DE BLAISE DE MONTLUC
le vin appelle le manger, pour plus longuement prendre plaisir de boyre : et à la fin, avant que sortir dé vostre repas, estant plein de vin et de viandes, il faué que vous vous mettes à dormir, et peut estre au temps que vOus devez estre parmy les soldats et compagnons, et près vostre colonel et maistre de camp, pour entendre tous}oufs quelque chose de ce qu'ils auront sceii du lieutenant du Boy, afin de regarder si quelque occasion se pourroit présenter où vous puissiez- em« ployer vostre hardiesse et sagesse. Encore amené le vîii un autre peril^ c'est que, comme le capîtakie-est yvre> il ne se sçait commander, et moins laisser coiûmahdër les aitttres^ et se mettrais frapper ses soldats sûnâ aucune raison ; et, encbres^qu il y eust raison , il devroit chastier son soldat, premièrement avecquesrémonstrarïces et menaces un peu aigres , lùy remonstrant que, s'il y retourne plus, il ne lùy faut espérer autre^chose que le chastimeht. Et ne trouvez-vous pas meilleur le chas^ timent de vostre soldat avecques paroles et menaces^ q.a'à coups d'espée,» le tuant et mutilant de ses membres? ce que lé vin vous contraindra faire. Et né pensez pas estre craint d'avàntage> ains hay mortellement de tous n^os soldats. Et quelle faction pouvez^voùS! espérer de faire avec soldats qui vous hayront? Je vous prie me croire, car j'en ay veu autant d'expérience qu'autre de mon aage : j'ay véu moupîr quatre eapitai^ nés par la main de leurs soldats, les assassinant pat derrière , pour le mauvais traittemènt qu'ils avaient receii d'eux. Us sont hommes comme nous, et non pas bestes : si nous sommes géntils-^hommes, ils sont soldats : ils ont les armes en main, lesquelles mettent le cœur au ventre à déluy qui les porte. Le vin vous foît
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souvent y à la première faute > acharner contre eux sans discrétion ^ car vous n'estes pas à vons. D'ailleurs ^ jamais le lieutenant de roy, ou vostre colonel et maistre de camp ne vous bailleront entreprinse bonnorable à exécuter, qui pourroit peut^estre estre cause de tout vostre avancement ; et diront : Voulez vous bailler une telle exécution entre les mains d'un tel , qui sera yvre k l'heure qu'il faudroit qu'il fnst en bon sens, pour avoir la discrétion de cognoistre ce que faut qu'tt foce ? il ne fera rien que perdre les hommes, et avec sa faute causera vostre perte. O la mauvaise renommée que ce vin voiis donnera , puis qu'il faut qu'on n'es* père de Vous aucune chose qui vaille. Fuyez doncques^ mes compagnons^ fuyez ce vice aussi meschant^ et plus vilain et sale que le premier.
Xe capitaine aussi ne doit estre avare en Êiçon du «mondes car, encores que le vin et le jeu se peuvent appeler compagnons, l'avarice leur tient bonne compagnie : c'est elle qui cause un milion de maux* En premier lieu ^ l'avarice apporte à un capitaine d'aussi grands ou plus grands mal'hem's que vice qui soit ; car si vous vous laissez dominer à l'avarice, vous n'aurez jamais auprès de vous soldat qui vaille^ car tous les boqs hommes vous fuyront, disant que vous aymez plus un escu qu'un vaillant homme; de sorte que Voiis n'aurez que gens de peu de valeur auprès de vous, et au premier lieu qui se |u:esentera^ là où il vous &udra paroisti*e, vous serez abandonnez; et lau* di*a que vous perdiez la vie, ou que vous fuyez. Et ne vous faut espérer qu'en la mort ny en la vie vous puissiez recouvrer vostt*e imputation : car, si vous mourez, encore que vous ayez fait vostre devoir, on
DE BLAI8E DE MOHTLUC. Sag
dira que la grande avarice qui esloit en vous vous a amené à la mort^ pour n^avoir eu de gens de bien en vosb'e compagnie : et si vous vous sauvez en fuyant^ asseurez-vous que vous mettez un tel signal en vostre front, qu'il Vous s^a bien difficile de jamais Toster, à tout le moins qu'il ne faille que vous bazardiez à tous périls vostre vie, pour efiaeer la mauvaise repu* tation que vous aure2 acquise : il sera bien difficile que vous n'y perdiez ou la vie ou quelque membre : € est la paye ordinaire des bazardeux \ et pour tonte recomjie&ce ^ on dira que le desespoir où vous serez tombez de la faute qu'avez faite , vous a conduit à faire ce que vous avez fait , et non un bon cœur ou une belle resolution. O que tant d'autres maTheurs pourrois-je bien mettre par eso'it, qui sont advenus et adviennent aux capitaines avares.
Je sçdij bien que vous me direz : Et que ferons-» nous p si nous n'espargnons de l'argent et gagnons sur la paye des soldats? quand la guerre finira ^ nouâ yroiis à Tbospital : car le Roy ny personne ne fera compte de: nous ) et nous sommes pauvres de nous* mesmes. Mais voulez -vous croire que le capitaine vaillant et sage ^ grand entrepreneur et exécuteur, aille mourir de faim à un hospital, comme s'il en y av.oit en un camp à centaines? Ce seroit une bonne chose pour le Roy et pour toute l'armée, s'il en y avolt seulement une douzaine. Doncques efforcez -vous de mettre une jambe dans ceste douzaine; et efforcez-» vous d'y entrer par vostre hardiesse , sagesse et vertu: car ces douze ne peuvent pas tousjom^s vivre; l'un mort, si vous n'y pouvez mettre encores tout le corps, vous y en mettrez pour le moins la moytié , et au
336 tOHMENTÀIRES
premier qui mourra après , vous estes dedans. Et vou* lez-vous doncques croire que le Roy ny les princes qui auront eu cognoissancè de vostre valeur, vous laissent aller h Vhospital? Geste crainte ne doit estre mise en avant par les sages et vaillans capitaines, mais par les yvrongnes, par les joueurs et par tes avares, et par les gens qui ne vallent rien : car s'ils occupent leur exercice aux choses grandes , esloignans tous ces vices avec leur diligence et vigilance, rien ne leur peut manquer. J'ày dit que ce seroit beaucoup, s'il y ea àvoit une douzaine en un camp : mais quand bien il y en auroit une centaine, le Roy est assez riche pour garder que telles gens aillent à l-hospital ; et quand bien le Ray promptement n'y pourpott Suppléer, il n'y a prince ny seigneur qui aye esté aux guerres où vous serez remarqué de la marque d'ua homme de bien, qui ne soit bien aise d^en retiret quelqu'un auprès de soy, et qui ne cherche les moyens pour vous faire faire quelque bien- au Roy, et vous avancer à quelque grades Et d'autre part, pensez-voiis que le Boy vous laisse tousj6Urs en un mésme estât ou charge? Né lé croyez pas; car bn cherchera tousjoàrs à bailler les^ grandes chargesf à ceux qui se seront biai acquittez des petites. Doncques fuyez^ ce vilain- vice qui vous conduira à tout malheur;
Qu'ay-je esté moy - mésm(e7 qu'un pauvre soldat comme vous. Qu'ont esté, et que sont èncores tant de vaillans capitaines qui sont eb vie, dé qui le Roy et tout le monde faict grànd'estime? Nou$ sommes! nous, qui sommes en vie, enrichis de la paye dé nos soldats ? Avons-nous achapté de grands biens dés làrrecins que nous avons fait en nos charges! J'enpour-
T>t BLALI8E DE MOlffTLUG. 331
ix>is nommer quelques-uns de nostre Guyenne (pource qu'ils ne peuvent avoir rien acquis que je ne le sache , ne moy qu'ils ne le saehent), lesquels n'ont jamais acquis pour cinq cens escus de bien ; et poùt cela sont-ils mespriisez? vont-ils à l'hospital? Le Roy, la Roy ne y Monsieur, et tous les princes, et seigneurs de la Gour, font autant de compte d'eux, pour l'estime que tout le monde a de leur valleur, qu'ils gaignent le devant à beaucoup de grands seigneurs. Et quand ils sont en leur patrie (oîi nul n'est prophète)^ si sont-ils honorez des grands et des petits, non pour le lieu d'où ils sortent , ne pour leur bien , mais pour leur mérite.. Or peut estre qu'il en y aura aucunss qui diront : Si je ne desrobe le Roy et les soldats, à présent que j'ay charge , comment achepteray-je des biens pour pourvoir mes enfahs? Encèt'es réspondrayje à cela : Voulez -vous enrichir vos enfans de mauvaise renommée et réputation 7 O le mauvais héritage que vous leur laissez ! veu qu'il faudra que, pour vosire mauvaise renommée et réputation , ils baissent la teste parmy les grands, d'où il faut qu'ils tirent des biens et charges honorables. Et quelle différence y aura-t-il du recueil et du conte que fera le Roy et tous les princes des enfans qui seront sortis de tels pères que j'ay dit, aux vostres, qui n'c^èroiit paroistre devant personne^ et porteront la honte de leur père sûr leur front? Peut-estre qu'il en y aura qui diront qu'aux charges que j'ay eues du Roy j'ay fait de grands proffitSy et que j'en puis parler à mon aise : j'atteste devant Dieu, et l'appelle en tesmoignage qu'en ma vie je n'ay eu trente escus plus que de ma paye; et quelque estât et honorfibles charges que j'aye eues, soit en Italie
OU en France, f ay esté tousjours contrainct d'emprunter de l'argent pour m'en revenir.
