I.9B ilTTRODUCTIOir JiVX MÉMOIRES
1*584. nemis , il faisoit des réflexions profondes sur la religion dans laquelle sa mère Favoit élevé , eii étudiait soigneusement l'histoire, et montroit déjà dtt penchant à revei^ir à c^Ue de ses aïeux.
Cette pçfcrticularité curieuse, échappée à tou? ses historiens, nous a été conservée par Cayet, son ancien précepteur, alprs zélé prQte^taQt. H raconte que, s'entretenant sur cet objet avec des ministres, ce prince leur dit ; « Je ne vois ni ordre ni dévotion dans la « religion qouveUé : elle ne gîst qu'en un presche.qui CE n'çst qu'une laugue qui parle bien françois : bref, « j'ay ce scrupule qu'il faut croire que véritablement ft 1^ corps de nostre Seigneur est au sacrement; autrece ment tout ce qu'on fait en la religion n'est qu'une çc céréiuonie. » Le même auteur observe que Henri de Bourbon n'auroit pas attendu neuf ans pour se convertir, 3'il n'eut trouvé dans son conseil la plus ^ opiniâtre opposition à ce dessein, et si rinsolence de la Ligue, qui prétendoit lui faire la loi, ne l'eût forcé d'en différer l'exécution» « Il ne laissa toutefois au fc plus fort de ses affaires, ajoute Gayet, de conférer ce particulièrement avec ceux qu'il |ugeoit doctes , des €c principaux points de la religion ; et ïe raidit tellece ment capable de soustenir les points débattus par ce les ministres, selon leur façon de &ire, que' plu* « sieurs fois il en a estanné des plus entendus d'en- DeTliou. ^^ tre eux. On dira que leur estonnement vefloit du liv. a et 5I " respect pour sa majesté : mais je diray que c'estoit ce la seule vivacité de son esprit, et l'exact jugement ce qu'il faisoit de toutes choses. »
i585. Les Guise, poursuivant l'exécution de leurs des-
seins, se réunirent à Joinville dans les premiers |dur&
BEPuis i547 JusQuW i594* 199
da prmteiri)ps de Tannée i5S5. Ils y reçurent les am« i585. bassadeurs de Philippe 11^ qui, très*irrité des secours gue la France avpit donnés au duc d^Aiençon pour son expédition des Pays-Bas, témoignoît à la Ligue les dispositions l^s plus favorables^ Après quelques difficultés qui; furent bientét levées, on convint que tout bérétique^ seroit exclu de la Couronne^ et que si Henri III mouroitsans enfans, le cardinal de Bourbon lui suçcéderoit. L'Espagne promit dans Toccasion des secours considérables d'hommes et d'argent.
La nouvelle de cette convention porta la terreur et la division ^aa^ le conseil du Roi. La reine mère au^ roit voulut qu'on opposât le roi de Navarre aux Guise, eto0rit de se charger de cette négociation: mais les favoris firent croire, au monarque qu'il avoit encore assez de puissance pour contenir les deux partis ; et il prit Ja résolution de combattre laLigue sans le secours des Protestons. Bientôt il put juger à quoi se réduisoit cqtte piiissanoe qu'il avoit tant de fois compromise une multitude de villes se déeTarèrent pour les Guise, et dans Paris niéme, il s'établit un comité chargé de diriger toutes les opérations de la Ligue. Ce comité^ composé de députés des seize quartiers de la capitale, €t qu'on appela par la suite le conseil des Seize, s'as-
sepibla d'abord en secret, et forma contre le Roi les.
résolutions les plus violentes : il ne s'agissoit de rien moins que de Tenlever, et de le confiner dans un ehâteau fort ou dans un couvent. Henri III, aveiti à temps par Nicolas Poulain, lieutenant du prévôt de rile-de-Frîin<îe , <|ui avoit' feint de partagei' les fureurs , des conjurés, recula devant l'abîme ouvert sous ses p£|s^et parut cjianger tout-à-coup de système, sané
20O ÏÎTTftOmJCTlOîr AUX HÉMOinCS
i685* cependant abandonner Tidee de revenir à son premîeir dessein. Il chargea sa mère de négocier avec la Ligue ; fit ce fat après bien des démarches humiliantes, qu ils obtinrent à Nemours une pacification , la plus honteuse de celles qui avaient été conclues depms le règne de François II [ 7 juillet}. Parce traité un grand nombre de places furent livrées aux Guise, on défenditrexercice de la religion protestante dans le royaume, les ministres durent en sortir, et la guerre fut déclarée au roi de Navarre^
Geprince n^avoit pas attendu la conclusion du traité de Nemours pour prendre des mesures de défense : sur le point de se voir accablé par les £Droes des Gatholi-* ques réunis, il avoit, dès le 10 }ain, convoqué à Bergerac ses principaux partisans. Le résultat de cette assemblée fut un manifeste^ dans lequel, après avoir idévoilé les vues anibitieuses de ses ennemis, il attaqua personnellement le duc de Guise, lui porta un défi^ et lui déclara qu'il auroit le prince de Condé pour second. *,
Le duc lie répondit point à ce cartel, qu^il regarda comme un acte de désespoir, mais il pressa Henri IIÎ de commencer la guerre^ Le monarque, bien décidé à tout employer pour éluder le traité, se servit de la même ruse qui lui avoit réussi aux derniers états de Blois. Ayant appelé au Louvre les magistrats die Paris [11 août}, il leur dit qu'il falloit de Fargent pour payer les troupes , exigea d'eux des sommes considérables, et n'eut pas même l'adresse de leur cacher sa mauvaise volonté. Cette conduite redoubla la défiance ; et la fermentation fût bientôt augmentée par la publication d'une bulle de Sixte-Quint, qui v^noit de
iiEPuis i547 jitsqtj'ew iSg^. 201
SQCcéder à Grégoire XIII [9 septembre]. Ce pontife, excité parles ligueurs, et par la cour d'Espagne, déclaroit lé roi de Navarre hérétique, relaps et exclu' de toute succession.
Les murmures de la Ligue , les conspirations continuelles qui se tramoient à Paris contre le Roi, et dont il étoit averti par Nicolas Poulain, n'empêchèrent pas ce prince de persister dans le plan quUl avoit adopté. Prenant une sorte de plaisir à contrarier les Catholiques, il fit vendre pour deux millions de biens du clergé, sous lé prétexte de pourvoir aux frais d'une guerre qu'on savoît bien qu'il n'entrq)rendroît que quand il 7 seroit forcé. En même temps, il entama secrètement une négociation avec le roi de Navarre ; et Catherine de Médicis, dont le crédit diminuoit, réduite alors à. se soumettre aux caprices de son iils^ afin de conserver une apparence de pouvoir, consentît à se charger d'une mission qui détruisoit entièrement ce qu'elle avoit fait l'année précédente. Il s'agissoit de consommer l'avilissement de Marguerite , en déterminant son époux à rompre les liens qui l'unissoient k elle •, et c'étoient la mère et le frère de cette princesse qui pfovoquoient ainsi sa dégradation. Catherine étoit accompagnée de Christine de Lorraine, sa petite-fille, et elle espëroit que le roi de Navarre, frappé des grâces touchantes de cette jeune personne, consentiroit à quitter sa religion pour l'épouser. La conférence eut lieu à Saint-Bris, le 18 octobre, et Henri de Bourbon ne balança pas un moment sur le parti qull devoit prendre. Le souvenir du massacre de la Saint-Barthélémy, médité au milieu des fêtes de son premier toariage , l'empêcha de recevoû' une nouvelle épouse
Chevcrny.
