DE BLAISE DE MOKTLUC
gain qui s*en est ehsuivy : car ceites cW grand sagesse de bien apprendre, et se faire maistre aux despens d'autruy. La France a long temps ploré ceste perte, et la prise de ce bravé prince, q<ui pensoit trouver la fortune si favorable comme à la journée des Suisses .-mais elle luy tourna le dos, et fil voit' combien il importe à un roy se trouver luy-mesme à la bataille, veu que bien souvent sa jMÎse ineine après la ruyne de son Estât. Toutesfois Dieu regarda le sien d'un oéS depitié*, et le conserva : caries victorieux perdirent le sens, esbhmis deieup vict6,ire. Que si monsieur de Bourbon eust tourné (i) Vers la Fpaoee> il nous eust mis à deviner.
Le lundy après, monsieur de Bourbon commanda que tous ceux qui estoyent priisonniers, et qui rfàvoyènt moyen de payer rançon , eussent à vuider le camp, et se retirer en France. Je fus de ce nombre^ car je n'avois pas grand finance. Il nmis donna une con>paghie de gens de pied pour nostre seureté*,' et une de cavallerie, mais sans vivres ny moyen quelconque > de sorte que nous ne mangeasmes jusques à Ambrun que raves et tronsonsde choux, que nous mettions sur les charbons. Avant partir, monsieur le mareschal me commanda de porter ses recom'mandations au capitaine Carbon et à tous ses compagnons, lesquels il prioit ne s^estonner pour ceste perte, ains s'esvertuer pour faire mieux que jamais ; et qu'ils eussent à se rendre
(0 Laonoy disoît nn jour à Charlefl-Qaint que Bourbon aToit été d^avis d'attaquer la France immédiatement après la bataille de Pavie^ pour profiter de la congtemation qui y étoit répandue. Pourquoi, lui répondit l'Empereur, me dire aujouréPhui ce qui ne ^est pas fait, et qui pouvoit se faire alors?
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près de monsieur de Lautrec son frère. Stirquoy îl me fit une très-belle remonstrance^ laquelle ne se passa sans beaucoup de larmes ; ce qu'il proncmça avec une parole ferme et àsseurée> combien qu'il fust fort> blessé : aussi mourut-il le vendredy après. Je m'en vins à pied sans lance jusques à La Redorte en^ Lan^edoc^ oh estoit sa compagnie. Apres sa mort, monsieur de lidutrec fit dontier la tierce partie de sa compagnie au capitaine Carbon, laquelle il ne commanda gueres ; car peu après un meschant hcmixie^ natif de Mont* pelier y quiavoît favorise le camp d& monsieur de Bour-* bon, le tua par derrière, auprès de Lumel, courant la poste. Ce fut un aussi grand ddnmiage que de capi-* taine qui soit mort ya cent ans; et cuide^ s'il eustvescu aux guerres que nous avons veu depuis, qu'il eust fait merveilles : et beaucoup de gens se fassent faits bons capitaines aupresr de luy; car tous les jours on pouvpit apprendre quelque chose à sa suitte, estant un de& plus vigilans et diligens capitaines que j^aye ja** maiscognu, grand en ti*epreneur et grand eiecutear tout ensemble. La tierce partie fut donnée au capitaine Lignac, d'Auvergne, qui ne la garda gueres longuement, parce qu'il perdit la veue et mourut; et l'autre tierce y à monsieurdeNegrepeliceCO, peré de cestuycy qui vi^ aujourd'buy , duquel un mien cousin germain, nommé le capitaine Serillac C^), portoit l'enseigne.
Cependant madame la régente, mef^ du Boy, et tous les princes liguer avec eUe, traitterent et moyennerent
(')^raa^ois de Carmain., oonHe ^ K^gr^idisse. ' {*) Jean de Serillac, fik de Jean de SeEiUaCy.qut aTOÎt épousé Anne de Montluc , tante du maréchal de Montlnc.