A mon retour de Sienne (0> oîi je commandois^ monsieur le mareschal de Strocy me donna cinq cens .escus. Quand je revins de Montalsin W à la seconde fois f monsieur de Beauclair, qui estoit nostre trésorier^ chercha les bourses de tout Montalsin pour me trou^ ver trois cens cinquante escus pour me conduire jusques à Ferrare ; et si avois-je dix gentils-hommes ^vec moy . Monsieur le duc m'en accommoda quand je me jettay dans Verseil, et puis pour me conduve jusques à Lion , où je trouvay entre les msàns de Catherin Jean, maistre de la poste, deux ou trois mU francsi que Martineau luy avoit laissé de mes estats r et avec cela me conduis devers Sa Majesté* A un homme de bien et vaillant jamais rien ne manque. Or je VQudrois fort sçavoir si pour cela je suis allé à l'hospital , et s'A ^e m'a cent fois plus profité d'avoir servy mes roys ^t maistres en toute loyauté, que tous les larrecins que j'eusse sçeu jamais faire. Or mes compagnons , prenez exemple à ceux qui, pour estre loyaux en leurs charges, lèvent la teste devant tout le monde, et sont estimez et honnorez des petits et des grands, et non à ceux qui par leurs vices baissent la teste en leurs maisons, ou bien leui^ enfans pour eux. Le bien yous vient lors que vous y pensez le moins ; un seul bienfait du Roy vous vaudra plus que tous les larrecins jqne vous sçauriez faire.
O que bien-heureux sont lés soldats qui sujrvent tels capitaines, lesquels, pour leurs vertus et valeur, sont
(0 En i555. Voyez le troisième livre.
(*) Montluc revint de Hqot*Alcia en 1.557.
DE BLÀISE Dfi MOITTLUC. 333
estimez par tout le monde ! et (Combien leur vie et réputation leur est asseurëe sous tels capitaines ! Et en quels marheur$ et oprobres tombent ceux qui suy^ vent les autres : car parmy ceux-là vous apprenez et acquerrez de Thonneur et réputation, pour parvenir au mesme degré que sont vos chefs ; et au contraire^ suyvans ceux-cy, vous ne pouvez apprendre que vices 6t choses de peu de valleur; qui vous amèneront plus* tost à la ruyne de vostre vie, que non à Texaltation de l'honneur et de vostre nom , n'ayant peu apprendre d'eux autre chose, pour le peu de valleur qui est en eux. Sous un mauvais maistre on demeure long temps apprentis, et encores après ne sçait on pas beaucoup. Que si vous estes deschargez de ces trois vices, et que vous ayez l'honneur devant les yeux, il est impossible que tout ne succède bien; pour le moins aurez-vous ce contentement, si vous vous proposez , de mourir en gens de bien. C'est la recompense de la guerre^ et ce qu'on doit désirer.
Il en y a un quatriesnde : si vous ne le pouvez éviter^ au moins allez y sobrement, sans vous perdre; c'est l'amonr des femmes. Ne vous y engagez pas, cela est du tout contraire à un bon cœur. Laissez l'amour aut crochets lorsque Mars sera en campagne : vous n'aurez après que trop de temps. Je me puis venter que ja^ mais affection ny foUie ne me destourna d'entreprendre et exécuter ce qui m'estoit commandé : à ces hommes il leur faut une quenouille et non une espée. Et, outre la desbauche et perte de temps, ce mestier amené une infinité de querelles , et quelques fois avec vos amis. J'en ay veu plus combattre pour ceste occasioa que pour le désir de l'honneur. O la grand*
vilennie^ que Tamour d'une femme vous desrobe yostre honneur, et bien souvent vous face perdre la vie et diffamer! Quand a vous, soldats, }e vous recamjnande sur toutes choses Tobeissance que vous .devez à vos capitaines , à fin que vous appreniez de bien commander quelque jour : car il est impossi})le qu un soldat sçache bien commander, qu il n aye sçeu plustost obeyr ; et notez qu'en Tobeyssance se cognoist la vertu et sagesse du soldat, et en la desobeyssance se pertla vie et la réputation. Un cheval rebours ne fit jamais rien qui .vaille. Vous ne devez rejeter en arrière les remonstrances que je vous fais, pour avoir veu tant de choses en mon temps. Je serois bien ignorant et despourveu d'entendement, si je n^avois retenu l'heur dé l'un et le malheur de l'autre. Ce qui m'a occasionné sur mes vieux et derniers jours escrire ce livre.
Ayant esté nouny en la maison du duc Antoine de Lorraine (Ô , et mis hors ^de page, je fuz pourveu d*une place d'archer de sa compagnie, estant monsieur de Bayard W son lieutenant ; et bien tost après il me print envye d'aller en Italie , sur le bruit qui couroit des beaux faits d'armes qu'on y ifaisoit ordinairement. Et ayant fait un voyage en Gascongne, je retiray de mon père quelque peu d'argent et un
<s) Antoine, duc de Lorraine, fils et successeur de René II, qui ga- ^gna la bataille de Nancy contre Charles le Téméraire. Ses frères, Claude, comte de Guise , et Jean , cardinal de Guise, s^atUohérent à la France. Antoine , leur aine , servit plusieurs années dans les armées de Louis XII : il se distingua à Aignadel. Il avoit une compagnie d^hommes d'armes, dont Bajard fut lieutenant juscpi^après le siège de Uéziéres.
(>) Le fameux cLeyalier Bayard.
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cheval d*E^agne; et, sans y faire long séjour, je me mis en chemin pour exécuter mon dessein , remettant à la fortune Tesperance des biens et honneur que je devpis avoir. A une journée de ma maison y je trouvay près Laitoure le sieur de Castelnau (0, vieux gentil-homme qui avoit longuement pratiqué Tltalie. Je m^enquis bien au long de Testât de ce païs là : le^ quel m'en dit tant de choses , et me racompta tant 4e beaux exploits de guerre qui s'y faisoient tous les jours, ^^> s^^s séjourner ny arrester^en lieu que pour repaistre, je passay lés Monts , et m'en allay à Milan ^ estant Iprs aagé de dix-sept ans.
