Mi«E17TÀl11ES
car avec grand trouppe il iestoit difficile : et avois une guide qui me voùloit conduire par des varicaves (0, et par une rivière, qu'il y a au Montdevi, |>ar dedans laquelle il falloit que nous alissious longuement , n'y ayant eauë que jnsques au genou : et crois que par là l'y eusse entré, ores qu'il u'eust de rien servy , datant qu'il m'eust fallu passer par le'diemîn des autres, ven que les estrangers nous donnotent la loy : mais ils en portèrent la peine, car on en massacra plusieurs à Tissuë de la ville. J'avois pris dix soldats d'avantagé pins que des vingt-cinq, pour me tenir eseorte à passer le Maupas, qui est un lieu ainsi appelle , et à demy mil de Marennes, où on nefgilloit gueres jamais de trouver rencontre de la garnison de Fossan : et au dessus, et à main droicte de Maupas, y avoit une bostelleiie abandonnée, d'où on ppuvoit veoir tout ce qui venoit devers Savillan droit à Gidràs , et dudict Cairâs audit Savillan. Comme je descendis en la plaine, tiraÈt droit à Maupas, il y avoit soixante soldats italiens de Fossan regardans tousjours vers ceste hostellerie, qui est «ur un lieu haut; je vis partir la trguppe^ qui alloit ^aigner le Maupas du costé de Gairas, pour in'aller combattre en cet endroit : qui fiit cause que je tournay chemin* à main droicte, et les allày prendre par derrière venant à l'hostellerie : mais ils m'aperçeurent, et voulurent gaigner le chemin de Fossan pour se retirer , ayant quatre chevaux qui les menoient. Toutesfois je les poursuivis de si près, que je les contraignis de se jetter dans une maison où il y avait une astable
Kperre, et recommandable par sa pradence, et qa^il i^mgyff» peuilt ^richesses. Son neveu Bellegarde fut aon héritier.
<*) £flpéc6 de chemin creiub
DS BLU8E DE3tOirrLVG. [l543] 4^^
tout contre, à laquelle je mis le feu : et ainsi qu'ils se virent perdus , ils commencèrent à crier miséricorde^ se jettans à coup perdu , les uns par les fenestres, et les autres par la porte. Mes soldats en tuèrent quelqued^ uns, pource qu'un de leurs compagnons qu'ils ay-> moient fort estoit mort, et deux blessez : le reste je renvoiay à Savillan, tous attachez avec cordes d'ar« quebusesy de tant, que les miens qui les menoient n'estoient si grand nombre qu'eux. Puis m'acheminay droit à Gairas, et au moulin dessous Cairas trou* vay monsieur de Gental (0, gouverneur dudit Cairas, qui me dit que Mondevi estoit rendu, ayant encore en main les lettres qu'on luy avoit escrit. Je retournay tout court pour regaigner Savillan , et dire la perte .à monsieur de Termes , pour en advertir monsieur de Botieres : mais comme je fus au deçà de Cairas, et au conilhencement de la plaine , près des maisons qu'il y a, qui s'appellent les Rodies, regardant en arrière^ |e vis une trouppe de gens de cheval qui venoient de* vers Fossan au long de la prairie tirant à Âlbe qu'ils tenoient pour lors ; et m'arrestay à ces maisons, pour voir ce qu'Os feroieiit : et, estant assez près de moy, me descouvrirent, et me voulurent approcher, s'ache« minans par une petite montée qu'il y avoit, bordée de hayes aux deux costez ; et comme je les vis à demy montez , j'envoy ay au devant quatre ou cinq arque*<> busiers, qui leur blessèrent un cheval; surquoy ils ^ tournèrent arrière. Ce que voyant, je pensois que ce fast de peur : qui fut cause que je m'acheminay dans
(0 Antoine de Boulliers, seigneur de Gental, d'une des plus illustres «oaisons de Provence, originaire de Piémont, où est la yiUe de Gental» B est nommé Gabriel dan^ de Thooé
44ô [1^4^] tOMCMEKTAIKES "
la plaine ; et n*euz fait cinq cens pas , que je les des' couvris en icelle; car ils estoient passez plus bas^ estans quatorze sallades tous porte-lances , et haict ar-» quebusiers à cheval, et une autre qui venoit après conduisant le cheval blessé. Je n'avob ai toat que vingt-cinq soldats , desquels y en avoit sept picqniers, et le capitaine Favas, et moy, qui avois une hal^rde au poing. Leurs arquebu^ers vîtidrent pour me char*» ger le grand trot, nous tirant, comme firent aussi partie des nostres à eux : et les lanciers firent semblant de vouloir enfoncer, mais assez maigrement; car,dë$ que nostre arquebuserie tira, ils s'arresterent et firent large (0: alors nous prismes tous courage, et mar* ciuEsmes droit à eux à grands arqud^asades. Il en tomba un par terre, lequel ils abandonnèrent : et ainsi descendirent autrefois en la plaine, se retirant droit à Aibe. Nous desarmasmes le mort, et le cheval se sauva avec eux. iLûisi |e me retiray à SaviUan, estant deux heures de nuict avant que j'y atrivay. Cecy- ay*je voulu mettre par escrît, pour un exemple que les capitaines doivent prendre, pour ce qu^ores que les gens à cheval viennent diarger lés gens de pied, ils -se doyveiit Tesoudre à 71e târw que partie de leur arquebueerie^ et garder tousjours Taotre partie jus- ^ues à rextr^nité ; ce qu'observant, il sera difficile qu'ils sqyent de&its sans tuer beaucoup des ennemis, lesquels n'osent enfoncer, voyant les arquebu^iei^s afiistez, lesquiçls, bien résolus, à la faveur d'un buisson arresteront les cavaltiers i)ien longuement, tirant cependant que les autres rechargeront. Nous estions résolus de ne nous rendre point p et combattre plustost
(*) Cest-à-dire, s'ëte&dirent..
2>E BIiAISX DE XOHTL17C.. [i543] 44 ^
vfec les espéesy craignant qu ils prinssent la ravancbtf de ce que noas avions fait le matin : car les quatre clie¥aux qui se sauvèrent à Fossan leur posterent nouvelles de leur défaite. .
D& que monsieur de Termes entendit la piinse de Montdeviy il délibéra s'aller le matin jetter dans Berne (0; et, y estant arriva , ti^ouva deux compagnies de Suysses qui estoy^ot là en garnison, ayant reçeu les autres du Montdevi, qui abandonnoy^nt loi*6 Berne et s'en venoyentà Cairas, n'y demeuraot plus que la: compagnie du comte (^), une auti^e italienne, et celle du capitaine Benouart (3). Monsieur ^ Termes me despesdia un homme à cheval , m'escrivant que si ya^ mais je voulois laire service au Roy, qu'incontinent je partisse : et c'estoit le lendemain que ledit seigneur arriva à Berne , qui estoit un dimanche i nous ne &i« sioas lors que sortir de la messe. Apres avoir un peu mangé, je me mis aux champs pour y aller : toutes^ fois je ne sceus tant faire, qu il ne fust plus de trois heures de nuict avant que j'y arrivasse ; car il me fallut passer par des vallons assez malaisément, d'autant que l'on pensoit que la ville fîist desja assiégée, estant tout leur camp à Carru, à trois petits mil de Berne , ayant esté tout le jour l'escarmouche devant la ville. Et par fortune , monsieur de Sainct Julien , colonel des Suysses, se t«>euva audit Berne, par^ce que c*estoit sa g^niison, et monsieur d'Aussun (4), qui l'estoit
(*; Bene. — (*) Pu comte de Bene : ce seigneur étoh frère du comte de lia Trinké, dont on parlera.
(3 On croit qae ce capitaine Benouart est Jean de Bailleu!, seigneitf da Benouart, baron 4ie Messey, capitaine du-chàteau de Caen, et chevalier désordre en i56a. ^ '
(4) Pierre d'Aa»u|i, on plutôt d'Osson, d^une nobk «t ^oiennt
44^ [2^4^] €01IiaSNTAl1U!3
ventt veoir pour entendre à quoy viendi'oît le siège dé Montdevi; et ne fut possible audit Sainct Julien de retenir les Suisses ^ car je'trouvay toutes les quatre compagnies desja à demy mil de Cairas* J'eus ceste faveur que monsieur le comte et madame la comtesse sa mère vindrent au devant de moy aux portes de la ville > accompagnez de beaucoup de 'seigneurs ayant une grande joie de ma venue ^ pensant que le matin le siège seroit devant : mais deux jours après que je fus arrivé) leur camp marcha droit à La Trinitati ayant dressé un pont sur la rivière {H*es Fossan ; et ce matin que le camp marchoit , cinq ou six chevaux légers de monsieur de Termes, et quatre ou cinq gentilsrhommes du comte de Beme, qui servoyent de guides, avec cinq ou six arquebuziers à dieval des miens , allèrent à la suUte de leur camp^ U &isoit une broiiée si espoisse qu'à peine Ton se pouvoit veoir Tun Fautive i cela fut cause qu'ils allèrent jusques à la teste de leur artillerie , et prindrent le commissaire , <{a ils nommoyent le capitaine de Tartillerie : et le jour devant, messieurs de Termes, d'Aussun et âainct Julien estoyent partis, ayant eu advertissement que les ennemis dressoyent ce pont. Monsieur de Ssûnct Jxh lien tira droit à Cairas, où les Suisses ne voulurent demeurer, ains s'en allèrent à Carignan; monsieur de Termes, qui craignoil; aussi qu'ils-allassent à Savillan,
tnaison de Béarn, capitaine de cinquante hommes d'armes. Cétoît un •^es bratfes au Piémonty et Ton disoit pendant les guerres dltalie : Sagesse de Termes, hardiesse d'Aussun. Plusieurs historiens, etméms de Thou, Taocusent dWoir fui à la bataillede Dreux jusqu^à Chartres, forqueyaux, quia écrit sa vie, prétend le justifier de ce reproche. Ilétoit chevalier de FOrdre et gentilhomme de la chanîbre ; il fut nommé ea t545'capitaine et goaTerneur-géaéralde k fUle et jiuidicûoadeTaaB*
DE BLAISÈ DE U09TLITC« [x543] 44 ^
dotttil estoit goavemeur, s'en y alla ; monsieur d' AtRsan s^en alla aussi en haste droict à Thuriti : bref^ chacun avoit peur de perdre ce qu'il avoit en charge. Ledit pont estoil plusadvancé qu'on ne pensoit, car ceux de Fossan le faisoient, pendant trois ou quatre jours que leur camp séjournais Carru ; et à l'heure que le corn-» Inissaire fut prins, la plus part du camp es toit desjà passée y et se campoit vers Marennes ; mesmement la bataille des Allemans ^ qui campa au chasteau et es environs du palais de misser Philibert Canebous^ gen** til-homme de Savillan. Monsieur de Termes avoit mené avecques luy à Beme monsieur de Gailac (0^ qui estoit commissaire de l'artillerie > lequel vouloit demeurer avec moy^ pour la bonne amitié que nous nous portions (cc^mme faisons bien encores); et ne pensâmes jamais rien tirer dudit conimissaire prison^ nier |usques à ce qu'il fut tard : lors il nous dit et asseura quje le marquis alloit assiéger Savillan ; dont monsieur de Gailac et moy fusmes demy désespérez^ car ledict seigneur de Gailac demeuroit plus audit Savillan qu'en autre lieu; et moy, pour-ce que c'estoit fna garnison, et oii jlivois demeuré sept ou huit mois* A la fin nous résolûmes tous deux de nous aller jetter dedans, à tous périls et fortunes qui pourroyent ad* venir : j'avois vingt-cinq soldats des miens à cheval^ lesquels je prins avec quatre ou cinq de monsieur de Ternies, qu'il avoit laissé à Beme, au grand regret du comte, qui ne voulut jamais permettre que le capitaine Favas ne le reste de la compagnie partissent : et arrivasmes environ deux heures de nilit à Cairas, parlasmes avec monsieur de Gental, lequel nous trouer) Caâlac, chevalier de Tordre do Boi eâ x56s»
444 [^^4^] COMXENTÂI&ES
vasBies bioi £asché de tant que les Suisses Vavo]r«Ql abandonné ce jour-là ; et nous dit qu il serait grand cas si ne ti^ouvions le camp logé dans les gi^anges de Savillan, fors les Âllemans, qui estoyent oà fay dit, et tenoyent jusque&à Marennes, par où il nous £dloit passer; car par autre lieu n^estoyent que fossez et ruisseaux fort maUaysez à passer, n'ayant avec nous aucune guide, pource que nous sçavions assez }e chemin. Et passâmes par le milieu du villaga de Ma* rennes sans trouver aucun rencontre^ pour-ce que la cavallerie estoit demeurée encores vers Fossan ; et ar* rivasmes ainsi à Savillan environ deux heures après minuict ; et trouvasmes à la porte de la ville le capi-» taine La Chareze, frère de BoguedemarCO^ lequd monsieur de Termes envoyoit devers monsieur de Botieres,^ pour Tadveitir qu il attendoit à ce matin 1^ siège. Nous envoyamtes nos. recon^nandations à iQoa« sieur de Botieres ^ et qu'il s'asseurast que nous moiir« rions tous, ou la place ne se perdroit point. Monsieur de Caillac et moy allasmes trouver monsieur de Termes à son logis, et descendismes sans que le<Ët seigneur entendit rien de nous, escrivant TorÀ-e q«3 falloit tenit ; et avoit le dos devers la porte^ qui estott ouverte, ne nous âppercevant jusques à ce que |e Tenibrassay par derrière, et luy dis : « Pensez vous Jouer ce ceste farce san^ nous? » lequel se leva en sursaut, et me sauta au col, ne pouvant quasi dire mot<de}oye: autant en fit à monsieur de Caillac, me disant qu-3
(0 Yaugiredeiiiar : c^est ainsi que le nomment du Yillars et Rabntb. Cétoit , dit ce dernier, m» àos plus anàens et expérimenté^ capitainet de vieilles enseignes, Yauguedemar fut blessé au siège de Bentj en i5S4i et à Fescarmouche de Giyet Tannée suivante.
DS BLÀISE DE MONTLUG. [l543] 44^
luy voudroït avoir cbusté la moitié de son bien, et que dia compagnie y ftist. Je luy dis que je la ferois vder; mais que promptement on trouvast un homme pour porter une lettre au capitaine Favas , mon lieutenant. Et sur-ce, y depeschames un sien laquay, qui arriva avant midy à Berne ; et incontinent que ledit capitaine Fatas eut veu mes lettres, il alla dire au comte qu'il ioy falloit paitir ; lequel luy fit encores grand instance <}e demeurer : neantmoins il sortit environ trois hçureâ après midy, et laissa le drapeau de mon enseigne, en passant à Gairas, à monsieur de Cental, qui lui cUt qu'il ne falloit point s'attendre de passer sans combattre y et qu'il luy respondit que c'estoit ce qu'il demandoit. Nous avions dit au lacquay que, quand il seroit au bout de la plaiJie, il le menast droict au iaoûlin dudict messer Philibert, qui estoit à un ject d'arquebuse de son palais, et que là il se jet-tast au long du ruisseau, s'apprestant de combattit aud^ct moulin, me doubtant qu'il y trouveroit ren^ontt^ des AUemài&s ; tout esfois , que s'il pouvoit éviter le combat^ qu'il le fist, s'attendant seulement à gaigner là ville. Cest adrertissement fut bien à propos, car les AJleinansiestoient deslogez le matin que nous passâmes , et s'estoient campez à Marennes : et ainsi arriva environ deux hieu^es après minuict ; qui redoubla la joye, non seulement à monsieur dé Termes, mais à tous les capitaines, soldats, et aux gens de la ville; car, à la vérité dire., j'avois une des meilleures et des plus fortes -compagnies de Piedmont. Je n'en eus jamais d'auttes : 'A }è Côgtioissois quelque besongne (0, je trouvois tousjours moyen de m'en deffaire.
