilier tous les intérêts* Nous devons nous arrêter à cette époque, oh la cour de Rome.se montra ftanchefflent disposée à re^ lever le Roi des censures qu'il avoit encourues, et où la Ligue et TEspagne ne lui opposèrent plus que de foibles efforts. Ces dernières tentatives d'un parti ex<^ pirant , ainsi que le reste de la vie de ce grand prince, appartiennent à la seconde séries On en trouvera le récit détaillé dans les Mémoires dé Sully , dont l'introduction ; faite sur un plan différent de celai qui a été adopté pour le morceau qu on vient de lire, contient Chereriiy. le développement du système suivi par Henri IV, soit I^'EstoQe P°^^ parvenir à une pacification générale, soit pour De Thou. préparer les bases de la félicité publique qui devoit être le résultat glorieux dé son règne.
riK DE L izrTROnrrcf loir aux mémoires
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