‹ Commentaires (volume 4)Chapitre 13 sur 21 · SUR MONTLUC · texte numérisé non relu

SUR MONTLUC

ET

JSlàise de Montluc ayant écrit lui-même Thistoire de sa vie.depuis sa première campagne en iSai, jusqu'à Fannëe i575, époque à laquelle son âge, ses blessures et ses infirmités le condamnèrent à la re-^ traite, notre travail sur ses Commentaires pourroit se borner à quelques observations et à quelques notes explicatives : mais nous avons pensé qu'il ne seroit pas inutile d'offrir dans une notice le tableau rapide de sa carrière militaire , dont il est assez difficile de saisir l'ensemble dans ses récits^ souvent inten*ompus par de longues digressions, pi^r des observations étendues sur les événemens, et par les conseils qu'il adresse aux jeunes capitaines. Ce tableau, dans lequel on suivra Montluc année par année, facilitera d'ailleurs la lecture de ses Mémoires, et aidera à porter un jugement sur Tonvrage et sur l'auteur.

La famille de Montluc étoit une branche cadette de celle des Montesquieu, qui descendoient des ducs d» Gascogne rois de Navarre. La terre et le nom de Montluc étoiént entrés dans cette familla vers le milieu du quatorzième siècle, par le mariage d'Odon

±B'Jt ^ HOTKft Sun UOUTThVé

de Montesquiou avec Aude de Lasseran , unique héritière de Lasseran y seigneur de Massencomme^ de Montluc, etc. Le second fils d'Odon hérita de cette terre, et de lui descendirent les seigneurs de Montluc. AmadieUy grand-père du maréchal de Montluc , par suite de circonstances dont le détail ne nom est pas connu, vendit les trois quarts de son bien, qui montoit à ciqq mille livres de rente, II fut Tnarié deux fois. Fjrançois, qui étoit né du premier mariage, se trouva chargé, a^c un revenu de mille livres , des cinq enfans que son père avoit eus d'un second mariage, et il eut Itti-Kkéme £x enfans. Ces détmis expliquent eoipment 'Biaise de Montluc; qui:éteât issu dune des premières familles delaG«yeni;ie,.ne dat cependant sa fortune qu'à ses longs et inrillans services.

On ignore Tépoque de sa naissance, et les passages de ses Mémoires qui semUerofent devoir, non-^seulement mettre sur la voict, mais lever toutes les difficultés, rendent au contraire la question impossible à ré* sottdre. Ces passages, lorsqu'on les rapproche les uns des autres, présentent des résultats différeos, et ne s'accordent point d'ailleurs avec les événemens, dont la date est incontestable ('). La plupart des biographes

(>) A la première page de ses Mémoires, Montluc dit cpi^il s^cst retiré chez lui k t^ge de soixante-qninze ans , aprèa avoir servi pendant cinquante-cidq aimées, et étte parvenu du rang de simple adldat au grade de maréchal de France. Il*r« ç^t le lià^ii de maréçhiil an .i^f74 » iw*^ Henri III revint de Pologne, et mourut en iS'jj. i^q apposant qa^il ait écrit ses Mémoires en iS'jS ou 1576, on devroit en conclure qu^ •st né en i5oo ou en i5oi. Mais quelques pages plus loin il raconte ^'il est parti pQ^r VlM^ à i'age.do 17 ana, au monentoà la ^pmte yenoit de s^y ^umer eati^e François I et Charlea^uiat. Cette fptne commença en i^ai, et qe deuxième passage donnerpit lieu de croice qu'il est né en i5o4. Dans le même livre » il ajoute qu'îl^fut fait capi-

ET SUR SES CeMHENTÀIRES. ^83

Q^ont pasT remarqué ces contradrctions, bu n ont pas cru devoir les relever, et ^ sans avoir égard à ce qui étoit dit plus loin , ils ont , d'après Tindicatioci donnée dans les premières lignes de» Mémoires, fait naître Montluc en i5oo. Quelques auteurs ont essayé, mais inutilement, de trouver une autre date qui conciliât les divers passages des Mémoires; ils ont fait des hypothèses plus ou moins ingénieuses, dont a<icune n est entièrement satisfaisante. Il péroitra sans doute ex* traordinaire que Montluc, qui rapporte avec une si rare exactitude les circonstances les plus miiiutîeuses des événemens auxquels il a pris part dans sa jeunesse ^ qui ne se trompe presque jamais, ni sur les temps, ni sur les^ noms, ni sur les lieux, ait ainsi vaiié sur l'âge qu'il devbit avoir à différentes époques. Nous n'entreprendrons pas d'expliquer cette singularité. * ..

Uannée positive de la naissance de Montluc étant inconnue, nous nous bornerons à faire observer qu'il a dà naître vers le commencemait du seizième siècle. On n'a aucun détail sur sa première jeunesse ni sur son éducation ; on sait seulement qu'il fut élevé dans la maison d'Antoihe, duc de Lorraine, et qu'en sortant des pages il. entra comme archer dans la compa- >gDie de ce prince , dont le fameux chevalier Bayard étoit lieutenant. La guerre ayant éclaté entre François I et Charles -Quint, les hostilités commencèrent

taine ayant la prise de Fontarabie par les Espagnols, G'est*-à-dire en i523 j ce qui reporteroit i i5o3 Tépoque de sa naissance. Il noos sç- «Ht facile de citer plusieurs autres passages également conUadictoire9. Mais ceux qu'on yjent de lire , et qui sont puisés dans les cinquante premières pages des Mémoires j^ suffisent pour prouver ce que nous ayoDA Annoncé.

a84 NOTICE SUR MOKTLUC

en Italie^ elles troupes impériales passèrent la Mense. La compagnie dans laquelle servoit Montluc^ devoit être employée à la défense de la Champagne , qui se trouvoit ouverte à l'ennemi par la prise de Mouzon. Il aima mieux aller en Italie , sur le récit des beaux faits d'armes qu on y faisait ordinairement. Gomme il ne parle pas du siège de Mézières , il y a lieu de croire qu'il partit avant que Bayard se jetât dans cette place. Son père lui donna quelque peu d'argent et un cheval d'Espagne ^ et il passa les Monts en iSsi, ayant y dit-il dans ses Mémoires ^ l'âge de dix-sept ans. Il entra simple archer dans la compagnie de Lescun, depuis maréchal de Foix, se fit remarquer par son intrépidité , et eut sôpt chevaux tués soùs lui dans les deux campagnes y qui se terminèrent par la perte du Milanais. Il revint en Francç en 1622 , arec les débris de l'armée : Lescun récompensa ses services en le faisant homme d'armes dans sa compagnie ^ qui ne tarda pas à être envoyée en Guyenne pour couvrir Fontarabie, que les Elspagnols menaçoient: on offrit à MoDt* lue une enseigne dé gens de pied^ qu'il accepta, ayant le désir de combattre dans l'infanterie, oh il espéroit trouver plus facilement l'occasion de se distinguer. En effet, avec une poignée d*hpmmes il contint la cavalerie ennemie, sauva la compagnie d'ordonnance de Lautrec qui alloit être enveloppée, et fut fait capitaine en i523, à l'âge de vingt ans, suivant ses Mémoires.

Les Espagnols ayant renoncé à leur entreprise sur la Guyenne, toutes les compagnies de gens à pied furent cassées, et Montluc redevint homme d'armes dans la compagnie du maréchal de Foix. Sur ces en*

£T sua SES GOMMEHTAIRES. a85

trefaites le connétable de Bourbon, qui, pour se venger de quelques injustices dont il croyoit être la victime, avoit trahi François I pour s^attacher à Charles- Quint , ëtoit entre en Provence et assiégeoit Marseille. Le maréchal de Foix fut appelé , mais il ne put emmener qu'une vingtaine de ses hommes d'armes. Montlue, n ayant pas été choiisi pour Fàccompagner, partit comme volontaire avec cinq ou six gentilshommes de son pays [i524]. Les Français repoussèrent le connétable et le suivirent en Italie, où Montluc entra avec Tarmée sans avoir aucune solde : il combattit avec les Enfans-Perdus à la bataille de Pavie [iSaS], fut fait prisonnier^ renvoyé comme étant hoi^ d'état de payer une rançon, revint à pied rejoindre sa compagnie en Languedoc, et fut pendant la route réduit à vivre de raues et de tronçons de choux. '

Pendant la ca(>tivité du Roi , il se retira chez lui et s'y maria, au niois de juillet i526, avec Antoinette Ysalguier.