[i5ai] J'ay trouvé là deux.de mes oncles îreve^ de ma mère, nommez les Slillacs (^), bien estimez et en bonne réputation , Tun desquels estoit à monsieur de Lescut (3), frère de monsieur de Lautrec, qui fut ma* reschal de France, et depuis tousjours appelle mareschal de Fois ; lequel me donna une place d'arçbier en sa compagnie, ce qu on estimoit beaucoup en c^. temps là ; car il se trou voit de grands seigneurs ^qui estoyent aux compagnies, et deux ou trois en une place d'archier. Depuis tout s'est abastardy ; aussi tout s'en va à Tenyers, sans que ceux qui vivent puissent espérer de voir les choses en meilleur estât.
(■) On ignore quel peut être le Castelnau dont .parle ici Montkic. Ji j aroit difiPérentes branches de Castelnau dans la Navarre , dans la €kiyeiine, dans le Languedoc, et dans plusieurs autres provinces.
(*) d'EstiUac y seigneurs de Montdenard en Âgénois.
(3) Thomas de Foix, seigneur de Lescun, d^abord protonotaîre ^e Foix; on le destinoit à Tétai ecclésiastique, qu^il quitta pour prendre le parti des armes. Maréchal de France en i5ai; mort en i5a5, des suites .d'une , blessure qu'il reçut à la bataille de Pavie. Il étoit frère d'Odet de FoiaL, seigneur de Lautrec.
336 [l52l] COMlfENTÀIUttS
La guerre recommença entre le roy François et TEmpereur^ plus aspre que jamais,, luy pour nous chasser de ritalie, et nous pour la conserver; mais ce u*a esté que pour y servir de tombeau à xàn moiide de braves et vaillans François. Dieu fit naistre ces deux grands princes ennemis jurez et envieux de la grandeur Fun de l'autre ; ce qui a cousté la vie à deux cens mil personnes , et la ruyne d'i;n million de familles : et en fin ny Fun ny l'autre n*en ont rapporté qu un repentir d'estre cause de tant de misères. Que si Dieu eust voulu que ces deux monarcjnes se fussent entendus, la tene eust tremblé sôus eux, et Solyman W, qui a vescu en mesme temps, eust eu assez affaire à ' sauver son Estât ^ au lieu que cependant il Ta estenda de tous costez. L'Empereur a esté un grand prince, lequel toutesfois n*a surmonté nostre maistre que de bon heur pendant sa vie , et de ce que Dieu luy a fait la grâce de pleurer ses péchez dans un couvent, où il se rendit deux ou trois ans avant mourir. Or, pendant ceste guerre, qui dura vingt-deux mois, fy vis de tres-belIes choses pour mon apprentissage, et me trouvay ordinairement en tous les lieux où je pouvois penser acquérir de la réputation, à quelque pris que ce fust : aussi fut-il tué sous moy cinq chevaux , et en dix jours deux que monsieur de Rocqnelaure C^), cousin-germain de ma mère, me donna. De ce premier commencement je gaignay tellement Famitié de ceux de la compagnie, qu'un chacun m'aydoit à me ramonter, ayant perdu mes chevaux. Je fus aussi
(0 Soliman IL
(>) Bernard, seigneur de Rôquelaure, d'une «ndcnae maifondi Béam, mortyers i549*
DE BLAISE BB MOKTLUG. [l52l] 33^ ,
au combat fait prisonnier , et après bien tost délivré par le moyen de mes amis.
Que ceux qui désirent avec les armes acquérir de rhonneur facent resolution de fermer les yeux à tous périls et hazards aux premières rencontres où. ils se trouveront ; car c'est sur eux qu'on jette les yeux, pour voir s'ils ont rien de bon au ventre. Que si au com-> mencement ils font quelque acte signalé , pour monstrer leur courage et leur hardiesse, cela les marque pour jamais et }fis fait recognoistre, mesme leur donne le cœur et le courage de faire encores mieux. Or nous perdismes en ceste guerre le duché de Milan : dequoy je pourrois bien escrire au vray l'histoire, encores que je ne sois pas grand clerc ; et si le Roy me le commandoit, j'en dirois bien la vérité, la sachant aussi bien qu'homme de France, encore que je fusse bien ^une en ce temps là : j'entens des lieux où j'estôis ; et non des autres;. car je ne veux rien escrire par ouyr dire-
[i52a] Mais par ce que je ne veux m'occuper à escrire les faits d'autruy , ny les fautes par eux commises, avec beaucoup de particularitez , dont j'ay la mémoire aussi fr^sché que j'avois lors , et que tout ce que je fis pour lors en ce. pays-là fust sans aucune charge, estant ci^mmandé d'autruy , je ne m'arresteray plus longuement sur ce subject, asse^ triste, qui a esté traité par autre: seulement je diray ce mot, quil ny eust point de faute de la part de monsieur de Lautrec , qui y fit tout le devoir d'un bon et sage gênerai ; aussi estoit-il un des plus grands hommes de guerre que î'aye jamais cogneu. Je n'escriray aussi de la bataille de La Bicoque, où je me trouvay, et vis combattre 20. 22
338 [l5a2] COMMENTAIRES
à pied monsieur de Mommorency (0^ depuis connestable ; laquelle bataille ledit sieur de Lautrec fut forcé d'accorder pour Topiniastreté des Suisses. J*ay veu en mon temps le despit des gens de ceste na* tion estre cause de la perte de plusieurs places^ et interrompre grandement les affaires du Roy. Ils sont, à la vérité, vrais gens de guerre, et servent comme de ramparts à une armée ; mais il faut que l'argent ne manque pas, ny les vivres aussi : ils ne se payent pas de paroles.
[i523] Après la perte maFlieureuse de ce beau duché de Milan, toutes les forces revindrent en France, ensemble la compagnie dudit sieur mareschal de Foix, en laquelle j'euz une place d'homme d'armes, et un archier d'apointement. Quelque temps après l'empereur Charles dressa une armée W pour reprendre Fontarabie, à cause dequoy nostre compagnie et plusieurs autres furent mandées se trouver à Bayonne près monsieur de Lautrec, qui estoit lieutenant du Roy en Guyenne. Ledit sieur de Lautrec , pour pouvoir faire teste à l'ennemy, qui faisoit mine vouloir entreprendre quelque chose sur la frontière , fit dresser quatorze ou quinze enseignes de gens de pied. J'avois toujours eu envie de me )etter parmy les gens de pied ; ce qui kne fit demander congé pour trois mois au capitaine Sayas ^ lequel portoit le drappeau en
(0 Anne de Montmorency, maréclial de Fnaoc en i5aa, à Fàge de yingt-neuf ans , connétable en 1 538, mourui en 1 5&jy des blessures ^u'il ayoit reçues à la bataille de Saint-Denis. Il étoit âgé detfoixante-quatorze ans, et non pas de qBatre-vingis, c6mme le disent prescpie tous les historiens.
(*) Ces armemens des Espagnols se firent au mois de septembre tSii*
DE BIAISE DE MONTLUC. [iSaS] SSg
Tabsence dii capitaine Carbon- son frère, pour accepter l'enseigne que le capitaine La Glotte me presetita : lequel malaisément me Toctroya , après avoir aussi envoyé devers le capitaine Carbon pour l'obtenir. Soudain après j La Glotte ftit commandé d'aller à Bay onne y parce que les ennemis se renforçoient d'hernie à autre.