BE BtÀlSK Dr UOrJSThVC. [ 1 S'àG] 36 f'
la délivrance du Roy ; de sorte que ce grand Empereor, qui s'estoit forgé la conqueste de êe royaume^ ne conquist un seul pouce de terre. Le Roy en son, affliction (>) tira secours de aes propres ennemis , les« quels avoy eut suspecte la grandeur de TËmpereur»
[15^6} Sa Majesté estant de retour^, se resou venant des injures et indignités qu il avoit^receuës pendant sa prison^ ayant tenté tous les moyens pour retirer mes^ seigneurs ses en&ns, fut forcée de venir aux armes^ et renouveler la guerre*
[1527] Ce fut lors que le voyage de Naples fut dressé, sous la chaîne de monsieur de Lautrec, lequel m'envoya un courîer en Gascogne, pour dresser une compagnie de gens de pied : ce que je fis en peu de jours, et luy men^y sept à buict cens hommes, dont il y en avoit quatre ou cinq cens arquebuziers, combien qu'eu ce temps là n'y en avoit eucores gueres en France. Monsieur d'Âusiùa. m'en demanda la moitié pour dresser sa compagnie, ce que je fis : et fismes nostre partage auprès d'Alexandrie, laquelle fut rendue audit sieur de Lautrec^ lequel envoya mes* sieurs deGramond et de Motipexat assiéger le cbasteau de Vigeve, devant lequel, en faisant les approches eC les branchées pour mettre l'artillerie , )e fus blessé d'une arquebuzade par la jambe droicte, qui fut cause que je demeuray boiteux fort long temps : de sorte que )a ne p^us estre à l'assaut qui se donna à Pavip , laiquelle fut eaiportée et demy bruslée. Je me faisôîs porter après le canip dans une litière : toutesfois , avant que
(0 Sur la captivité du Roi , voyez les Mémoires de du Bellay et le Tableau du régne de François I , qui les précède ( tome xyii decettr CoUéciipn. )
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monsieur de Lautrec partist de Plaisance pour mar^ cher droict à Bonloigne, je commançay à cheminer.' [iSsSJ Or auprès d*Â6Colly il y a une petite ville nommée Gapistrano ^ sur le haut d'une montaigne , assise de sorte qu il falloit monter tousjours» sauf de là part des deux portes dans laquelle force soldats du pays s'estoient retires. Le comte Pedro de NavaiTe, qui estoit nostre colonel , commanda à nos compagnies de Gascons d'y aller ; ce^ cgae nous fisi&eSy et assàillismes la place. Nous fismes faire des mantelets pour approcher delà muraille y à laquelle nous fismes deux trous par lesquels un homime pouvoit passer facilement, à cinquante ou soixante pas l'un de Fautre ; et, pour ce que f en avois fait l'un, je voulus donner par là. Les ennemis d'autre part dèsplanùherent et oslerènt les tables du dessus d'une salle, là oii le trou entroit, où ils avoient mis une grand cuve pleine de pierres. L'une des compagnies dé monsieur de Luppé nosère sous Golonnel ', et la mienne , commencèrent à donner par le trou : Dieu me donna ce que je luy àvois tousjours demandé, qui éstoit de mé trouver à un assaut, pour y entrer le premier ou mourir. Lors je me jettay à corps perdu dans la salle, ayant une cottede maille comme les Allemans portoient en ce temps-là, une espée au poing , une rondelle au bras^ et un moribn en teste : mais comme ceux qui estoient à ma queue se voulurent f etter après moy , les ennemis versèrent li cuve de pierre sur eux , et les attrapèrent sur le trou ; qui fut cause qu'ils ne me peureût suyvre. Je demeuray dedans , combattant tout seul à une porte qui entroit dans la rue : mais du haut de la salle, qui estoit desplanchée on me tiroit infinité d'arquebuzades.