Lorsque François I eut recouvré sa liberté, et qu'on projeta une nouvelle expédition en Italie [iBs^l, Lautrec chargea Montluc de dresser une compagnie de gens de pied : celui*ci ne tarda pas à arriver avec sept ou huit cents hommes, fut blessé dans une des premières aflairés, et ne put se trouver à la prise de Pavie. U est de nouveau blessé très -grièvement au siège de Gampistrano,'en iSsS; on veut lui couper le bras, il s'y oppose , et est retenu trois mois au lit. Aussitôt qu!il est en. état d'être transporté, il rejoint Tarmée devant Naples, et combat malgré sa blessure; on lui doxme pour récompensé des domaines dans lé pays conquis : il ne peut en jouir '^ Tarmée éprouve des

â86 KOTICX SUR moutluc

échecs et ne reçoit ppint çle secom^. Lautrec memt, les Françaispend^nrl; tputes leurs conquêtes, et. Montlue est .encore oblige de revenir à ^ed en .France , le bras attaché au corps ^ ayant , dkt-il, plus deitrente aunes de taffetas autour de lui* . '

Il retourne chez son père^ .qui éÂoit assez en névessàé, et gui naquit, pas grand fnojren de l'aider. Il y resta pendant les années i$ ^9^ y53o, i53i eii532, sans pouvoir guérir radicalement sa blessure, et se vit forcé en j Si 3 3 de recommencer sa carrière militaire, n étant pas plus avancé, dit'il.,tque loiisqu'il^toit sorti des pages dou^e ans auparavant. .

François I ayant établi les légions,. qui étoient des corps permanens d'infanterie française, Bochechouart- Faudoas eut un commandement' de mille hommes dans celle de Languedoc, et il chargea Montluc eu i534 de former ses compagnies, liorsque ^Charles* .Quint envahit la Provence en l536^. Montluc faispit partie de la garnison de Marseille. Le plan de défense du Roi étoit de ruiner Tarmée xle TEmpereur par la famine, sans exposer le sort.de la France :aux chances dune. bataille. Ce plan^réussissoit : déjà rennemi souf^ froit beaucoup de la disettet;>pour'dui enlever ses der'nières ressources, il s'agissoit ide détruire le& moulins d'Auriole, les seul§ qui restassent à sa, disposition: Texpédition fut .proposée .à plusieurs capitaines, qui n'osèrent s'en charger; Mpatlups'oifrit, et prouva qu'il étoit homme de tête let d'ei^çutiQu : mais il eut le chagrin de voir ceux qu^, ay oient jugé L'entreprise impossible, s'en attribuer la gloif-e après le succès. Lors^ que l'Empereur, se fut retiré, Montluc, outré de l'injustice qu'on lui avoit faite, quitta :1a compagnie

£ir SVA SES CifiAlÊtNtkiVi^S. f^"^^

de Rocheoh<3«iart ; û refaSâ mêïtie à'Stre giddbti deb hommes d^armes de Boutièfres^ ne vo^lHUt pâs 'revendre de service dans la cavalerie, et il retdurna chez lui. Mais il lui étoit imposable de rester long- temps «n repos : il alla k la 'Cota*, obtint tiiie compagnie dé gens de pied, fut attaché à la garde du Dauphin , sie trouva à là prise de Hesdin et ^ quelques aiftres places; puis^ voyant que la gfti$i«Fè ne se pousl^oit pas avec assez; d'activité /il partit pôtir la Provence, ^ où il eut ordre de lever deux cdmpËfgînés et de les conduire en Piémont. Dans i^ «marche^iLenleva plusiisUrs châ^ teaur-forts, et fut blessé à Tatlaquè de Barcetonnetfe. Lorsqnela trêve fbt^ubliée ëili 53 7, il retourna chez Itti, mais ne put se décider à y 'foire un long séjour. Les jours de paiît m*estoient dés années, dit-il dans ses Mémoires. Ne pouvant faire la guerre, îï essaya d*étre comtisan , et se 'trouva peu propice à ce métier. Eu i54^, T&^sassinat de deux ambassadeurs -fi^tn^ çais eii Italie ralluma la guerre entre François I et Cbarlés^Quînt. H' paroît que •Mbiitluc n'étoit pas employé àU UioUient où les hostilités' commencèrent r tsidA&^ ayant appris qu'il yavôit à l-àrmée qui assiégeoit Perpignan un Italien que Ton considéroit comme le meilleur ingéuietir de cette époque, il voulut profiter de ses leçons. Pendaiit le siégé il y eut des poui'par^ 1ers avec Fennemi, et le connétable envoya Montluc, déguisé ^ cuisinier, dans là place, pour ta reconnoître; il faillit ét^* découvert, courut de griands dan*gers, donna des conseils qu*on se repentit trop tard de n avoir pas suivis, et quand le siège fut levé, le Roi le nomma capitaine d'une compagnie, quoique le Daun phin et le connétable eussent démandé la place pour

â88 SOTIOK SUR MOlirXLXïC

ua autre. Il fit la guerre avec di^inction de ce côté, jusqu'au moment où il reçut ordre d'aller en Piémont £i543]. OnveiTa dans les Mémoires le détaU de ses faits d'armes et des expéditions auxcpielles il prit part, et Ton n admirera pas moins son courage que sa prodigieuse activité (0.

- François de Bourbon , comte d*Enghien, ayant remplacé Boutiàres dans le commandemei^t de l'armée ^ envoya Montluc auprès de. François I pour obtenir des secours et la permission de livrer bataille; il prioit en même tempis le Roi d'accorder quelques grâces à ce brave capitaiû^. Moi^Uuc fut nommé gentilhomme servant : En ce temps-là^ dit-il, ce n estait pas peu de chose ^ ny à si Bon marché comme à ceste heure. Le Koi le fit venir au conseil , et voulut avoir son opinion sur le projet de livrer bataillé. Montluc peint avec ime piquante originalité la discussion qu'il eut à soutenir 'contre les seigneurs que le Roi avoit réunis y et contre le Roi lui-même. Il parvint enfin à .vaincre l'opppsition des membres du. conseil. Il rie-* tourna au camp y et après avoir fait décider la bataille (3) , il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à la victoire [i 544]* D'Ënghien l'arma chevalier; mais» malgré les instances de Montluc , un autre fut chargé jd'aller annoncer au Roi la déroute complète de l'en*

nemi.

. Montluc f blessé de ce refus , pi'end Ja r^lu« tioi^ de quitter l'armée : on essaie en \sùfx dé. lé reM*

(0 n avoit une telle activité dans Tesprit , que son sommeil m«ne en étoit troublé. J'ai eU ce malheur, dit-il , ^ue, vêiUant ou dormant^ je n'ai jamais eu de repos,

\.«} La bataille de Cerisolles*

ET SUR SES COMH£]MTÂIR£S. OiSq

nir; il part pour la Gascogne , bien décide à ne plus faire la guerre; surtout en Italie ; mais je n haïssais rien tant que ma maison j dit-il naïvement ; et^ quoi^ quefeusse résolu ^ pour le tort qui m^avoit esté fait, de n aller plus en ce pays là, si est-ce que je ne peuz m en empeschèr. Au moment où il rentroit en Piémont, l'armée revenoit en France. L'Empereur s'étoit ligué avec Henri VIII, qui avoit attaqué et pris Boulogne; François I réunissoit des ti^oupes en toute hâte pour reprendre cette place importante. M ontluc^ qui avoit été retardé dans sa marche par une maladie, reçut en an-ivant devant Boulogne le brevet de mestre de camp. Ce nouveau grade fut pour lui un motif de plas de se distinguer, et il étonna Farmée par son au-^ dace dans une attaque de nuit dirigée contre la ville ; cependant l'entreprise ne réussit pas, et le duc d'Orléans, qui se trouvoit à l'armée, le plaisanta sur ce mauvais succès, k Ck)mment, monsieur, lui répondit Montre lac en colère, auriez-vous opinion que j'eusse fait « faute? Si je le savois, je m'en irois tout à ceste heure ff faire tuer dans la ville. Yrayement nous sommes bien « fols de nous faire tuer pour voslre service. »

Une succession qu'on lui disp'utoit l'ayant appelé en Gascogne, il fut bientôt désigné pour faire partie d'une expédition que l'on préparoit contre l'Angleterre : il devoit. commander cinquante ou soixante enseignes. La flotte mit à la voile [i545], fut obligéç de rentrer dans les ports de France , et Montlucretourna devant Boulogne. Comme on se bornoit à bloquer la place, il obtint la permission d'aller à la Cour, où il remplit sa charge de gentilhomme servant. François I, vieux et pensifs dit Montluc, ne 2o« 19

ago xroncPBUR mojttluc

caressûit point tant les hommes fuil souloit (qu'il avoit coutume)» Le Roi ne lui parla qu'une seule fois, pDui*.lui faire raconter la bataillé de CerisoUes.