Quelques jours après (0, le capitaine Carbon prînt les compagnies de monsieur de Lautrec et de monsieur le mareschal son frère, avec deux compagnies de gens de pied, qui estoient celles de Megrin, Gomenge et La Glotte, pour notis conduire, par lès chemins des bois, droit à Sàinct Jean dé Lus, là oii le camp des ennemis estoit. Or, comme nous fusmes àdemy quart de lieuë de Sainct Jean de Lus, sur le haut d'une petite montaigne^ ayant des-ja passé une petite rivière sur un pont de bois , distant d'un demy quart de lieuë de ceste montagne , an dessous de laquelle passoit un ruisseau de quinze où vingt pas de large, profo*nd jus- €gies à la ceinture, joignant lequel y a une plaine qui s'estend comme en p^nte droicte audit ruisseau , duquel lieu on descouvre Sainct Jean de Lus, qui est un des plus beaux bourgs de France, sur le bord de la grand mer, le capitaine Carbon, qui cômmandoit à la trouppe, laissa les deux cornettes sur ceste petite montaîgne, l'une desquelles portott le capitaine Sayas,
(>) Montluc ne parle pas du si^ge que les Espagnob avoient mis peu de temps auparayamt devant Bayonne. On tî vu dans les Mémoires de du Bellay que la vigoureuse rësiistancé de Lautrec avoit fait échouer leur en^^prise. L^Empereur, pour se venger,- avoit fait entrer son armée dans le Ééarn; mais la disette des vivres et la mauvaise saison ne lui permirent pas d'y faire un long séjour. Laiitréc chargea le capitaine Car* boa de harcdier les Espagnols dans leur reti'àlte.
34o [l523] COMMENTAIRSS
qui.estoit lanostre^ et le capitaine Jehannot d'Andouins celle de monsieur de Lautrec . tous deux en ab-^ sence y Tun du capitaine Carbon ^ Tautre dii capitaine Artigueloube ; et laissa seulement vingt chevaux à chascune , et nos deux compagnies de gens de piad : et printle reste des gens d'armes, ensemble le seigneur de Gramondy qui depuis mourut au royaume de If aples, estant lieutenant de la compagnie de monsieur de Lautrec.
Toute ceste trouppe passa le ruisseau , cheminant au long de la plaine droit à Sainct Jean de Lus , ayant departy leurs gens en trois trouppes^ comme nous pouvions aisément descouvrir du haut de la montai*gne oii nous estions. Estans arrivez en la plaine > ils firent alte d'une heure, cependant qu'un tix>mpette par deux fois alla scmner la fanfare aux ennemis: mais comme il se voulut retirer, ne pensant que personne sortist du camp des Espagnols, les chevaux qu'il avoit envoya à la teste de la plaine luy vindrent rapporter que tout le camp des ennemis marchoit ; et soudain après nous commençâmes à descouvrir trois die leurs escadrons de gens de cheval, qui marchoient lès uns après les autres. Le premier des leurs vint attaquer le premier des nostres: auquel lieu se rompirent beaucoup de lances, plus des nostres toutesfois que des leurs , parce qu'en ce temps-là les Espagnols ne portoient qu<& des lances gayes, longues, et ferrées par les deux bouts. Pendant ceste charge le capitaine Carboii retire les autres deux trouppes pas à pas devers nous. Enfin la seconde des ennemis se joignit à la leur première, et rembarereht les nostres jusques à la seconde, que monsieur de Gramond menoit. Là il y
SE BLAISE DE MOKTLUC. [iSllS] ■ 34 1
eut un grand combat, et force gens portez par terre d'un costé et d'autre ; entre lesquels furent les sçi» gneurs de Gramond , duquel le cheval fut tué sous luy ; de Luppe , guidon de monsieur de Lautrec ; de PoygrejE (0, qui depuis s'est fait huguenot; de LaFaye de Xainctonge, qui est encore en vie , et plusieurs autres. En mesme instant nous descouvrismes un'autre grand trouppe de cavallerie venant vers nous un peu à main gauche ; ce qu'ayant aperçeu nos capitaines portaps nos enseignes, dirent ces mots: « Nous sommes tous a perdus. » Surquoy je leur dis qu'il valoît mieux hazarder quatre-vingts ou cent hommes de pied , pour . sauver nos gens de cheval qui estoient engagez. Le capitaine La Glotte et Megcin me respondirent que ce seroit. double perte> joint aussi, qu'ils se dbutoient que les soldats n'y voudroient pas aller , voyant leur mort devant les yeux. Or, à tout ce propos, il n'y avoit que les deux capitaines , avec les enseignes des gens de cheval et moy , ayant laissé nos gens de pied à quinze ou à vingt pas de nous : je mç doute que s'ils eussent entendu ma proposition, voyant la gendarmerie pe^* due, que je n'eusse pas esté suivy, comme je fus. Il jEaut le plus qu'on peut, desrober aux soldats la eognoissance du danger qui se présente, si on veut quijs aillent dç bon cœur au combat. Sur cela je fis responcé aux capitaines que je prendrois le hazard de les con-duire , et que perdus pour perdus , il vaudroit mieux hazarder et perdre quatre-vingts ou cent piétons, que
C«) Tanneguy du Bouchet , seigneur du Puy-Greffier, dit Samt-Cyr^ gentilhoinDie poitevin , tuë à Moncoutour en iSôg; Tun des plus anciens et des plus résolus gendarmes de France. (Le Frère, Histoire des troubles de France.)
34^ [l523] CaMMSHTAIEBS
npn pastQpte nostre gendarmerie; et sur ce^ sans phis cpasulter (les longues consultations bien souvent font perdre bfeaujooup de bonnes entreprinses), je prins U course yer$ les soldats , ensemble les capitaines (car il se (ail oit haster ) > et leur dis seulement ces mots : « Âl^* <c Ions 9 allons y mes amis, secourir nos gens-jdarmes. » Surquoy , je (as suivy de cent soldats tirez de nostre compagnie; et> tous bien encourages, descendispr^esde la mon^igne , et, m* estant mis à la teste de mes gens, passasmes le ruisseau. Ce fait , je donnay vi^gt soldats au bastard .Danaan, pour les conduire (lequel na point /ait de honte aux légitimes dé ceste n^aison , qui ont tous esté vaillans hommes. )
Il faut. notter que la trouppe que jWois, n'estoit qu'arbalestiers , car encores en ce temps là il ny avoit point d'arquebuziers (O- parçiy nostre natiop: seulement trois ou quatre jours auparavant , six arquebuziers gascons s'estoient venus rendre, du camp des ennemis, de notre côté, lesquels je retins, parce que, par bonne fortune, j'estois ce jour4à de garde à la porte de la ville; et Tun de ces six estpit de la terre de Montluc Que plust à Dieu que ce mal^heureux ins-" trumentn'eust jamais esté inventé*, |e n'en porterois les. marques, lesquelles encores aujourd'huy me rendent languissant, et tant de braves et vaillans hommes ne fussent morts delà main, le plus souvent, des plus poltrons et plus Is^hes, qui n'oseraient regarder an visage celuy que de loing ils renversent, de leurs mal* heureuses balles, par terre : mais ce soift des artifices
(0 On a yudanâ du Belle j que Fnsage âes arquebuse étoit récent* Ce fut en i5ii qu'on commença à s'en seryir en I^ie : on lei tiroit appuyées sur une fourcliette.