(0 D« Tespagnol Usogno, qui tignifi« soldat d« Tecm«,
44^ [l543] COMMEilTÀIftES
incontment à Gavilimor^ où les gens de la ville me di^ refit que ledit seigneur n^estoit encores à demy mil de là. Nous nous cuidasmes le capitaine Mons et moy defiesperer, ensemble tons les soldats, ayant perdu une fii grande fortune pour la paresse dudtct Gabarret, le* quel nous chargeasmes de malédictions. Or, après avoir ^demeuré là une grande pièce sans sçavoir ce que nous devions faire, nous nous mismes sur nostre retour: mais lors il me souvint de Tadvertissement de Marennes, qui &it cause que nous prismes le chemin à travers des frez , tirant à ceste {Aaine. Cependant noas xyjxms tûusjours les tabôurins du canip, et ceux de derrière eki mesme temps; car il n*y a pas demy mil de Cavilîmor à la veue ée la plaine; et, comme nous fus* mes à la veaë , desoouvrismes trois ou quatre ragachs (0 qui su5rvoiettt le camp. Deux ou trois cbevaux légers lescourureot )>rendrey 4^i nous dirent qu'après eux yenoieat dsewL enseignes de gens de pied et une de gens de. cheval que monsieur de La Trinitat menoit Lesdictes deux c<Miipagnies de gens de pied estoient celles, du comte Petro d^Âpport, gouverneur die Fossaai, qu'un sien lieutenant, nfommé le capitaine Âscanio, conduiaoit; et les gens de cheval condnisoient ledit seigneur.de La Trinitat et Içs mimitions des farines avec une ;g]:and partie du bagage du camp, là où il y en avoit une grïind quantité de celuy des ÂUemanS; |
au lieu dW v, peut-être faudroit-il lire Gavaret, et non pas Gabarret.' liC/s jugemens .sur la noblesse du Languedoc « tome 3 des pièoes fugitives, p. 67, indiquent une famille noble de Toulouse portant le nom 4e Cavarret^ mais à Ja page 65, il est fait mention de i^VOK GsdMrnti qui épousa en i64i un gentilhonune de Rïeux.
' 0) Yalet de soldat, d« Ktatien ragasMO , qsi mgbiBic Jeune garçon^
DE BLAISB DE 3C02IÎTLUC. [l543] 449
et des Espagnols que cinquante soldats aHêmans con* duisoienti et autant d'Espagnols: tellement quils pouvoient estre plus de quatre cens chevaux de bagage^ et quatre vingts dix charrettes chargées de vivres et d^ Fequipàge de rartiUerie. Alors le capitaine Mons s'en alla descouvrir monsieur de La Trinitat, tellement que son cheval luy fut blessé ^ et tourna incontinent à moy^ me disant ces pai*ole& : « Capitaine Montloc, il y en a fc là à donner et à prendre. » Soudain je montay sur une petite cavalle d'un de mes soldats ^ ^t prins un mien serga^t ayant vingt arquebusiers, et les allay descouvrir ^ lesquels ne faisoient conte de s'arrester pour les gens de cheval qu'ils avoient veu , ains mar« choient tousjours tahourin sonnant. Et comme )e fus auprès di'eux , je voyois une multitude de gens et chevaux qui marchoient parl^ plaine^ quiestoit !e bagage et les cbfirrettes; puis j'aperceus, sur le haut du cosié où j*estois, marcher deux enseignes et les gens à cheval, et nombray les gens de pied de trois à quatre cens hommes, et pareillement les gens à cheval de trente à trente cinq salades. Et tout incontinent m'en retour* nay au capitaine Mons ^ et luy dis qu'ayant faiily une grand fortune, il falloit qu'en tentissions une autre; lequel me fit response qu'il estoit prest à faire ce que je voudrois : et je le priay qu'il m'attendist là : car j'ailois parler à mes soldats ; et courus les trouver. Le capitaine Grabarret estoit avec ledit capitaine Mons à cheval, et le capitaine Ifavas^ Lyenard et Breuil condi^soient les gens à pied; et moy, arrivé, parlay à eux et à mes soldats, leur diisfiEht que, comme Dieu BOUS avoit osté une bonne fortune, il nous en avok baillé une autre en main, et; ores que les ennemis ao. 29
^5q [i543] cokxehtàikes
fassent trois fois plus forts que nous, si nous necMQ^ battions^ puisquil s'en presentoit oicicasion^ nous n eslions dignes d'estre soldats > tant pour Thonneur^ que pour la rickesse que nous avions devant nos yeux ; car le butin n'estoit pas petit Tous les trois capitaines me cespondiretit tjue, de leur opinion, on devoit combattre. Alors je baussis la voix , parlant aux soldats : « Et « bien, mes compagnons, ne serez vous pas de Topi- « nion des capitaines? Quant à moy, )e vous ay de^a ce donne la.mienne, qu'il falloit combattre : et asseiurez « vous que nous vaincrons; car le présage que j'ày «.'toujours eu le m'asseure, lequel ne m'a jamas « menty en quelque cbose que j'aye entrepris; croyez^ « mes amis, quilsBont desja à nous. »
Or ay-je tousjours faict entendre aux soldats que favois certain présage que , quand cela m'advenoit, l'esiois seur de vaincre : ce que je n*ay jamais fait, si-* non pour y faire amuser les soldats, afin qu'ils tinssent desja la victoire pour gaignée ; et m'en suis tousjours ires bien trouvé, car mon asseurance rendoit asseurez souvent les plus timides. Les simples soldats sont aysez à piper (0^ et quelque fois les plus habilles. Et lors d'une voix coounencerent tous à crier : « Combattons, «.capitaine, combattons. » Je leur remonstrois comme je voulois laisser à nostre queue quatre picquiers, pour garder qu'aucun ne se reculas!^ et, si aucun le faisoit, qu'ils le tuassent : à quny ils s'accordèrent volontiers; et me fut fort difficile de pouvoir faire demeurer derrière lesdicts picquiers, suyvant nostre arrest, de tant que tous estoient afiêbtionnez de venir les preiùiers au combat* Etnottez que le desordre vient tousjours plu$^
U)Atromptr.
DE BLAISE DE MONTlUC. [l543] /^5t'
tost par l'a queue que par la teste. Je commençay à marcher; et, comme les ennemis descouvrirent les gens de pied,- ils firent alte à Tendroit d'une grande baisse 0) que Fèauë avoit faict par succession de temps, laquelle alloit finir au dessous du mont oh nous estions. Je les vis dans la platiie portàns leurs lances droites sans s'avancer; et vis aussi le capitaine Ascaigne sur un petit cheval gris, qui faisoit mettre ses picquiers dans la baisse tous de rang, puis alloit, côuraiit aux charrettes, pour les ranger près du bbut de la baisse là où ils estoient; et de là couroit au bagage, le faisant demeurer derrière, puis aux gens à cheval. Et cognus bienj à la diligence de ce capitaine, que c'estoit un brave homme; et me mis à deviner ce qui adviendroit de nostre combat, me mettant lors en doute , pour le bon ordre de ce chef. Si est-ce que la volonté ne me changea jamais; et pendant que le capitaine Ascaigne ' dressoit son combat \e dressois le mien, et pris Tar-» quebuserie, la baillant au capitaine Gabarret, qui es^ toit à cheval; et notez que la leur estoit sur le haut de la baisse tirant à nous. Je prins les trois capitaines avec les picquiers, et deffendis aux arquebusiers ne tirer |àmais, qu'ils ne fussent de la longueur de quatre picques, et au capitaine Gabarret qu il fist tenir cet ordre; ce qu'il fit. Je dis aussi au capitaine Mons quHl me prestàst vingt cinq salades (^) pour m'ayder à tuer ; car d'un jour, encores qu'il eut eu un bras attaché, à peine les eussions nous sçeu tuer; et le demeurant ponrroit combattre leur cavallerie , encore qu'ils fassent plus forts que les nostres : à quoy il s'acMCorda, et donna
(0 D'un f avili. — (*V Espèce de caAqae fort lége^i Ici ce mot est applicable à rhomuM jfiâ le portoit. $
ag.
452 [l543] COMMENT AIRES
vingt cinq salades au jeune Tilladet (0 (qui e^t à présent appelle monsieur de Sainctorens) et au capaain^ ydrou, chevaux légers de ladicte compagnie, lesquels sont encoresen vie, et beaucoup d'autres qui estoieut en ceste trouppe. Toutes nos trouppes marchèrent en un coup droict à eux ; et, comme je pensois quet leur arquebuserie se jetteroit dans la baisse quand ils ver? roient approcher la nostre teste baissée, ce fut au con-^ traire ; car elle marcha droict à la nostre, et 'tout \ ua coup se tirèrent de plus près que dç qi\atre pîcqaes« J'avois dit aux nostres que, des qu'ils auroieattiré, missent la main aux espées sans s'ami|ser [duS' à recharger,, et leur courussent sus; ce qu'ils, firent J^ courus avec nos picquiers par le l)oi:it delà |;)aiâse, e( nous jeltasmes à coup jxerdu.parmy eux. Ydrou et Tilladet chargèrent moasieijr de La Trii^itat^ et le rompirent : nqs arquebusiers eties levirs se jetterexit dao$ la baisse : tputesfois les nostres demeureront maistres, et nos picquiers av oient abs^adonné les picques, et estoientaux espëes. Et ainsi, combattaQScoj^rageu$eD0€9tf^ arrivasmes tous aux charrette^ , comme aussi ^t le capitaine Mons; lesquelles furent iienversées, et tous leurs gens en fuitte vers deux maisons qu'il y ayoit bas en la plaine} et, poursuyvans tqusjpurç nostrç victoire, et les gens à cheval tuant parmy eux, bien peu en arrivèrent aux maisons. On ^ sgyva, quelqij^es uns, mais des autres fort p^i^ ;, car ce qui resl;<;^it en yie estoit si blessé, que je croy fermeinent qu il$ n^ firent pas grand fruict. Nos gendam^es pçrtoient ei^ ce; t^mpfi«là
' (0 Bernard de 'f iHadet de Saint • Orens, gentilhomme ordinaire de la cBambre du foi Gharlea IX, cpi le fit colonel ()e \^ légion de Guyenne.
DE BLAISE DE MCmTLVC* [l543] 45^
de grands coutelas tranchans pour coupper les bras maillez et destrancher les morions (0 : oncques de ma vie je ne vis donner si grands cou|)s. Quant à la ca^ vallerie, tout fut pris, s'enfuyant droict à Fossan , sauf monsiettr de La Trinitat, luy cinquiesme, pourestrè mieux monté que les autres. Lé jeune Tilladet les suyvit, luy troi^iesme, jusques à deux arquebusades de Fossian, etprint un qui suyvoit l'un des drapeaux ; ctit renseigne quila portoit Favoit jette sur le col de celuy qui ametibit son chç^^al.^ Incontinent après nous nous acheminasmes, conduisant les charrettes et les baga* ges, et fallut retourner par le raesme chemin qu'ils estoient venus, devers Marennes, de tant que lesdicte^ charrettes ne pouvoient passer par autre lieu : et pour lors je vis un si grand desordre en nostre faict, que si vingt salades des ennemis fussent tournez à nous, ik nous eussent defiaits , parce que les soldats à pied et à cheval estoient si chargez de bagage et de chevaux qu'ils avoient gaigné, qu'il ne fut possible au capitaine Mons de r'allier une seule salade auprès de luy, ny moy deux arquebusiers ; de sorte que laissâmes les morts sans estre recherchez et fouillez. Les vilains (^) de Marennes, incontinent après, y vindrent, et les des* pouillerent; lei$quels depuis nous ont dit plusieurs fois y avoir gaignë plus de quatre mil escus ; car il n'y avoit que trois ou quatre ]ouys que ces deux compa-^ gnies avoient pris monstre (^) pour trois mois. Souvent le butin est cause.de la perte : voyla pourquoy les capi« taines y doivent prendre garde, mesmement lors qu'ils gçavent des garnisons voisines qui peuvent venir à eux :
(») Destraneher Us morions : couper les casques* — (*) Les habiuns. — (3) Avoient reçu leur solde.
4^4 r^^4^] COMMENTAIRES
il e$t malaisé d'y pourvoir^ cai* lavarice du soldat est telle, qu'il ci:eve souvent sous le faix ^ ne voulant prendre aucune raison en payement*
Apres ceste defiaiçte, nous retournasmes à Savillan^ où trouvasmes que deux vilains av.oient donne Fahirme à monsieur de Termes, ayant. porté nouvelles comme nous estions tous^defiaicts. Nous le trouvasmes à demy désespéré; mais après il eut une des plus grandes joyes gu il eut jamais* Il y eut loi^ bon marché de beson* gne y car il se gaigna pli^s de quarante putains des Allemans, et plus de vingt des Espagnols*. Ceste vilsn* nie fut en pçirtie caMse de leur desordre. Nous vonlusmes faire niettre tout, au butin , et trouvasmes que n'estions que cent quarante cinq hommes et cinquante chevaux, me pd^nt tous que chacun se tint avec ce qu'il av oit. gajgné, et qu'ils me.feroient un présent^ parce que je ne in'estois amusé à piller; ce, que je leur accordajy voyant tout le monde contant;. et me don-^ nerept six cens, esçus, comme firent aussi les gens à cheval au capitaine Mons, mais, je ne sçaurèis dire combien. Yoyla. ce que nous fismes ceste journéeà la queue de leur camp. Il ne mourut sur le lieu, de nos gens, qu'un soldat, du capitaine Baron, et cinq ou six blecez, çt un mien.corpqral, lesquels guérirent. II y a prou de gens, de cheval et de gens de pied en vie qui se trouvèrent au combat,, lesquels, loi^squ ils liront ce livrée, ne me démentiront. Je ne sçaurois dire, dont )e m'estonne, si monsieur de.Caillac s'y trouva, odsi monsieur de Termes le retint avec luy ; mais, s'il nes'y trouva, il e^tipit.dans.^aviUan, et luy en souviendra bien.
Or l'entreprise qu'avoit le .marquis de Guast se
DE BLÀISE DE MONTLtc. [ I 543] 4^51
momtra bien.tosty car c'estoit pour s'aller |eUer dans Carignan, et là faire un fort, et y laisser une bonne trouppe de gens de pied, comme il.fit. Et le jour que je fis ceste deffaicte, il campa à un village près Gar<magnoUe, à main droite du chemin de Reconi (j) au^ dit Carn^iagnolle : il ne me souvient du nom ; et à la minuit il envoya la plus part de sa cavallerie passer le pond; à Lombrias, oil une heure ou deux paravant y estoient passez deux chevaux légers de monsieur de Termes qui s'estoiént trouvez au combat, éts'estoient desrobez avec leui? butin, craignant que Y On leur fit mettre au bLot; et advertirent monsieur d'Âussun. et le seigneur Francisco Bernardin, qui estoient à Carignan, lesquels monsieur de Botieres y avoit en-^ voyez expressément pour la démanteler, luy souvenant que. monsieur de Termes et ledit seigneur Fran-^ cisco luy avoient dict quatre mois paravant qiie.le marquis feroit cela, et s'en empareroit pour* la forti-* $er, qui seroit chose fort préjudiciable au service du Roy. Je n'avois affaire d'escrire cecy, si n'estoit pour. ITionstrer aux, jeunes capitaines qui li]!'ont ce • livre ^ qu ils n attendent jamais à faire leur retraite^ lateste d'un camp, s'ils ne sont assez forts pour donner la ba-; taille. Mais, comme ces chevaux légers eurent parle à* monsieur d'Aussun, et d^t la deffaicte que nous avions' fait, il luy pïint enyie^ comme il avoit le cœur en bon lieu, de faire quelque chose avant se retirer. Ledict. seigneur Francisco, ayant entendu par lesdits deux chevaux légers où estoit Tennemy, il jugea qu'au point du jour ils les auroient sqir les bras, priant instam-. inent monsieur d'Aussun de se retirer; ce qui5. ledit
(0 Reconi i Raconi. — (*} Au partage.
456 [1^4^] COMMENTAIKES
seigneur ne voulut jamais faire ; et^ ainsi qûHl fut-jdary virent le marquis de Guast, toute rinfanterie, et partie des gens à cheval^ qui marchoient au long de la ri* viere. Ledict marquis s'advança^ et fit parler à mon- «leurd'Ausfiun , l'amusant tousjburs ; le seigneur Fran^ cisco lui crioit que le marquis ne faïsoit cela que pour les amuser: mais il n'en voulut jamais rien croire (on ne peut fuyr son malheur) , jusques à ce que deux chevaux legei^ qu'il avoit envoyé sur le chemin de Lombrias luy firent le rapport de la vérité ; mais c'estoit troplardy car la plus gi^and part de leur cavalle* rle^stoit passée. Il n'y avoit que deux batteaux^ mais ils estoient grands et avoyent commencé passer une heure après minuit. Alors monsieur d'Aussun dict au N seigneur Francisco Bernardin qu'il se retirast )usqiies auprès . du pont des Loges y et que là il fist aile : ce qu'il fit. De gens de pied^ il n'avoit que le chevalier Absal (0 avec sa compagnie seule; et luy dit quMI s'en allast le petit pas après le seigneur Francisco y et qu'3 fist souvent alte, pour le secourir s'il avoit besoin : ce qu'il fit ; et tout à un coup arrivèrent cinquaBte ou soixante chevaux des ennemis attaquer l'escarmouche. Bien est vray qu'outre sa compagnie et celle du seigneur Francisco, il avoit trente salades delà compagnie de monsieur de Termes , que le vieux TiUadet (^) commandoit ; et estoient partis d'avec monsieur de Termes il y avoit sept ou fauict jours, par le commandement de mon'sieur de Botieres et prière qu'il luy fit
(0 Le cheyalier Ahsal , gentilhomme ferrarois.