Montlnc retourna en Gascogne en 1 546 y et y fut retenu par ses affaires et par des maladies jusqu'après la mort de François I [i547]-

Henri II le fit venir^ et lui donna le gouvernement de Moncalier, avec le titre de mestre de ckmp. Il ^esta dans son gouvernement pendant dix-huit mois, et ses M'émoires ni ceux d^s contemporains , ne donnent aucun détail sur lui jusqu'en 1 55b. Il avoit fait un voyage en Gascogne, lorsqu'il appiit que Brissac alloit commandât* en Piémont : il se rend sur*le^ champ à la Cour, et part avec le général* La guerre recoknmence en i55i ; il décide là prise de Quiers, et est grièvement blessé en voulant empêcher le pillage (0: obligé de garder le lit pendant ti*ois mois, il ré* ioiu^ne à ^l- armée avant d'être rétabli [i552]. On lui donne l'artillerie à conduire au siège de Lans> avec cinq enseignes de gens de pied; il s'oppose à ce qu'on lave le siège , parvient à faire rendre la plaoe^ et va à Moncalier faire achever sa guérîson. Aussitôt que ses forces le perntettent, ilr^aroit au campu, se chai^ge de préserver Casai, et met la ville en si bon état de défense, que l'ennemi n'ose rattaquel\ Pressé par les généraux, il s'enferme malgré lui dans 9ehne, mauvaise place dépourvue d'approvisionnement. Sa répugnance étoit fondée, car il étoit résolu de mourii* plutôt que de jamais capituler. J'aimerois mieux estre

mort^ dit-il) çue si l'on me ûouxfoit en escriptures,^

(<) Jfavois , dit-il , la réputation d-cstre hoh politique pour U soldat , ti d'empêcher l» détordre,'

ET SUR SES COMMENTÂItlES. 21^

que si j'eusse rendu une place, y estant entre pour la sauveir. Sa bonne GOntenanoe fit retirer Tennemi Après cette brillante campagne j dont on tronirera te détail dans les Me moires ^ et pendant laquelle il avbit été nommé gentilhomme de la chambre et gouverHoifl* d'Albe, Montluc demanda uti congés qu'on eut b^ucoup de peine à lui accorder^ parce qu'on setltoft combien sa présence ^toit utile à Varmée. Il pas^ Tannée i553 en Gascogne; le bruit de ses exploits Ty avoit précédé. Je nie ttvu^^ai honoré et estime, dit-il> des plus grands seigneurs du pays; mon nom estoit en réputation bien grande,. et pour une chose que fiévois faite, on voUloit m'en faire e^ccroire (juatre*

En i554y les Stennois, qui s^étoient révoltés contre Chairlës-Qttiilt , demandèrent des secours à la France, n oubliÀAt pus que c*étoit à Charles Vllt qu'ils dvoient du une première fois leur liberté. Le Roi envoya des troupes y et lettr donna Montluc pour gouverneur. Celui-ci étoit tnalade lorsqu'il reçut tes ordres de Henri It; il partit malgré l'avis dés médecins ^ et fit des prodiges de valeur à la bataille de Marciano. Ofi trouvera dans ses Mémoires le récit détaillé de sa belles défense de Sienne. Nons ferons setfletnent remarquer que, fidèle à àes principes, il refusa de signer la capitulation , lorsque les habitans,, réduite à la dernière extrémité , se décidèrent à jw rendre. Il sortit de Sienne dans le courant de mars i555, passa par Rome : Toîit le monde, dit-il, couroit aux fenestres et sur les portés tjuand je passois, pour voir celui qui a^oit si longue^ ment défendu Sienne; le Pape lui fit l'accueil le plus flatteur. Il s'embarqua pour revenir en France ; sa galère fut menacée par une flotte ennemie : il parois

fiOa . . irOTICE SUR MÔWTLUC.

soit difficile d'échapper 9 tout l'équipage se désespéroit : Quelque mine quejeJUsej dit Montluc,/e nes^ tois gueres plus rassuré ^ et eusse bien voulu estre à planter ^s choux. Cependant on parvint à gagner le popt de Marseille.

Montluc fut encore mieux accueilli ^ la cour de France qu U ne l'avoit été à Rome ; Henri II voulut savoir de lui tous les détails du siège ^ que Montluc lui conta avec sa vivacité gasconne , qui augmentoit ^'intérêt de ses récits. Le lendemain de son arrivée, le jRoi lui donna le cordon de Saint-Michel, une pension de. trois mille livres, une assignation de trois mille livres de rente sur le domaine, deux mille écus comptant, et deux charges de conseiller au parlement de Toulouse, dont il avoit la liberté de traiter pour marier ses filles ; enfin on lui promit la première «compagnie de gendarmes qui viendroit à vaquer*

Montluc eut la permission d'aller prendre chez lui le repos dont il avoit besoin : mais il n'y avoit pas de* in,euré trois semaines que Henri II l'envoie en Piémont pour y commander les gens de |>ied «ous le maréchal jde Brissac. U y combat avec cette intrépidité qui le caractérise; mais on lui rend de mauvais services à la Cour, et le connétable lui ordonne de se retirer <:hex Jui. Montluc va trouver Henri II et se justifie. Il fait <iin voyage en Gascogne [i55.6]; estl>ientôt rappdé| >et nommé lieutenant -général à Montalcin. Il part, .fait quelque séjour à Rome, qui étoit menacée par le duc d'AJbe, essaie de donner du courage aux habi- •tans par ses discours et pai* de biillantes expéditions dans les environs de la ville, et.se rend dans son noiH yeau gouvernement*. 11 y fait là guerre avec son ac-

ET SUR SES COMMENTAIRES. Sigi

tivité accoutumëe^ et se montre à la fois soldat auda* deux et sage capitaine. Au milieu de ses succès ^ il reçoit ta nouvelle de la perte de la bataille dé Saint-* Quentin ) et sollicite comme une faveur La pecmission es venir défendre> la France , que ce revers plaçât dans la positionna plus critique. Il tombe malade avant que son congé arrive , mais rien ne peut le rete^ Bii ; il se fait porter dans une chaise par six hommes* Obligé dje s'arrêter chez le duc de Ferrare, il n'y reste pas oisif: il se charge de défendre Verceil, e| sauve la place ^ dont la perte paroissoî* inévitable. Montluc possédoit à peine*deux oent9Îécus; le duc lui 'CD donna mille, qui.lui servirentà se défrayer jusqu'à lyon, lui et sa suite. On lui paya dans cette ville deux mille quatre cents francs pour deux années de son état de gentilhomme de la chambre, et il alla trouver le Rc» [1-558], qui lui donna la compagnie d hommes d'armes qu'on lui avoit pi'omiseà. son^re^» Jour de Sienne. Peu de temps après:, d'Andelot, çolo^ nel de l'infanterie , ayant irrité Henri. II eu lui dé* darant qti'il pr©fessoit la nouvelle religion, ce prince ie fit aiTêter, et donna si^ charge à Montluc : celui^-ci s'en défendît en vain, disant qu'il ne vouloit point exercer la charge d'autrui , et qu'il aimeroit mieux être réduit à commander les pionniers : le Roi insista-, et il fut obligé d'acceptei?, bien résolu de se démettre aussitôt que les circonstances le permettroient

Après la. bataille de Saint^Quentin,leduc de Guise, ^i avoit été chargé d'une^ expédition contre Naples, avoit été rappelé avec toutes ses troupes, et nommé lieutenant-général du royaume. Il avoit relevé la confiance dès son arrivée, par la prise de Garais, que lee

1*94 NOTICE SUE MOHTLUC

Anglais possédoîent depuis deux cent onze ans. ir.se disposoit à attaquer Thioùville , et Montluc devoit servir sous ses ordres. Le nouveau colonel de Tinfan^ terie, auquel le Roi avoit été obligé de donner de Tar* gent pour s'équiper^ se distingua pendant le siège; la place fut réduite, et lé duc dé Guise dit hautement qu^il étoit un des trois hqmihes de Farmée qui avoit le plus contribué au succès. Il justifie cet éloge au siège d^Arlon , et dans toutes les expéditions qui se succédèrent )usqu à la paix de Catau-Cambrésis [ i SSp]. Pendant la éaiapagne il avoit tenu à faire une dépense proportionnée âru rang qu*il occùpoit dans Farmée; aîissi se trauva-t*il à la paix daé3 un dénuement ab^ sôlu d'argent. Cependant il n hésita point / ainsi qu'il Tavoit annoncé, à remettre au Roi la chaire de colonel de rinfantérie«

Lé roi de Navarre sepréparoit à envahir la Biacaie; il obtint la permission de se faire accompagner par Montluc, et Henri II mourut pendant cette eipéditiooy qui n'eut aucun résultat [i56o].

