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VIOLENCE DE MONTLUC

belle. M. de Burie lui dit : « Pariez, monsieur de Compain, et dites si vous l'avez fait. » Il répondit ; « Oui, monsieur. » Alors je lui dis : « 0 méchant paillard, traître à ton roi, tu veux ruiner une ville qui est au roi, pour le profit d'un particulier. Si ce n'était la présence de M. de Burie, qui est ici lieutenant du roi, je te pendrais, toi et tes compagnons, aux fenêtres de cette maison. » Et je dis à M. de Burie : « Hé ! monsieur, laissez-moi tuer tous ces méchants traîtres au roi pour le profit d'autrui et le leur. » Sur quoi je tirai la moitié de mon épée : je les eusse bien gardés de faire jamais sentence ni arrêt ; mais M. de Burie me sauta au bras, et me pria de ne le faire point ; et alors tous gagnèrent la porte, et se mirent en fuite criant, si étonnés qu'ils sautèrent des degrés sans compter. Je voulais aller après les tuer ; mais M. de Burie et M. du Courre, son neveu, me tinrent que je ne pus échapper. La colère où j'étais ne me permettait d'être maître de moi : il ne faut donc pas trouver étrange si je les appelle méchants dans cet écrit. M. de Burie, M. du Courre et moi, entrâmes dans un jardin. Ledit sieur de Burie me dit qu'outre que j'avais gardé que cette ville ne fût ruinée, je lui avais sauvé son honneur ; car le roi, la reine et tout le monde eussent toujours dit qu'il avait pris argent, et que jamais il n'avait rien entendu de tout ceci. Et alors je lui dis comme je l'avais découvert et ai opinion qu'il n'y avait nulle intelligence du côté de M. de Burie. Je dînai avec lui, et crois qu'il ne

mangea jamais quatre morceaux, et tout ce jour-là je le vis triste et en colère ; il leur manda de ne procéder aucunement en chose que ce fût, jusqu'à ce que le roi serait averti du tout ; et manda au juge mage et aux autres que s'ils assistaient en aucune chose de ce que Compain et Girard feraient, il leur irait de la vie. L'un après l'autre, le soir, ils venaient s'excuser à lui, j'entends ceux qui avaient assisté, confessant audit sieur qu'ils n'avaient jamais pensé en la ruine que portait le jugement de ce procès ; que c'était la ruine d'eux-mêmes et de leurs enfants : ils n'osaient parler à moi, ni se trouver là où j'étais. M. de Burie me disait le tout; mais, quoi que ce fût, pas un n'osait se trouver devant moi ; je crois que j'en eusse étranglé quelqu'un. Au bout de cinq ou six jours, arriva le courrier que les parents et parentes de M. de Viole avaient envoyé devers le roi, qui porta interdiction aux commissaires de passer plus outre, en aucune manière que ce fût, au fait dudit sieur de Viole, ni de ce qui dépendait de cette sédition, commandant d'élargir ledit sieur de Viole et autres prisonniers, avec caution de se présenter toutefois et quantes qu'il en serait ordonné. Il ne faut pas trouver étrange si la ville de Cahors m'aime ; car il semble qu'ils voient, à la bonne chère qu'ils me font, le roi ou un de messeigneurs ses frères.

Voilà la deuxième fois qu'on m'a voulu corrompre par argent ; mais l'on ne me trouvera jamais par écrit au livre de telles méchancetés, et n'en

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crains personne du monde, non-seulement en Guyenne, mais en Italie, là où j'ai eu de grandes et honorables charges, où je pouvais gagner deux cent mille francs pour le moins, si j'eusse voulu, comme ont bien fait d'autres qui ne s'en sont pas mal trouvés; et j'en eusse été bien mieux reconnu que je n'ai été. Mais je puis dire, et à la vérité, que jamais ne m'en suis revenu de charge aucune, qu'il ne m'ait fallu emprunter de l'argent pour venir en ma maison, et me suis voulu ruiner et pâtir tous les jours pour épargner la bourse du roi, et non pour m'enrichir, non-seulement moi, mais encore ceux qui étaient sous ma charge : et il y en a assez qui sont en vie, comme le trésorier Beaucler, le contrôleur La Mollière et autres, qui en porteront bon témoignage, qui s'en sont revenus aussi coquins que moi. Si quelque ville m'a fait quelque présent pendant ces troubles, c'a été pour soutenir la grande dépense qu'il me convenait faire pour entretenir les gens et les seigneurs de ce pays : c'était ouvertement et non en cachette. Voilà la fin de la procédure de Gahors.

Or ayant M. de Burie même connu que ces deux braves commissaires n'allaient point franchement en besogne, et qu'ils ne tiraient qu a faire justice des catholiques et non des huguenots, il envoya en diligence à Bordeaux faire venir MM. d'Alesme le vieux, et Ferron, conseillers en la cour de parlement, afin de bailler à ces commissaires, pour contrecarre, gens qui entendaient bien

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le chemin qu'il faudrait prendre. Et nous acheminâmes droit à Villefranche de Roergue, entendant de toutes parts que les huguenots s'assemblaient. M. de Burie fit venir les compagnies de M. le maréchal de Termes, de MM. de Randan, de La Vauguyon, et de Jarriac; car nous n'avions que les deux nôtres. Et trouvâmes à Villefranche M* le cardinal d'Armagnac, qui nous y attendait pour se plaindre des églises que l'on lui avait forcées, et mêmement à Villefranche, qui est de son évêché de Rodez. Et comme ils nous sentirent approcher, les consuls se saisirent de quatre ou cinq des principaux séditieux, et les trouvâmes prisonniers. Et le lendemain que nous fûmes arrivés, vinrdnt les susdits sieurs d'Alesme et de Ferron, lesquels les commissaires ne voulaient approuver, disant qu'ils n'avaient point de patentes du roi; mais à la fin nous nous en fîmes accroire. M. de Burie m'avait prié de ne leur faire point de mal au départ de Cahors, car ils ne désiraient que s'en aller. Us commencèrent à faire le procès des quatre ou cinq que M. le cardinal d'Armagnac avait fait prendre ; et ne fut possible de faire condescendre les deux Gompain et Girard affaire justice, nonobstant qu'on prouvait par les plus grands de la ville une infinité de rapts et volements, outre la rupture des églises. Ils demeurèrent huit ou dix jours en cette dispute, et concluaient toujours qu'ils devaient être relâchés; et, encore que M. de Ferron eût sa famille de la religion, néanmoins il concluait

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