(') Antoine de Cassagnet, seigneur de Tilladet, de Cassagneset de Canssens , gouvemcttr de Verue en i555, gentilhomme de là chambre du Roi , Messe à mort devant le.Mottfe^e-2larsan> le i3 septembre i $69-
DE BLÀISE BB MOSTI.VC. [l543] 4^7
dç léS y envoyer : ce que ledict seigneur regrettoit bien y ne les ayant à Theure qu'il attendoit le siège» Ledict seigneur d'Aussun commença à faire sa retraicte , et mit ses gens en trois trouppes : Tennemy le suyvoit tous}ours de près ; son lieutenant , qui s'appelloit Hieronim M agrin ^ menoit la première trouppe : et aucu-^ nefois les ennemis le menoient }usques à la trouppe que conduisoit monsieur d'Aussun; autresfois ledit Hieronim rechargeoit les ennemis , ausquels arrivoit tousjours force gens ; et, eomme ils se virent plus forts, chargèrent le capitaine Hieronim à toute bride, et le rai^enerent dans la trouppe de monsieur d'Aussun^ lequel fit une cargue, et ramena lesdits ennemis jusques dans leur grand trouppe, laquelle chargea le-r diùt seigneur d'Aussun, et le ramena sur les bras du capitaine Tilladet. Une autre trouppe d'ennemis qui venoient encores au galop, outre ceux-là, chargea ledit Tilladet, qui estoit advancé pour secourir monsieur d*Aussun^ de sorte que Tennemy estoit plus foit de gens à cheval quatre fois que les nostres; et tousjours leur arrivoit rafraischissement en mesme heure quHIs passoient la rivière : tellement que tout alla en desor-> dre et en routte, et fut porté par terre monsieur d'Anssun, son lieutenant, et plus de cinquante prisonniers; le capitaine Tilladet prins depx fois, et.recouvert de ses compaignons, lesquels, seirez en trouppe , tournoient visage jusques au pont des Loges. Le seigneur Francisco Bernardin, qui estoit en bataille auprès du pont , vit venir sur ses bras tout ce Hesordre -, et , voyant qu'il n estoit suffisant avec sa trouppe d'y remédier, print party, et passa le pont, et là fit teste : qui fut cause que beaucoup de nos gens se sauvèrent encores ,
45â [j;54^} COMMBI9TAIRE9
et qui tournoient visage , sur sa faveur, au boiit dudict pont.
Or le chevalier. Absal , qui avoit prins vn peu h, main gauche^ se retiroijL le pas, et souvent fit faire halte ; qui fust occasion qu'il ne peut gaigner lé pont ; car une partie des ennemis, vo jant la victoire, couru* rent à luy, qui avoit veu toute nostre cavallérie desfaicte et en routte. Chacun peut fuger quel courage luy et ses gens pouvoient avoir ; lesquels furent tou& taillez en pièces, le drappeau prii^s^ et il se sauva sur un petit cheval.
Yoyla la routte (') qu-eust monsieur d'Aussun, plus pour une superbe de vouloir^faire quelque chose grande , que non pour faute de cœur ny de conduicte; car en premier lieu il rangea bien ses trois trouppes, de sorte< que toutes trois combat);oient, et luy mesmes, ayant esté prins, tenant Fespée sanglante au ^oing, et terre, car son cheval estoit mort. Et s*il se fut voulu contenter déraison, il ne fut jamais enti^ en dispute avec le seigneur Francisco Bernardin ; car il y avoit faict ce que bon capitaine devoii fair^, tant de sa personne que de sa conduicte. Le Roy, après la délivrante dudict seigneur d'Aussun, les appôinUi, par ce que le seigneur Francisco (^} le fit appellep
(0 La routte : la déroute.
(») D^Oe^un imputa sa défaite à Francisco Bçoiardin de Yimercat. <i Us en vinrent aux grosses paroUs, dlt.lforqu^v^uJbL {F'ies des grandi ce capitaines]. Ils furent prêts à vider ce différend par les armes, si le n Roy, par une puissance absolue , ne leur eût commandé, à M. d'^Aos- « Sun de satis^ire Yimercat , et à Vimercat de reocYoir la satisfaction. » Le monarque déclara que toi^s d^u;x: éstoitmt gens de bien. Bialgré cela, Forqueyaulx prononce qu'il y eut en M., d'Aussun un peu trop de témérité, et en laprjudence de Vimercat un peu de manquement de cour rage.
DE BLJLlSB BIS MOUTLVC. [i543} 4^9
pour luy: reparer le tort qu'il luy avoit fàict, ayant dict au marquis de Guast et ailleurs qu il Tavoit abandonné au besoin. Ledict seigneur d'Aussuti le rendit satisfaict et contant; et Tun et Fautre avoient bien fait leur devoir; mais^ si ledict seigneur dfAùssun eut prins le conseil dudit seigneur Francisco, il n*eust pas este defiaict : il n'estoit pas raisonnable qu'il se perdist auasi^ ue pouvant reparer sa faute d*avoir tant temporis^ à bàre sa retraicte à la teste d'une armëe. Si je vouloîs mettre encores d'autres exemples de ceux qui veulent combattre à la teste d'un camp se retirant; [e le pourrois faire : tesmoin Mauchaut, ou monsieur lé marèscbal de Strosse perdit la bataille, non pas à faute dé cœur, car il y fut fort blessé, ny à faute' de caïaduicte, car il avoit aussi bien rangé ses gens pour sa retraicte droict à Lusignan (0 qu'homme eust sçeu faire ; le seigneur Mariou de Sainct Fleur, qui me perdit presque toute ma cavallerie auprès de Fiance (3),^en voulant faire demesmes à la teste d'un camp. Plusieurs sans considération tombent en ces fautes , comme j*ay cy -devant escrit, et en pouiTois escrii^e d'autres, qui sei^oient longues à racompter. Je vous prie, capitaines ines compagnons, ne mesprisez mon conseil; car, puis quertant de vaillanset sages capitaines se sont trouvez' mal de ces retrarctes, on n'en peut espérer rien de bon. Il faut vouloir ce qu'on peut et ce qu'on doit, et non pas à la teste d'une armée attaquer vostre ennemy et entreprendre vostre retraicte.
Le marquis de Guast passa le pont à l'heure mes* mes avec tout son camp, et se mit dans Carignan, oit
(0 Litsignan : liuc^aito en Toscane. — (») Piance: Pienza en
TOfCUM. ' •
46d [xS43] .COUXEKTAIEES.
il désigna un fort enfermaat le bourg (0; œ qu'il eut bien tost faict, pour ce que le& fossez qui enfermolast ledict bourg et la ville liiy ayderent beaucoup ^et y laissa deux mil Espagnols et deux mil AUemaàs^ et le seigneur Pi yre Colonne (^) pour chef. ( 4 la vérité il fit une bonne eslection , et ne trompa personne de la bonne opinion que Ton avoir de luy ; car c^estoit un homme qui avoit beaucoup d*enteodement et de val-r leur), laissant à CarmagnoUe César de Naples avecques quelques enseignes d'Italiens (du nombre. desqueb ne me souvient) et deux mille Allemans; à Reconi, qua^ tre enseignes d'Espagnols, c'est à scavoir, Lauys Quiçhadou, dom Jean de Guibare, Mandosse, et Agil^ 1ère (?) ; la cavallerie à Pingues et à Vinus et Vigon; et puis sert alla à Milan, après avoir renvoyé le demeurant de son camp à Quiers, et monsieur de Sa^ voye à Verseil.
Quelque temps après, monsieur de Termes mena une entreprise , qui ne fut jamais descouverte qu'à monsieur de Botieres et à moy, non pas mesmeà monsieur de Tais, qui estoit colonel. Il y avoit un mai> chand de Barges, grand amy et serviteur de monsieur de Termes^ et bon françois^ nommé Granuchin, qui, venant de Barges à Sayillan, fut prins des dievaux légers de la compagnie du comte Pedro d'Apport (4),
(i) Le bourg : le faubourg.
(>) Pîrrhus Colonne (en italien Pùro Colonna), et non pas Pierre. '- C'est ainsi qu'il est toujours nomme dans la Vie de César Maggi , ou César de Naples, par Litca ConUle: ce fat par forfuiterie qu'il prit le nom de Pirrhus, roi d'Epire. ■
(3) Dom Juan de Guevara , Mendoza et Aguilart.
(4) Le comte Pietro de Porto, d'une famille aoble tbe Vîoenoe, 'fils d'un fameux jurisconsulte. Dés ses premières années, il a'ftttaelMi à
SE BI.AI^E DE MOlfTLrC. [l543] J^6l
gouverneur de Fossan; lequel tantost on ménassoit de pendre y et tantost de le mettre à rançon : de sorte que le pauvre homme demeura huit joui*s en desespoir de sa vie ; à la fin il s^advise de faire dire an comte que^ s-'il luy plaisoit qu'il parlast à luy, • il lu^ diroit des choses qui seroyent à son profit et honneur. Lequel comte parla à luy, et ledit Grranuchin luy proposa qu'il ne tierïdroU qu'à luy qu'il ne fust seigneur de Barges y et qu'il estoit en sa puissance.de luy mettre lé cba^teau entre les mains , car la ville n' estoit fotte. Le comte y curieux d'entendre à oéste- entreprînse , conclud €|t arresta que Granuchin baîUeroit soh fils et sa femme en oslage ; et ledit Granuchm propo&a la fatcon, disant qu'il estoit grand amy'dn capitaine du cfaas^ teau, et que les vivi'es qu'on mettoit dedans passoy eut par ses mains; et qu'il avoit part à quelque traffic qu'ils faisoyent ensemble, sçavoir est, ledit capitaine du chasteau ; nommé La Mothe, et luy; aussi rBscossois qui garddit les cle& du chasteau estoit fort son amy^ auquel faisolt tousjours gaigner quelque cho^; lequel s assem*oit4e )è convertir, non toutes(bis ledit capitaine La Motfaè ; mais qu'il estoit malade d'une fiebvre quatte qui le teooit quinze ou vingt heures, ^t ne bougeoil du lit, ains y demeuroit presque toujours : et comnte it seroit hors dé prison, il s'en yroit pldndre à monsieur
GuidoLalde de La Rovére, duc d^rbinj après la mort du duc , il .entra au semce de l^mpereur, dans Tarmée qui étoit alors en Piémont. Le duc de Savoie voulut plus tard Fattirer prés de lui , et lui donnai mille hommes 'de pièd^à commander, anrec mille éctis d^appoin^ temens annuels. Quelque temps après , sa réputation le fit rechercher des Yénitiens, qui lui offrirent une compagnie de cinquante hommes d^armes arec un traitement honorable et avantageux j et ce fut vers ce temp«-là qu'il périt à Barge», à la fleur de son âge.
46^. [^^43] GOMM£irTAlR£&.
de Termes de deux hommes qui avoyent le bruit d*ês^. tre impériaux y qui Favoient. Tendu, et advertyJes eu» nemis de son allée;. et qu'après avMr laissé sa femmeet son fils pour ostage> il iroit demander raison à mon-*sieur de Bofieres par le moyen de monsieur de Ter-* mes, et puis il s en iroit à Barges, au chasteau , et qu'un dimanche matin il feroit soiiir de quinze à vingt sol^ da^ts que La Mothe y avoit , ne reservant sinon TEscossois y le sommeiller et le cuisinier , pour aller prendre ceux qui Tavoyent vendu, ainsi qu'ils seroyent à la* première messe le matin : et cependant , reste nuict'^Uk , le conUe feroit marcher quarante soldats, lesquels se* roient embusquez devant jour à un petit taillis qu'il y a loîug une arquebuzade de la faulse porte; ^ comme il seroit temps de venir,.il dresseroit un drappeau blanc au dessus de la &ulse porte.. Or il y avoit tin preStre de Barges qui.ëstoit banny, et se tenoit à Fossan, qui estoit amy de Granuchin, lequeL faisoit tout ce qu il pouvoit pour sa délivrance, qui fut appelle à leur de-" libération, pour*ce que ledit prestre avoit parlé sou« vent au comte en faveur dudit Granuchin.. Et «fut'con-' clud que le prestre se rendroit une nuict qu'ils arresterent, à moytié chemin de Fossan à Barges, en un petit bois ; et, pour le recognoi^lre,^ feroit un sifflet; et que,rs'il avoit converty FEscossoi^, il le noeneroit avec luy pour arrester ce qu'il falloit faire. Ainsi Granuchin escrivit une lettre à monsieur de Termes^ par laquelle il le prioit demander le. sauf->conduit à monsieur de Botiei^s, pour faire venir sa femme et son fils à Fossan entrer plages ( ^ ) pour luy; car il avoit tant faît^ avecque l'ayde de certains amys qu'il avoit moyenne,
(0 Pièges : Caution.
DE BLAISE DE ICONTLirC. [l543] 4^3-
que le comte le laissoit aller moyennant six cens es«eus ; et que, si luy-mesme n estoit dehors et en liberté^ ne trouveroit homne qui voulust achepter de son bien pour faire l'argent; et que, s'il avoit le sauf-conduit, luy pleust le bailler à un sien amy, quel nomma à Savillan, auquel il escrivoit, et prioit faire les diligences de faire venir sa femme et son fils audit Fossan^ Et cela fut arresté. Ledit Granuchin sortit, et vint aur dit Savillan trouver monsieur de Termes, auquel il compta toute Tentreprinse, et sa marchandise. Incontinent monsieur dé Termes, qui commençoit desja-^ à tomber malade d'une maladie (0 qui luy duroit diasques fois quatorze ou quinze jours, m'envoya quérir, et me communiqua le tout : et tous trois an^esta-^ mes qpie ledit Granuchin yroit parler avec monsieur de Botieres pour luy compter Tentreprinse. Monsieur de Termes luy bailla des lettres addressantès audit seigneur de Botieres, lequel, après l'avoir entendu, n'en fit pas grand cas , mais seulement rescrivit à mon* sieur de Termes que, s'il cognoissoit qu'on se deust fier audit Granuchin , qu'il en fist comme bon luy sem* bleroit. A laquelle responce monsieur de Termes eust opinion que monsieur de Botieres seroît bien aise qu'il receust quelque escome ; aussi ne s'aimoyent ils guerres 4 de sorte qu'il vouloit rompre l'entreprinse; mais, voyant ledit Granuchin désespéré si elle ne se faisoit , et moy encores plus de laisser eschapper une telle prise sur nos ennemis, je priay monsieur de Ter-, mes la nie laisser conduire ; lequel difficilement le n^e voulut accorder, craignant tousjours que, s'il eti adve-: nôit mal, monsieur de Botieres luy presteroit une cha-^
(0 JD«t atucpie» de gonnç»
464 [^"^4^1 COMHENTÀISES
rite envers le Bloy, comme c'est la coustame; c^ir, quand on porte quelque dent de laict à .quelqu'un , on est bien aise qu il face tousjours quelque pas de clerc ^ afin que le maistre aye oédiasîon de se courroucer et reculer celuy-là^ le blasmmt de n'avoir voulu croire les plus sages. En fin^ par importuuité il m'accorda ladicte entreprise.