«c Je ne me veux, dit Montluc, mosler d'escrire les ce inimitiez, les rébellions qui ont esté. faites despnis, (c jusquesà la mort de François II , encores que sceusse « bien escriré quelque chose pour estre de ce teins « là. » Charles IX étant parvenu au trône à l'âge de dix ans, Montluc se rendit auprès de la reine mère, Catherine de Médicis, lui promit de ne jamais servir d'autre parti que le sien et celui de ses erifans., d'être à cheval aussitôt qu'elle le commanderoit, et retourna en Guyenne [i 56 1].

Rien n'a encore terni la gloire de Montluc; il tk% tiré l'épée que conti e l'étranger j terrible dans le coŒ-

£T SUR SES COMMEKTAIHES. Sgjl

bhiy jamais' il na abusé de la- victoire , jamais il n a cherché à augmenter Us maux inséparables de la guerre* Son. zèle infatigable, sa bouillante valeur, sa présence d'esprit dans le danger, la patience avec laquelle il supporte les plus rudes travaux et les plus dures privations, aon habileté pour conduire et pour animer le soldat , son zèle que rien ne peut rebuteri, sa loyauté, son absolu dévouement; cette réiinion précieuse de toutes les qualités militaires qu'aucun défaut ne dépare, peut sans contredit être proposée pour modèle à tous ceux qui suivent la carrière des armes. Il n'en sera pas de même par la suite : Mont«lac CQntinufe d'être un grand capitaine , mais ses ac^ tiens cessent d'être irréprochables. Nous allons avoir à parler des excès auxquels se livre, contre ses pro«pres compatriotes, un guerrier qui jusqu'alors n'a^ voit point paru susceptible de Fanatisçie, et qui tout* à*cqup exerce les plus horribles cruautés;. Mais plus cet exemple est remarquable , plus il est utile de le mettre dans tout son jour sous* les yeux du lecteur^ afin de lui faire voir jusqu'où l'on peut être entraîna par la fureur des partis.

Montluc, de ristour en Guyenne, ne tarde pas à s'ai percevoir que la guçrre est prête à y éclater entre lea Catholiques et le^Protestaps; il s'empresse d'aller offrir ses 9çrvices à lareii^e mère. On le renvoie dans cette province ( oh Burie étoil,déjikliwte»antduIlQi), avec i^httr^s p^aent0$ pour Iwer des troupes , ujin de courir sus aux uns et aux autres qui prendroienfi les armes. Il demande des commissaires pour faire le pror ces aux perturbateurs : Catherine de Médicis , crai* gaantla partialité de Montluc pour les Catholiques^

%q6 jrOTICE SUR M0NTLUC

lui donne deux conseillers au parlement de Paris ^ a1^ ciens partisans d'Anne du Bourg , qui dévoient néces^ sairement contrarier ses projets» En arrivant. Mont* juc lève des troupes [ 1 662] : il semble vouloir agir avec modération ; mais bientôt les commissaires Tirritent îpar leur conduite équivoque ^ les Prptestanà Texaspè* rent enlui gisant» offrir de Taigent, s il ^euttrabir ses devoirs; il repousse ces offices avec indignation $ on le poussé à bout en les renouvellent jusqu'à trois ibis; enfin il apprend qu'après avoir tenté vainement de lé Séduire, on veut l'assassiner. « Je me résolus, dit-il^ « alors de mettre en arrière toute p^ur et toute crainte, <c délibéré de leur vendre bien tna peau, car je sçacc vois bien que , si je tombois entre leurs mains et à ce leur discrétion, la plus grande partie de. mon corps fc n'eust pas esté plus grande qu'un (les doigts de ma « main ; et me deliberay d'user de toutes les cruautex « que je pourrois, et mesmement sur ceux là qui parte loient contre la majesté royale : car je voy ois tien fc que la douceur ne gagnerait pas ces cœurs méchans* » Nous avons relevé ces détails, non pas dans l'intention de justifier Montluc, mais parce qu'ils exfdiquent le changement subit que Ton ren^arque dans ses actions et dans son caractère. Il paroît être dévoré d'une fièvre brûlante^ Il fait exécuter devant lui, sans forme de procès, les Protestans qui tombent entre ses mains; si les commissaires réclament, il les menace de les faire pendre; il ne marche plus qu'accompagné de botir* peaux, qu'il applelle ses laquais; la terreur le précède : « Il sembloit aux Protestans, dit-il , quand ils oyoient « parler de moy , qu'ils avoient le bourreau à la « queue. » Lorsqu'on en vi«nraox armes , il se plaint

flT SUR SES COMUElxrXiKES, 1^97

de ce que 'les soldats, ^ui étoient mal pay^s> faisoient des prisonniers y pour profiter des rançons. S'il force des places y il ne fait grâce à aucun soldat de la gar^ nison ; enfin, pour se servir de ses propres expiassions , onpouyoit cognoisire parla où il estait passé, car par les- arbres sur les chemins on en trouyoit les enseignes* L'édit de pacification de 1 563 , mit fin à la guerre et aux horreurs qu'elle entratnoit. Quelque temps auparavant > Mantlucavoit été fait lieutenant du Roi pour la moitié de la Guyenne; Burie conserVoit Tautre moitié : les limites de ces deux gouvernemens n'éioient pas fixées. Montlac sentit que sa position allait devenir plus difficile s'il acceptoit , il refusa ; mids^jefuz > dit-^il, contraint de passer le guichet-, comme un homme quon mené en prison. Lorsque la paix fut publiée, il resta en Guyenne , surveillant le pays 'et ayant soin d'avertir la reine mère de tout ce qui se. tramoit contre ses intérêts. En i565, Catlierine de Médicis conduisit Charles IX à Toulouse ; Montkic s'y rendit, et proposa un projet de ligue, qui ne fut point adopté. Ce f^t pendant ce voyage de la Cour^ que le Roi et la reine mère tiorentsur les fonts de baptême une des filles de Montluc, qui avoit perdu sa première femme em 1 562 , et qui s'étoit remarié probablement vers la fin de i563 (0. Il fut renvoyé en Guyenne et chargé de faire exécuter l'édit de paix. II se conduisit avec impartialité , fit pendre indistinctement les Protestans et les Catholiques qui tentèrent d'exciter des \xo\xh\es: Aussi dans toute la Guyenne:, ààXrïij pendant tout le temps que dura la paix , homme

'C') Il ayoîtépoosé en secondes noces babeau, baronne de Beauyilie.

^g6 JîOTICK St^K MOSTLtJG \

de pied ni de çhevcd ne mangea une pàuîè courant les. champs. Il continua d'infprme^ la reine mèt^ ()e tout ce qui se passoit ; il lui répétoit sans cesse que les ProteStans se disposoient à recommencer les hostilités. Il n^ëtoit pas écouté y on se moquoît de ses avis^ €t par dérision oh Tappeloit Corneguerre. L'événement proilva qu'il avoit ^eu de bons renseigneiâens sur les projets^ les ressouroes et les préparatifs secrets dés ProtestanSv La guerre éclata en 1 567 y au moment oh la Cour s'y attendûit le (moins. Montluc convoque surle-dhamp la noblesse de Guyenne , et passe cinq jours et cinq nuits à écrire les lettres de convocation. Peu habituel ce genre* de travail ^ qui étc^it si contraire à 66S goûts et à son c^a^actère, il s^ plaint beaucoup plus de la fatigue et 4^ l'ennui qu'il éprouva dans cette circonstance ^ que de tout ce qu'il eut à souiTrir dans ses plus pénibles expéditidùs. J'ai toute nia pie ha'i les escriptutes , dit*il y aymant mieux passer toute um nuit la cUitâssésur le dos que non pas écrire. La noblesse lui amène destmupes de toutes, parts , il anime par ses discours le zèle des capit^ÎBes, et setrouVe bientôt en état d'envoyer des secours considérables au Roi. Il s'attendoit à recevoir au moins quelques tétiioi« gnages de satisfaction^, il apprend que Candale est nommé pour le remplacer dans le dommandement de la Guyenne. En rapportant cet acte d^ngràtitude & la Cour, il passe en revue toutes les injustices qui ont été faites au?t grands capitaines dans les temps anciens et dans les temps modernes. Mais ces exemples ne le consolent point; il se retire ches lui. A peine y estil , , qu'il reçoit ordre d'aller assiéger La Rochelle ; et comme rien ne lui étoit plus insupportable que de de-

£T SUR SES eOAfMElfTÀiBrES. SIC){)

Bïeurer en repos , il obéit malgré son humeur [1B68].

