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LÉSINERIE DES GENS DE BORDEAUX

toujours de leurs privilèges. Je veux maintenir, au témoignage des plus grands et gens de bien de Bordeaux, qu'ils furent cause que cette entreprise ne s'exécuta ; car, comme les gens de la ville virent u'ils ne voulaient fournir deniers, ils ne le vourent aussi faire, disant que la cour de parlement tenait autant ou plus de richesses que la moitié de la ville. Par deux fois ils me firent aller là, mesurant que, dès qu'ils me verraient, tout serait prêt : et quand j'y étais, je les trouvais si longs de me tenir ce qu'ils me promettaient, qu'il m'en fallait retourner. Je crois qu'ils eussent voulu que j'eusse fait l'exécution à mes dépens, et que le profit et utilité leur en fût revenu : et néanmoins, aux offres que je leur faisais, chacun peut bien 1 connaître que je m'y voulais tenir du mien propre. Je faisais toute la dépense pour tous les gentilshommes qui me faisaient cet honneur de me suivre, sans que je voulusse que la ville m'en défrayât d'un poulet. Et voilà l'occasion à la vérité pourquoi l'entreprise de Blaye ne se fit. Je m'assure qu'il n'y avait rien en Guyenne qui me pût empêcher d'en venir à bout. Lorsque Des Rois la trahit, je l'avais reconnue : ce n'est pas une si mauvaise bête qu'on la fait. Davantage en ce temps les huguenots ne levaient guère la tête, et la Guyenne était assez paisible; tous ceux qui étaient capables de porter les armes s'en allèrent au gros, i près de M. l'amiral, qui, après la mort de M. le I ~ince, se fit déclarer chef, ne lui servant M. le

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prince de Navarre1 que d'ombre seulement. C'est pourtant cela qui a tant soutenu ledit sieur amiral et son parti, car un prince du sang peut beaucoup, encore qu'il fût bien jeune, et le fils de feu M. le prince de Condé aussi. Ce fut une bonne fortune pour M. l'amiral; sans eux, il ne l'eût pas faite si longue.

1. Depuis Henri IV. II était alors le chef nominal du parti dont l'amiral de Coligny était le chef effectif.

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