Ledit Granuchin partit pour s'en aller à Burges, et descouvrit le tout au capitaine La" Molhe et à TEscossois j ausquels monsieur de Termes en escrivit aussi r et la nuict venue ^ partirent tous denk seuls (car ledit Granuchin sçavoit bien le chemin) et se reiïdirent ail bois j là où ils trouvèrent le prestrè , et arresterenf que ledict comte quitteroit la rançon audit Granuchin, et qu'il luy bailléroît autant: comme les soldats qui l'avoient prinsluy avoient osté; et, eh outre, luy bailleroit sa demeure an chasteau, près du capitaine qu'il y mettroit, avec certaine pension d'argent pour s'entretenir ; et £eroit»eâpottser à FEscossoisune fille bern tiere qu'il y avok à Barges;' luy donneroit aussi certain entretenement, de tant qu'il ne pourroit jamais plus retourner ny eu Escosse ny en France. Gela fat toutarresté et conclu, et que le prestre luy apôrteroit toutes ces promesses,, signées et sceliiée&des«eîug et ai> mes du comte, à une.casaiixeqtti estoîl lau freine dudict prestre, là oii il venoit quelques fois la nuict ; et que le dimanche après l'executicHLse feroit. Granuchin vint à Savilla^, api'es avoir reçeules obligations^ et nous monstroit tout. Or il n'y avoit {dus jusques au dimafnche que trois jours. Il s'en retouinna incontinent, et ârres* tames qu'il meneroit deux, guides, les meilleures qu*il pourroit trouver , non toutesfoi^ qu'il leur deseouvrit
DE BLA.ISE DE MONTLUC. [l543] 4^5
rien, maïs avec des lettres feintes , où il ne se parleroit que de quelque vin qu il m^avoit acheté. Les guides fuient le samedy à midy à Savillan : je prins le capitaine Favas, mon lieutenant, et dans ma chambre luy communiquay toute Tentreprise, et comme je voulob que ce fust luy qui Texecutast; à quoy ne contredit, estant homme de bonne volonté: et fut accordé qu'il attacheroit les guides par le corps, et qu'il n*entreroit en che* min aucun ny carrefour , mais à travers la campagne. Il eut grand affaire à convertir les guides, pource qu'il falloit passer trois ou quatre ruisseaux, et qu'il y avoit de la neige et de la glace par tout. Nous demeuràsmes plus de trois heures à disputer ce chemin ; à la fin tous deux les guides s'en accordèrent, à chacun desquels je donnây dix escus, et les fis très-bien soupper. Nous advisames qu'il ne falloit mener gueres de gens, pour ne faire grand bruit. Nous faisions lors un rampart près la porte de Fossan , ayant rompu un peu de la muraille^ et fait uti pont pour aller chercher la terre dehors. Par là je jettay le capitaine FaVas dehors , luy trente-* cinquiesme seulement; et comme nous (usmes dehors, attachastnes les guides , pour crainte qu'ils ne se perdissent ; et ainsi se mit en chemin. Or l'assignation des ennemis estoit en mesme heure , de sorte que Granuchin leur avoit baillé le diérain pour venir à ce ta&Uis à main droicte , et aux nostres pour venir passer auprès des murailles de la ville à main gauche : et comme ils furent à la faulse porte , Granuchin et l'Eseossois s'y trouvèrent, qui estoit l'heure à laquelle l'Escossôis avoit accoustumé faire sa sentinelle sur la faulsé porte, et ne furent jamais descouverts. Estans arrivez,
ils les mirent daas une cave du chasteau , où l'on leur ao. 3^
466 [ 1 543] COMMEJMT AIRES
avoit appresté du feu de charbon y du pain et du vm# Cependant le jour arriva , et^ comme la cloche sonnoit pour dire la messe bas à la ville , TEscossois et Gra^ nuchin commandèrent à tous les soldats qui estoient dans le chasteau , d* aller prendre à la messe ces deux, que Granuchin chargeoit l'avoir trahy ; et n*y demeura que La Mothe^ son valet de chambre ^ qui servoit de soldat y celuy qui faispitla depence^ le cui-^ sinier, TEscossois et Granuchin : TEscossois-leva-ie pont y et lors ils fiient sortir le capitaine Pavas, Je faisant mettre derrière des fassines qu'il y avoit au fons de la bassecourt, les genoux .à terre ; et après allèrent incontinent mettre le drappeau sur la faulse porte. Et bien tost après le prestre arriva, et environ quarante soldats avec luy : et comme ils furent dedans^ TEscossois fei^ma la faulse porte, et à Tinstant le capitaine Favas et sa trouppe leur coururent sus, lesquels firent quelque peu de defience, de sorte -qu'il en mourut sept ou huit : Granuchin sauva le préstre, et ne voulut endurer qu'il r,eceust aucun desplaisir. Or il y avoit un paysan qui venoit d'une, maisonnette au dessus du chasteau, lequel apperceut entrer par la faulse porte ces soldats espagnols portant la croix rouge, et courut bas à la. ville donner l'alarme, et dire que le chasteau estoit trahy. Lors les soldats qui avoyent esté tirez dehors pour aller prendre les deux hommes à la messe, youlurent s'en retourner au chas* teau; mais les nostr es Jeur tirèrent arquebusades, toutesfois bien haut pour ne les toucher, faignantestre ennemis, crians tous jours: Imperi, ïmperij et Sai^oye! qui fut cause que lesdits soldats s'enfuirent à Pignerol, etptrterent nouyellgs à monsieur de.Botières que Granudqp
DE BCÂISE DE MORTLUG, [l543] /^G'J
avoit trahy le chasteau, et que Tennemy estoit dédans. Monsieur de Botieres despescha, bien en colère^ un courrier à monsieur de Termes pour Fadvertir de ces nouvelles: et outre, trois ou quatre marçhans de Barges, qui tenoient le party du Roy, s'en vindrent fuyants à Savillan; de sorte que noustinsmes entièrement que la trahison double estoit tournée contre nous, comme il advient bien souvent. Je n*osois aller voir monsieur de Termes, qui estoit au lit, malade, quasi désespéré^ et disoit ces mots souvent : « Ha! monsieur de Montci lue, vous m'avez ruyné ; pleust à Dieu ne vous avoir fc jamais creu I » Et ainsi demeurasmes jusques au mér« credy. Cependant ils mirent les soldats qui estoient entrez dans la cave, prenant mes soldats les croix rouges , et mirent un drappeau blanc , aussi avec la croix rouge, sur une tour, ne criant autre chose dedans lecliasteau, que, Imperi, Imperi ! ^ , Or incontinent Granuchin fit signer une' lettre au prestre , par laquelle il mandoit au comte qu'il s'ert vint prendre possession de la ville et du châsteau ; que Granuchin luy avoit tenu ce qu'il luy avoit promis : et manda venir un païsant de son frère , auquel il fit bailler la lettre par le prestre mesmes , luy disant que, s'il faisoit aucun signe en luy baillant la lettre » ou autrement, qu^il le tueroit : et aussi fit dire par ledit prestre audit laboureur quelques autres paroles de bouche. Le paysan s'en va sur une jument courant à Fossan, là où il n'y a que douze mil ; et tout incontinent le comte se résolut d'y envoyer ceste nuit un sien <!orporal nommé Janin , avec vingt-cinq dès plus braves de toute sa comj>agnie; lequel se rendit au point du
jour à Barges. Et comme il àmya au cha§teau, Gra-
46& [iH^] COMMEICTAIRES
nuchin ^ le prestre et TEscossois le firent entrer par la mesme faulse porte ; et cependant le capitaine Favag s*alla mcfttre derrière les fassines^ comme auparavant^ combien que Granuchin (ist un peu le long à ouvrir la portÇy pource qu'il vouloit voir clair , et regarder si le prestre feroit signe aucun : aussi vouloit-il que ceux de la ville les vissent entrer. Et comme le jour fut clair^ ils ouvrirent la faulse porte y leur faisant enten-* dre que les soldats du prestre dormoient, pour le long travail qu'ils av oient soufieit la nuict auparavant : et comme ils furent dedans , TEscossais ferma soudain la porte, et promptement le capitaine Favas sort, courant à eux sans leur donner loisir, qu à bien peu ^ de mettre le feu aux arquebuzes; ce que les nostres firent, car ils les avoient toutes prestes. Quoy que ce fust,ils se mirent en defience avec leurs espées : de sorte qu'il y eut six sol* dats des miens blesser, et en mourut de ceste trouppe quinze ou seize, desquels le corporal Janin en fut un, qui fut un grand malheur pour nps entrepreneurs^ et un sien frère : le reste ils amenèrent à la cave^ les atta« chant de deux en deux ; car ils estoient des)a dans le ehasteau plus de prisonniers que. des nostres mesmes» Et, pource que ce combat dura plus que l'autre , les enneitis crioyent cootbattant, Imperi! et les nostres^ France! de sorte que la voix alloit jusques à la.viUe, et mesmement Içs arquebuzades qui furent tirées. Et pour n-estre encores descouverts , parce que leur dessein estoit d'y attirer le comte (car pour ceste occasion se jouoit la farce ), ils montèrent tous sur les murailles du ehasteau , et la crioyent Imperi et Savoye, portans tous la croix rouge, comme )'ay desja dit» Or le païsant qui ayoit porté la lettre au comte ne vint
BE B^ÀISÈ DE MONYLtrc. [l543] 4^^
pas avecques eax au chasteau, s'estant an esté à la eassine de son maistre, et fut incontinent envoyé quérir, et baillé un' autre lettre pour la porter audit comte à Fossan parles mains du prestre, par laquelle il Tad* vertissoit que le corporal Janin estoit tant las^ qu'il B'avoit peu escrire ; mais qu'il luy avoit donné charge de lujr mander le tout , et qu'il s'estoit mis à dormir: Le comte , après avoir veu ceste lettre , se résolut de partir, non pas le lendemain qui estoit le mardy, mais lé mercredy après. Quand Dieu nous veut punir, il nous oste Fentendement , comme il advint au fait de ce gentilhomme; Et en premier lieu le comte estoit réputé pour l'un des accors hommes, et autant sage et vaillant qu'il y en eust en tout le camp : et neantmoins il se laissa aveugler de deux lettres de ce prestre, et mesmenient par la dernière, de laquelle il ne devoit rien eroire qu'il ne vist lettre de son corporal ; et devoit rejgarder si l'excuse estoit suffisante de dire que sondit corporal s*estoit mis à dormir. Mais nous sommes aveuglez quand nous soubaittons quelque chose. Croyez, messieurs qui faites des entreprises, que vous devez songer tout, peser totit, jusques à la moindre petite particularité: car, si vous estes fin, vostre ennemy le peut estre autant que vous. A fin (dit-on) fin et demy. Ce qui le trompa encore le plus, fot que le mardy, ceux de la ville, qui pensoient estre devenuz impériaux, faisans encores quelque doute, pour les cris qu'ils avoyent ouys au combat, envoyèrent cinq ou six femmes au chasteau vendre des gasteaux , pommes et ebastaignes, pour voir si elles pourroient descouvnr qu'il y eust de la trahison ; car tous ceux qui estoient demeurez dans la ville avaient desja pris la croix
rouge. Et comme noz gens les virent venir contre-monti Us se doutèrent bien que c'estoit pour quelque ocea^sion ; ce qui leur fit résoudre de faire bonne mine , et allèrent abbati*e le petit pont^levis y. et les firent entrer dedans^ Lors mes soldats se mirent à promener en la basse-court avec leurs croix rouges^ sauf trois ou quatre qui parloient bon espagnol , lesquels parlèrent ausdites femmes , et leurs achetèrent ce qu'elles portoient y feignans estre espagn,ols. Et après , elles s*eji retournèrent à la ville y asseurant les habitans qu il n'y avoit point de finesse; et apportèrent une lettre aussi^ que La Mothe escrivoit à un sien amy à la ville , par laquelle lui prioit d'aller vers monsieur de Botieres^ pour luy dire qu il n'avoit jamais este consentant à la trahison de Granuchin, et la baillèrent à une de ces femmes y sçachant bien que celuy à qui il escrivoit ne s'y trouyeroit pas, et qu'il seroit des premiers qui s'en seroit fuis, à cause qu'il estpit bon François; mais ils vouloient que la lettre tonibast entre les mains de ceux ^ui tenoient le parti impérial ; comme il advint.
Ainsi que le comte arriva le mercrèdy matin y nos gens du chasteau le descouvrirent au long de la plaine r les gens de la ville luy allèrent au devant à la porte, où estant, il leur denuinda si la chose estoit certaine, que ledit chasteau estoit entre ses mains. Auquel ils respondirent qu'ils le tenoyent pour vray ; mais qu!à la première fois que ses gens y entrèrent, on y tîraforce arquebuzades dedans , et s'y fit un grand bruit; et le lundy matin, quand les autres y entrèrent, ils ouyrent de mesmes un grand bruit, lequel dura plus longuement que le premier, et qu'il leur sembloit entendreune fois, crier Frqnce! et uae autrefois Impery et
DE BLAISE BE MONTLTJC. [l543] 4? ^
Dûco! toûtesfois, que hyer ils avoient envoyé de leurs femmes audit chasteau avec des fhiicts y fouasses et chastaignes, lesquelles ils avoient laissées entrer, et virent que tous les soldats portoient la croix rouge. Sui^uoy le comte dit à soii lieutenant qu'il descen* dîst, et qu'il fist repaistre sa compagnie ; et dit à ceux de la 'ville qu'ils luy apprestassent promptement quel^ que chose à manger ^ car, dés qu'il auroit mis ordre au chasteau, îlviendroit dbner, et prendre leur serment de fidélité, et, ce fait, s'en retourneroît à Fossan« Or il y a une montée fort malaisée de ïa ville au chasteau , qui fut cause que le comte descendit à pied, accompagné d'un sien nepveu, d'un autre gentilhomme et son trompette. Et, comme il fut à l'entrée du pont, qui estoit baissé et la porte fermée (toûtesfois le guischet estoit ouvert, de sorte qu'un homme y pou* voit passer et un cheval, le tirant par la bride ) , Granu-t chin et le prestre'^ éstans à la fenestre, l'ayant salué ^ luy dn-ent qu'il eiltrast : ausquels il respondit tousjours qu'il n'en feroit rien , qu'il n'eust parlé au cor** poral Janin. Comme ils virent qu'il ne voulait entrer j Granuchin dit au prestre, pdur le faire ôster de là; qu'il allast dire au corporal Janin que monsieur éstoife à la porte , et luy-mesme s'osta de la fenestre , faignant d'aller en bas. Alors le capitaine Favas et les soldats coururent ouvrir la porte j qui n'estoit point fermée à clef, et tout à un coup sautèrent sur le pont. Lecomte; qui estoit un des plus disposts hommies de l'Italie, qui tenoit son cheval par la bride, estant un des bons chevaux dudit pays, lequel je baillay depuis 'à monsieur de Tais , bondît par dessus une petite muraille qu'estoit près du pont , en tirant le oheval après luy , sur
47 3t [1^43] COMMEITTAIILES
lequel il vouloit sauter ; car il n'y avoit cheval si grande pourveu qu'il peut prendre Tarson , qu'il ne se mist en selle arme de toutes pièces. Il fut poursuivy du bastard de Bazordan , nommé Janot, qu'est encore en vie, estant pour lors de ma compagnie : lequel , par mal'heury ne voulut ou ne put passer la petite muraille, pour luy sauter au collet, mais luy tira une arquebusade, laquelle luy donna au défaut de la cuirasse, et luy entra dans le ventre, perçant à travers les boyaux jusques presque de l'autre costé: dequoy il tomba par terre* Le capitaine Favas print son nep-* veu, un autre print le trompette, l'autre se sauva contre bas, criant que le comte estoit prins ou mort. Le lieutenant et toute sa compagnie tournent, remon* ter à cheval d'un si grand eilTroy, qu'ils ne cessèrent le galop jusques à Fossan* Que si Janih à la seconde entrée n'y eust esté tué, on eust non-seulement attrappé le comte , mais peu à pei; toute sa trouppe ; car on l'eust forcé de parler à eux^ luy tenani: la dague aux reins, s^il eust fait nul signe : et peut estre eussions nous eu moyen d'enfiUer quelque entreprinse sur Fossan ; car une en amené un*autre. Ce fait, sur la nuit on me despecha le capitaine Milhais de ma compagnie, pour me porter les nouvelles, el me faire le discours comm^ tout estoit passé, avec une lettre 4u comte, par laquelle il me prioit que, puis qu'il estoit ,mon prisonnier et de mes gens, pouvant plus gaigner à sa vie qu'à sa mort, je luy fisse ceste courtoisie de luy envoyer à toute diligence un médecin , un chirurgien et un apoticaire. Le capitaine Milhais me vint trouver, estant entré lors qu'on ouvroit la porte de la ville, et me ti^ouva que je m'habillois, lequel
DE BLAISE DS MOKTLUC. [l543] 47*3
me coDta le tout, ayant demeuré depuis le dimanche jusques au mercredy en grand peine et ennuy ; car, ores que je regrettasse la place , je regrettois encores plus mon lieutenant et mes soldats , la pluspart desquels estoyent gentils -hommes. Or incontinent je m'encourus au logis de monsieur de Termes , que je trouvay dedans le lict malade. J'oserois dire que luy ny moy n'eusmes jamais une plus grand joye : car' nous sçavions bien qu on nous eust accommodez de toutes façons. Et soudain je fis partir un médecin , un chirurgien et un apoticaire, ausquels baillay trois chevaux des miens , qui ne cessèrent d'aller fusques à ce qu ils furent là : mais il n'y eut ordre de le sauver^ car il mourut à la minuict, et fut porté à Savillan ; lequel tout le monde desiroit voir, comme faisoit aussi monâeur de Termes tout malade. Il fut regretté beaucoup. Le lendemain j'enyoiay le corps à Fossan, et retins le nepveu et le trompette et les autres qui estoyent prisonniers à Barges, jusques à ce qu'ils ^n'eussent renvoyé la femme et le fils dudit Grs^nuçhin : ce qu'ils firent le lendemain ; et moy de mesmes leur delivray tous lés 'prisonniers.