On lui avoit anuoocé des assignations de fonds sur les villes, pour lever des ti'oupes et pour leseutreteuir; ces assignations ne. sont point payées ; on lui avoit pro*» mis de Fartillerie qu'oç ne lui livre pas» Cependant il se crée des ressources , s*enipare des lies d'Oleron et de Hé : mais, avant qu il ait pu commencer sérieuse^ ment le siège, survient un nouverédit de pacification. Plusque^ jamais convaincu que la. paix ne peut être durable avec les Protestans , si on ' leur laisse le^ moyens de faire la guerre, et qu'ils seront toujours maîtres de reprendre les arnoies tant qu'ils possède^ ront La Rochelle, qui leur sert de retraite et de point d appui, il propose à la Rèîne d'équiper une flotte^ destinée à oèseiirer le port et à agir aussitôt que les circonstances Texigeront : il oflre mémei en son nom et au nom de quelques autres capitaines , de faire en partie les frais de l'armement ; sek offres sont rejetées^

Il retourne dans F Agénois, et y tombe malade: il en*troit en convalescence, lorsqu'il apprend que là guerre se k^allume , et que M ontpenster arrive en Guyenne pour y chercher des secours. Tout souffrant qu'il est , il n'écoute que son zèle , presse les levées , surveille les opérations militaires , et reçoit l'ordre d'aller se jeter dans Bordeaux. Bientôt un nouvel ordre l'envoie dans le Rouergue , où les Pi'otestans faisoient des progrès* En rapportant cette expédition , il s'élève avec force contre un édit qui défendoit d'inquiéter les Protestans lorsquHls restoient chee eux et qu'ils ne prenoient point les armes. Il les consîdéroit comme beaucoup plus dangereux que ceux qui étoient en campagne, attendu qu'ils leur servoient d'espion, leur donnoient

3oO KOTlCB SirH MONTLUtf

retraite, leur fournissoient deâ vivres, et qu^oii ne poti-* voit led punip» Le passage suivant indique ce qu il au-* roit feit, is'rl e«t été le maître d'agir» /e sçais bien t/uen eéfays de la GujefUie rienfust pûs- demeuré un qm nejust mort , o» il eustfqict la pnoiestaiion de quitter cesie nouyieUe religion làj commet ils firent aux premiers troubles^ Car je sçauois biea le chemin ou je les dei^ois mener : et puisipie je Valois bien sçeu faire aux premiers troubles ai^ecune brasse de çorde^ je l'eusse bienfaict aux autres^

Pendant que Montluc faisoit la guenre à outrance auK Protestans , le maréchal d' Amvill« arriva en Guyenne revêtu d'un commandenient supérieur [iSôg]. Bienlét * des démêlés asse? vifs s'élèvent entre ces deux g«né* rauxï ces démêlés sont portés si loin ^ que le maréchal 6e croit obligé d'en écrire à la.Couri Montluc uvoit des ennemis ; les rig«fêui*s qu'il exerçoit contre lesPro* testans en giossissoient chaque pur le nombre. On prévient le Roi contre lui, et, pour achever de le perdre on le fait charger d'une expédition sans lui donner les moyens de Fexécuter^ Il a ordre d'entrer dans le Béarii (0, mats on ne lui assigne aucnti fonds pour payer ses troupes^ il «n demande, le Rot ^ Ëiche et

(0 Le passage suivant, tiré de VHistoire des égÏÏses réformées , par Théodore de Béze , ponrtoit donner lieu d); croire que Montluc arojt manifesté le désir d'être envoyé dans le Di^am, looqae W.Gaienne aeroit 0oua)ise. « Montluc, dit^il, enflé de la victoire contre Dura3 > et ayant A oublié qu^il estoit un petit champion accreu en peu de temps , osa te bien dire publiquement qu^il espéroit qu'ayant achevé en Ouienne , «t le Roy luy commanderoit d'aller en Béarn , oà il avoit f<wt envie « d'essayer s'il faisoit aussi bon couchci: avec les roynes qn'avec les « autres femmes. » Il faut observer néanmoins que Montluc a fait trop de mal aux Protestans , pour qu'il soit possible d^ajouter foi entière à ce qu'ils ont imptimé sur hu.

ET ^R $ES COVMENTÀIILES. 3oi

lui répond que depuis trois ans il ne fait rienquivaillej^ et que s^il ne fait autrement on y pourvoira aussi aw^ trement* Ces Jçttres, comme il le dit Itti-même le meU toit dans un tel désespoir et colère qu'il veut d'abord tout abandonner : mais sa passion pour la guerre remt porte, et il prend l^t généreuse résolution, de se ven-y ger de ses «ennemis par Téclat d^ ses succès. Il ouvr^ la campagne par Tattaque dé Rabasteins, dont ijl poifôse le 3iége avec une sorte d'acharnement.» Aussitôt que l'artillerie a fait brèche , il donne l'assaut [juilljsl i5 jo]. En vain est-il troublé par des presseutimens fu? nestes; il s'avance à la tête des troupes , qu'il ^niiu^ par soa ex6mple^yiu!yaii^ du jemw en cela^ dit Bran? tome y comme lorsquilnavoit que vingt ans? Déjà >se$ soldats pénétroient dans la place ^ quand il est atteint au visage d'un coup d'arquebuse qui lui perce le hau| des joues de part en part. Ses soldat^ hésitent en voyant leur général blessé; il cache le sang qui lui sort pair le nez y par la bouche et par les yeux ^ leur crie qu'il n'a point de mal^ et les renvoie au combats Obligé de se retirer pour se faire panser ^ et privé pre$r que entièrement de la vne^ il ne veut être accompagné que par un «eul gentilhomme. Peu de temps après^ son lieutenant vint lui .annoncer que la place étoit prise, et q^e les soldats tuoient tout pour venger «çi blessure. Je loue Dieu j lui répondit Montluc , de ce que je vois la victoire nostfe as^ant mourir. A pré-r .sent je ne me soucie point de la mort; je vous pri^ vous en retourner : et monstrez moy tous l'anUtiérqu^ tnavez portée , et gardez qu'il nen eschappe aucun qui ne soit tué. Ses désirs ne furent que trop fidèlement remplis j^ et il n'y eut que deux habitans sauves .du

3oa HOTÏCE SUR MOIfTLtfC '

Hiassacrev Mbntluc raconte de sang^froid cette tiorrible exécution, et dit qu'il ne la fitpfts faire pour se venger y mais pour jeter l'épouvante dans lé pays. Quoi'que son état exigeât du repo», il &it réunir chez lui les capitaine*, les exhorte à poursuivre leur succès, et désigne l'un d'eux pour les oommander. Se voyant pour long-teQ»ps htvs d'état de servir, il fit prier le Roi de pourvoir i son remplacement ; tnâis on lui avoit déjà donné un successeur avant que la nouvelle de sa blessure fût parvenue à la Cour. Montltic tie pût endurer patiemment cet affront ; dès qu'il eut i^cott^ré quelque force, il écrivit an Roi, lui rappela avec tinè noble hardiesse tous les services qu'il a Voit rendus depuis le règne de François I , se plaignit amc?i'ement des calomnies que ses ennemis répandoient contre lui : 3/ai5; ajoutoil^il, tous les langages du mondlè ne me ^çauroyéra ester l'honneur que j'ai acquis et à vous,

^ Après cette lettre , qui fut imprimée en î 5^ i , se tei^mirient les Mémoires dé Montluc ; mais 41 y- a ajouta une suite ^ qui va jusqu'en 1576. * : •"

Il fut très-long-remps A se guéHr de sa blessure^, les» <^s des joues ayant é(é fracasses, il avoit fallu leâ enlever en partie, et faire de larges incisions, qui, à ce qu'il {)arott, tie furent jamais bien cicatrisées. H étcfit obligé, dit Brantôme , de- porter un wuret de nez (un masque), comme une damoiselle, quand il estait aux champs j de peur du froid et du vent quil ne féndomm€igeàst davantage, ' • ■

Dans.la continuation de ses Mémoires, Montluc ne reprend le récit des événemens qu'à la Saint-Barthélémy; et en effet, à cette époque , il n'avait encore au-

BT SUR sa COMMESTAIftES. 3o3

cune part slu^ aSaîrcts. Quelques amis qu il avoit à la Cour le tenoient au courant de ce qui se passoit; il prévoyoit quelque catastrophe ; il lui sembknt qu-on fcdsoit irùp de caresses aux Huguenots pour ifuil ny eut pas du bruit au logisj. CependaDt il ne fut paa moins étonné qu^ les autres, lorsqu'il apprit Thorrible moj^tn auquel on avoit eu recours pour anéantir. la nouvelle religion. Les Prdtestaûs de la Guienne, jus^ tement effrayés,, chenclièrent à se soustraire aii sort qui les menaçoit; les uns abjurèrent, ou firent sem* blant dé se convertir; le plus grand nombre se sauvè-« rent dans le Béarn. Je ne le'urjis pùif^ de mal de mon costéj dit-Montluc, moû pdrtàkt on les àecousfrmt fart méi* . .