Cheverny.
203 INTRODUCTION kVX MÉMOIRES
des mains de ceux qu'il accusoit d'avoir ordonné ee crime, 1087^ Tout espoir Aant perdu de ce coté, Henri III prit
la résolution de faire la guerre aux Protestans. Le premier janvier 1587.^ il déclara, pendant la cérémonie des chevaliers du Saint-Esprit^ qu'il étoit décidé à ne souflfrir dans le royaume d'autre religion que la catholique. Pour exécuter ce nouvel engagement , il leva des troupes et fit venir un corps considérable de Suisses ; mais il conserva toujours le dessein de garder personnellement une sorte de neutralité, et il essaya d'exé-» cuter la folle idée qu'il avoit eue , trois an& ai^pararant,, de mettre à la tête de la ligue le duQ de Joyeuse , son favori. L'armée la plus nombreuse fut donc confiée à ce jeune seigneur qui étoit destiné à faire têie au roi de Navarre, tandis que les ducs de Gui^e et de Mayenne dévoient empêcher des troupes allemandes, qui venoient au secours des Protestans, de pénétrer dans le royaume par la Champagne ou pair la Bourgogne* Henri III s'étoit réservé une aroiée d'observation, corn* posée de Suisses çt de quelques r^ifnens fidèles : il vouloit surveiller les dçux partis, et profiter des chances qui se présenteroient, pour accabler, s'il éloit pos-^ sible, l'un et l'autre»
Les événemens ne répondirent pas à cette subtilecombinaison. Le duc de Joyeuse, après plusieurs tâ« tonnemens, livra bataille au roi de Navarre près de Coutras [20 octobre] : Henri de Boupbon, aguerri depuis long-temps , et devenu l'idole de ses soldats, Fem* porta facilement sur un rival inexpérimenté qui n^avoit su inspirer à ses troupes ni dévouement ni confiance. Joyeusie^ entièrement défait, trouva la mort sur U
DEPUIS i547 jusqu'en i594* 2o3
diamp de bataille; et le vainqueur Qe songea plus 1587. qu à se réunir à Farmée allemande qui venoit à son secours» *
Le cardinal de Bourbon ^ en apprenant rëchec reçu
par le parti qui Tavoit déclaré rhéritier présomptif de
la Couronne , ne témoigna aucun chagrin ^ et soutint
le rôle équivoque qu il avoit adopté. « Loué soit Dieu !
« dit-il , le roi de Navarre est demeuré victorieux :
« nostre ennemi est mort : ainsy en prepdra*t-il à tous
K ceux qui s'attaquent à nostre maison. Vive Bourbon !
0 Dieu donpe bonne vie au Roy! Mais fespère / s*il
K me^it sans hoirs , que je verrai mon neveu roy :
« toutefois )e me garderay bien d'en parler, en Testât
« oii sont les s^ffaii'es. »
Cependant les ducs de Guise et de Mayenne ne pur^Dt empêcher Tarmée allemande d'entrer dans le royaume. Elle se dirigeoit vers La Charité sur Loire, lorsque Henri III, se mettant en mouvement, lui ferma le pasfîage: alors elle vint ravager la Beauce, et menacer les environs de Paris. Le Roi , au grand mécontenten^ent des Catholiques, rentra dans son inactivité* Les Seize trerabloient déjà, quand ils apprirent que le duc de Guise voloit à leur secours. Ce prince j quoique inférieur en nombre , surprit les étrangers près de Chartres , et les dispei'sa entièrement : exploit qui fit oublier à la Ligue la défaite de Coutra^, et qui valut, de sa part, au duc de Guise, le litre de Libérateur de la France* Le roi de Navarre, (l'ayant pu profiter de sa victoire, mit ses troupes en quartier d'hiver ; les hostilités furent suspendues sur presque tous les points ; et Henri III revint à Paris, où il voulut faire une entrée solennelle [28 décembre].
âo4 UTTRODUCTION AUX MÉMOIKES
Il s'attendo^it dux applaudissemens de lât multitude ; Clieverny. mais SOU espoir fut trompé^ et tous les riegardâ se Cayet,iiv. 2. fixèrent sur le duc de Guise, qui pouYoit déjà se considérer comme le mattre de la capitale.
i588, ' Ce prince quitta jw'esque aussitôt Paris pour se rendre à Nancy y oh toute la maison de Lorraine devoit s'assembler. On y délibéra sur les afTaires présentes, et Ton se livra aux déclamations les plus violentes contre Henri III : la duchesse de Montpensier, soeur des Guise, femme très-passionnée, et qui avoit à se plaindre de quelques indiscrétions du Roi, se distingua surtout par ses emportemens* Il fut décidé que ^ le monarque seroit mis dans un cloître, après avoir été déclaré indigne de régner, et que, à Texception du cardinal de Bourbon, auquel on donnerôit la régence, tous les princes de cette famille seroiest proscrits*
Cette résolution, dont Henri III eut cbnnoîssance par un manifeste publié quelques jours après , ne parut point l'effrayer. II éleva au rang d'amiral d'Epernon, qui, depuis la mort de Joyeuse, jouissoit de toute sa faveur ; et, non content d'avoir revêtu ce jeilne homme d'une des premières charges du royaume, il lui donna encore le gouvernement de Normandie. Ces grâces imprudemment prodiguées, inâtoient moins > la Ligue que les relations qu'il coMinuort d'enti^etenir avec le roi de Navarre , devenu depuis peu l'unique chef du parti protestant, par la mort du prince de Condé, son cousine Ce prince, qui, à la fleur de l'âge, s'étoit distingué par son activité et sa valeur, vendit dé terminer ses jours dans la ville de Saint-Iean-d'Angély [5 mars] j et sa jeune épouse, Charlotte dé La Tr^-
I>EPUI8 l547 lUSQuW i594. loS
mouille^ quil laissoit enceinte, étoit injustement -ac- t'S86, cusée de Tavoir empoisonnée
Les Seize y conformément aux ordres qu'ils avoient
reçus des Guise , tramèrent, au commencement du
carême , un complot contre le Roi : ils dévoient Fas-
saillir et Tenlever pendant qu'il suivroit une proces*-
sion de pénitens ; mais, aveiti|)ar le fidèle Poulain,
il se tint sur ses gardes, «t déconcerta leurs criminels
projets. Les précautions qu'ils lui virent prendre pour
sa sûreté les effrayèrent, et ils conlurèrent le duc de
Guise de venir les seconder, lui promettant que qua-
rante.mille hommes se déclareroient.pour lui. Ce prince,
qui ne se sentoit pas encore •assez fort pour attaquer
ouvertement le Roi dans sa capitale , montra quelque
iiésitatioH : mais, pressé par ses partisans, et craignant
de les décourager, il s'avança jusqu'à Soissons, où il
reçut de Henri III la défense expresse de paroitre à
Paris.