Je vous prie , capitaines qui lirez et verrez cecy , çousiderez^i c'est entreprinse d'un marchand: un vieux capitaine seroit bien empesché de la conduire avec tant de ruses et finesses que cestuy-cy fit ; et, encores que le capitaine J'avas en fust l'exécuteur, neantmoins ce marchand fut, non seulement l'origine de tout^ mais aussi l'exécuteur, ayant eu le cœur,*pour se vanger, de mettre en hazard et sa femme et son fils. En lisant cecy, mes compagnons, vous pouvez apprendre la diligence avecques si grandes froidures, les ruses
474 [l543] COMMENTAIRES
etiinesses qui furent jouées dans le chasteau parTespacede quatre jours , telles qu'homme ne les sceut descouvrir, ny des nostres ny des leurs, nous tenant tous en doute. Le comte s'y porta , pour un sage chevalier^ bien légèrement, lors de la seconde lettre ; mais il rè^ para sa faute, lors qu'il ne voulut entrer sans voir son homme. Tout cela ne lui servit de rien, comme vous avez veu. Lors que vous dresserez ces entreprmses, pesez tout,' n'allez jamais à l'estourdy, et, sans vous précipiter ny croire de léger , jugez s'il y a de l'appa^ rence. J'en ay veu plus de trompez qu'autrement : et| quelque asseurance et quelque proinesse qu'on vous donne , faites une contrebatterie ; et ne vous fiez pas tant à celuy qui conduit la marchandise, que vous n'ayez quelque corde en main pour sauver vostre fàict de l'autre costé. C'est mal fait de blasmer celuy qui conduit une entreprinse, si elle ne réussit; car il* faut tousjours tenter si elle ne porte : pourveu qu'il n'y ait de la faute ou sottise, c'est tout un. Il faut essayer et faillir ; car, se fiant aux hommes, on ne peut lire dans leur cœur : mais allez y sagement. J'ay tousjours eu céste opinion, et croy qu'un ban capitaine la doit avpir, qu'il vaut mieux aller attaquer une place pour la surprendre ,'lors que personne ne vous tient la main, que si quelque traistre la conduict ; car pour le moins estes vous asseuré qu'il n'y a point décentre trahison ; et vous retirerez, si vous faillez, avec moins de danger, car vostre ennemy ne vous peut dresser des embuscbes. Gesar de Naples, estant ce jour à GarmagnoUe, fut ady erty de la mort du comte , dequoy il fut bien fasobë : et,*pour .asseurer Fossan, y voulut envoyer trois coaapagnies italiennes, lesquelles 4*autires fois. y avoyent
DE BIAISE DE MONTLtJG. [iB^S] 4?^
este en garnison, c'est à sçavoir, Biaise de Somme neapolitain, et Baptiste millanois, et Roussane pied*montois; lesquels ne voulurent partir promptement^ ( craignant que nous les combatissions ) et quils n'eussent une bonne et forte escorte. Les AUemansqu'il avoit avecques luy n'y voulurent aller : qui fut cause qu'il manda à Reconis, aux quatre compagnies espaignôles qui estoyent en garnison , c est à sçavoir, dont Jean de Guavare, maistre de camp, Louys Quichadou, Âguilbert etMandosse: surquoyils furent deux jours sans oser se mettre en chemin/Cependant mon-r sieûr.'de Termes fut adverty par son espion que lesdites compagnies italiennes partoient le matin pour s'aller jetter dans Fossan , et que deux compaignies decavallerie leur tenoient escorte. Or n'avoit-il rien entendu que les . Espaignols y deussent aller. Ledit seigneur ne faisoit que commencer à relever de sa maladie, lequel me communiqua l'afiaire le matin mesmes : et, à la mesme heure que l'espion estoit ar^ rivé, conclusmes que nous prendrions quatre cens hommes de pied de toutes noz compaignies^ choisis el esleuz , sçavoir, deux cens arquebusiers, et deux cens picquiers portant corselets. Le capitaine Tilladet (qui n'avoit perdu de ses salades que deux ou trois) n'estoit encores revenu à Savillan ; qui estoit cause que la compagnie de monsieur de Termes n'estoit pas si forte t et d'autre part, monsieur de Bellegarde, qui estoit son lieutenant, estoit à sa maison, et en avoit quelques uns avecques luy. Et à ceste occasion le capitaine Mons ne peut amener que quatre vingts salades. Et nous raporta l'espion que les compagnies italiennes dévoient prendre Iç chemin mesmes que leur camp
476 [^H^l COMMENTAIRES
avoit tenu venant à Carignan, qu'estoit parla plaine où nous avions combattu les Italiens. Nous conclusmes que nous prendrions le chemin de Marennés , et que nous leur serions audevant. Et, ainsi quenous voulions sortir de la ville , arriva monsieur de Cental, qai venoit de Cental, ayant avec luy quinze salades du seigneur Maure (0 , et vingt arquebusiers à cheval : ce que nous destouraa un peu, pource qu'il pria monsieur de Termes luy donner un peu de temps pour faire repaistre ses chevaux: car ainsi falloit-il qu'il passast par ce mesme chemin que nous voulions , pour s'en aller à Cairas^ qu'estoit son gouvernement. Auquel nous dismes que nous n'irions que le petit pas , et que l'attendrions à Marennés ^ mais qu'il se hatast ; car^ si nou$ attendions que les ennemis fussent prests de passer^ ne le pourrions attendre. Monsieur dé Termes une fois avoit envie d'y* venir; mais nous capitales le priasmes de ne venir poinct^ pour ce qu'il ne faisoit que sortir de maladie , et qu^aussL la ville demeuroit seule ^ et^ s'il advenoit quelque inconvénient sur nous ^ seroit pour se perdre.
Estans arrivez audit Marennés, nous fismes alte, attendans monsieur de Cental , où. nous ordonnasmes nostre combat en telle sorte , sçavoir est, que les capitaines Grabarret et Baron meneroient les deux cens corselets, et moy les deux' cens arquebusiers. Et tout incontinent me mis devant avecques mesdicts arquebusiers, vénans les corselets après moy, et sortismes
(0 Dans deux relations de la bataille de Censoles (Pièces fugithres pour l'histoire de France, tome a) , ce seigneur Maure est nommé différemment; Fun rappelle Maure de iVof^ate^rautre, Maurt dêâfofuUi il «rt nommé More de Noyatro' dans du Bellay.
DS BLÂISE DE M017TLtJC. [l543] 477
hors dû village. Le capitaine Mons fit deux trouppes de ses gens de cheval : je ne sçay à qui il bailla la première, pour^ce que tous estoient compagnons; mais je pense bien que ce fut au Massez (0 , ou Mousserie, ou à Idron ^ ou au jeune Tilladet. Et comme nous eusmes un peu marché en avant ^ plustost que de nous monstrer à la vallée par où les ennemis devoyent passer, fismes alte : je prins un gentilhomme nommé La Garde avecques moy, estant à cheval , et me mis un peu devant pour descouvrir la vallée. Tout inconti-f nant je descouvre de Tautre costé, sur la plaine du Babe (qu'est un chasteau appartenant au chastelier de Savoye ) , les trois compagnies italiennes et la cavallerie, qui marchoyent droit à.Possan : surquoy je me cutday désespérer, en maudissant monsieur de Cental et rheure que jamais il estoit venu , cuidant qu il n'y eust d'autres gens que ceux que je voyois de l'autre costéy lesquels desja estoient fort avant; et, comme je m'en voulois retourner pour dire à la troupe qu'ils estoient passez, je regarday bas (car pardevant je ne regardois qu'à la plaine de l'autre costé), et desconvris les Espagnols, et les monstray à La Garde (qui ne les avoit apperceuz non plus que moy), portans presque tous chausses jaunes , et voyons contre le soleil reluire leurs armes, et cogneuz qu'il y avoit des corselets. Nous ne pensions renconti*er rien que ces trois compagnies italiennes; et, sans l'attente de mon* sieur de Cental, eussions rencontré les Espagnols et Italiens ensemble, lesquels, à nostre advis, nous eussent deifaits^ veu la deifence que firent les Rspa-
(0 Airaery de Béon, seigneur éa Massez, chevalier de Tordre da Roi^ capitaine de cincpianU hommes d'annes y il mourui en i $70 ou 1 57 1 .
478 [l^4^] COMMENTAIRES
^ols seuls. J'advertis incontinent les capitaines da tout, et qu^il ne falloit point qu^ils se monstrassent encore ; car les Espagnols ne bougeoyent, et faisoient alte. Je commençois aussi à perdre la veue des Ita-* liens qui marchoyent drôiet à Fossan : c'estoit une grapd faute à eux de s'esloignertant les uns des autines. La Garde retourne à moy, et me dist que monsieur de' Cental commehçoit à arriver, venant avec ledit La Garde un soldat à cheval, lequel je fis demeurer sur le haut , tenant tousjours sa veuë vers les Italiens; " et descendis bas avec La Garde pour nombrer ces gens, lesquels me tirèrent quelques arquebuzadës : mais, nonobstant ce, je m^approchayde si près que je les pèus nombrer, et les comptay de quatre à cinq cens hommes au plus ; et incontinent retoumay' sur haut, et vis que leur cavallerie retoumoit à eui, ayant laissé les Italiens qui desja estoient fort avant et hors nostre veuë. Je despeschay ce soldat devers mes compagnons, pour qu'ils commençassent prom'ptement à marcher; car les Espagnols commençoient à sonner le tabourin pour s'en retourner. Leurs compagnies de gens de cheval estoient celles du comte de Sainct-Martin d'Est (O , parent du duc de Ferrare, lequel n'y estoit point , mais bien son lieutenant , -et BozaUes, espagnol: celles des Espagnols à pied estoient dom Joan de Guy baiTe , Aguillere et Mandosse, et la moytié de celle de Louys Gùichadou, lequel s'estoit mis avec l'autre moitié dans le chasteau de Recoixis: Or monsieur de Cental et le capitaine Mens
(0 Philippe d^Est, seigneur de Saint-Martin , général de la cavalerie 4e Savoie, lieiiteiiant-gcnétald«8 Etats du duc, et chevalier d« TAnnoDciiide, mort en aSQa-
DE BLÀISE DE MONTLUC. [l543] 4^9
vindrent à moy seuls , et virent comme moy que lesdits Espagnols se mettoient en file, laquelle nous pigions de onze ou bien de treze par file. Cependant la cavallerie leur arriva.
Or nous avoient-ils desja descouverts, encore qu'ils n'en eussent veu que cinq que nous estions , et j'avois esté recogneuy quand je descendis bas, par le sergent de Mandosse, qui avoit esté pris à la deffaicte des Ita* liens, et rendu trois jours après. Ils mirent toute leur cavallerie devant, et vingt ou vingt-cinq arquebusiers seu* lement à la teste d'icelle , une grand trouppe à la teâte de leurs picquiers, et le demeurant à la queue; et ainsi commencèrent à marcher tabourin battant. Je prins mes deux cens arquebusiers , et les mis en trois trouppes : l'une menoit le capitaine Lienard , et l'autre La Fallu, lieutenant de monsieur de Garces (0^ qui avoit ses deux compagnies à Savillan; et moy je pris l'autre, et me mis à leur queue; les corcelets venoient après: et de prime arrivée me fut tué La Garde. Ils cheminoient tousjours au grand pas, sanç jamais faire semblant de se rompre, tirant en gi^and fîirie sur nous, et nous sur eux : tellement que je fus contrainct de faire joindre ledict capitaine Lienard à moy, pource que de leur teste estoit party une troup|>ô d'arquebusiers ppur renforcer le dernier : et fis venir pareillement La Palu; et ainsi marchèrent tousjours , jusques à ce qu'ils furent à la veuë du chasteau de Sainct Fré, qui fut trois mil ou plus, tousjours combattant à arquebusades. Je les avois une fois presque mis en routte , passant un fossé près d'une maison oà.
V (0 Jean de Ponterez, comte de Carces, séuéchal el gouyemeurde Proyeace.
48o [1^43] COMMENTAIRES
il y avoit une basse-court ; et les tins de si près, que nous mismes la main aux espées ; et s'en jetta vingt ou vingt-cinq dedans la basse-court; et^ estans poursuy vis d'une partie de nos soldats , furent taillez en pièces ; et cependant ils achevèrent de passer le fossé. Nostre cavallerie les cuida charger^ ce qu'elle ne fit ; car ce qui les en garda ^ c'estoit les arquebusades , lesquelles leur avoient tué beaucoup de chevaux. Et quant aux capitaines ^ Gabarret et Baron firent une erreur y parce que, comme ils nous virent à ce fossé pesle mesle, ils mirent pied à terre, prenans leui^s picques : mais ils n'y peurent arriver. Que si les corselets (0 eussent peu cheminer comme nos arquebusiers y je les eusse deflaits là ; mais il n'estoit possible, pour la pesanteur de leurs armes. Et ainsi s'acheminèrent gaignant pays; et, comme ils furent près d'un petit pont de brique, je laissay nos arquebusiers combattans tousjours , et courus à nostre cavallerie, qui estoit en trois trouppes. Monsieur de Cental, menant la tienne, qui se tenoit tousjours à la largue des arquebusades, marchoit un peu devant ou un peu à costé; auquel dis ces paroles : « Ha, monsieur de Cental, ne « voulez-vous point charger? Ne voyez-vous pas que « les ennemis se sauvent 7 ils sont de là le pont, et « incontinent gaigneront le bois de Sainct Fré ; et « s'ils se sauvent , nous ne sommes dignes de porter « jamais armes, et, quant à moy, je les quitte dés et maintenant. » Lequel me dist, enragé de colère, qu'il ne tenoit point à luy , mais que j'allasse parler au capitaine Mbns : ce que je fis ; et luy commençay à dire ces mots : « Ha*, mon compagnon, faut-il que
(0 Les soldats qui portoient des cuirasses..