Sa.hainjs contre les Protestans étoit toojoui% la même ^ parce qu il ne les considéroitpas moins commo ennemis de TEtat que. comme ennemis <le aa rttlîgton« Mais s'il agissoit souvent avec passion, cétoit too jours avec franchise , et il avoit fini par s'apetx^evoir que les chefs des divers partis sacrifioieut le bien du royaume à leurs intérêts particuliers. On trouve dans ses Mé« moii'es ce passage remarquable : « Si la Boy ne et « M* l'admirai estoient dans un cabinet, et que feu « M. le pi^ince de Condé et- M. de Guise y fnssenj^ « aussi, je leur ferois. confesser que auU*e diose que te la i^ligion les a meuz à faire entretuèr trois cent « mille hommes. »

Quoiqu'il f0t seulement alors maUre de sa maison^. Catherine de Médicis jugea à propos de lui écrire sur la Saint*BarthéLemy* Elle lui manda qu'on avoit dé* couvert une grande conspiration contre le Roi, et ehercha ainsi à justifier le massacre des Protestans. le^

3t34 • KOTtCB SUR MOlffTLVC • ^

sçais bien ce que fen creus, dit Montluc sans ajotiter aucune réflexion.

La reine mère, pour enlever leut dernier asile en France aux Protestans y pensoit. k faire le siège de La Rochelle y et Montluc, dans ses lettres ^ insistoit pour qu elle exécutât promptetnent ce projet. Lorsque TexT pédition fut résolue, il fut appelé à y concourir [ 1 5 7 3] , et partit sans hésiter. Mais le duc d'Anjod, qui com: ^andoit l'armée , ayant ^é élu roi de Pologne, se montra plus empressé d'aller occuper un trône, que disposé à continuer le siège : d'ailleurs il afoît perdu |ine partie de ses troupes sans avoir fait de progrès. Deleur côté, les Bochellois ne demandoientpas mieax que d'en venir à un accommodement, et on leui^ accorda les Gonditîons les plus avantageuses. Montluc, dont on n'avcHt pas voulu suivre lès conseils, se retila chez lui, accompagné d'enm^ et de tristesse. Cependant les intrigues qui agitoient la Cour le consolcnent d'en être éloigné.

A la Jnort de Charles IX [i574}> Catherine deMédids fit venir Montluc à Paris ; il accompagna la reine mère à Lyon, où elle alla attendre son fils Henri III. Le nouveau Roi arrivoit avec l'intention de feire la g^oerre à outrance aux Proteslans : jugeant que Mont^ lue, malgré son grand âge, pourroit encore le servir utilement, il lui donna le bâton de maréchal de France et l'envoya commander en Guyenne; mais il eut tant de peine à supporter les fatigues du voyage, qu'il reconnut .qu'il devqit plutôt songer à sa propre mort içu'à la donner aux autres. .Cependant , à la prière de la noblesse du pays, il dirigea encore une expédition peu importante^ £t.ses demiecs adieux aux capitaines,

ET sua SB8 COMME2ÏTAI11ÈS. 3o5

€t renonça définitivement au métier des armes vers la fia de 15^4 ^^ ^^ commencement de lÔ")^. Il vécnt encore à peu près trois ans dans ses terres ! du fond de sa retraite il examinoit la marche deâ événemeâs , et en . calculoit les suites avec cette justesse de vue que donne une longue expérience. Quand il apprit que le rûi de Navarre (depuis Henri lY) s'éloit enfuî de la Cour y il prévit tout ce que pourroit faite ùe jeune prince, qui étoit seulement alors âgé de vitigt^ trois ans. Il ne douta pas que la Guyenne ne dût bien» tôt devenir le théâtre d'une nouvelle guerre. Ne pou-* vant y prendre part*, et craignant d'en être la victime ^ il voulut se retirer au milieu des montagnes, dans un prieuré qu^il avoit visité autrefois, et qui étoit moitié sur le territoire d'Espagne, moitié sur celui de Finance. Il n'exécuta point ce projet, et mourut au mois de juillet i577, dans son château d'Estillao (0. Brantôme prétend qu'il vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, et en aussi bon sens (juil eust jamais*,

U avoit eu quatre fils; il eut le malheur de survivre à trois d'entre eux , qui périrent les armes à la main. L'atné, Marc- Antoine, avoit été tué au siège d'Ostle j le deuxième, qu'il appeloit le capitaine Peirrot, fut tué à Madère; le troisième, qui étoit connu sous le nom du chevalier de Montluc, fit long-temps la guerre, se trouva au siège de Malte par les Turcs en 1 566. (il étoit commandeur de l'ordre) i il quitta la carrière minutaire pour embrasser l'état ecclésiastique, fut nommé

(ODupIeiz, dans son Histoire àe Fifance, rapxK>rte qu'il fnourtit à Coadom, et qu'il fut enterré dans le cheeur de la cathédrale de cettt

âo. âo

3o6 nOTIGE SUR MONTLVG

à révêchë de Condom ; il ne put être sacré, à cause de ses infirmités^ et se démit en i58i^ On ignoi^e Tépoqùe de sa mort (0* Fabian^ le quatrième des fils de MontluCy fut blessé avec son père au siège de Rabasteins, et tué en 1573 à l'attaque de Nogarô W.

Montluc^ dont toutes les idées se reportoient tou- )oui*s à la guerre, ne parle d'eux que pour raconter leurs faits d'armes y et pour relever les espérances bnllantes qu ils donnoient. Dans sa vieillesse il calculoit avec orgueil et amertume ce qu'il lui auroit été possible d'entreprendre avec des fils tels que les siens. Le passage suivant mérite d'autant plus d'être remarqué , que Montluc avoit environ soixante-douze ans quand il l'a écrit : ce Si Dieu m'avoit conservé mes 'encans / c( dit^il, et qu il me donnast un peu plus de santé ff que je n'ay, je pehseroys, avec Tayde de mes amys, CK pourveuquela France fust en paix, acquérir quelce que coin du monde; que si je n avois un gros mor* « ceau , pour le moins en auroys-je quelque lopin» « A.U fort je ne perdroys que les frais et la vie , que je"

(') Brantôme prétend à tort que Mon duc survécut à ses quatre fils. Dans un sonnet fait par un contemporain , Fauteur, après ayoir dit que 'le maréchal et ses trois fils, Marc-Antoine, Feirrot et Fabian, sont morts , ajoute , en parlant du chevalier :

Mais toi les survivant , morts ils dis semblent pas.

(9) Deux frères de Montluc se distinguèrent également dans des carri^es différentes. L'un , connu sous le nom de seigneur de lieux , se montra digue du maréchal , avec lequel il fit la guerre \ Fautre fut Jean de Montluc , évéque de Valence , auquel Henri III dut son élection au trâne de Pologne. Nous donnerons une notice sur lui , en tête rdes Mémoires de Choisnin , qui rend compte des négociations de cet éyéqiie auprès de la diète , et des moyens qu^il employa pour réussir.