Cette défense inattendue révolta son cœur altier^. et, sans avoir pris définitivement les mesures qui de* voient assurer le succès de ses desseins, il résolut de fouleraux pieds les ordres du Roi , quand il ne devroit tirer d'autre fruit de sa désobéissance qu'une vaine bravade. Il eotradonc à Paris le lundi 9 mai, en plein midi, suivi seulement de sept personnes. Le peuple, préparé à cette scène par. les Seize, le reçut avec un enthousiasme qui dégénéra en rage : jamais plus dacclamations ne furent prodiguées au monarque le plus chéri; les hommes, les femmes, les enfans de presque toutes les classes , voyoient eâ lui le sauveur de . la religion et de la patrie ; et Ton ne savoit de quels termes se servir pour lux témoigner
'2o6 IWTROBUCTÎON AUX MÉMOIRES
iS88. un amour et un dévouement aveugles. Son cortège s'accrut à mesure qu'il avançoit , et quand il fut parvenu au centre de la VlUé, il put se croire à la tête d'une armée»
Il descendit chez la reine mère , dont le palais étoît situé près de Saint-Eustache ; et cette princesse, malgré son effroi , saisit avidement l'occasion de devenir médiatrice : elle proposa au duc de le conduire sur-lechamp au Louvre , lui faisant observer qu'il ne pouvoit refuser au Roi cet acte apparent de soumission. Guise , se regardant déjà comme le maître de la capitale, consentit à faire cette démarche, sans réfléchir aux conséquences qu'elle pouvoit avoir t mais à peine eut-il franchi avec Catherine les barrières du Louvre, qu'il se reprocha son imprudence : ce palais étoit rempli de gentilshommes armés qui ne sembloient attendre qu'un ordre pour le punir de son audace. Il s'avança cependant avec hardiesse vers le Roi, qui lui reprocha d'avoir désobéi : il voulut se justifier; et déjà s'élevoit une contestation qui pouvoit finir pour le ' duc d'une nianière tragique, lorsque la reine mère représenta tout bas à son fils l'excès de la fermentation populaire : le monarque n^osa donner le signal que ses serviteurs attendoient , et Guise profita de ce moment d'indécision pour se dérober au plus grand danger qu'il eût jamais couru.
Rendu à son hôtel, qui étoit au faubourg Saint- Antoine, il donna ses ordres aux Seize, et le lendemain mardi plus de trente mille hommes furent sous les àrines. Ayant pris toutes les précautions pour sa sûreté, il eut le mémte jôdr, dans lé jardin de la reine mère , ;uu long en^^etien avec le Roi : il demàndoit
DEPtis i547 jusqu'ew i594» ^07
avant tout la disgrâce et l'exil de d'Epernott ; ce sacri- iSSff. fiée lui fut refuse avec fermeté.
Cependant le monarque , tout en souffraût que sa mère négociât avec le chef de la révolte, prenoit erf secret des mesures pour la réprimer : par ses ordres, les Suisses, sur la fidélité desquels il pouvoit compter, entrèrent à Paris dans la nuit du mercredi au jeudi : les ayant joints au régiment dés gardes, il leur ordonna d'occuper les postes les plus importans de la ville; mais il leur défendit de faire aucun usage de leurs armes. Cette disposition s'exécuta silr-le-champ,' elles Parisiens, à leur réveil, ne virent pas sans ef-^ froi que toutes leurs communications étoient inter*^ rompues.
Le duc de Guise et les Seize, instruits de l'ordrô qu'avoient reçu les troupes, firent bientôt succéder à cette crainte la rage la plus violenté : ils répandirent le bruit que la ville alloit être dépouillée dé tous se& privilèges, et qu'on vouloit la livrer au pillage, aprèâ avoir abandonné les femmes à la brutalité des Suisses. Aussitôt la fureur fut à son comble, et l'on résolut d'attaquer les détachemens des troupes royales. « On « alla, dit un témoin oculaire, exciter les escoliers de « l'Université , par le moyen et appréhension de leui^ c intérêts , de prendre les armes ; ce qu'ils firent avec « une telle fureur que, sur les deux heures aprèà « midy, ils se mirent à sonner le tocsin de tous les cos* « tés, et faire un amas d'armes dans les cloistres dcf « Saint-Severin et aultres grandes places de ce quar* « tier. >i Les Suisses et les gardes furent assaillis sur tous les points : retenus par l'ordre funeste que le Rot leur avoit donné, ils n'opposèrent aucune résistance :
aaS iUTTRODucnow aux mémoires
:588« quelques-uns périrent y les autres furent désarmés, et le duc de Guise y qui se déclara l«ur protecteur, l«s renvoya orgueilleusement au monarque. Les chaînes furent au même moment tendues dans toutes les rues, et Ton. plaça la dernière barricade devant le Louvre.
Il ne manquoit plus au chef de la Ligue que de forcer le parlement à se déclarer en sa (aveu( : ce fut dans cette intention que, accompagné de quelques oiGciers^ il alla voir le premier président , Achille de Harlay^ inagistrat dont la vertu rigide rappeloit, dans ces temps de corruption, le caractère des grands hommes de l'antiquité. « Il le trouva, dit un contemporain, ce qui se pourmenoit dans son jardin , lequel s'estonnà <c si peu de leur venue , qu'il ne daigna pas seulement « tourner la teste ni discontinuer sa pour menade com- <€ mencée^ laquelle achevée quelle fut, et estaiit au « bout de son allée, il retourna, et en retournant, il ce vit le duc qui venoit à luy. Alors ce grand magisti^at, ce haussant la voix , lui dit: C'est grand' pitié qiuxndlé ce valet chasse le maistre v au reste, mon urne est à « Dieu, mon cœur est^i mon roy, et mon corps est entre ce les mains des méchans^ qu'on en fasse ce quonvoucc dra. Lé duc de Guise le pressa d'assembler !« parle* fc ment : Quand la majesté du prince est violée , réc( pliqua de Harlay, le magistrat naplus d'xmtorité* » Le chef de la Ligue , frappé d'admiration , se retira sans oser attenter à la liberté de cet homme intrépide*
Pendant ces scènes terribles, Thistorien de Thou parcouroit la ville, afin de voir par lui-même des événemens si importans : il entra dans le Louvre : « Lé ce silence y régnoit partout, dit-il j la solitude y étoit
DEPUIS i547 'vsQuW ^^9i* 209
« affi^use; et restonnement ^ qui avoit passe jusques i568. « dans le cabinet 4u Roy, y faisant différer ou changer « de résolution à chaque moment, estoit cause qu'on « ne prenoit aucune mesure vigoureuse. » De là il se rendit à Thâtel de Guise : il vit le duc qui se pro* menoit avec Pierre d'Espinac, archevêque de Lyon^ lua de ses plus zélés paitisans; ils étoient entourés d'hommes armés qui faisoient retentir Fair d'accla*mations. « Je me meslai parmi eux, poursuit de Thou, « et feus tout le loisir d'examiner le duc, qui tantost « donnoit des ordres, et tantost recevoit avis de ce fc qui se passoit dans les quartiers de la ville. Quoi- « qu'il parust quelque embarras sur son visage, ce « prince conservoit cette fermeté et cette sérénité « merveilleuses qui sembloient assurer que cette jour- « née le rendroit le maistre. » De Thou remarque que les plus honnêtes gens s'étoient unis aux ré* voltés, sous le vain prétexte de les contenir : « Mais « la vérité estoit, observe-t-il, que la peur les y avoit « amenés , sans faire réflexion que leur présence « autorisoit le désordre et réhaussoit le courage des « ligueurs. »
La reine mère continuoit de négocier avec le chef de la Ligue ; mais ce prince élevoit ses prétentions beaucoup plus haut que la veille : il ne se bornoit plus à demander l'éloignement de d'Epérnon : il vouloit que Henri III lui donnât la lieutenance générale du royaume , et que lés états-généraux s'assemblassent à Paris dans le plus bref délai, pour déclarer le roi de Navarre déchu de ses droits à la Couronne. Quelques magistrats partageoient ce dernier vœu, convaincus du danger que courroit la religion catholique,
!iIO INTRODUCTION ÀtTX MÉMOIRES
i588, si un prince protestant parvenoit au trône; et de Thou raconte qu'en revenant le soir* de ses courses, il rencontra sur le pont Saint -Michel le président Brisson, qui étoit colonel de son quartier. « Je reconce nus à ses discours, dit-il , que ce magistrat entrôit « dans les sentimens de cette populace , et qu'il s'ac- « comodoit au temps ; dont il se trouva mal dans la «suite. »
Cependant le Roi fut dans la nuit averti par Poulain que les révoltés :Se proposoient d'attaquer le Louvre : il en sortit le vendredi matin, et se retira aux 'Tuileries , décidé à s'éloigner le jour même de la ca-* pitale , où il ne pouvoit plus espérer de rétablir l'ordre« Les préparatifs du départ exigeant quelques heures, il obtint de sa mère qu'elle iroit amuser le duc de Guise par unie nouvelle négociation. Catherine , avancée en âge , brava , pour jouer encore un rôle dans la politique , les dangers auxquels cette mis* siOn Texposoit : elle n'opposa presque aucune résistance aux prétentions, outrées du chef de la Ligue, ne lui fit que quelques observations nécessaires pour alonger la conférence, et parvint à le tenir dans l'inaction jusqu'au moment où, ayant appris la fuite du Hoi, il témoigna, dans les terines lés plus ofiensans^ le regret et le dépit d'avoir été trompé par elle.