DE 11.AX8E DE XORTLUC. [l523] 343
du diable pour nous faire entretuer. Âpres donc avoir passé le ruisseau , je commanday au bastard Dauzan de ne faire jamais tirer sa trouppe, mais seulement faire mine de. tirer, afin de soustenir et prester faveur à la mienne, pour avoir temps de tirer, et tournei* re^ bander. Or, ainsi que j'estois au pied delà montaigne, je ne pouvois voir ce que faisoit nostre gendarmerie; mais, comme je me fus achemine plus avant, je vis toutes les trouppes des ennemis assemblées à un, et celle de main gauche marcher au trot droit aux nostrès, qui avoient fait ferme, ne pouvant cheminer ny en avant ny en arrière, à cause de quelques pierres. Le capitaine Carbon , qui n'estoit point armé, ayant esté auparavant blessé d'une arquebueade au bras gauche, vint à moy, me voyant près d'eux, et me dit ces mo/tsx « O Montluc mon amy, pousse hardiement, je ne « t'abandonneray pas. — Prenea garde seulement , luy « dis-je, mon capitaine, à vous sauver, et ces gensdar- « mes; )» et en mesme instant je crie ; « Compagnons, ti- « rez à la teste des chevaux ! » Jen'estois pas it douze pas des ennemis, lors que je leur fis faire oeste salve. Il se vérifia, au dire des prisonniers qui furent prins quelques jours après, qu*il y mourut ou fut blessé à ce rencontre plus de cinquante chevaux , et deux cavaliers tués ; ce qui fit faire ferme à leurs trouppes. Cependant le capitaine Carbon eut loisir de se retirer au grand galop avec sa trouppe droict au ruisseau où j'estois passé, et ceux qui avoient perdu leurs chevaux , se tenans à la queue des autres, se sauvèrent ainsi, et passèrent tous le jruisseau; ce qui leur estoit force de faire, au^ trement la trouppe de main gauche leur donnoit par le flanc de nostre costé, à la faveur des vingt arbales-
344 [l^^^l COMMENTAIRES
triers de Dauzan , qui soustindrent. Cependant nous rebendasmes tous, et tiràsmes encores; et, comme le capitaine Carbon eust passé le ruisseau avecla cavallerîe ^ et remonte monsieur de Gramond, et chai^gé les auti^es en crouppe, il commanda audit sieur de Gramond de courir au haut du constant, et faif e retirer au grand trot les enseignes de gens de. pied et gens de cheval droict à Tautre rivière , là où estoit le pont tirant au chemin de Bayonne. Soudain il touraa vers moj, ayant en sa compagnie un Italien, nommé le chevalier Diomedes, et le sieur de Mainahaut, et trouva que j^ me retirois droit à un fossé qui bordoit un marais', duquel
. je pouvois estre à dix ou douze pas; ce qui rèihpescha de se joindre à moy, de façon qu^il èûst assez aflaire à se sauver. Si gaignay-je en despit des ennemis le fossé du marais à la faveur Dauzan , lequel )é fis pas-
' ser en diligence pour faire teste : ce quHl fit.
Cependant les Espagnols laisoîent semblant de me vouloir charger; mais ils n'osèrent m.' enfoncer. Tandis ces six arquebusiers faisoiént merveilles dé tirer, et comme feuz mes gens à cinq où six pas du fossé, je les fis jetter dedans, et, à la faveur dudict Dauzan, nous jnontasmes tous sur la levée de ce fossé, sauf trois soldats, qui y furent tuez à coups d'arquebuse, pour nV voir esté si dispos que les autres* C'est là, comme en uu petit fort , ou je leur fis teste. Or il faut noter qiie la trouppe des ennemis qui estoient venus à main g<iuche fit alte auprès du ruysseau, quand elle vit que nostre gendarmerie estoit desja à demy montagne; et ceux qui avoient combattu, et lesquels j'avoi& arrésté sur le bord du fossé, faisoiént là leur retraitte , quand i}s virent vémr trois scadrons d'arquebusiers au long
DE BLÀISE DE MÛHTLUC. [l523] 345
de la plaine y venant à eux le grand pas; ce qui leur ' mit le cœur au ventre , et leur donna courage de pas-ser outre. Ayant descouvert ce nouveau secours /je me mis au long du fossé du marais^ et^ m'estant desrobé, au moyen du destour, de leur veuë, je me jettay dans un pré fort estroit, et gaignay à la course le pied de la montaigne d'où j'estois party; et, après avoir repassé le ruisseau , je regaignay la montaigne. Le danger où je m estois veu, tant pour les gens de cheval que j'avois en qiieuë, que pour ce bataillon d'infanterie qui ve-^ noit à nous /ne me fit point perdre Fentendement au besoin pour prendre la commodité pour ma retraicte, pendant laquelle je fis tousjours tenir ceste poignée d'hommes que j'avois serrez; ét^ les encourageant^ parlant à eux par fois, je leur faisois tourner visage , et saluer les cavalliers qui me suyvoient à coups de traict et d'arquebuse. Et comme j'en gaigné le haut^ je me mis dans un vergier, fermant la clie (>) sur moy , afin que la cavallerie n'y peust entrer promptement. Et, à la faveur de plusieurs vergiers qui sont peuplez de pommiers, je me retiray droit au pont, jusques à une église qui s'appelle à Haitée, où je trouvay le grand chemin tout couvert de leur cavaÙerie, y ayant toutesfois un grand fossé entre deux, d'où je letir fis tirer quelques arquebusades et quelques coups de traict, sans qu'il y eut guère de coups perdus : et, pource qu'ils ne pouvoient venir à moy, ils furent forcez, les uns tirer en avant, et les autres se retirer. Alors je fis mettre dans le clos du cymetyere une partie de mes gens, pensant faire encores teste : qui fut la plus grande folie que j'avois faicte en tout ce combat; car, ce pendant,
(OOte: claie.
une bonne trouppe de leurs gens de cheval coula an long du pré y droit au pont, si avant , que je me vis en* fermé sans espérance de me pouvoir sauvei\
Or, comme le capitaine Carbon eut gaigné le pont, et que la gendarmerie et les gens de pied furent passes , il dit à monsieur de Gramond qu'il s'en alloit au grand trot et galop; car des-ja il descouvrit dans les vergers l'infanterie ennemie, ce que je ne pouvois faire, et ne les apperceuz, jnsques à ce qu'ils commencèrent à me tirer. Alors je fis signe aux soldats qui estoient dans le cymetiere de se joindre avec moy dans le grand chemin : et, parce que le capitaine Carbon ne me pouvoit descouvrir, ilmetintpourmort-ou perdu, et mes gens aussi ; qui fut cause qu'il laissa le capitaine Compai (0, qui estoit bon soldât; au bout du pont, avec vingt cinq chevaux et trente arbalestiers du capitaine Megrio, voyant toutes leurs tronppes de cheval à main gauche et à main droicte venir droict au pont : ce qu'il fit pour voir s'il y auroit quelque moyen de me secourir, si je n'estois perdu; et ce pendant il faisoit rompre le pontl Et, parce que la trouppe des ennemis de main droite alloit plus hastivement droit au pont que celle de main gauche, je laissay le grand chemin, et, à la faveur d'une haye, je m'en allay droit à la rivière, oà il me fallut encor combattre la cavallerie : tontesfois je me fis faire large , et me jettay dans la rivière , et , en despit d'eux , passay de l'autre costé. Les bords de la rivière estant hauts, me favorisèrent beaucoup, parce que les gens de cheval ne se pouvoient fetter bas : et
(0 Au lieu de Compai y peut-^tre faut-il lire Compain. Il jr eut un ISficolas Compain qui, dans le seizième siècle, fût chancelier de I7avarre. "
DE BbAlSE DE UQJtTEZVC* {l523] 347
cependant nos tireurs nestoient pas oysifs. En fin je gaigne }e bout da pont , oii estoit ledit capitaine Compai bien empesché à )e rompre. Deslprs qu'il m'eut apperceu^ il me persuada p^r plusieurs fois de me sauver, et me présenta la cjrouppe de son cheval ; mais il n eut autre response de moy, sinon , que Dieu m'avoit conserve^ ^t mes soldats aussi , lesquels je n'abandon* neroisy jusques à ce que je les eusse mis en lien de seureté. Surquqy nOfis desiîQuvri^ines Tarquebuserie espagpqle venant droit au pont : nous ii'estions assea fprts pour soustenir ce choc; voyla pourquoy Gompai et les arbalestriers de Megrin prennent le tlevant pouf le retour^ et jedenii^iure à la queue, ayant^gaignë un fossé qui bordoH un pré, à la faveur duquel les gens de cheval ne me pouvoient choquer.
