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ENTREPRISE DE LA ROCHE GHALAIS

mais M. de Montferrand arriva et le chargea, le contraignant de se retirer dans le château. Il gagna la basse-cour, et y mit force gens dedans, puis alla combattre les moulins qui se défendaient fort; mais à la fin ils les prirent et mirent en pièces ceux de dedans. Il me donna avis de tout. M. de La Vauguyon et moi déjeunions, et incontinent ledit sieur de La Vauguyon s'en alla au-devant de ses ge\ï$ pour aller droit à la ville; nous arrêtâmes qu'il m'enverrait trois compagnies du régiment de M. de Sarlabous, pour m'aider à donner l'assaut. Et ainsi s'en alla à son entreprise de Parcou, et moi je m'acheminai devant La Roche, étant déjà averti que l'artillerie était à demi-lieue près de nous, qui ne put arriver à la Roche qu-il ne fût midi, à cause du mauvais temps qu'il y avait» M. de La Vauguyon entra dans la ville, car les ennemis s'étaient retirés aux moulins qui sont ,ur le pont : ses gens les forcèrent et gagnèrent le pont, et par ainsi tout fut gagné, et la nuit, je fis mes approches et mis mon artillerie en batterie. Le sieur de La Roche, à la pointe du jour, voulut parlementer avec M. de Montferrand, et parce qu'il est son parent et jeune gentilhomme, il ne le voulut laisser retirer dedans, mais le retint. Et comme les autres virent l'artillerie prête à tirer, ils commencèrent à crier qu'ils se voulaient rendre : voyant qu'on ne les voulait point écouter, ils dirent qu'ils se rendraient à notre discrétion. Le gouverneur de Fronsac et les huguenots mènes, qui étaient de

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Coutras, et qui étaient venus avec nous, criaient qu'on ne les prît point à merci, car c'étaient libertins et gens sans religion, et surtout qu'il y en avait un, nommé Brusquin, qui avait tué plus de quatre-vingts hommes, la plupart laboureurs et gens des champs. Il fut question de sortir : ledit sieur de La Roche me demanda un sien laquais, son valet de chambre et son cuisinier, ce qui lui fat accordé, et les tirâmes hors de la troupe. M. de Montferrand se nnt dans le château, avec dix ou douze hommes, afin qu'il ne fût pillé. Je recommandai ces gens-là aux soldats : ils furent accoutrés selon la vie qu'ils avaient menée, car il n'en échappa un seul que ceux que j'ai nommés. Ce Brusquin même, que les huguenots criaient tant qu'il fût tué, s'empoigna à ma jambe, car j'étais à cheval, ayant cinq ou six sur lui; j'eus assez affaire à m'en démêler, et bien peu s'en fallut que je ne fusse blessé. Il lui fat trouvé un rôle dans ses chausses de cent dix-sept hommes qu'il avait tués, y ayant en écrit : un tel, prêtre; un tel, laboureur; un tel, moine ; un tel, marchand; il les consignait tous de quel art ils étaient. Gomme cela fut lu, les soldats tournèrent à lui et lui donnèrent deux cents coups d'épée, encore qu'il fût déjà mort. M. de La Vauguyon arriva sur l'exécution : un s'enfuyant le choqua lui et son cheval, si raide, que presque le détourna hors du chemin ; mais il était suivi de si près qu'il n'alla pas guère loin. L'on me dit que ces gens étaient revenus devers

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Sainte-Aulaire, et qu'ils avaient parlé avec M. de Jarnac, qui leur avait dit que M. de La Noue se retirait vers La Roche-Ghalais ; ce qui fut cause que nous arrêtâmes qu'il se retirerait de là où il était parti, et que M. de Montferrand et moi nous en irions amener l'artillerie droit à Bridoire. J'arrêtai avec eux qu'encore que M. de La Roche m'appartînt et fût mon prisonnier, pour être chef de l'entreprise, je voulais que tous trois eussions part à sa rançon, comme nous avons fait, et fut mis à la fin à six mille écus, de quoi chacun de nous trois en a tiré deux mille.

Étant arrivé à Libourne, je fis passer l'artillerie contremont la rivière, qui allait jour et nuit, car nous avions force gens pour tirer la corde du bateau. Et comme l'artillerie fut auprès de Gastillon, qui est à M. le marquis de Villars, arriva un homme que M. de Madaillan m'envoyait pour m'avertir que les ennemis de Bridoire s'étaient sauvés; de quoi je fus aussi marri que de nouvelles qu'on eût su apporter, car ma délibération était de ne leur faire pas mieux qu'aux autres. Et fit-on tourner l'artillerie contre-bas la rivière, tirant droit à Bordeaux : et là laissâmes le capitaine Mabrun avec trois ou quatre compagnies, pour l'en ramener à Bordeaux; et M. de Montferrand et moi nous en allâmes devant audit Bordeaux. Le jour après être arrivé, j'allai au palais pour prendre congé de la cour, par ce que je m'en voulais retourner en ces quartiers, pour être plus près de Monsieur, s'il me

mandait. M. le président de Roffignac me fit les remerciements de la part de toute la cour, parce que notre petite guerre avait assuré les chemins devers Saintonge, de sorte que tout le monde pourrait aller et venir de Bordeaux en France sûrement; d'autre part, je les avais mis en sûreté du côté de la Dordogne ayant le château de Bridoire, et du côté de la Garonne ayant pris Levignac, Taillecabatet Pardaillan, parce que de ces côtés ne pouvaient venir vivres ni hommes à Bordeaux, sinon du côté de Gascogne . Voilà le succès des entreprises que nous fîmes en cinq ou six jours, qui ne coûtèrent pas un écu au roi, et à messieurs de la cour encore moins. Que si messieurs de la ville de Bordeaux m'eussent tenu ce qu'ils m'avaient promis, j'eusse gagé ma tête que j'eusse fait donner à Blaye de cul à terre; je n'y voulais que huit jours, pourvu que M. le baron de La Garde me fût demeuré pour assaillir par mer; et me voulus obliger à leur rendre les trente mille francs que je leur demandais pour payer les gens de pied, les frais de l'artillerie et les pionniers, si je ne l'emportais. Et comme je vis qu'ils ne voulaient entrer là, je leur présentai 12 000 francs en prêt, pour un an, sans en vouloir aucun intérêt; M. de Valence, mon frère, leur en prêtait 2000 : bref, la cour de parlement était fort échauffée en cette entreprise; mais depuis qu'il se parlait qu'il fallait que tous y aidassent, il ne s'en parlait plus. Ces gens de robe longue sont de fâcheuse desserre et nous battent

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