Henri III étoit ^nonté- à cheval à cinq heures du soir, et s'étoit rendu à Saint-Germain avec une suite peu nombreuse. Il délibéra s'il iroit s'établir à Rouen ou à Beauvais : le chancelier de Gheverny le détermina pour Chartres, dont il étoit gouverneur. Arrivé dans cette ville , il envoya des commissaires dans toutes les provinces, afin de sonder les sentimens des goù-
DEPUIS i547 jusqu'en 1694^ an
verneurs et des magistrats sur les affaires présentes : i588, lliistorien de Thon , dévoué à la cause royale , fut Tun de ce3 commissaires.
Quelques )ours après, une députation des Parisiens et du -parlement vint supplier le Roi de se joindre k la Ligue y et de revenir dans sa capitale: elle avoxt fait la route à pied et processionnellementy poui^ enflammer l'imagination du peuple des campagnes. Henri III chercha d'abord à calmer par la douceur les plus mutins; puis s'adressant aux chefs , il leut dit d'un air sévère : « Que les Parisiens fassent que je « sois content , qu ils ne me contraignent pas d'user « de ce que je puis, et que je ferois à grand regret; « vous savez que la patience irritée tourne en fureur, « et combien peut un roy offensé. » Cette réponse, qui révéloit des sentim^ns que le Roi avoit jusqu'alors dissimulés avec soin, auroit dû éclairer le duc de Gui$e sur le sort qui lui étoit destiné s'il persistoit dans si révolte. '
Au milieu de cette confusion, il arriva un événe-^ ment qui confirme ce que nous avons dit à. l'occasion
du siège de Metz sous Henri II, relativement au res* pect qu'on avoit alors en France pour la lil)erté des personnes. Philippe II àvoit envoyé contre Elisabeth^ reine d'Angleterre, une flotte formidable: cette flotte ayant été dispersée par la tempête, quelques vaisseaux échouèrent sur les côtes de France. Gourdan, gou<« vemeur de Calais, recueillit une grande galère sut laquelle étoient deux cents esclaves turcs qui servoient comme forçats , et il les envoya à Chartres. Ces mal-^ heureux supplièrent le Roi de les faire conduire demi leur pays, et l'ambassadeur d'Espagne insista pour
212 XKTEOElTrCTlOlf XVX MÉMOtnËS
i588. qu il$ lui fussent remis comme appartenant à son mattre. Le çopseil délibéra sur cette double demandé : malgré la crainte quinspiroit le roi d'Espagne^ chef çecret du parti de la Ligue ^ il fut décidé que les es« cjaves seroi^nt çoiîs en liberté ^ et embarqués à Mat^ seille pour: la Turquie, « attendu, dit un contempo«> ft rain, que les Espagnols les avoient rendus esclaves « par le hasard <Je la guerre, et qu'ils étoient arri- «c vés par un autre hasard de la guerre en France , où. ce l'on n'use d'esclaves et de forçats que s'ils sont mal* fc &icteursw »
Les rapports des commissaires envoyés dans les pi^o* Vinces ayant prouvé à Henri III que presque toutes les grandes villes avoient embrassé le parti de la Ligue, il se décida bien malgré lui à renouer une négocia* )ion avec le duc de Guise, Il se servit de sa mère, qui étpit restée à Paris, et qui, charmée de jouer encort |in rôle dans les affaires, accorda tout ce que les con« jurés désiroient. Henri III eut l'air de se soumettre sans répugnance à cet arrangement qfui le dépouilloit entièrement de l'autorité. S'étant rendu à Kouen , il y publia le 21 juillet un édit .de réunion^ par lequel il se déclara de nouveau chef de La Ligue, légitima tout ce qui s>'étoit fait pendant Jes journées des Barri* çades , promit qu'il poursuivront l^s Protestans à ou- Irance, nomma le duc de Guise généralissime des armées, et annonça les états-généraux pour le mois d'octobre suivapt, non à Paris, où les ligueurs étoient les maîtres, mais à Blois, où il se fl^toit d'avoir plus d*indépendance. Feignant en même temps de disgi^âcier d'Epemon, il lui 6ta le gouvernement de Normandie^ et lé relégua en Provence.
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Quelque temps avant Touveiture des états , on fut ï588# ftonné de le voir tout-à-coup changer son ministère; et le duc de Guise ne réfléchit pas assez sur Tintentiou qui avoit déterminé cette mesure inattendue. Troisf hommes d'un mérite distingué dirigeoient depuis plu-» sieurs années ce ministère; et tout porte à croire que si les favoris eussent permis au Roi de suivre leurs conseils 9 les afiaires ne fussent pas tombées dans le desordre où elles se trouvoient. Gheverny, ancien serviteur du monarque, avoit eu les sceaux en rS'jS, et avoit été nommé chancelier en i583, à la mort de Birague : il possédoit un esprit souple et délié , et son désir de maintenir Tautorité royale ne Tempéchoit pas d'entrer dans toutes les voies de douceur et de mo^ dération que les circonstances pouvoient indiquer; Villeroy, que Catherine de Médieis avoit appelé au ministère après la mort de Charles IX , montroit plus d*habileté queChev^rny; mais moins dévoué au Roi,^ il penchoit pour le parti du duc de Guise , qui pou* voit ouvrir à son ambition la plus vaste carrière. Bellièvre, surintendailt des finances depuis plus de vingt ans, s*étoit en vain apposé aux dilapidations des favo'ris: propre à d'autres emplois que celui qu ilf exerçoit, il avoit surtout un talent remarquable pour les négociations. Â ces trois hommes, destinés- à jouer un rôle brillant ^ous le règne de Henri IV, succédèrent Montholon, qui eut les sceaux. Rusé et Revol, qui furent Bommés secrétaires d'Etat.