DE BIAISE DE UOITTLDC. [l543] 4;8i
«BOtis recevions ce jourtfhujr une si grand honte (c perdant si belle occasion y pource que vous autres fc gens à cheval ne voulez charger? » lequel me respondit : «Que voulez -vous que nous fassions? vos •t corselets ne peuvent arriver au- combat; voulez-vous' (c que nous les combattions tous seuls? » Surquoy je luy respbmUs en jurant de colère, que je n'avoîs que faire dès corselets , souhaittant de bon cœur qu'ils lussent à Savillan , puisqu'ils ne pouvoient se joindre au combat:, il me dit : ce Allez parler à la première « trouppe, et cependant je m'advanceray. » J'y courus, etcommencay à remonstrer aux gentils-hommes de monsieur de Termes qu'il n'y avoit que neuf ou dix jours que nous avions combattu les Italiens ; et à cest heure que nous devions combattre les Espagnols pour acquérir plus grand honneur^ faut^il .qu'ils nous eschappent? Lesquels me respondirent tous d'une voix : «c II ne tient point à nous, il ne tient point à nous. » Or je leur dis s'ils me vouloient promettre de chargea dés qu'ils verroient que j'aurois fait mettre les espéés aux mains aux arquebusiers pour leur courir sus : ce qu'ils m'accordèrent à peine de leurs ,vies. Alors j'avois un mien nepveu , nommé Serillac (< ) , qui depuis fut lieutenant de monsieur de CypierreC^) à Parme,
<■) Filg de Jean' de SeriBac, dont on a parlé page 36o; il ëtoit'neyeu de Montluc à la mode de Bretagne. Ce Serillac avoit un frère dont il est fait hiention dans une lettre écrite en i553, par Henri II au mar^ dvd de Brissac. « Serillac, frère de Penseigne de Cipiére, tua sur le a soir, prés la porte du logis du Roy, un des capitaines appointés de «t M. l'amiral, nommé Pierre Moreau, le plus méchamment et malheu^ « reusement (pi'il est possible^ de quoi Sa Majesté désire punition u ekem'plaire être faite; pour quelle cause il s'est retiré en Piémpnt. » (*) Philbert de Marcill/, comte de Cipiérey gentilhomme da Màoon- 30. 3l
^8^ ' [l543] COMMENTAIRES
et piins prisonnier avec luy^ çt depuis tué à Monter ^ulsianne CO. Et, à la vérité, entrç ces trente salades , il y avoit des meilleurjs hommes que monâefur de Termes eust en tofitç sa compagnie. Je dis audit Se^ irillac : « Serillaç, tu ^ mon nepveu; mais, si tune K donne le premier, je te désavoue, et dis que tu n'es f( {>oint iiaon parent* » Alors il mç dist ptromptement ç^ mots : « Si jp donneray, mon oncle ; vous le vern ff rez tout à cesl heure: » et de fjaiict baissa la veue pour doiiner, ep^^inhle tous siss compagnons. Je leur criay qu'ils attendirent que je fusse à mes gens: alors je courus atix arquebusiers, et à mon arrivée leur dis qu'il n'estait plus question de tirer arquebusades, car. U fiUloit venir aux mains. Capitaines mes compagnons, quand vow vous trouverez à telles nopces, presses fos gens, parlez à l'un et à l'autre , remuez^vous, croyez que vous les rendrez vaillanstout outre, quand ik ne le seroiènt qu'à demy. Tout à un coup ils mi- Mnt la main aux espées ; et comme le capitaine Mons^ qui estoit un peu en avant , et monsieur de Cental f qui estoit à costé , virent baisser la visière it Ist pre^ miere trouppe, et me virent courir aux arquebusiers, et en miesme instant les espées aux mains des soldats, îls cogneurent bien que j'avois trouvé gens de bonne volonté, et commencèrent à s'approchen De ma paii je mis pied à terre , prenant une hallebarde à la main (ç'estoit mon arme ordinaire au combat)^ et cou-
liaîflV^pîi^® àt cinquante hommes «fanne», gouyemewr da roi Chftries IX, et premier gentilhonme de 9a bbambrej^ mort 1^8 septembre i565. Cëtoit , dit de Thon, un homme de bien et un grand capitaine, qui n^aiHHt rien pins d cmur que la ghire de 4Qn maàre et le WanquiUité de VEtat " |<>Montepiilciaiioe]) Toscane.
I>E B|Ua«fi.DS UONTLtrc. [i543] ^^3
çusmes toi;É9 à corps pendu nous jetter sur les en? fiemis*. Serillac tint sa .promesse : car il donua devant, comme tous coafessereiit \ son cheval fat tué à la teste des arquebusiei^ et des geas. à cheval, de sept arquebu*;- «ades. Tilladiçt, La Vit, Idron, Monselier (0^ les Maurenç et les Masses i^), tous gentils-hommes gasr cous qu'estoient en ceste trouppe , compagnons dudit SeciU^c, chargèrent de cul et de te^te dans le3 gens À^icbeval , lesquels ils renvi^rserent tous sur la teste des gens de pied. Mon^eui* de Cental donna aussi par 1^ flanc à travers des gens à cheval et des gens jde pied; le captaine Mons donn^^ pareillement .par T^utr^ costé : de sorte qu'ils furent renversez tous, tant ceai: de pied que de cheval. Lors nous commençasmes à mener les n^ains, y demeurans morts' sur la place pins de quatre vingts ou cent hommes. Rozalles^ capitaine d'une des deux compagnies de chevaux légers^ se sauva, luy .cinquiesme, comme, fit dom Joan de Guiharre (3)^ mai&tre de camp, sur un turc (4), avec son page, seulement , qui se trouva à cheval , pourçe. qu'il avoit eu une arqaebusadé à travers d'une main, dontîi est demeuré estropiât: et cuidô qu'il est encore vivant. Yoyla la vérité de ce combat comme il fut fait: y ayant pour le jourd'huy beaucoup de gentils-liommeg en vie qui s'y trouvèrent, je n'en demande autre tesr moignage que le leur , pour sçavoir si )'ay failly d'ui^i seul mot d'en escriçe la vérité. Monsieur dç Cental mena prisonnier le lieutenant du çomte^ Sainct Martin , pource qu'un de ses gens l'avoit prins,^ et quelr
(*) Il est probat^le que Monselier est Monsolés. — (>) Les Masses: lés dut Massez "(Béoii) dont il' a été iait-inention page 477- *-^ (^^^Crue^ tar«. «-' (4) Sw un ture : sur an Gheyal turc.
^84 tl^4^1 COMMENTAIRE»
tjues autres à pied et à cheval , qui estoient prisokiliiers de ses gens \ et avec nous les capitaines Âguillere et Mandosse, le lieutenai^ de Rozalles, celuy qui portoit ^a cornette^ et celuy qui portoit celle du comte Sainct Martin y non quils eussent les drapeaux, et tout le demeurant des gens de pied et de cheval , à Savillan. En dir jours toutes ces trois factions se firent ^ à sça* voir la deffaictè des Italiens , là mort du comte Pedro d'Apport à Barges y et cestte-cy des Espagnols. Je veux doQcdire, pource qu il me touche^que, si jamais Dieu a accompagné la fortune d'un homme, il a accompagné la mienne : car il ne s'en fallut d'un quart d'heure que ne rencontrissions les Espagnols et les Ita* liens tous ensemble; etcroy fermement que, si Dieu n'y eust mis la main, nous fussions esté defl&its : mais il nous envoya Cental, qui nous amusa bien à propos f our nous. Que si cela fut advenu, on n'ouyt jamais parler tl'un plus furieux combat que celùy-là fut esté : car, s'ils estoient braves et vaillans , nous ne leur de* vions rien. C'estoit une belle petite trouppe. que la Bostre. Et pour ne laisser rien en arrière , je ne vou- . -drois pas qu'on pensast que les corselets n^arrivass^t au combat pour faute de cœur, n'y ayant autre chose qui les empeschast de s'advancer, que la pesanteur de leurs armes : car nous n'avions à peine achevé, qu'ils ^arrivèrent au lieu du cbmbat, maudissans leui*s armes, : ^ui les avoient empeschez d'avoirpart au gasteau. ' ' Or,' ces trois compagnies: et demie d'Espagnols deffaictes, et les .trois qui allèrent à Fossan, ce qui se&toit retiré avec monsieur de Savoye et le marquis de Guast, les deux mil AUemans et les deux mil Espagnols qui estoient dans Çarignan, furent cause que le
DE KLÀISE DE MONTLUG.^^ []i543] 4^1
camp de Fetinemy s'afibiblit fort : de sorte qu au bout de quelque temps monsieur de Botieres se résolut ^ ayant monsieur âe Tais et de Saiuct-Julien auprès de luy, d*assembler toutes les forces qu*estoient dans les garnisons^ pour dresser un campyollant ; et me manda que l'allasse trouver à Pignerol avec ma compagnie les deux de monsieur de Garces et celles du comte de
Landrian ^ italien. Mandûit aussi à monsieur de Termes
qu'il ne retint que deuic compagnies avec luy^ sçavoir^ celle du 6abarret-et du baron de Nicolas : la garnison estoit fort bonne y et furent bien aysesrlesdicts gentils^ hommes que monsieur de Termes les priast de de-« meurer avec luy • Je veux escrire icy un mot , pour tenir en cervelle les capitaines , et pour leur monstrer quMls doyvent penser en tous les inconveniens qui leur peuvent advenir , et de mesmes aux remèdes. Monsieur de Termes vouloit exécuter un^ entreprise à Costilholle, au marquisat de Salusses, sur trois en«seîgnes d'ennemis qui s'estoient mis en trois palais,^ l'un auprès de Tautre, ayant bastionné les rues ^ telle-^ ment qu'ils pouv oient aller de l'un à l'autre; et pen-; soit ledit seigneur faire d'une pierre deux coups : c'es*, toit qu'il m'accompagneroit jusques à Costilholle^ et en emporteroit,. avec deux pièces qu'il amenoit^ les palais; et que de là je m'en irois à.Pignerol, et il s'en, retoumeroit à Savillan , menant les deux compagnies du baron de, Nicolas avec luy, pour luy sei:;vir d'es-r corte à ramener l'artillerie. Toute la compagnie des ennemis estoit logée à PingueS| Vinus etVigon, et en deux ou trois autres places circonvoisines. Je n'estois point d'opinion d'exécuter ceste entreprise, pour-i ce que les epnçmis estoient si près dudict CostilhoUe |^
486 [l543] COMMEKTAIRES-
que en Sept ou huict heures ils pouvoîent venir k -BOUS y e% en autant de temps estre advertis : monsieur de Termes , qui estoit désireux d'exécuter cestè entreprise^ ne voulut prendre en payement aucune raison que je Ifuy en d-cmnasse ; et mesmement , qu'il n*y a voit pas quatre mois que messieurs d'Aussun et de Sainct Julien y avoieni deffaict deux compagnies , et prins l^urs capitaines^ où j'estois avec eux^ de tant qu^ils^ xa'avoient demandé à monsieur de Botieres^ et ma compagnie quant et moy ; et luy disois que c'estôiçnf les mesmes capitaines qui estoient sortis de prison âpres avoir payé leur rançon, lesquels avoîent cogneu la faute par laquelle ils s'estoient perdus , et y avoient bien remédié : car, depuis quun homme a fait une perte en un lieu, il ^ bien la teste grosse, s'il se trouve en mesme hazard , s'il n'y pourvoit et ne se fait sage à ses (îespens. Aussi ay-je ouy dire à de grands capitaines qu'il est besoin d'estre quelquefois battu , et d'avoir souffert queique routte; car on se fait sage par sa perte : mais je me suis bien, trouvé de ne l'avoir pas e§té, et ayme mieux m'estre faict advisé aux despens d'autruy qu'aux miens.
Toutes mes remonstrances ne servu'ent de rien ; et èommençasmes à marcher sur Tentrée de* la nuit ; de sorte qu'une heure dèvatit jour nous y arrivasmes. Monsieur de Termes mit son artillerie à cent pas d'un des palais : le baron de Nicolas s'oifrist incontinent à 1^ garder, et faBut que le capitaine La Palu, le comte de Landrîan et moy fissions le combat. Je gaignay Fun des palais, non celuy que l'artillerie battoit, mais rompant les maisons d'une à autre, jusques à ce que je fis un trou audit palais , par lequel on me
DE BtAtSE BE itoOlîTLDC. [l543] 4^^
garclà bien d'entrer (il me soutenoit de ce trou où } a^ Tois esté si bien estrillé, au voyage de Nâpies) : qui fut cause ^e [e mis le feu à une petite liaison feignant iceluy palais : alors ils èe retirèrent dans Yiiti déà antres , ayant duré le combat fusques à trois beured après midy^ sans que personne s'en méslat qiié nos quatre compagnies. J'y perdis quinze btt seii^e soldats} monsieur de Cârces , aùtàiït ou plus ; et le côrîite de Iiandriàn n^en demeura pas exempt : et né^ntmoins nous les avions réduits à quitter l'autre que l'artillerie battoit, et se remettre au troisiesme. Et, pour ce qu'il falloit démurer deux portes , on ne fut point d'opinion de tenter plus avant la fortune ; mais que monsieur de Termes s'en devoit retourner en diligence i SaviDan, et môy tirer mon chemin avec lés quatre Compagnies droict à Pignerol, à lùon grand regret , car je voulois parachever ou me perdre , et tout le demeurant de ma- compagnie. On' à tousjours retnarqtté Ce vice en moy, que fay esté trop opiniastre' à un Combat : mais, quoy qu'on die, je m'en suis plustost bien que mal trouvé. Qui fut cause que monsieur de Termes condescendit à ne faire rien (davantage f craignant d'y perdre quelque capitaine , dotit il éft eust peu avoir reproche, pource que le lieutenant du Roy n'avoit rien entendu de ceste entrej)iisé: et m'acheminay droit à Barges. Ainsi que je fus aiTÎvé ait bourg , la nuict me sur pririt ; il faïloit encbres qne je* passasse trois grand mil de plaine avant que je pteiisse arriver à Cabours, où je voùfois repiàistrè et y séjourner trois ou quatre heures. Et estans à Fenti'ée de la plaine, je manday au capitaine Lienard, qui estoit àvec moy, aller parler avec monsieur de Botieres,
488 [1^4^] COMIlEKTiJKE»
pour son capitaine^ quel chemin y avoit jasqnes li Gabours (car je n'avois jamais esté en :ce pays là ) ;, lequel me dit que c'estoit une plaine. Alors, je fis alte ^ et commençay à discourir avec le capitaine Lienard ^omme nous esliops parjtis de Savillan le soir.aupar l'avant y et quen sept ou huict heures Gesar de Nar pies pouvoit estre adverty de nostre partement, et^ que deux jours devant Ton sçavoit par tout SavUlan que j'allois à Pignerol > dequoy aysement ledit. César pouvoit estre adverty : et qu'il n'y avoît jusques à Vigon que six ou sept mil y où estoit 4a plus grand par* lie de la cavallerie, ne pouvant passer ceste plaine sans courir un grand péril, et mesmementla nuit, qui n'a point de honte« Ledit capitaine Lyenard m'accordoit que tout cela pouvoit estre : toutesibis, je n'avois antre chemin que celuy-là, sinon que je voulusse allonger de trois ou quatre mil, et passer le pas auprès de la source où il pensoit y avoir de Feauè* -^ mes guides entendoyent nostre discours, qui me dirent qu'il y avoit eauë jusques à demy cuisse. Je ne trouvay homme qui ne fust contraire à mon opinion, et moy, contre l'opinioil de tous , je toumay à main gauche, et pris le chemin droit à la montagne; et, par bonne fortune^ je n'y trouvay eauë que jusques au ge* noiiil , tellement que gaignasmes le long de la montagne, tirant droit. à-Barges, là où nous ne pensâmes arriver que ne fust la pointe du jour : ce que nous fismes sans dormir le jour que nous partismes. Le soir nous ne dormismes point ; la nuict nous nous mismes à cheminer, puis tout le long du jour à combattre le , palais y et l'autre nuict après à cheminer jusques à Barges ; qui sont quarante huict heures» J'ay fait pa-
DE BLÀISE DE KOIlTtUC. {l543] 4^9
veille traicte sans dormir cinq ou six fois en ma vie ^ et plusieurs fois en ay demeuré trente-six. Il faut , mes compagnons, de bonne heure s^accoustumer à la pejne, et à patir sans dormir et sans manger, afin que, vous trouvant au besoin, vous portiez cela patiemment* . Or mon opinion n'estoit pa$ vaine, car César de Napies (0 , ayant esté adverty de nostre entreprise, partit de CarmagnoUe avecques cinq cens arquebusiers à dieval, et printcinq cens chevaux à Yxnus et à Vigon, et vint faire deux embuscades au milieu de la plaine^ un ject d'arbaleste à costé de mon chemin , où il demeura toute la nuict. Et , comme )e fus arrivé à Barges un peu après le soleil levant, ye m'estois mis à dormir : surquoy j'ouys Fartillerie de Cabours qui leur tiroit en se retirant ; car il falloit qu'ils passassent par le fauxbourg dudict Cabours. Je ne fus pas bien adverty de ceste embuscade, jusques à ce que, trois jours après mon arrivée à Pignerol, monsieur de Botieres se mit en campagne y et alasmes droict à Vigon
.(>) Cëàar MÎE^gî, appelé César del^aples, étoit né dans cette ville, d^une famille noble , mais si pauvre , que.sa qiére s'étant remariée ea secondes noces, il quitta la maison paternelle à Vh^e de dix-^ept ans pour eSlet chercW fortune. £tant arrivé à Borne, la pauvreté le con-^ traignit d^entrer au service d'un gentilhomine de cette ville : il y iUbta peu de temps^ et, se sentant du penchant pour la guerre, il s'enrôla à dix-huit ans au service des Vénitiens , en qualité de soldat; il passa à celui du duc d'Urbîn, puis à celui du Pape, et enfin au service de l^Ëmpereur Clwrles V et de Philippe II son fils; il y acquit beaucoup de réputation, et parvint par degrés aux grades supérieurs. Yers i555y il fut fait mestre de camp, général et gouverneur de Favie, et peu de temps après, général de Fartillerie en Lombardiç et en Piémont : il obtînt aussi de l'Empereur le titre de comte. César de lïaples étoil TÎgilant, subtil et entreprenant , mais peu hfiureuz dans su f ntreprises»
490 [i543] commeutàiAb»
pour fôréer la eavalkrie qu'eslpit dedans^ car de gens à pied ils n'en avoi^nt point avecques eux; et gaignasmes les maisons qui âont auprès de la porte : ee que n'ayant peu faire^ Rostre camp se retira à m mil de là ^ et la nuict la cavallêrie abandonna la Tille g^crettement ; et au poînct dm jour^ que nous y pensions aller donner Tassaut (ayant faict venir monsieur de Botia^es deux canons de Pignerol) , n y trouvasmesr personne y ains la place vuide; et de mesmes en firent ceux de^Vinus, de Pingues; et tous les autres se retirèrent à Carmagnolle.