ET SUR SES COMMENTAIRES. ioj,

« tiendroys bien employés, puisque c'est pour àcque* K rir de l'honneur. »

D api^ès ce qui vient d'être dit de la nature des sen-. timens de Montluc pour ses fils, on ne. sera pas étonné; du silence qu'il garde sur $a première et sur sadeuxième femme, ainsi que sur les isix filles qu'il a^ eues de ses d^ux mariages. Les deux aînées de ses. filles furent religieuses; les quatre autres firent des établissemens avantageux. Il n'est fait qu'une seule, fois mention de ses amours dans ses Mémoires, çt la manière dont il en parle montre le. degré d'importance qu'il y attachoit : « Je portois (étant à Sienne) «gris et blanc, dit-: il, pour l'amour d'une dame ft dont ie m'estois fait serviteur lorsque j'en avois le « loisir. »

Nous avons fait remarquer, au commencement de cette Notice, qu'il étoit impossible, même en consul-» tant Montluc, de connoître l'année précise de sa naissance. On éprouve le mém'ç embarras, lorsque Foie veut rechercher l'époque à laquelle il composa ses Commentaires. Il les termine par le récit des événemens de l'année 1570, en disant : « C'est ici la fin de « mon livre et de ma vie ; si Dieu mêla continue plus « longuement, quelqu'autre escrira le reste, si je me « trouve en lieu oîi je fasse quelque chose digne de c( moy; ce que je n'espère pas. » Dans la suite qu'il a donnée à ses Commentaires, il reprend son récit à. Tannée^ 1672, et débute par ces mots : ce Je pensois « avoir mis fin à mes escriptures et à ma vie tout entf semble , ne pensant pas jamais que Dieu me fist la « grâce de monter à cheval pour porter les armes. »

ao.

3o8 KOTICE SUR MONTLTJC

Il parottroit donc certain que les Commentaires proprement dits ont été composés en iS-j i , et que la continuation n'a pas été écrite avant 1576, puisqu'il y est parlé du roi de Navarre, après qu'il eut quitté la cour de'Hemn III. Mais d'un autre côté, à la première page de ses Commentaires, Montlnc dit qu'il a passé par tous les degrés et par tous les ordres^ de soldat^ enseigne, lieutenant, capitaine, mestre-de-camp ^ gower-^ neur de place, lieutenant du Rof^ et mareschal de France. Le bâton de maréchal ne lui ayant été donné par Henri, III qu'en i574> ce qui sembloit démontré devient impossible. Les passages que nous venons de citer, et plusieurs autres qui sont également contradictoires pour certaines date^, porteroient à supposer qu'il a effectivement composé se$ Mémoires en 1671, et qu'il y a intercalé divers morceaux en 1576*

Monthic se peint avec tant de vérité dans ses Commentaires, qu'il ne reste rien à ajouter à son portrait On désireroît quelquefob qu'il parlât de lui-même avec plus de modestie; mais il se loue de si bonne foi, il est tellement convaincu qu'on ne peut lui contester les éloges qu'il se donne , et il seroit presque toujours » difficile de les lui refuser, que ce qui parottroit ridicule dans kl bouche d'un autre, finit par sembler naturel dans la sienne. Cependant quelques critiques ont prétendu çn*U se dùnnoit trop et encens pour être cru sur parole. Ce réproche n'est point fondé; car Montluc appelle ordinairement en témoignage les capitaines avec lesquels il a combattu; plusieurs d'entre eux tf toient encore vivons lorsqu'cni a publié ses MémoireSi

ET SUR siss cohmestaihes. 3o^

etauculi d'eux ne^ Ta démenti (0. D^illèurs ses récits sont presque toujours confirmés par les autres relations coiitemporaines..

Ne pouvant plus, eombattre^il se consola en racon* tant tous les faits de guerre. auxquels il s'étoil trouvé* Il n'a pas eu la prétentbn de faire une histoire ; il i^ voulu que son ouvrage fût mal poli comme sortant de la main d*un soldat et encore d'un Gascon qm s^est toujours plus soucié de bien faire que dé bien dire» Mais sa narration est simple , claire^ facile, et pleine d originalité : on y retrouve ses boutades, ses bi^usque»' ries, sa pétulance gascone, et toujours cette loyauté chevaleresque qui fiiisoît le fonds de son caractère ' il dictoit comme il parloit Bieane donne une idée plus juste de ses Mémoires que ce que Brantôme rappoite de sa converisation. a II falsoit beau, dit^il^ rouyr par-^ « 1er et discourir des armes et de \^ guerre, ainsi que « j eh ay fait Texpérience , moy ayant esté sur la fia d0 « ses tpurs un de ses grands gpuyenieu]rs,.sJ*(9Stois sour

(0 Honduc ^avoit beanccmp d'eimemis» fu^accnsé.^ ov^versa^ I9011S, pendant qu^il commandQit en Gkiyenne. On lit dans Brantôme^ qu'cY n'avoit pas grandes finances au comm,encement des guerres ci^ viiits , et qiÊ^à la fin ilauoitplus de cent mille écus dans ses coffres; qu*il iCaPf>it pas voulu exterminer entièrement le3i Huguenots, parce tpi'H avoit, disoit'On , pour maxime qu'il ne fuUoit jumais abattre ^u toutf, ou déraciner un arbre qui,portoit de bons et beaux fruits, Montluc repousse avec indignation ces calomnies dans ses Mémoires et dans la lettre qu'il écrivit auBoi en 1571. H établit qu^apres avoir ser«î pea^*. dant cinquante ans, il n'a pas acquis pour plus d^ qi4in«e mille livres de nouveaux biens, et que tout ce qu'il possède ne peut -être affermé plus de quatre mille cinq cents livres de rente. Il défie hautement ses ennemis de prouver leurs accusations , ou au moins de citer des faits. Leur silence Ta suffisamment justifié.

3l6 • NOTICE SUR MOKT.LIIC

ic vent avec luy, et m aymôit fort/ et prenoit grand '<c plaisir quand je le .meM^is en propps et en train, et ce luy faisois quelques demandes de guerres ou autres <c chosefil; et lu y^ me voyant en ceste volonté , il be «repôndoit de bon cœur et -eqi bons termes , car il Îk àvoit une fort belle éloquence militaire. » I](an$ les Mémoires qu il a dictés, comme dans une conversation^ ^ il se livre à toutes les réflexions que les événemens lui suggèrent; il nese refuse à aucune digression'; et^ comme il est convaincu qu^ sa longue iexpérience doit être utile à ceux qui suivent la carrière des armes , il ne laisse échapper aucune occasion de leur donner des conseils y et de leur montrer le fruit qu'ils peuvent tirer de son exemple. Ce sont ces conseils si remarquables par leur. justesse, dans lesquels respirent Thonnèur, le tiésintéressement et toutes les vertus militaires, qui faisoient dire à*Henri lY que les Mémoires de Montluc idevoient être la bible du soldat. Monduc n'hésite jamais à se proposer pour modèle ; Pasquier fait observer à ce sujet qu'il a été plus hardi que Xénophon, Philippe de Gomine$ et Seyssèl, qui^ dans leurs histoii^, offrent CyruSy Louis XI et Louis XII comme patrons et exemplaires ^de V accomplissement dun prince; mais kfue Montluc j par un privilège spécial de sa plume j représente ses 'brades exploits pour être suiî^is par ceux qui sans dissimulation et hypocrisie feront pro-

fessiofi des armes»

Mais ce qui est le plus étonnant dans les Commentaires dé Montluc, c'est qu'il les a dictés, dit- il, dans sa vieillesse sans avoir pris jamais aucune note. « D'une « chose m'esbahi-je, encore, dit Pasquier ; non quil

ET StlR SES COMMEKTAIRES. 3 I ï

K se soit rendu espouvantable au fait des armes (cela « liii peut avoir esté familier avec quelques autres « guen'iers), mais que, voulant rédiger l'histoire de sa « vie par escript, il l'ait pu circbnstancier des lieux, c( des personnes, de leurs noms, tant d'un party que 0 de l'autre, des obstacles qui se présentent, brief, qu'il « n'ait rien mis en oubly, comme s'il eust encore com- « battu en plein champ» En quoy il faut nécessaire- « ment de deux choses l'une, ou que, pendant qu'il « jouoit des mains aux diamps, il se donnast le loisir « en sa chambre, après son retour, de faire de fidèles M mémoires de ce qui s'estoit passé ^ pour s*èn ayder à a l'avenir, chose qui outre passe d'un long traict la « patience d'un François (0; ou bien que, ne l'ayant « faict, lorsque sur son vieil aage il voulut mettre la « main k la plume, toutes ses particularités de cin- « quante- deux ans se présentassent à lui : mémoire ce certes qui de nulle mémoire n'eust jamais sa sem^^ « blable. Et par ainsi, soit l'un ou l'autre, il. semblé ff que, par un signalé miracle, nature ait en cecy voulu « faire en luy un chef d'oeuvre. »