Ce changement donna lieu à une multitude de conjectures; dans un moment où tout le monde se livroit à des discussions politiques. Les uns disoient que c*é-* toit une preuve de la disgrâce entière de la Aeine
2l4 IjrTRODUCTION kVX MÉMOIRES
* i588. mère y à laquelle les anciens ministres avoient dà leurs places; d'autres. soutenoient que le Roi aVoit craint qu'ils ne fissent aux états quelques révélations. Che« verny, beaucoup plus à portée dé pénétrer lés intentions secrètes du monarque, pense qu'il prit cette résolution parce* que, déjà décidé à perdre le duc de Guise ; il fut eonvaincu que ses ministres né consenti** roient jamais à un assassinat , et parce qu'il voulut mettre en pratique cette maxime de Machiavel , que cest une grande dextérité à- un prince qui se voit méprisé de ses sujets, de rejeter toutes ses fautes passées sur ceux qui l'oht servy et conseillé. Du reste, le chancelier, sensible à une disgrâce qu'il ne croy oit pas avoir méritée, prévit. que cette mesure seroit fatale au Roi et à l'Etat. « C'est, dit-il naïvement, un graïid « préjugé d'inconvénient au troupeau, quand les « ciiiais qui le gai*dent sont chassés de la maison. »
Les états s'ouvrirent dans le cbtteau de Blois, le i6 octobre, avec beaucoup de pompe. La majorité,- en? tièrement dévouée au duc de Guise, abreuva , dès les premières séances, Henri III d'humiliations, et fit prévaloir des doctrines très^étrariges : elle ne Craignit pas d'att^uer les^ droits les plus sacrés de la Couronne, et de proclamer en quelque sorte la souveraineté du peuple. «Ne soBt-cepas les estats, dtsoient « les orateurs de cette majorité, qui ont donné aux <« roys l'authorité et le pouvoir qu'ils ont? Pourquoi «donc faut-il que ce que nous adviserons et arreské-; ce rons en cette assemblée, soit controUé par le conseil « du Roy? Le parlement d'Angleterre, les estats de « Suède , de Pologne , et tous les estats des royaumes « voisins estant assemblés, ce qu'ils accordent et ar-
DEPyis i547 jrusQu'EN 1594. ai 5
fc restent y leurs roys sont sujets de le faire observer i588. « sans y rien changer : pourquoy les Français n'au- « ront-ils pareils priviléges(0? » Les Protestans^ assemblés à La ÎRochelle dans le même moment , élevoient des prétentions pareilles devant 1^ roy de Navarre ^ ce qui faisoit dire à Tun des officiers de ce grand prince : Voi(^ le temps oh l'on veut rendre les roys serfs et esclaves. Mais Henri ^e Bourbon sut réprimer par sa fermeté une arrogance que Henri III ne fit moiiien* tanément fléchir que par un assassinat.
Ce monarque feignoit une résignation qui trompoit entièrement les ligueurs : les demandes les plus outi^ées n*éprouvoient de sa part aucune opposition^ et il sembloit disposé à se soumettre à tout ce qu'exigeroient ses ennemis. De Thou^qui observoit avec attention et doulem* ces scène&si humiliantes pour le trône , ne, pouvoit concevoir qu'un prince qui avoit montré dans sa jeunesse de la résolution et de la valeur, se laissât ainsi . subjuguer par des rebelles. Il alloit souvent confier ses inquiétudes à Chevemy, son beau-frëre, qui sMtoit ' retiré dans son château d'Esclimont. « Je connois par- « faiCement le génie du Roy^lui dit un jour le chan- « celier : il tentera toute sorte de voies pour ramena « les esprits par la douceur; mais» s'ils persistent dans « leurs desseins y comme il y a de l'apparence, il est « à craindre que cette modération ne se tourne en « fureur, et que çè prince, aux dépens de tout ce qui « pourra arriver, ne prenne de son désespoir la résott lution de faire poignarder le duc de Guise quand il « entrera «dans sa chambre. »
Ce pressentiment de Chevemy ne tarda pas à se réa-
(0 latrodnotion des Mémoires de Gayet.
âl6 IITTKODUCTION kV% MÉMOIBiSâ
588. User : Henri III essaya encore de calmer lesligueurs, inai& leur audace redoubla. Sa dissimulation leur pa^ rut de la crainte^ et ils annoncèrent hautement Tintention de donner au duc de Guise toute Tautorité d'un maire du palais : alors le Roi , "placé entre deux abîmes comme Tavoit été son frère Charles IX avant la Saint-Barthélémy, résolut de sortir de cette situai tion horrible en faisant périr 1^ chef de la Ligue, sans réfléchir qu'un coup porté si tardivement, au lieu de soumettre les esprits, les feroit monter à la dernière exaspération. Il ne consulta point sa mère, qui, attaquée d'une maladie mortelle , et a^ant perdu tout son ascendant sur lui , s'étoit depuis peu rapprochée du duc de Guise. Ses mesures furent prises avec une adresse qui montroît que ce projet Tavoit long*temps occupé , et il ne s'ouvrit qu'à un petit nombre d'hommes dont le dévouement féroce lui étoit connu. Il étok dans cette position, loi'sque de Thon, que ses affaires rappeloient à Paiis, vint prendre congé de lui : tout porte à croire que dans cette entrevue il fut sur le point de laisser échapper son secret , mais que la réflexion l'arrêta : il prit les mains du magistt^t, les tint long-temps serrées, chercha dans ses yeux ce qu'il pensoit des affaires présentes , lui adressa quelques mots qu'il ne put comprendre, et finit par ne lui donner que des drdi^es insignifians.
La résignation apparente du Roi, si mal jugée par la Ligue, excita cependant la défiance de quelques amis plus éclairés du duc de Guise. De toutes parts, les avis les plus alarmans lui furent adressés; la du^ chesse de Nemours sa mère, la duchesse de Montpensier sa sœur^ le cardinal de Guise sonfirère^le
Bfiptris 1S47 'VSQV*^^ 1^94- 217
jenne dnc de Joinville son fils, le conjurèrent de quit- i588. terBlois; et nae femme (ju'il aimoit éperdument vint s*anir à sa famille pour lui représenter les dangers dont il étoit menacé. U fîit sourd à tous ces avertissemens, persuadé qu*il seroit déshonoré aux yeux de son parti , si la crainte lui faisoit abandonner une entreprise corn-' mencée avec tant de bonheur.
Appelé à un conseil extraordinaire dans la matinée du a3 décembre, il s*y rendit à pied, sans faire attention à d'autres avis qui lui furent donnés sur le chemin. Cependant, comme si un pressentiment soudain Teftt frappé, il fit parottre quelque émotion avant de prendre séance. A peine une discussion fut-elle entamée, que le secrétaire d'Etat Révol vint lui dire que te Roi vouloit lui parler. U se lève et passe dans Taiitichambre qui communiquoit à Tappartement du monarque : aussitôt les portes de cette pièce sont fermées, et neuf gentilshommes l'attaquent avec fareur : il veut se défendre, n a que le temps de tirer à demi son épée, et expire sous les coups redoublés de ses assassins. « Henri III , dit Cheverny, ayant examiné, à travers « la porte, la fin et Texécation de son commandement, « sortit de son cabinet, et voyant le sieur de Guise « mort, il dit qu'il étoit lors assurément roy, et qu'il « n'avoit plus de compagnon. » Il fit appeler le cardinal de Guise et l'archevêque de Lyon, qui , ayant entendu un. grand bruit, vouloient quitter le conseil: « U leur montra, continue Chevemy, le corps mort et « tout sanglant, et après les fit emmener prisonniers « dans une chambre haute du château. »
Convaincu que la Ligue étoit dissoute, puisqu'elle avoit perdu son chef, il passa dans l'appartement de sa
2l8 II7T1LODUGTION4UXMEMOIB.es
t588. mère y à laquelle il raconta ce qui venoit dé se pa^er. Catherine y plus expérimentée q^e l^i, prévit sar-le^ champ toutes les suites de ce coup d'Etat: elle gémit'^ en mesurant Tabîme où le seul fils qui lui restait venoill de se précipiter y et lui donna, mais en vain , les con* seils fermes et prudens qui pouvoient, encore le sauver» Le Roi, préoccupé de Tidée qui lui avoit fait ordonner la mort du duc de Giiise, et se figurant qu'un autre meurtre lui assureroit le repos auquel il étoit disposé à tout sacrifier, fit périr 1q lendemain le cardinal de Guise ; il i^ vit point que cet attentat sur un prince de FEglise, qu'il auroit pu sans danger faire garder dans une prison, attireroit sur lui les malédictions de Rome, qui, jointes aux fureurs de ses sujets catholiques, leur préteroit l'appui le plus formidable.