J'ay voulu discourir cecy, et Tescrire, pour esveîUer les esprits aux capitaines à bien considérer que, lors qu'ils se trouvent en iin tel afikire, ils; compassent le temps que Fennemy peut estre adverty, le temps aussi qu'il faut qu il aye pour sa retraite. Et si vous trouvez que l'ennemy aye temps pour vous trouver sur les champs^ et que vous ne soyez assez forts pour le combattre y pour la paine de trois ou quatre lieuè's d'avantage, ne laissez à destourner vostre chemin : car il vaut mieux estre las que prins oxl olost. Il faut, mes capitaines y que vous ayez, non seulement l'œil, mais a^ssi l'esprit au guet ; c'est sur vostre vigilance que vostre trouppe repose :* songez ce qui vous peut advenir, mesurant tousjours le temps, et prenant les choses au pis, sans mespHser vostre ennemy. Si vous saves, avec paroles allègres ^t jouyeuses,, flatter le soldat et l'eçveiller, luy représentant par fois le danger où le peu de séjour vous mettra, vous en ferez ce que voiftS voudrez ; et sans luy donner loysir dç dormir, vous le niétl^ez' et vous aussi en lieu de seuretë, sans engagervostre honneur, comme plusieurs, que j*ay veu
DE BLAtSE DE MOITTLUG. [l543] 49^
attrapper couchez , comme on dict, à la Françoise , ont faict. Nostre nation , ne peut patir longuement , conune faict Tespàgnolle et allemande : la faute n^en est pas à la nation ny à nostre naturel , mais cela est la faute du chef. Je suis françois impatient , dict-on, et encores gascon ^ qui le surpasse d'impatience et colère, comme je pense qu'il faict les autres en hardiesse : mais si ay- je toujours esté patient, et ay porté la peine autant qu*aiitre sçauroit faire ; et j'en ay veu plusieurs de mon temps, et autres que j*ay nourris , lesquels s'endurcissoient à la peine et au labeur; Croyez, vous qui commandez aux armes, que, si vous estes tels, vous en rendrez aussi vos soldats à la longue : tant y a que, si je n*en eusse ainsi usé, j^stbts mort ou pris. Mais revenons à nostre propos.
Le lendemain nous alasmes passer la rivière du Pau, sur laquelle fismes un pont de charettes pour passer l'infanterie, car la cavallerie n'y avoit eauë que jusques au ventre ; et là' passâmes toute la nuict. Et au point du jour je fuz avfecques une trouppe d'arquebuziers tout auprès de la ville, lors que tout estoit presque passé. Je in'amusay à attaquer l'escarmouche, ayant quelques gens à cheval qui vindrent avec moy. César de Naples incontinent mit ses gens en ordre pour abandonner CarmagnoUe, et commença à prendre son chemin , se retirant pour passer une rivière qu^il y a , et gaigner Quiers ; et, sans qu'il fallust que nostre cavalerie fist un grand cerne (0 pour passer les fossez, nous les eussions combattus, et peut estre defiàits; et, pour ne mentir point , sans cela aussi, ri Fon eust gueres voulu. Je sçay bien qu'il ne tint
(0 Un grand cerne : un grand circuit.
49^ [1^3} COMMESTÀIBES
point II nos compagnies n'y à monsieur de Tais r monsieur le président Birague CO , s'il veut dire la vérité; sçait bien à qui il tint ; car il estoit dlors au camp près monsieur de Botieres , et vit bien ce qu'on faisoit et ce qu'on disoit; et sçait bien que |e les suyvis avec deux cens arquebuziers^ tous^ours tirant sur leur re«. traicte plus d'un mil et demy ^ crevant de despit de veoir combien laschement on marchoit : qui monstroit bien qu'on n'en vouloit pas manger^
C'est une mauvaise chose quand le cbef craint de perdre : qui va avec craincte ne fera rien qui vaille. S'il n'y eust eu de plus grands que moy en ceste trouppe^ sans tant marchander, j,' eusse fait comme d'un combat des Espagnols que j!avois deffaits il n'y avoit que quinze }ours. Il y eut beaucoup d'excuses de tous cestez^ pourquoy nous ne les avions combattus, et non seulement là, mais par tout le Piedmont, oh on par* loit de nous (Dieu le sçait) fort honorablement. Apres qu'on eust entendu la couïonnade, autrement ne se peut elle appeller,. monsieur de Botieres n'estoit gueres content en soy-mesme. Mais |e lairray ce propos pour en prendre un autre; aussi n'avoit-il pas grand créance, et estoit mal obey et peu respecté. S'il y avoit de la faute de son costé, je m'en remets à
(ORené de Birague » d^une noble et ancienne maison de Milan, ajant été envoyé vers François I pour des affaires importantes, ce prince le retint à son service, le pourvut d'une charge de conseiller ou parlement, Tadrnit dans son conseil pvivé, et le fit par la suite premiei président du sénat de Turin. Il fut naturalisé français sous Charles IX > en i565, ainsi qu^une fille unique qu^il avoit, et qui épousa depuis le maréchal de Bourdillon. Il devint chancelier à la mort du chancelier de L'Hôpiul; cardinal, et commandeur de Tordre du Saint-Esprit en i57& Mort à Paris en i5S3, à Tâge de soixante-diz-sept ans.
DE BLàlSE DE M0X1*LUC. [l54.3] ^gi
fie qui en est ; il y en a assez en vie «qui en peuvent parler mieux que moy : si estoit-il sage et bon chevallier ; mais Dieu n^a fait personne parfait de tous points. Trois ou quatre jours après, arriva le sieur Ludo* vie de Birague , qui proposa à monsieur de Botieres une entreprinse, qui estoit que, s'il vouloit laisser monsieur de Tais devers les quartiers de Boulongne, oh il estoit gouverneur, avecques sept ou huit compagnies, qu'il lui bastoit de prendre CassantintO^ Sainct Germain, Saint3tIago; et, pource que monsieur -de Botieres C*) estoit sur l'entreprinsé de rompre le pont de Carignan , celle-cy estoit fort mal-aisée à résoudre avant la rupture du pont. Or estoit arrivé monsieur de Termes avec sa compagnie et les deux compagnies du baron de Nicolas ; et arresterent entr'eux que monsieur de Tais s'en pouvoit aller avec le seigneur Londiné avecques sept enseignes, et qu'il en demeureroit encores cinq ou six , les trois compagnies de monsieur de Dros, qu'il avoit refaites, et sept ou huit autres italiennes. Je n^ay pas bonne souvenance si monsieur de Strossy estoit encores arrivé :
(<) Cresœntino, petite place du Piémont à4iuk lieues de Turin. Ca-^ sentino, que le nom de Cassantin paroit indiquer, est un bourg en Toscane. «
(>) Xâ conduite de Boulières, lorsquMi remit le commandement an comte d^ËDgkien, confirme Topinion de Montluc; £1 réunit les troupes, et, après «'être justifié des fautes qu'on lui imputoit^ il ajouta: « J*ai 4c pu quelquefois manquer de bonheur, mais jamais de zélé : si on a des ce informations à faire sur mon compte, je demande qu'elles se fassent « en ma présence et à visage découvert : officiers, capitaines et soldats, €(. si quelqu'un croit avoir à se plaindre de moi, qu'il parle. » On verra dans le livre suivant ( tome ai , p. 2a ) que Routières, malgré l'injustice dont il se croyoit victime , n'hésita pa^; à venir ofiFrir ses services au oomte d'Ënghien, quand fl apprit qu'on alloit livrer bataQle.
49^- t^^3] COMMEJNTÀIftlSS
c'estoy ent ks sieanes ; baste que nous faisions^ FraRÇois ou Italiens , dix-huit enseignes , sans les Suysses. Et fut arresté au conseil qu'avant que mettre la main .à la rupture du pont. Ton verroit comme succederoit Tenti^eprinse dudit seigneur Ludovic : car si elle succedoit mal, et quHls fusseol deffaits, lePiedmont demeuroit en péril. Mais qi|;elques jours après, non*- Velles vindrent à monsieur de^ Botieres qu'ils avoyent prîns Sainct Germain, Saiact lago, et trm^ ou quatre autres*yillettes .fermées. Je ne v^ix oublier que monsieur de Tais m'en vouloit mener; de sotte qu'il y eitt ^e la contestation : mais monsieur de Botieres protesta de ne rompre le pont,. que f e n'y fusse : monsieur de Termes^ jnonsieur d'Aussun, le jpresident Birague, le sieur Francisco Bernardin , tenoyent le mesme party de monsieur de Botieres ; et fus coi^trainct de demeurer, à mon grand regret, ayant grand envye d'aller avecques ledit seigneur de Tais, pour ce qu'il m'aimoit, et avoit grand fiance en moy, autant que de capitaine qui fust en la trouppe , et qu'il cberchoit tousjours les lieux où les coups se donnoyent. Les dites nouvelles venues , se fit la délibération de la rupture du pont en ceste manière.
Il fut ordonné que j'irois avecques cinq ou six compagnies gasconnes com})attre les cent AUemans et les cent Espagnols, lesquels toute la nuict estoyent en garde au bout du pont depuis que nostre camp estoit à Pingues ^ à quoy je respondis que je ne voulois tant de gens : car il falloit que je passasse par des lieux estroits; et, menant si grand trouppe, feroit une si longue file, que la sixiesme partie n'arriveroit pas au combat :. bref, que je ne voulois <|ue cent arque-
DE BLAISE DE MONTLVC. [l543] 49^,
buziers et cent corselets , pourestre égaux aux ennemis, espérant qu'avant que le jeu se passast^ j^e ferois cog- HQistre que postrç nation valoit autant que celle des Allemans et Espagnols i et que Boguedemar , La P^Uy et quelque autre capitaine qui! y avoit ( dont ne me souvient du nom), mèneraient le demeurant de. toute la trouppe à trois cens pas de moy, pour me secomûr si les ennemis sortoient de Carignan pour se* courir les leurs : Ton remit cela à ma discrétion. Il y HFoit un^i maison à main gauche du pont, et vis à vis, ail il fut ordonné que les Italiens ^ qui pouvoient estre de douze ou quatorze enseignes, iroyent à ceste . maison, pour me favoriser si les ennemis sortoyent; pu bien que monsieur de Dros, avec lesdictes çompa**' gnies,.s'il estoit arrivé (dont je n'en ay bonne mémoire ; toutesfois je pense que non , et que c'estoient les Italiens), et monsieur de Botieres, demeureroyent Il demj mil de nous avec toute la cavalerie et les Suy ss^ qui estofent à CarmagnoUe ; et le capitaine Labardac, avec sa compagnie , viendroit par delà la riyiere avec 4euic canons , pour tirer une voilée ou deux à une maisonnette qui estoit au bout du pont de nostrç costéy où les ennemis faisoient leur garde; et que inonsieur de 3i|lcede(0, qui s'estoit n'agueres venu rendre à nous, entreprendroit de rompre le pont avec soixante ou quatre vingt paysans portant chacun une hache, ausquels ou bailleroit sept ou huict bateaux pour se mettre dessous ledict pont, et coupper les pil-'
(') Pierre de Salcéde , gentilhomme espagnol : il fut tué à Paris an 'massacre de la Saint-Barthélémy, quoiqu^il fût catholique. GMtoit le père de Nicolas Salcéde, écartelé à Paris en i58a, pour avoir tou1« .«mpoi^imer U du« d'4ien^n.
49^ [^^4^] C0MMEIÎTAIKB8
liers y son du tout y mais seulement en laisser de la grosseur de la jambe d'un homme : et comme cela ^eroit faicty on coupperoit les longues pièces de bois qui tiennent 1^ pont par dessus; et^ cela se séparant , les pilliers foudroient d'eux mesmes, et seromproient Luy fut baillé aussi certains artifices à feu : on Iny faisoit entendre qu'ils brusleroient les pilliers si on les y attachoit. Et^ comme chacun suyvoit son ordre, ']t m'en allay droicl au pont avec mes deux cenis hommes choisis de toutes nos compagnies^ la teste baissée , ob je n'y sçeuz estre si tost, que le canon n'eusttiré une voilée à la maisonnette , et donna dedans, y tuant uii Allemand, que j'y trouyay à mon arrivée, lequel n estoit encores du tout mort; et, quoy que ce fust la nuict, il faisoit une lune si claire, que l'on yoyoit aisément depuis l'un bout jusques à l'autue , sauf que d'heure à autre il tomboit une nuée de brooillart de verglas , durant aucune fois demy heure , autres-fois moins : quand cela tomboit , on ne se voyôit pas à un pas l'un de l'autre.
Or, ou du coup de canon, ou du bruit que je faisois à la maison, n'estant à cent pas du pont, led eimevé$ prindrent la fuitte, et se retirèrent ver» Carignan; je leur fis tirer quelques arquebusades, mais'^e'hepassa'y plus outre le bout du pont. Et en mesme instant arriva monsieur de Salcede au dessous avec ses paysans ^ ses batteaux, lequel, de plaine arrivée, attacha ses feux artificiels aux pilliers ; mais cela ne fut qu'autant de temps perdu, et fallut qu'il fit mettre ses gens à la hache. Ayant attaché les batteaux ausdits pilliers, .commencèrent au bout où. estqient les Suisses, venant tousjours droit à moy, qui tenois le bout du pont dn
DE B1»AISB PS MQRTLÙC. [l543] 497
CDSté des«iJiiemi8..Çeste furie de paysans dara trois ou quatre .hiçores à coupper;,de sorte quencores que les pilliei*s fussent, de quati*e en quatre, et bien gros^ avant .que nous eussions aucun empeschement, ils furent cpuppez jusques à Teodroit oii.|'estioi$. Monsieur de Salcede enfaisoit tous) ours reposer une trouppe iu bord de la rivière contre le tertre où ils avoyent fait faire un peu de feu , et d'heure en. autre les changeoit* Pendant ces entrefaictes , les ennemis envoyèrent re* iDOgnoistre par trente ou quarante arquebusiers , siir rUeure.que ie verglas tpmboit; lesquels je ne peux ap* percevoir ni ouyr, qu'ils ne fqssait à moins de quatre picques de çioi, et tit^rent à travei^ de nous. Ce fait> s'en retournèrent tout incontinent; et si ne nous virent ils pas, à l'occasion du verglas et brouillart. Ormes^ sieurs de Termes et Moneins (0 vindrent à nous avec trois ou quatre chevaux, pour sçavoir que c'estoit de ces arquebusades ; puis envoyèrent devers monsieur de Botieres luy dire que ce n'estoit rien, et que nous n'avions point laissé pour cela l'exécution ; et demeurèrent tous deux seuls avec moy^ Et ne tarda pas une heure âpres, que le verglas recommença à retomber;, et reyindi^ntles ennemis à nous, c*est à sçavoir, six cens Espagnols choysis, et six cei^s AUemans picquiei^^^ faisant son. ordre le seigneur Pierre Colonne en ceste manière (car je sçeus toat depuis), qujs «deux cens arquebusiers viendroient la teste baissée drojt à nous^ choysis encores parmy les six cens; les autres quatre cens à leur queue , à cent pas d'eux ; et à deux cens pas
'(O Tri^n de Monneins, lieutenant du roi de Navarre dans le payé ^ Labour, tué jpar'k populace d» Bordeaux dans une sédition, en i548. •^De Thou,Êom,t,p.^i.)