DE BLÂISE DE MOSVtUG. [iSîS] ^ 363
l'aûe de!j<faelles me perça, la rondelle et le bras à quatre doigts de la main y et un aMtre me froissa tcmt Tos sur la jointure de lespaule et du bras'; dont je perdi&le sentiment. Me tombant la rondelle à terre; je fiis forcé de TecuUer devers le trou /contre lequel je fus renversé par ceux qui combattoient à la porte de la salle /si heureusement toutesfois pour moy^ que mes gens eurent moyen dé me tirer dehors par les jambes ; mais ce fut si doucement, qu'ils me laissèrent rouler de haut enbasjusques au fonds du fossé -, et ^tombant «a travers la > ruine des. pierres , >e me rompis encor le bras en deux lieux. Et comme on m'eust relevé, je dis que mon bras m'éstoit demeuré dans la ville ; mais un 'de mes gens le print , me pendant en escliarpe sur les fesses y et le mit sur l'autre : ce qui me réconforta unpeu« < Voyant lés soldats de ma compagnie autour demoy: « Ornes compagnons, dis-je, :jenevous:avois « pas tousjours si bien traictez et tant aymez, pour « nx'abandoiiner à un si grand besoin. » Geque je di-* soiSyBe sçadiant rempeschement qu'ils avoient eu.
A lors mon tieutehant, lequel avoit esté presqueas* somtué sur le trou, nommé La Bastide , père des Savaillans qui sont aujourd'hui, un des vàillans gen* tils-hommes c[ui fust dans nostre armée , di^t à deux ca|)itaiÀes basques,' nommez Maitin et Ramônet (0 , qui campoient tousjours auprès de ma compagnie, que s'ils voùloiènt donner avec des eschelles par un quanton qu'il y avoit près de là, -qu'il donneroit par le trou mesine, et qu'il vouloit mourir plustost qU'il n'y entrast: àquoy je les encourageay, tout autant que ma foiUesseme le pouvoît permettre. Les eschelles
iO Bu Bellajr et DoyiUars l'appeUent ^jmonnet.
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apportées et liées ^ parce jq^u'eUies se trouvèrent courtes, X.a Bastide donne par le trou , ayant mandé aux antres capitaines de donner par Tantre ; mais ils ne firent pas grands faits d'armes» Cependant que La Bastide combEattoit , ayant gaigné le trou , Martin et Eamotnet donnèrent lescalade y tellement qu^ii» fbrcereiit les ennemis^ ^t entrèrent dedans/ Bequoy estant adverty^ i'envoyay prier La Bastide de me gardet* autant de femmes et filles, qu^il pourront ^ afin qu'elles ne fussent tiolées ^ ayant cela eu deyotiom, poiur un vœu que j^a^^ vois faict à nostre Dan^e de Lorette, espérant que Dieu pour ce bien-iaict m'aideroit; ee qu'il fit^ et m'en amena quinze ou vingt , qui fut tout ce qui ise sauva ^ car les soldats^ animez pour me venger et nionstrcr Tamitié qu'ils me poiitoicnt, tuèrent tout, jusqucs aux enfans , et mirent le feu en la ville ; et, quoy qu^l'eves** que d'Ascoly (duquel die dependoit) priast mon* sieur de Lautrec , les soldats ne voulurent iamais partir qu'ils ne la vissent en cendres. Le lendemaiil on m'ap^ porta à Ascoly , où monsieur de Laùtrec m^envoy^ vi* sitec par messieurs de Gramoud et de Montpenat, meoaut deux chirurgiens que le Boy luy avoû donner k £0tn départ, Tun nonuoé maisli^e Alesme, et l'autre maistre George; lesquels, après avoir veu mon bras chaipenté comme il estoit , dirent qu'il le fallok coupper.pour me sauver la vie, ce qui fut rendis au lende* main. Monsieur de LauJtrec commanda ausdit$ sieurs de Montpezàt et Gramond de s'y trouvear; œ qu'ils luy p«:o mirent difficilement, ' pour l'amitié qu'ils me portoiisnt , mesmement le sieur de Gramond. Quelques )otirs auparavant , mes soldats avaient pris ua îenne homme chirurgien, lequel avoît servy monsieur de