Tout parut dans les premier^ momens répondre a son attente : les états consternés lui jurèrent fidélité et obéissance : ils se séparèrent en dissimulant les sentimens die vengeance et de haine dont ils étoieni animés; cheverny. et le monarque, croyant son trône ailèrmi^ ne- retint De Thou. prisonniers que le cardinal de Bourbon , l'ajxhevéque de Lyon , et le prince de Joinville, qui prit alors le nom. de duc de Guise.
1589. Dans les premiers jours de janvier 1 589, la maladie
de Catherine de Médicis prit un caractère plus alarmant. Elle y succomba le 5 de ce mois, âgée desoixanter dix ans; et, dans ses derniers momei|S, elle engagea son fils, qui s'étoit déclaré l'ennemi irréconciliable de la Ligue, à traiter avec le roi de Navarre. Au milieu de la violente fermentation qiii agitoit le royaume, la mort de cette princesse, si long-temps ipiaitresse absolue des affaires, nejproduisit presque aucune sensation ;
DEPUIS l547 lV8QfU*EN i594« "Sitg
elle avoit cessé d'être puissante; on ne songeait plus ^P^ qu'aux fautes énormes où elle avoit entraîné ses fils ; et les partis s'étoient éloignés d'elle. Sa longue carrière politique ,( dans laquelle on avôit pu admi):er certains actes isolés de prudence et de courage ^ et quelques vues édairées pour les progrès des. arts, mais qui fut mar^ quéepar les crimes et les erreurs oii peuvent entraîner le goût des manèges perfides ^ le penchant au men* songe et à la trahison^ l'absence entière de toute espèce de scrupules, et une ambition qui n'avoitpour guides que des passions toujours inconstantes et quelquefois criminelles, compromit les destinées de la France, et la conduisit enfin au penchant de sa ruine. Quoique Catherine fût animée à sa mort de meilleures intentions, îl ne lui auroit pas appartenu, si elle eût vécu j^lus long-temps , de réparer les maux qu'elle avoit faits.
Lorsque la nouvelle de l'assassinat des Guise parvint à Paris, un soulèvement général y éclata : ce peuple, que Henri III avoit cru intimider, se livra au fanastime le plus audacieux. Lés chaires retentirent d'impréca-* ^ lions contre le monarque ; la Sorbonne , par un décret du 28. janvier, le déclara déchu de la Couronne; toud les bourgeois prirent les armes, et le duc d'Aumale, cousin des princes qui venoient de périr, fut mis pro-^ visoiremént à la tête des troupes parisiennes. On at-* tendoit le duc de Mayenne, qui, se trouvant à Lyon au moment de la mort de ses frères, s'étoit dérobé à ceux çii avoient été envoyés pour l'arrêter.
U n'existoit quelques partisans du Roi que dans le parleiaent, dont la majorité, entraînée par Brisson^ sétoit déclarée pour la Ligue. Lcjs Seize détruisirent
3t%9 IIÎTRODirCXlOIÏ kVX MÉMOIRES
1 58g. bientôt cette faible ^ mais respectable opposition. Bussy » le Clerc X un de leur» chefs les plus ardens^ entra dans
la grand'chambrë avec une troupe armée , désigna les magistrats qu'il croyoit royalistes^ et les conduisit à la Bastille, dont il venoit d'être nominé gouverneur. Le premier président de Harlay étoit à la tête de ces- illustres prisonniers y qui recouvrèrent quelque temps après leur liberté, en ,payant de fortes rançons* Le parlement de Paris, devenu tout ligueur, décerna d'une voix unanime la première présidence à Brîsson, et il prêta dans ses mains le serment dô-pcHirsuivre la justice de la awrt de messieurs de Guise:, et de ee qui s* es toit passé à JSlois les lài et %^ déeem&re derniers, f( Aulcuns, dit uq conliemporain , signèrent ce serment ^ « de leur sang , rju ils tirerçiast de leur main -^ et Ton dit
« que la main du sieur Baston dont il tira diji sang « pour le signer^ demeura estropiée.^ »
De Thou, qui avoit la sui^ivance d'une charge de président, étoit, avec raison., suspect aux ennemis dit Roi : on visita sa maison, sous le prétexte d'y enlever des armes : par bonheur, il ne s'y trouvoit pas dans ce moment; mais sa jeutie femme fut maltraitée, et conduite à la Bastille, tfoùb le duc d'âumale la fit sortir le lendemain** Ayant tous deux à redouter tes fureurs, des factieux, ils résolurent de quitter Paris ^^époux, £ivorisé.par les Gordéliers, qui lui aboient donné un asile dans leur couvent, se travestit, en soldat, et trompa la surveillance de ceux quLgardoieht les portes; l'épouse, à. l'aide de quelques aniies, parvint à s'échapper, déguisée enpetite bourgeoise : ils se retirèrent dans Iq châteaud'Esdimont,; chez lecchancdiec de Chèverny , leur psirent.