Les Commentaires de Montluc avoient d^à de la

(0 Montkic répète plusieurs fois dans ses Mémoires , qu^il n'avoit jamais rien écrit pendant le coujrs de ses expéditions ^ et Ton a vu plus liaiit combien il hàïssoit les escripttires. Cependant de Thou , dont le .témoignage est d^un grand poids ^ parce qu'il a eu soin de s'assurer de ^ vérité des faits qu'il avance , prétend que Montluc a composé ses Commentaires , partie de .ntémoire , partie sur des notes qu'il avoit T^digéçs à différentes époques. Il est probable que Montluc n'a jaraai» KÎen écrit pendant ses expéditions ; mais.il est possible, qu'il ait dicté des notes à ses secrétaires au retour de chacune de ses nombreusesexpéditions , et pendant les séjours qu'il faisoit dans son chà(eau<

3 1 s 2îOTie£ SUR M02ITLVC

réputation avant d'être impnmé^ Ie& copies s^e» étoient rapidement multipliées, et ou les.recb^rchoit avec avidité. Bopgars^ conseiller d^ Ilenr^ ÏV, homme de goût et de «avoir, les avoit lus manuscrits* Il dit dans une de seS; lettres, qu^ cet ouvrage a um certaine éhffuençe militaire j et qu il peint ai'ec une exactitude admirable tout ce qui$epf»s§e kkt guerre^ LesGom* mentaires furent publiés pour la preinière fois à Bor* deaux en xSq^, quinze ans après la mort deMcmlluc* Cette édition (un vol. in foUo)^ qui est connue sous le nom d'édition. d^ Millanges, du nom de Timpri-' meur (0^ est duc, dit^^on , aun: soins de Florimoud de Haimond, conseiller au parlement de Bordeaux (^)* Cest probablament lui qui a fait la dédicace à la no^ })lesse gascQpne , qui est à la tête des Mémoires. L*im* primeur se plaint» d^ns un avis aulecteur(3) ^ de ce que Je manuscrit qui est tombé entre ses mains ne présentoit pas toujours avec exactitude les noms de quelques gentilshomiues peu connus , et de quelques lieux peu impoftanss ma^s ou est fondé à croire que les ipémes

(0 Les^^emiéres- éditions des essais dç Montaigne , qiû aont tfèsbelles et faites avec le plus grand soin y sont dues à Millanges.

(^) Septem autem libres rerum a se gestarum reU^uit , qyos prope^ diem e tenebris in lucem educit Florimondus Remondus, senaior Bur^ digàlensis. ( Gabriel de Lurbe y De îBustribus Acquitaniœ F'ins, k Tarticle de Montluc. )

(?) ll^vM 9e mtefi.avis «a Ifictenr, Milianges dit : Momtuo mioU 4mfisi/mi un Dialogue d^ la Formna et de luyy lequel m^a eslé domnd §i mutila et Upnqwf, qu»J€ ne fajr voulu mettre nu jour sans Vavoit en j^iieur eft^* IX pa'roit que ce dialogue, qui ne^poayoit être que très^puriei» , « été perdu ; oar il a^en e0t lait mention dans tncmie bîbliograplûe. . « .

ET SUA SES COMMEZITÀIEES. 3l3

erreurs existoient dans. les autres manuscrits^ et que M<mduCy avec sa prononciation gascone, a dàdéfigu-* rer beaucoup des noms propres en dictant à ses secré<* taires (»).

Les Commentaires de Montlnc ont été réimprimes en i5gif en 1609, en 1617^ en i6a6^ en 1661, en 1746^ et en 1760. Nous avons examiné toutes les édi*tion$ qui se trouvent à la bibliothèque du Roi. Dans celles qui sont anciennes , on a en général suivi le texte de Millanges , et lorsqu'on s'en est écarté ^ on n'a jamais dit où Ton avoit puisé les corrections; dès-lors ces corrections n'ont rien d'authentique et né peuvent être admises» Dans les éditions plus récentes^ on a gâté le style de Montluc en voulant le rajeunir. Les éditeurs de la première édition de la Collection des Mémoires ont annoncé qu'ils donnoient le texte de Millanges^ sans se permettre aucun changement, et ils ont commencé par substituer le titre de Mémoires à celui de Commentaires^ que Montluc avoit choisi y prétendant que le mot commentaires ne pouvoit s'appliquer dans notre langue à un pareil ouvrage. Cependant ce mot avoit été adopté par le dictionnaire de l'académie y où l'on cite même pour exemple les Commentaires de Montluc. Pasquier, loin de vouloir qu'on changeât ce titre I pensoit au contraire qu'il convenoit doublement aux Mémoires du maréchal : a Et non sans grande rai** « son y ditiili Montluc a-t»<il intitulé son livre Comice mentaires ; ce qu'en nostre langue un Gommines et

(■) Presque toujours Montluc , dans les noms propres > change le b en V et le 1/ en b. Il écrit Basse ^ur Tassé \ Valai^uicr pour Balla* qaier,eut.

3 l4 NOTICE SUR MONTLUC

ce après lui un Martin du Bellay .voulurent appeler « Mémoires : car^ pour bien dire sans nous eslongner « de nostre vulgaire françois, après avoir récité chaque « mémorable exploit par lui faict y il apporte tout de «suite ub beau commentaire; de manière que nous fc ferions tort à son livre si ne le nommions CommeU" (c taireSy encores que je sache bien que telle na pas (c esté son intention lui baillant ce titre, ains de suivre (c la ptste du grand Jules César romain, qui donna paie reil nom à Thistoire qu'il fist des guerres par luy ce heureusement exploitéesL. Et de moy j'appelle Com" « mentaires lesbelles instructions militaires que Montce lue baille à la suite de son narré. )> Nous n'avons pas hésité à rétablir Tancien et véritable titre de l'ouvrage : nous avons reinarquéen autre que les premiers éditeurs av oient pris sur eux de- changer l'orthographe de Montluc, qui dès-lors £ait di^arate avec son langage. Afin . d'éviter cet inconvénient, nous avons imprimé, sur l'édition de Millanges , qui, étant leditiôn originale , mérite la préférence sur toutes les autres.

. Les premiers éditeurs sont parvenus, par de pénibles recherches , à rectifier les noms propres , qui sont comme nous l'avons déjà fait observer , souvent défigurés par Montluci Nous avons profité de leur travail, mais nous avons dû suppiimer les détails inutiles qu'ils dohnoient sur toutes les branches des faimillés dont il est fait mention dans les Commentaires. Ces dissertations généalogiques rie présentent aucun intérêt 5 et il suffit, pour mettre le lectem* à même de connoitre les hommes qui jouent un rôle

ET SUR SES COMMENTAIRES. 3l5

dans les Mémoires^ d^indiquer les principales circonstances de leur vie, si elles ont quelque importance. Nous avons également supprimé de longs fragmens tirés des diiTérens mémoires qui font partie de cette Collection , pensant que le lecteur feroit luimême les rapprochemens. Les premiers éditeurs avoient présenté plusieurs éclaircissemens historiques; nous y avons ajouté ceux que nous avons crus nécessaires. Enfin nos notes se complètent par la traduction de quelques passages italiens ou espagnols qui se trouvent dans les Commentaires (0, et par Texplicatîon des mots devenus inintelligibles pour les personne» qui ne sont pas familières avec le vieux langage.

Dans les anciennes éditions des Commentaires, on a inséré un assez grand nombre d'épitaphes grecques, latines et françaises en Thonneur de Montluc ; presque toutes sont composées par des conseillers au parlement de Bordeaux, par des prélats, ou par d'autres personnages éminens de la Guyenne , qui ont célébré à Tenvi la mémoire de leur illustre compatriote. Nous en citerons trois quf nous ont paru mériter d'être conservées.

Ne nùhipro tumulo saxontm aUoïUte molem , • Grandia nec tituiis saxa notaU mets. Vtr*œ bello actes, 4fuassalaque mœnia, gentes Edomitœ, nobis sunt titmuU et tUuU.

(*) Nous ferons remarcjuer, au sujet de ces passais, que Montluc Faroit fort mal l'italien et Fespagnol, et que lorsqu'il parle Tune ou l'autre de ces langues , il fait beaucoup de fautes que nous n'ayons pas cru deyoir corriger.

3i6 irOTICE êVK MOHTLUC.

Quœriê epU sim ? Mondueku. nomini Mto êoUê est nomeiu

Inscription pour le lieu oh fut déposé le cœur

de Montlue^

Ici de Moatloc Taiaqqear Est enclos le brave cœurj.

Ou piuetôt affirmer f ose Qii'il eét ici tout entier $ Car tout oo9ur ce gnoul gnérsief Estoi^ ^ non autre chtofe»

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