ao. 32
paridemere^ les six cens Àllemans. Or af oi$-jè mis let capitaines qai luênayeul après mofy'lts enseignes Hxi derrier de moy deux cem pas,conlre unelevée^de fosse) et auGunes^-fois le capitaine Favàs, mon lieutenant yV&noit devers moy, et Sqguedemar, voir ce que nous faisions y puis sW retoumoient à leur lieu. Du costé du pont devers les Suysses, nous en avicms rompu par advanture vingt pas , ayant commencé é$ t!oupperpar ledessusy ettrouvasm^sqùCi comme le potit se separa^il en tomba là quinse ou vingt pas; qui mms donna grande espérance. Cependant monsieur de Salcede feiscit tous- |ours eucores couipper les pilliers, non du tout, mail un peu davantage qu*au commencement ; qui eâoit cause qu^il avoit ses paysans despartis en trdis troupjpesy les uns dans les batteaus:, d'autres dessus le pont à coupper les traverses, «t dix on douze qu^il y en avoit auprès du feu. Comme Dieu veut aider les^hommes, il nous monstra ceste nnitl un vray miracle : en pre« mier lieu^ les deux cens arquebuâers vindrent à moy, me trouvant en telle sorte, qu'à' peine y eust soldat qui eust le feu sur la serpentine.; car ils alloient par fois de dix à douze au feu des paysans pour ^schaufier un peu les mains, ayant deux sentinelles à cent pas de ^oy sur le chemin de la ville, me fiant que les^ Ita^liens y en missent de leur costé, car 3s en estoient ençoies un peu plus presque moy; mais c'estoit à costé. Je ne sçay conHne ils firent, car je n'avois rien, sinon mes deux sentinelles , qui coururent à moy ; et comme nous estions à l'entrée de l'armée, arrivenent les Espagnols, ciians Espagne! Espagne! et jurèrent S^r nous tous les deux cens arquebusiers en uu coup* Messieurs de Termes et de Moneins, qui estoient tous deux $euls
DE bUlIse d:ë MON^rLUG. [x.543] 499
et à cheval, s*6n coururent auprès d^ monsieur de Bo-^' tirres, qui avoit desjâ veu le commencement du des-* ordre. Et nottez que presque tous les deux cens bommei que j'armii au bout du pont se mirent eu fuitte droict aux enseigUBS : et toutà ùu coup les enseignes se mirent aQM en fuitte j et les Italiens qu'estoiènt à main gau-* çhe en fîh&ht de mesmes ; I^uels ne s*arresterent qu'ils 06 fussent à la teste de la cavallerie^ oii estoit monsieur de Bolieres. Nostre mot estoit Sainct Pierre ; mais ne me semt de rien. Alors je commença^ à crier : « Montluc! « Montluc! m^chans marheureux, m*abandonneree it tous ainsi?» Et defortune f ayois avec moy trente ou quai^nte jeunes gentils-hommes n'ay ans encores poil dé hfobe '* c'estoit'la plus belle et brave jeunesse qui fust jamais veue en une petite compagnie : ils pensoient que je m'aifuisse comme les autres. Lesquels , oy ans mon cry, tournèrent incontinent à moy ; et, sans attendre au« Ire chose, je.charge droit où ils me tiraient, les arque* busades nous passant au long des oreilles ; mais de nous voir les uns les autres n'éstoit possible , à cause dii grand verglas qui tonfbcrit avec une espesse fumée parmy> Et en courant droit à eux, mes gens tirèrent tout à udn coup, aîant aussi bien J^rarice comme i\i faisoiebt Espagne. Et os^rois affermer à la Vérité que nous leur tiriasmes les arquet>usades a moins de trois picqueâ; dequoy leurs deux cens arquebusiers furent renv!^$ez sur les quatre cens', et le tout renversé sur }e$ éx cfens Allemans : tellement que tout se mit en route et en fuitte droit à la ville ;; car ils né nous pbuvoy^ut reeognoistre. Je les suyvis environ deux cens pas; et'tious troubla le grahd bruit que nostre camp iki$oft (jen^en ouys)am«isuii pai^il); vous eussiez dit
§00 [ï54:3] C0MMB«TA1RE9
que tous estoietit apostez , s^enVapjleUasis les uns aXÈt autres. Ces grands criards îiesont jpas pourtant les plus vaillans : il y en a qui font les empressez , maiscepen>> dant; pour tin pas qu'ils advanceùt, en recuWnt deux. Ce grand bruit fat cause que je n'eus jamais cognois^ sauce du desordre des ennemis^ ny eux atûsi du nos* tre> à cause des grands cris qu'ils faisoient èrUentrée, qui n'estoit qu une faulse porte aujares du chasteau, où deux ou trois hommes seulement pouvoient passer de front. Et ainsi m'en retoumay au/bout du pont, où je trouvay nionsieur de Salcede tout seul, avec''dix ou douze paysans de ceux qu'il refrak^hissoit ; car lei autres qui estoient dans les battèaux, coupperent leurs coi'des, ets'enfuyrent le long de la rivière, droit à Montcallier : celix qui couppoient les traverses devm les Suisses laissèrent leurs coignées et haches sur le pont, se jettant dans reàuë, où ils n'avoient l'eauëque jusques à la ceinture, pource qu'on n'estok pas encores à la profondeur de la rivière. Ijies Suisses, qinrouyirent ce grand bruit, se mirent à courir vers Carmagncdle^ ayant. opinion que nous et tout nosti'e camp estions en route, et, prenans les deux canons, s'en allerenttani qu'ils peurent gaigner CarmagnoUe. J^envoyay un de mes soldats dév^s la fuitte pour savoir nouv^les du capitaine Favas mon. lieutenant*, lequel il trouva, ayant rassemblé trente ou quarante soldats , '^i jevenmt vers le pont voir ce que j'estois ilevenn , pensant qtt« je fusse mort : et incontinent depescha devers Baguedemar La Palu et autres capitaines qui avôieûtfaitalte, raUiant une partie de leurs gens^. les faisait mardier dpoit no {)ont à grand haste , disant que f avbis veponssé les ennemis^ lesquels incontinent se luirent au gr^ad pas
iu& BLAisB ns jfonTLVc/ [i543] 5ox
pâlir me v^ir IrouVer. Le cs^itaioe Favas arriva le premier/tout deschké et rou^u, parce que les soldats à' fbuUe Iny àvoient pasié dessus le ventre , comme il les pensoit rallier; lequel nous trouva , monsieur de Sâtlcede et moy, au bout du pont, estant sur le propos dé ce que devions faire ; et comme il arriva y nous conta ses fortunes et de ses compagnons; et, le voyant ainsi aocottslréy tout nostre cas nefî^t que risée» La huée de nostre camp dura plus âfune grand heure.
Les autres capitaines estans arrivez y nous conclu* mes d'achever de rom]»re le pont, ou d^ mourir : et promptement;|e prias cinquante ou soixante soldats, moûsieur de Salcede, ses dix ou douze paysans qui luy esiôient demeurez; fordbnnay au capitaine Favas , Boguedemar et La Palu^ qu ils demeurassent au bout du pont, et missent les sentinelles jusques auprès de la ville'; Je ponsois que les Italiens fussent encores à la maison /et ordonnay au capitaine Favas qu*il yroit luy«mesme la recôgnoistre, voir s'ils y estoient; et à 9on retour trouva que j*avois fait prendre les haches que les paysans avoient laissées sur le pont, à quinze ou vingt soldats, et, avec les dix ou Souze paysans, nous couppionslés traverses dudict pont. Et estant ar<livé, le capitaine Favas nous dit'n y avoir trouvé perr aoûne : ce que nous cuida un peu mettre à devinef que nous devions faire; mais pour cela n'arrestasme^ dVxecuter nostre preipiere résolution. Et après que les cris furent passes , arrivèrent messieurs de Termes «t de Moneins, lesquels me commandèrent, de la part de monsieur de Botieres, que j'eusse à me retirer. Lei* dit si^r de MonMus mit pied à terre, car monsieur de Termes ne poiii^oiti h cause de ses gouttes y et noua
503 [lt543} GOVSCBITTAlItBl
vint trottVflDT, et vit que depuis le d^otdre nmis •aviom fftît tomber p|a& de trente pas dà pont et deux couppc^ que de^a nous avions ftit^ et comoaencîoiu; à la iroi* jsiesiD^ y qu'estoit à quinze on vingt pas chacime; \er quel s*en retourna vçrs monsteor de Botîeres pour luy dire comme le tout estoit' passe ^ ayant monsîetir dt Salcede perdu presque .toiïs ses paysans^ mais que bos soldats avoyent pris lea hache» avec lesqueUes ils fai*soient merv.eiUes.de coupper; et que tous les capîtaitnes et soldats^ .monsieur de- Salcede et moy^ nous estions i^esolus de^ mourir plustost que de bouger de là q^'il ne fust.couppé. Alors monteur de Botieres en'* voya protester contre moy de la perte qui pourroit advenir cox^re son commandement : ce que ledit sieur de Moneins fit, et nous dit davantage que ledit neur de Botieres avoit coiùmenoé prendre son chemin pour s'en retourne»*, combien qu'il fist alte'à un n^il denoos: se que. je croy qu'il foisoit, afin4iue }e me retirasse; èar il n'a voit pas faute de onur, naisilcraignoit tous*- |o^rs de perdre. Çeluy qui est de cest humeur se pouixa conserver^ mais non pas faire grand conqueste. Monsieur de Ternstôs s'estoit arresté au bout du pont, comcae il entendit que monsieur de Botieres s'achemi<noit ; lequel sieur ne retourna pa» en ^M^riere, pour ap porter ma response, «ivec monsieur de Moneins, mais Luanda incontinent à sa compagnie qu'ils ne bou* ^eassent d'où il les avoit Jlaîssés : et ainsi eoupasmes tout le demeurant de la nuit, jusques à ce qu^il ftnt près d'une heure de jour^^quenous achenunasmesjus^ ques à la petite maisonnette qu'est oit sur le tertre. Monsieur de Moneins relouroia encûpas h nous à point ^nommé^ lorsque le> dernier ooup de hacbe se donnoit.
et tnoii$ienr de Termes cotinit à sa coihpagiktê^ pour r«dvancer un peu devers noos, afin de fevoriser noslre ' retraicte: monsieur de Moneins courut aussi vers mon* sîeur de Botieres, lecjuel il trouva attendant son te* tour : de sorte que nous nous retirasnies sans empes^ diement aucun ^ ayant osté aux ennemis une grande commodité. Or ay-je voulu mettre cecy par escrit^ non pour me louer d'une grande hardiesse^ mais seulement pour monstrer à tout le monde comme Dieu a conduit ma lortune. Je n'estois pas si fol ny si vaillant', que, si fensse peuvoirles ennemis, je ne mefusse re*tiréy et peut estre ^dsse fuy comme les autres : ce serott témérité et non hardiesse. Il n'est pas mal sean| d'avoir peur quand il y a grande occasion ; car avec trente ou quarante hommes je n'eusse pas esté si mal advisé d'attendre le combat.
En cecy les capitaines pourront estre instruits de ne pran(fa« jamais fuitte, ou, pour parler plu^ honneste*ment, une hastive retraitte, sans avoir recogneu qui les doit*chasser; et encore le voyant, chercher les i^e^ medes pour résister, jusques à ce qu'ils n'y voyent plus ordre : car, après • que tout ce que Dieu a mis aux hommes y est employé , alors la fuitte n'est pas hon**^ teuse ny vilaine. Mes capitaines, mes compagnons,. croyeiqaef si vous n'y employez le tout, chacun dira, et ceux mesmes qai auront fuy avec vous : S'il*eust faict oecy, s'il eitst faict cela, le mal'heur ne fust point advenu, la chose eust mieux succédé: el> tel en brave ^ parle plus haut, qui fuit: peut^estre le premier.. Et vOylà l'honneur d'un homme de bien (pour inéii vaillant qu'il soit) en dispute de tout le monde: Qoand iLne s'y peut rien plus, il ne faut estre opiniasti*e, àîq|,^
céder à'ia fortune, laquelle ne rit jibs toiisjônrsc On ' ii*est pas moins digne de blasme lors qu'iDA se pertse pouyiant rétirer de la meslée, et qu'on se voit perdu, que ;si du premier coup on prenoit la fukle : Fun est toutesfois plus vilain.que l'autre; Tun vous fait estimer malradvisé et de peu d'entendement, et Tautre , pohron et coiiard : il feut éviter et Tune et Tautre' extrémité. U &ut venir à ces' folles et désespérées résolutions, lors que vous vous voyez toiâbez es mains d'un impitoyable ennemy, et sans melrcy : c'est là oh. il faut cre-^^ ver<et vendre bien cher voètre peau. Dnn'desésperé en vaut dix. Mais fuyr, comme on fit, sans Voir qui vous chnssé, cela est h'onteux et indigne d'un bon cœur. 11 est vray qu'on accuse le François d'une ':chose, c'est quil fuit et combat par compagnie : aussi font bien les autres. De toutes tailles bohsl ouvriers. Or, après que la placé fut rendue, je vous diray comme nous sçeus^ mes le desordre des ennemis. Ce fut par les gens mes* mes de Carignan; et par la bouche propre du seigneur Pierre Colonne, qui melecontaà^Susanne, en la pre* sence du .ca{Àtaine Renouard, qui l'amenoitau Boy par lecommandement de monsieur d'Anguyen, comme sa capitulation portoit après la bataille de Serizdltes, que je vous conterayen son lieu.
Ceste rupture du pont ne fut fiiite sails grande con* sidbration; car bien tost après les ennemis commencèrent-à patir, ne pouvant avoir aucun rdfràischissement de 'Quiers, comme ils avoyent paravant de'nuict à autre. Et ayant entendu messieurs de Tais et le séi* gnièur.Ludovic de Birague le succès de l'entreprinse du ponty'maliderent à môtiidéûr de BotiBres que, 8*il vou* bit venir es caxti^rs où Hs étoient/ qu'Os pensoitnt
. DE BLÀI6E BE UOVItLVt*' "[ 1 54^] 5o5
qu^on emporterQk.Tvrée. Surquoy moùsieur'dé Boti^*es:€tson oonseiL forent dHoppinion qu*ilry derbît aller y, et laisser, garnisons à Pingues^ Yinus^ Yigon^' et autres lieux jdas.proches de Carignân^ et me sem**' Ide que monsieur d'Aussun y demeura chefavec douze ou quatoi:ze enseignes italiennes, et trois ou quatre des, Qosti^ 9 sa :compftgnie y et quelques autres de gènsj à cheyal. desquels jne me souvient. Les ennemis n*avoi^nt nul komine achevai dans Carignan; qui estoit cause qu^ils.estoient.tenuz à restroict d'un costé et d'autre. Et partit monsieur de Botiei^s avecques mes*-' sieijucsde Termes, de Sainct Julien , président Birague , et siei^aç Afauré; et alasmes nous reiinir ensemble à Sainct lagp et Saiuct Gecmain ; puis tious adbuemihd$^ mes devant Yvrée, où ne fismes rien, pour-ce quil ne fut possible de rompre la chaussée de Teauë. Que si elle se fust peu rompre, nous estions dedans, d^autant qve par ce costé-là il n'y a forteresse autre que la ri* viere : et fusmes contraincts d'aller asâeger Sainct Martin, lequel nous prismes par composition, ayant endure deux ou trois pens coups de canon, et autres places es environs de là, ainsi que nous en retournions vers Chevas. Pendant le siège d'Yvrée, monsieur de Botieres eut advis que monsieur d'Ânguyen venoit pour commander en son lieu : le Roy estoit mal con-, tant^de luy de ce qu'il avoit avec tant de loysir laissé fortifier Carignan, avec d'autres occasions particulières. Il faut cheminer bien droit pour contenter tout le monde. Ledit sieur de Botieres en fut fort fâché : et di« soit-on que par despit il avoit quitté Yvrée, laquelle à la longue il eut prins; mais je ne le crois pas. Tant y -m que monsieur d'Anguieu arriva, amenant pour
5o6 [i543] comcEswAi&Bs de blaisb BB KOHTLIIC. renfort sept compagnies de Soisset^ qa*im Colonel nomme Le Barçn commandoît Et croy que oe fiit à ceste heure-là que monsieur de Dros vint at^ec sept ou huit enseignes de Prov4enceaux ou Italiens. Monsieur de Bolieres se retira en sa mabon en Dauphiâé. n y a bien des aflOiires en ce monde , et ceux qui <Hit de grandes charges ne sont pas sans pein«; car s*îb hasardent trop, et q/aih perdent , les voy-Ia mal estimez , . et jugez pour fols et mal advisez ; s*ils sont longs et lents, op pe qiqcque, voire le tientHm à couardise. Les sages tiendront «n entre-deux. Mais cependant nos maistres ne se payent point de ces discours 9 ils veulent qu'on face )>idn leurs a&ires. Td caqueté des autres , que, s'il j estoit, se trouverait bien empesdié. •
sss