DEPUIS i547 'usQuW i594* sai
En attendant le duc de Mayenne, les Parisiens for- iSSg. mèrent un grand conseil , qui se composa de. person* sages pris dans les trois ordres , et dont le duc d'Au«male eut la présidence. Il y entra neuf membres tirés da clergé, sept de la noblesse, et vingt*-trois du tiers* état. A peine ce conseil^ où les Seize avaient la plus grande influence, fut-il installé, quil publia une pro-* clamàtion par laquelle il s'engageoit a remettre la taille sur le même pied que du temps de Louis XII. « Cette «promesse, observé Cayet, i«ssembloit à celles que « l'ennemi du genre humain fait à ceux qui se rangent « à sa sobjection, auxquels il promet richesses et con- « lentement, et néanmoins les rend misérables. »
Le même auteur peint avec une grande vérité Ta-* nardùe qui régnoit dans toutes les villes du royaume $ et il résulte de ses observations que le zèle pour la religion entroit en général|pour peu de chose dans les motifs de ceux qui embrassoient avec le plus d*ardeur le parti de la Ligue, ce Beaucoup de lieutenans, de « gouverneurs de provinces ou de places particulières p ff dit-il , se mirent la pluspart de ce party , sous Tespé- « rance d^estre gouverneurs en chefs. Si la noblesse et K les gens de guerre se mettoient dé la Ligue pour « cette espérance, il y eut beaucoup de gens^de justice « qui, pour s'agrandir; entrèrent aussy dans ce party; « car où les lieutenans^-generaux se tenoient fermes du « paity du Roy, les lieutenans particuliers, les asses- «seui^ et les vice-sénéchaux en bemicoup d'endroits^ « se mirent de la Ligue pour être lieutenans-généraux « ou sénéchaux. Si les prévôts des marchands ou es-^ ft cbevins, consuls ou autres officiers des villes estoienfi t aussy catholiques royaux, d'autres habitans^* pour
322 INTaODUCTIOir AVX MÉHOtRES
i58^ ce occuper leurs charges, se jnettoienit du pafty de la « Ligue y faisoient soulever le peuple, et en ces recc.muemeus populaires se faisoieut eslire aux grades ce et honneurs, auxquels ils n'eussent eu espérance de « parvenir par le temps de paix. Âinsy plusieurs se <K mirent de ce party pour faire leurs affaires et tenir « les premières charges. »
Le duc de Mayenne, si impatiemment attendu par les Parisiens , parut enfin au milieu d'eux le 1 5 février. Son voyage s'étoit trouvé retardé par les efforts qu'il avoit faits pour s'assurer de la Bourgogne, dont il étoit gouverneur. Il étoit parvenu à soumettre presque tou^ tes les.villes de cette province importante, et à séduire line grande partie du parlement de Dijon : mais Guillaume de Tavannes , fidèle au Roi , réduit d'abord à son seul château de Courcelles, s'étoit ensuite em* paré de, Flavigny et de Sény r ; et , secondé par le jm^*' sidentFrémiot, il avoit établi un parlement royaliste dans cette dernière ville. Mayenne, n'ayant pu anéantir cette noble coalition, qui devoit favoriser le passage des Suisses appelés par Henri III , entra dans la capitale, accompagné de la duchesse de Montpensier sa sœur, qui étoit allée au-devant de lui jusqu'à Dijon. Le lendemain il prit la présidence du conseil : craignapt déjà l'influence démocratique des Seize, il auginenta ce corps de quinze membres tirés de la noblesse, et il décida que les présidens et conseillers du parlement pourraient y assister. On vemarquoit dans ce conseil , auquel on donna le nom de conseil général de Vuaion, VHuilier , maître des requêtes, qui, devenu, cinq ans après, prévôt des marchands de Pans, rendit cette ville à Hénji JV*
' BEPTTis i547 JiTSQu^Eif i5g4- 2^3
Villeroy , renvoyé du ministère quelque temps avant 1 58g^ les derniers états de BLois, fut auss^. admis dans le. conseil général. Cet homme habile ne partageoit point les passions des factieux ; mais il voyoit la religion en danger, et peut-être le dépit que lui avoit fait éprouver sa disgrâce contribuoit:il à augmenter ses craintes. Il siégea donc parmi ceux qui s'étoient déclarés les ennemis implacables du monarque, dont il avoit été le ministre; mais son adhésion à la Ligue devint un bonheur pour la cause royale ; car , aussitôt après la mort de Henri III, il fut du nombre de ces Catholiques désintéressés qui ne voulurent point se soumettre à TEsr pagne , et qui offrirent de reconnoître Henri IV, s'il consentoit à rentrer dans la religion de ses pères.
Le conseil de Tunion attribua tous les pouvoirs au duc de Mayenne, et lui donna le titre de lieutenant général de V Estât royal et Couronne de France^ Le nom du Roi fut supprimé des actes publics, et l'on fit un nouveau sceau, dont la garde fut confiée à Brézé, evêque de Meaux.
Dans l'agitation où se trouvoit la capitale, il y circukit une multitude d'écrits, où le Roi étoit repré-^ sente comme l'oppresseur des Catholiques, et les Guise comme des martyrs. On se disputoit et l'on dévoroit ces écrits, dans lesquels respiroient les passions les plua violentes. Le plus remarquable est une. tragédie intitulée la Guis iode j ou, les Etats de Blois^ par Pierre Matthieu, qui devint depuis un zélé royaliste, et que . Henri IV nomma son historiographe. Cette pièce^ dont le style a quelquefois de la chaleur et de l'élé-r vation, se distingue surtout par une scène où Cathe- . fine ^e Médecis chçrche à détourner son fils de fair^
^^4 IlîTRODUCTION AUX MÉMOIRES
i58g. assassiner les Guise. Après lui avoir représenté quHls n ont point de mauvais desseins, elle ajoute :
Us TOUS tiennent pour rojr.
BENBI III.
tJn rojT de quelque doistre.
GATHEKIXrE.
he del rende a jamais tons ces présages vains ! La fortune te rit des sceptres des humains.
HXirai III.
Tay la fortune en pouppe , et au oœur respénmoe.
GA.THZ»JfrE.
.Un roy est mallieureux qui vit en défiance*
BsaRi m.
Si suis»je rojr pourtant , et je ne recognoy. Après le Tout-puissant , un plus puissant que mojr. Punissant les aucteurs de toutes ces misères , Je forcera^ de Dieu les sanglantes colères.
GATBE&IirB.
n est vray : mais )*ay peur que si vous n^appaiseE Tant de cœurs contre vous justement embrasez, Que régnerez tout seul, et n'y aura personne. Sinon quelque mignon , qui serve la Couronne.
Ce pressentiment; que Pierre Matthieu mettoit dans la bouche de Catherine de Médicis, ne se réalisoit que trop y pour le malheur de Henri III , qui se trouvoît à Blois presque abandonné. Il n'avoit auprès de l^i que ses confidens, et un petit nombre d'hommes recommandables , soit dans la guerre y soit dans la magistra*» ture, qui y ne cédant pas au torrent , étoient décidés à s'ensevelir sous les débris du trône« Ces derniers , parmi lesquels se trouvoient Schomberg et de Tbou p furent chargés par lui de former à Tours un parlement composé des magistrats de Paris qui n'avoient p^ ad«
.Dsvuls i547 jiîsqv'ew i594- aaS
hévi'k la Ligpie , et qui étotentiparvenus k s'échapper iSSq. de cette vUU. On pouvoit* disposer (Tun assez grand nombre de conseillers^ mais on manquoit de prési* dens : tous ceux qui n*avoient point abandonné le pai-ti du Roi étoient. encore détenus à la Bastille avec leur digne chef Achille de Hariajr. L'avocat général ^
d'Espesses fut nommé provisoirement premier prési-* dent ; et Seryin, jeune homme plein de mârite, rem« plit les fonctions du ministère public. Ce corps, auquel Henri lY &t par la suite redevable des phis grands services, se partagea en deux sections, dont Tune s'é* Ublit à Châlons-sur-Mame , ville .qui , quoique fai<« ^ant partie du gouvernement du dernier duc de Guise^ refusa de reconnottre la Ligue*
Les serviteurs de Henri III lui rappelèrent le der-* nier conseil qu'il avoit reçu de sa mère, et qui consis-» tok à s'unir avec le roi de Navarre : ils lui présentèrent ce parti comme Tunique ressource qui lui restoit dans la défection presque générale des Catholiques. Henri dç Bourbon avoit fait, pendant les troubles, de grands progrès dans l^s provinces méridionales, et il étoit disposé à employer toutes ses forces pour soute^ nie le trône dont il d6voit hériter. Le duc d'Epernon et Diane df Angouiéme, fille naturelle de Henri II, femme d^un caractère aimable et conciliant, entamirent cette négociation , qui fut bientôt suivie d'une ttëve indéfinie»
L'entrevue et la réconciliation sincère des deux monarques eur^at lieu dans le parc du Plessis-^lies-* Toi^rs, en présence d'une foule de Catholiques et de Protestan» [3o avril]. Les premiers, à la vue du roi de Navarre,, sentirent évanouir toutes leurs prévenao. ^ i5
226 INTRODUCTION ÀXJX MÉM^OIAES
1 589. tiens : soa affabilité y sa franchise y sa familiarité pleine de noblesse et de grâce , lui gagnèrent tous les cœurs* Il réunit son armée, parfaitement disciplinée , au peu de troupes restées fidèles à Henri III , et il repoussa le duc de Mayenne , qui avoit.eu la hardiesse de venir attaquer les deux monarques dans Tours. Par ses conseils, les troupes royales prirent Tofiènsive, et s'avancèrent vers Paris y en s'emparant de presque 'toutes les places qui se trouvoient sur leur route. Pendant cette expédition y une bulle de Si|ite-Quint effraya Henri III : elle le menaçoit d'excommunication si , dans soixante fours, il ne mettoit pas en liberté le cardinal de Bourbon et Tarchevéque de Lyon : il fut sur le point de fléchir ; mais le roi de Navarre lui fit sentir qu'il traiterôit bien plus avantageusement avec le Pape lorsqu'il seroit redevenu le maître de son royaume. Les deux rois, après avoir réussi dans toutes leurs entrer' prises, arrivèrent à Saint-Cloud le s^g juillet, et mirent le. siège devant Paris.