Il ne r^stoit lors que mes sii^ arquebusiers, car les arbalestriers avoient employé tous leurs traits ; toutesffois, pbi^r'mpnstr^r quils nestoient recreus , je leurs fis meltrç Fespée nuê k la main, et Tarbaleste en Tartre , pour leur servir de bouclier. Qr^ parce que les gens du capitaine GQmpai avatit pai^tir àvoient rompu la plus part du piopt, cela fut cause que la ca<vallerie ne fust si tos^t à, nous , ayant esié contraincte aller passer à deux arquebusades plus haut à main di^oictie. Pendant que leurs gens de pied avec grand difiiculté passoi^nt un à un par dessus les gardefous qui estoient £^u pont, il ui'estoit aisé de les défiaire, si je n'eusfiie veu que là cavallerîe me veuoit enfeiv mer. NQ$tre hpni^Jieur <fespiendoit de nostre retraicte. Gaignant donc tousjours chemin de fdssé en fossé> ayant faict environ demy quart de lieuë, je fis alte, afin que mes gens ne fusent hors d'aleine , et vis que
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les ennemis avoient faict de mesme , et cognus à leur contenance qu'ils avoient perdu Tenvie de me suyvre : dequoy je fus bien estonné, et ayse quant et quant, car nous n'en pouvions plus, ayant pris un peu d'eau et de pomade (0, et du pain de millet en quelques pauvres maisons que nous trouvasmes en chemin. Cependant le capit2Ûne Compai envoya quelques chevaux pour sçavoir de nos nouvelles, me pensant mort ou pris. Nous voylà enfin en lieu de seureté, sans avoir perdu que trois soldats dans le premier fossé, et le bastard Dauzan , qui s'amusa dans une maisonnette près l'Eglise.
Pendan^tout ce rencontre et ce combat, l'alarme vint à monsieur de Lautrec, et la nouvelle que nous estions tous deffaits : ce qui lui donna beaucoup de desplaisir, pour la conséquence qu'apporte ordinairement lors qu'au conunencement on donne curée aux ennemis. Il fit mettre tout en bataille : mais, comme il fut un peu esloigné de la ville, il vit venir nos enseignes de gens de pied, que le seigneur de Gramond conduisoit, lequel luy raconta ce qui estoit advenu, et me fit cet honneur de luy tesmoigner que j'e^tois cause de leur conservation et salut,, mais que j'y estois demeuré pour gages. Le capitaine Carbon n'estoit encor arrivé, par-ce qu'il attendoit le capitaine Compai pour sçavoir nouvelles du tout. A la fin il arriva : auquel monsieur de Lautrec dist ces mots : « Et bien, Carbon, estoit-il (c temps de faire une telle foUie comme celle que vous « avez fait? Elle n'est pas si petite que vous n'ayez mis t( enhazard de me faire perdre ceste place de Bay onne ,
(*) Pomade : cidre-
DE BLAISE DE HONTLUC. [l523] 349
« qui est si importante. » Il luy respondit ; « Mon- « sieur^ j'ay fait une grande faute , 'et la plus grand « folie que je fis jamais : jusques icy ne m'en estoit « advenue de pareille : mais , puis que Dieu a vcmla « que nous n'ayons este deflàits, je seray plus sa§e à « Tadvenir. » Monsieur de Lautrec luy demande s'il y âvoit nouvelles de moy 9 lequel luy dist qu'il pensoit que je fusse perdu : mais, cependant qu'il se promenoit près la ville en attendant nouvelles , arriva le capitaine Gompai, lequel les asseura que j'estois sauvé, et leur raconta la belle retraitte que j'avois fait en despit des ennemis et à leur barbe , sans avoir perdu que quatre nommes, et qu'il estoit impossible que les ennemys n'eussent souffert beaucoup de perte. Je ne fus pas plustost arrivé à mon logis, qu'un gen-tilhomme me vient chercher de la paît de monsieur dé Lautrec, lequel me fit aussi grand chère qu'il eust sçeu faire à gentihomme de France, me disant ces mots en gascon: Montluc monamic^ jou noublideray jamai lou service quabes fait au Rei, et m'en souciera tant que jou vivray; il n'y a pas moins d'honneur de faire une belle retraicte qu'aller à un combat. C'estoit un seigneur qui n'avoit guère ac" coustomé de caresser personne; j'ay souvent remarqué ceste faute en luy : toutesfois pendant tout le soupper il mé fit beaucoup de faveur, laquelle tousjours depuis il me continua; mesmes quatre ou cinq ans après, se ressouvenant de moy, il m'envoya de Paris en Gascogne un <:fourrier, avec une commission de gens de pied,, me priant de l'accompagner au voyage qu'il fit à Napies ; et depuis m'a toujours plus estimé que je ne valois. Yoylà le premier Heu auquel je me trouvay ja-
350 [iSaS] COMMENTAIRES
mais commandant, et où j'ay commancé à marquer ma réputation. -
Vous, capitaines, mes compagnons , qai me ferez cest honneur de lire peut estre ma vie, nottez <jne la chose du monde que vous devez desiref le plus, c'est de chercher l'occasion par laquelle vous puissiez monstrer ce que vous valez quand vous commencerez à porteries armes : car si àvostrecommancement vous demeurez victorieux, vous faictes deux choses entre autres : la première , c'est que vous vous faictes louer et estimer aux grands, et par ce moyen, par leur rapport, vous serez cogneus du Roy, duquel nous devons tous espérer la recompense de nos services et labeurs ; la seconde est que, comme les soldats cfognoissent un capitaine, lequel à son .commencement a fait quelque chose de bon , tous les vaillans hommes Fecher" chent d'estre à luy, espérant que^ puisqu'il a eii si bon commencement, toutes choses luy doivent succéder heureusement ; et par ce moyen ils seront etùployez. Car c'est le plus grand despit qu un bonjHUe de bon cœur puisse avoir, lorsque les autres prennent- les charges d'exécuter les entreprises, et cependant il mange la poulie du bon homme auprès du feu. Ainsi vous trouverez tousjours accompagnez de braves hommes, avec lesquels vous continuerez à gaigner honneur et réputation j et au contraire , si vo«s estes battus au commencement, soit pour vostre feute ou pour lascheté , tous les bons hommes vous fuyront, et ne vous demeurera que gens de peu de valeur, avec lesquels, quand vous seriez le plus brave homme du monde, vous ne pouvez gaigner que mauvaise réputation. Mon exemple vous pourra ^eirvir de qu^
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que chose ; et y encores que ce ne soit pas graod cas de ce rencontre que je vous ay descrit, si est-ce quift des petits faicts de guerre quelquefois on fait beaucoup de profit. Souvenez-vous, mes compagnons^ quand vous vous trouverez en estât de voir une grand force sur vos bras , laquelle vous pouvez tenir en bride par la perte de peu d'hommes , de ne craindre point le hazard : peut-estre que la fortune vous sera favorable comme elle fut à moy ; car je puis dire que si je ne me fusse présenté pour la conduitte des cent hommes de pied qui firent tres-l)ien leur devoir, que toute la cavallerie des ennemis estoit sur nos bras, laquelle Qous n'avions moyen de soustenir.
