INSURRECTION GÉNÉRALE
était révoltée, et avaient pris les officiers et consuls catholiques et les chanoines. Et allâmes à Saint-Antony, pensant entrer le lendemain à Montauban; mais avant que nous fussions à moitié chemin, on nous dit que la ville était révoltée ; et nous acheminâmes droit à Villeneuve-d'Agenois, et trouvâmes le tout révolté. Puis vînmes à un village nommé Gallapian, près du Port-Sainte-Marie; et trouvâmes aussi le Port Sainte Marie révolté, car ces gens avaient fait leur entreprise de longue main. Ils étaient fort secrets. Et là arrêtâmes que M. de Burie s'en irait jeter dans Bordeaux avec les quatre compagnies de gens d'armes, et moi, avec celles du roi de Navarre, qui étaient demeurées à Condom, de M. le maréchal de Termes, et la mienne, passerais la Garonne vers la Gascogne, et me tiendrais dans le plat pays vers Toulouse et Beaumont de Lomagne. Et ainsi que nous nous voulions départir, arriva le capitaine Sainte-Gème, qui m'apporta lettres du roi, lesquelles étaient de cette teneur : « Monsieur de Montluc, je vous prie, si vous désirez jamais me faire service, qu'incontinent et en diligence vous me veniez trouver avec la compagnie de M. le maréchal de Termes et la vôtre, et avec six compagnies de gens de pied dont je vous envoie les commissions, laissant les noms des capitaines en blanc, car vous connaissez mieux ceux qui le méritent que moi. Et, laissant toutes choses, je vous prie vous acheminer, car il faut sauver le corps de l'arbre, parce que, le corps
sauvé, les branches se recouvreront toujours. » Voilà le contenu de ma lettre. Celle de M. de Burie faisait mention de ce qu'il m'écrivait, et lui mandait qu'il donnât le meilleur ordre qu'il pourrait en Guyenne, n'étant point encore avertie Sa Majesté de la révolte d'icelle.
M. de Burie prit son chemin droit à Tonneins, où il trouva MM. de Caumont et de Duras, lequel sieur de Caumont était pressé de leurs églises d'être chef; mais il n'en voulut jamais prendre la charge : aussi ne faisait pas M. de Duras; mais à la fin fut contraint de la prendre, à la persuasion d'un personnage plus grand que lui. Lesquels firent grande chère à M. de Burie, et ne lui demandèrent rien, car ils tâchaient toujours à le gagner; mais il était trop homme de bien. Il s'en alla droit à Bordeaux, et le mal fut qu'il en envoya toutes les quatre compagnies vers la Saintonge, et lui demeura seul dans Bordeaux, n'ayant que vingt-cinq arquebusiers de garde. Et le même jour que nous nous séparâmes, je me vins camper à la maison de M. de Beaumont près d'Agen et aux villages voisins, où je départis les six commissions que le roi m'avait envoyées , savoir, au capitaine Charry deux, au capitaine Bazordan autres deux, une au baron de Clermontmon neveu, et l'autre au capitaine Arne.
Les sieurs de Cancon, de Montferrand, toute la ! noblesse d'Agénois catholique, s'étaient rendus auprès de moi. Et en la salle commencèrent à mur-