Tout portoit à croire que cette ville rebellé ne résisteroit pas à Tarmée royale, accrue de dix mille Suisses que venoit d'amener Harlay de Sancy* L'épouvante y régnoit, et elle étoit le théâtre des désordres les plus affreux. Les prédicateurs, exagérant les périls auxquels la religion étoit exposée , enflammoient leuc auditoire des passions les plus furieuses : on proscrivoit les royalistes, on saccageoit leurs maisons , et Ton s'assuroit de leurs personnes* Lçs princiesses de Lorraine y parmi lesquelles on remarquoit la duchesse de Montpensier, sœur du duc de* Guise , se montroient au peuple, le hamnguoiént', et lui demandoient vengeance. Quoique dans ces moyens
IIBPUIS- x547 JUSQU^EN i594*. %^f~
employés pour exciter les Parisiens à une défense dér iSSg. sesperée, il n'y eût pas de provocaticm dii^ecte à Tas*, sassinat du Roi y il étoH difl}pile que quelque imagina*, tion ardente tie prit pas à la lettie les malédictions dont on accabloit ce - malheureux monarque^ et^ne conçût le monstrueux, dessein de le faire périr. C'est ce qui explique l-attentat de Jacques Clément , jçune religieux Dominicain, passionné ligueur, dont la rài^ son étoit égarée par de prétendues visions. ;
Cet J^mme sortit de Paris le 3i juillet, après avoin obtenu des lettres de recommandation du premier président Achille de Harlay et du comte .de £rienne^ prisonniers des ligueurs. Sa candeur apparente Aqi-^ gna les soupçons^ et il fut le lendemain matin conduit à 'Henri III pat Fintendant de justice de Tarmée royale, ir présenta ses lettres d'un» air modeste et recueilli , et pendant que le Roi lisoit celle . du premier président, il le frappa dans le irèntre d*un coup de couteau : Falarme se répandit aussitôt dans Tapparte?* . ment, les gardes accoururei^, et Tassassin fut massar cré par eux ; ce qui mit dans l'impossibilité de décou* vrir si quelqu'uti l'aVoit poussé au crime.
Henri III, dont l'existence sur le trône navoit été qu'une longue suite de foiblesses inexplicables, reprit alors le courage et la fermeté qui dans, sa première jeunesse avoient fait concevoir de si .heureuses ^espé^ rances , et «l'on retrouva dans ce monarque mourant le vainqueur de Jamac et de Mpncontour. Il né s'en îapporta point aux discours rassurans de sets médecins^ qui déclaièrent d'abord que sa blessure n!étoit pas dangereuse : résigné à la mort; il s'y prépara en iChré<tien , sans négliger les soîn$ qu'e^^igçoit l'état oîi il làis*
9a8 izrTROoucTioN kxjx mémoiucs
1589. soifc son royaume. La nuit suivante, quelques heures a^ant de rendre les derniers soupirs, il fit appeler le roi de Navarre, le combl% de marques de tendresse, et le pressa d^embrasser la religion catholique. Il s^adresàa ensuite à ceux cfui étoient prësens, et en leur ûransmettant ses dernières volontés, il essaya de justifier la conduite qu il avoit tenue aux derniers états de Kds.
« ÂpprochesB*voxis, messieurs, leur dit-il, et écou-^^ (c tez mes intentions sur les choses que vous de^z ob- «c server quand il plaira à Dieu de me faire partir de ^ ce monde. Tous savez que je vous ai toujours dit « que ce qui s'est passé n'a pas été la vengeance des ' ft actions particulières que mes sujets rebelles ont « commises contre moi et mon Estât, qui, contre tr mon naturel, m'ont donné sujet d'en venir aux ex-> tt trémités ; mais que, par la cognoissance certaine que « j'avois que leurs desseins n^alloient qu'à usurper m^ fc couronne contre toute sorte de droit, et au préjudice fc du vrai héritier; après avoir tenté toutes les voies de tic dQUceur pour les en divertir; que leur ambition a (c paru si démesurée, que tou<s les biens que je- leur «t faisois pour tempérer leurs desseins, servoient pluie tost II accroistre leur puissance qu'à diminuer leur V Bkuxvaise volonté; après une longue patience qu'ils «. imiptU:oient pluir à nonchalance qu'au désir véritable ki que j-^ai toujours eu dejes en retirer, je ne pouvois n éviter ma ruine entière et la subv^^ion générale de ut cet Esdat, qu^en apportant autant de justice que j.V ce y ois. eu de bonté; j'ai été eontrainct d'user del'au- ^< tUorité souveraine qu'il avoît plu à la Providence de ce me donn^ sur eux. Mais, comme leur rage ne s'est
Dia»uis 1S47 iiTi»Qu£if i5g4« 2^9
« terminée qu'après Tassàssinat qu^ils ofit commis en i58g. A ma personne y je vous prie^ comme mes amis y et « vous ordoni^e comme votre roy, que vous reoognoiâ- « siez aprës ma mort mon frère que voilà (le rm de « Navarre); que vous ayez la mesine<affectîôn et fid^c lilé pour luy que vous avei toujours eue pour rstej î « et que, pour ma satisfaction et vostre propre devoir, . vous luy en prestiez le éement en ma p«feenoe. Et K vous; mon frère, que Dieu vous y assiste de sa di« « vine providence ; mais aussy vous priay* je , mon «frère, que vous gouverniez cet Estât, et tous ces K peuples qui sont sujets à votre légitime iiërltage et «succession, de soite qu'ils vous soient obéyssanâ « pour leurs propres volontés, autant qu'ils y sont « obligés par la force de leur devoir, » Chcvcmy.
Peu d'heures après avoir prononcé ce discours^ DeXhou. Henri III mourut* àTâge de trente-buit; ans [2 août]. C^yetjiv i.
. ' o L ^ j Guillaume
Sa mort fit excuser sa vie; et Henri IV, qui avoit déjà deTavannes. reçu les derniers soupirs de Charles IX , ne parvint à Villeroy. un trône exposé à^iànt de périls, qu'après avoir donné ^j^j^u^d'An^ au sort tle son prédécesseur lés regrets les plus géné-^ goulême. reux et les plus tendres.