Incontinent après , le camp des ennemis se retira en Navarre, et monsieur de Lautrec cassa la moitié de ses compagnies, et réserva les deux enseignes de^ monsieur de Cauna , et celle du baron Jean de Cauna , estant chacune de trois cens hoiUmés : qui fut la première fois que Ton les réduit à ce nombre, car auparavant elles estoient toutes de cinq cens ou de mille hommes : qui apportoit beaucoup de soulagement aux finances; du Roy, parce que tant de lieutenans, enseignes , sergens et autres officiers emportent beaucoup de paye, et qu'aussi le commandement d'un bon nombre d'hommes appelle les gentilhommes de maison k ces charges, lesquels à présent les desdaignent, voyant tant de capitaineaux ausquels on voit donner ces charges sans jamais avoii* donné coup d'espée. Or monsieur de Lautrec me donna la compagnie de mon capitaine, encore que pour lors je n'eusse attaint que l'aage de vingt ans; et, après avoir laissé quatre compagnies dan$ Bayonne, il s'en alla en poste à la Court:
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qui enhardit nos ennemis à redresser le camp^ et mettre le siège devant Fontarabie y laquelle ils prin« drent avant que monsieur de Lautrec fiist de retour. La perte de ceste place procéda de la faute ou meschanceté d'un nepveu du connestarble de Navarre, nommé dom Pedro de Navarre (t), fils du feu mareschal de Navarre, lequel, ayant esté banny d'Espagne parce qu'il soustenoit le party du roy Henry de Navarre, fut mis dans ceste ville avec quatre cens hommes bannis comme luy, où il fut depuis si bien sollicité par son oncle , qu il se tourna de son costé : ce qui fut cause de la perte de la place, laquelle estoit impre* nable, encores que les ennemis eussent fait deux grandes bresches. Et, parce que )e n'y estois pas, et que je ne veux parler par ouyr dire, je n'en diray autre chose, si ce n'est que le capitaine Frauget Wy qui la
(0 Les aînés de la maison de Grammont s^appeloient de NararK^ parce que leur famille étoit issue du sang royal de Nayarre. Dom Pedro dont il s^agit ici étoit fils du maréchal de Nayarre qui fut décapité par ordre de la cour d^Espagne, après avoir langui long^-temps dans les prisons de Simancas.
(>) Il est nommé Franget et Frauget par les historiens du seizième siècle. Favyn, dans son Histoire de Nayarre, rapporte ainsi qu^il suit les formes qui furent obseryées pour cette dégradation.
On assembla plusieurs chevaliers devant lesquels il tomparut. En leur jirésence un héraut d^armes, après avoir détaillé le fait^ Faccusa hautement de lâcheté. Les juges le condamnèrent à être dégradé de noblesse, et déclaré roturier. Pour Fexécution de cet arrêt, on dressa deux échafauds : sur Fun étoient placés les chevaliers et écuyers, assistés de hérauts avec leurs cottes d^armes; sur Fautre on yojoit Franget armé de toutes pièces: son écu, blasonné de ses armes, mis sur un jial devant lui, étoit renversé la pointe en haut. Aux côtés de Franget, douze prêtres chantoient Foffice des morts. A la fin de chaque psaume, ces prêtres faisoient une pause, durant laquelle les hérauts dépouilloient le patient de quelques-unes de ses armes. A mesure qu^on lui dtoit
DE BLMSE DE MONTLUC. [iSsS] 353
lendit , et qui s'en deschargeoit sur ledit dom •Pedro, lut dégradé à Lyon. La perte de ceste place nous osta un grand pied que nous avions en Espaigne. Ce fut là où. quelques ans auparavant le sieur de Lude acquist ane gloire immortelle ; pour avoir soustenu le siège un an entier avec toutes les extremitez du monde , celuy-là en rapporta honneur, et Frauget honte et ruyne. Ainsi va le monde et la fortune. Cependant , si quelque prince ou lieutenant de roy passe les yeux sur mon livre (peut estre en poura-iljire de plus inutiles), qu'il notte, par cest exemple et autres que j'ay vcu, et que peut estre je poun^y cotter cy-apres, qu'il est tres-dangereux de s'ayder de celuy qui qnitte .son prince et seigneur naturel ; non pas qu'on le doive refuser quand il se vient jetfer entre ses bras, mais on ne luy doit donner une place avec laquelle il puisse faire sa paix, et rentrer en grâce avec son prince; ou, pour le moins, si on le fait, que le temps ayt apporté une telle asseurance qd'il n'y ait -nulle doute : car cependant il se sera comme accoustumé au pays où il vient exilé et fugitif, et aura acquis et receu des bienune pardon de son armure , les hérauts crioieat à haute voix : Ceci est la cotte larmes du troAre et déloyal Franget. A coups de marteau ila brisèrent son écu en trois mOiceaux. Uoilice étant fini , les rois drames publièrent de nouyeau sa sentence ^ les prêtres chantèrent sur sa tête le psaume Deus^ laudemmeam ne tiscueris : on sait quelles malédictions et imprécations ce psaume contient. Ensuite on descendit Franget de l'échafaud , lié avec une corde sous les aisselles. On le transporta à Féglise sur nae oiTière*, couvert d'un poêle et dû drap mortuaire : ses juges Faccompagnoienfc , vêtus de robes et de 'chaperons de deuU. Là Franget fut déclaré roturier, ignoble, et incapable, lui et sa postérité, de porter les artnes, sous peine d^être fustigé de verges, comme vilain et infiume. En considératjnn de sa yieillesse , on lui fit grâce de Im vie.
^354 [l5a3] COMMENTÀIIIES
faits. Si on le veut employer, mettez le loingjde ceux avec lesquels il peut avoir pratique. Ace quefay ouy dire aux capitaines de l'Empereur, quand bien Charles de Bourbon eust prips Marseille et la Provence^ l'Empereur n eust pas fait ceste faute de la luy bailler en garde, quoy qu'il eust promis. Mais passons outre.
[i5a4] Toutes les compagnies de gens: dé pied estant cassées, sauf celles qu'on mit en garnison, et ne voulant m'enfermer dans des murailles, je me remis dans la compagnie de monsieur le mareschal de Foix, jusques à ce que le roy François entreprint le voyage pour aller combattre monsieur de Bourbon, lequel estoit venu assiéger Marseille avec le marquis de Pesquere(0; lequel sieur de Bourbon pour un despit s'estoit tourné du costé de l'Empereur : il. n'y a rien qu'un grand cœur n'entreprenne pour se venger. Et, parce que le Roy ne permit à monsieur le m^areschal de Foix de men» que vingt hommes d'armes de sa compagnie, et qu'à mon arrivée je trouvay que je n'estois du nombre des esleus , je me despitay, et m'en allay avec cinq ou six gentils-hommes, lesquels me firent cest honneur de venir avec m.oy pour nous trouver à la bataille, avec resolution de combattre avec les gens de pied : mais monsieur de Bourbon leva son siège, après l'y avoir tenu six. sepmaines. Le seigneur Bance de Cere(^), gentil-homme romain, des plus
(0 François Ferdinand d^Ayalos, marcpiis de Peacaire et dn Guast, grand-chambellan du royaume de Naples, et général des années de TEmpereur dés Page de trente-six ans, mort le 29 norembre i5a5. I^ marquise de Fescaire, sa femme (Victoria Golonna), fut célèbre en Italie par son esprit, par sa beauté et par sa vertu.
(') Hc/tto di Ceri, de la maison des Ursins. Il porta d^abord les ar<
DE BtAisB DE xoirTLuc. [i5a4] 355
aguerris ^t jexperimeotezy et le sieur deift^ion^y es- 4;oient dedans ,. avec bonnes forces que le. Roy y avoit envoyé. Ledit sieur . de Bourbon se trouva trompé ^ et ses intelligences courtes : le François ne sçavoit lors que c'e^oit !de se rebeller contre son prince. .Deslor^ quil. sentit que le Roy s'approchoit, il se retira parles montagnes, et descendit au PiedJtnont par Sa<lu3i$es.et Pigûeroly non sans, beaucoup de perte. 11 se sauv^ à Milan y lequel fut contraint, et le viceroy de Naples aussy, de quitter, et sortir par une. porte pen«dant que nous entrions: par l'autre (0* Le seigneur Ântoipe de .Levé. ('2), qui estoit l'un des plus grands capitaines qu^ FEmpereur ay t eu , et croy que sans les gouttes , qui le travailloyent.fort, qu'il eust sur^ passé tous ceux de son aage y il fut* choisi pour estre mis dans Pavy e avec une trouppe d'AUemans , pour
mes pour les Vénitiens, et ensuite pour Laurent de Médiois. Son fik, Gian-Paolo Orsiuo di Geri servit aussi les Florentins, et passa plus tard au service de François î.
(0 « Liedit seigneur de Bourbon leva lé siège (de Marseille) , et tira « k'volte d« Milan le plus grand tndu qyi'Û peut, estant forclos de co « royaume de France par mer et par terre; et luy furent cbaussez les « éperons de si prés, que partie de son artillerie fut perdue; le reste c mis en masse par pièces, et trainé avec mulets jusques à Milan, au- « quel lieu arriva à grand diligence le dix-neuvième jour de son par- « temçnt de Provence ;k<piel, en oerdësarroyet fuite,. fut suivi par
« le Roy ayant intention de le rencontrer là part qu'il iroit Etna
« fust moindre la diligence de Parmée françoise, laquelle arriva quasî- «c en mente instant en la ville der Milan par Pune des portes , que « Tennemy en sortoit par Pautre; et si bien,' que quasi se ponvoient a choisir à Pœil Pu^ Pautre. » (Paradin, Hist.de notre temps.)
C*) Antoine de Iiéve étoit navarrois. Du rang de simple soldat , son mérite réleva aux .plus grands honneurs militaires sous Cbarles-Qumt, qui le fit général de ses iRimées en Italie, et lui donna la principauté d^Ascoli et le duché de, Terra^uoya. JAfiti k ciAq[iugiite*six ans.
356 [t5a4] COMHElîTAI&BS
Topinion qu'on avoit que le Roy donneroit là ^ comme de fait il fit. Le siège dura sept ou huit mois. Cependant monsieur de Bourbon s^en alla en AUemaigne y là où il brigiia tant avec Targent que monsieur deSavoye luy avoit preste, qu'il amena avec luy dix mil AUemanSy et fit venir quatre ou cinq cens hommes d'armes iie Naples^
[iSaS] Et ayant dressé son camp à Lode (i), s'en vint donner la bataille au Roy Un jour de Sainct Ma« thias y estant nostre camp aSbibly, tant pour la longueur du siège que pour les maladies qu'il y avoit en ; et encores , par marheur, le Roy avoit peu auparavant casse trois mil Grisons (^)y qu'un colonel du païs mesme commandoit, lequel s'appelloit le Grand Diant; et croy que ce fut pour éviter la despence. He que ces petites mesnageries apportent qul^lquefois de perte! Aussi y quelques jours avant , monsieur d'Albanie (^) avec beaucoup de forcés , estoit allé piar commandement du Roy à Rome y pour de là se jetter dans le royaume de Naples : mais en fin tout alla en famée ; car, à nostre grand mal'béur, nous perdismes Geste bataille, et toutes ces entreprinses revindrentà ïieant.
Le discours de ceste bataille est publié en tant de lieux, que ce serbit perdre temps à moy d'y employer
(OZoïfe.Lodi.
(*) n y a erreur dans e« que dit id Monthic relatÎTement aux GiiaoDB. Suivant tous les historiens , ce ne fut point Francis I qui les renvoya, mais eux qui abandonnèrent Tannée la veille de la bataille i après avoir été payés de leur solde.
0) Jacques Stuart, duc d'Albanie, coosîn germain dii roi dTcosrt (Jacques Y), capitaine de cent hommes d'armes, gouverneur dc- BourbouMis, Auvergne, Forei et Beanjohuùi; mort eu iSS;.
DE BLÀI6E DE MOini'LIJC. [iSsR).] 35^
le papier : \t diray seulement qu'elle ne fut gt^ere bien conduite en plusieurs endroits de nostre costë, qui fat caose de faire perdre ceux ^ui faisOyent leur devoir. Le Roy fut prins^ monsieur le itiaréschal de Foix prins, et blessé d^une arquebuzade dans la cuisse, qui luy eiitrcHt dans le petit ventre ; monsieur de Saioct Pol (i) prins et blessé de treze plàyes, lequel avoit esté laissé pour mort au camp^ et despouilié tout en chemise : mais un Espagnol, lùy courant ùu doigt pour avoir une bague qu'il ne pouvoil luy arracher, le fit crier : et, ayant esté r^çognu, fut apporté avec ledit sieur mareschal dans Pavie, au logis dé la inarqmse de Scadalfôl. Plusieurs autres grands seigneurs y nKmrui^tit, conim^ le frère du duc de Lorraine, monsieur Tadmiral de Cbabl^nes, et plusieurs autres prins , entre lesquels estoyent le roy de Navane(^), messieurs de Nevers, de Montmorancy, de Brion et autres. Je ne veux taxer la mémoire dé personne poiur la perte de cêste bataille, ne marquer ceux qui firent mal leur devoir, mesmement en pre-
(■ITrançoM de Bo)irbQa«.Yett<|ôaie, comte de Saint'^Paui^ (') Henri d^Aîbret, roi de Nayarre, pri&Qnnier à cette bataille, trouva moyen de s^échapper de la maison où il étoit gardé en attendant qu'où le conduisit en Espagne , en descendant par la fenêtre , au moyen cTun^ éebeUe de oorde, après avoir au|kisavant ordonné k François de Boche fort , son pfige, de so metire au Ht » em place » et d'^ conu^faire le Roi endormi. Au matin , VolBcier qui le gardoit s'ctant présenté dans sa chambre pour le saluer, un autre page , comme il mettoitla main au rideavr, ]fe pria de laisser reposer le Roi, qui s'étoit trouvé fort incônvnodé cette nniv lioffîcier pht cela pour compunt; et on ne s'apcrçu.tvde son éyasioU que. bien avant dans le jour, lorsquUl avoit déjà trop d^avance pour avoir rien à craindre. (Olhagarày, Hist. ^eFoix, Béam et Navarre,) Avec Henri d'Albretse sauvèrent le baron d^Arros du Béam, et Francisque, videt de chambre du princes
358 > [i5îi4] C0M3«E»TAlllES
sence de leur Roy» Pendant le seiour ^ue fé fis^eù VsLvmée^ j.e fus tousjouirs. avec uq capitaine dit CasttUé deNavarre^ sanâpreikdre aucune solde yleqnal le joup de la bataille tconduisoit les Eufans Ferdus lûi me pria luy faire comspagnie; ce que je fis avec les cinq gên-» til^^iommes qui estoyent venuz avec moy. Jje fus piins prisonnier par deux gentils-hommes de la compagnie du seigneur Antoine de- Levé, lesquels le samedy. mar tin me laissèrent aller, ensemble deux àc mes. coii»pagnons, car ils voyoîent bien qu'U& n'auroyi^nt pas grands finances de m^y ^ les autres droyent estétuezv Je me retiray ea la maison de la marquise, où luoirsieur le marescbal estoit blessé : je le. trôuvay: atee monsieur de Sainct Ppl^ tous deux coucbez :en un lict, et monsieur de MontejeanCO couché e&lamesme chambre, estant blesse en la jiambe: là oà; j'entendis le. discours et la dispute qu'il y eujt e^lre le sieuR Federic Bege, prisonnier, et le qapijtaine Sueçe/jqui estoit à l'Empereur, sur la p^rte de c.est^ MtaiUe-;4esr <juels taxoyent de grand f^ute^nos Fr^nçoi^^.meames plusieurs particuliers, au nom desquels je pardonne;, je jugeay leur opinion tresbonne,. estans t^us deux grands capitaines. Ce que je leur ofuys dire m'a depuis sei-vy en d^autres. exécutions, avec ce que j'en jugeay moy-mesmes, comme doivent faire tous ceux qui ont envie de parvenir par les M'mes.
Il faut noa^eulement rechercher les occasions de se trouver aux combats et bataill^es^ mais aussi estre curieux d'escooter et retenir l'opinion et raison de ceux qui sont gens expérimentez, sur la faute, perte o»
.(0 Bené, seigneur de Montejeaù en Anjou, mârécluil de Fraact; en iSaS^ mort la mésie année en Piémont, où il commandoiu