MONTLUC RETENU EN GUYENNE
murer les uns et les autres que si je les abandon r nais ils étaient perdus, et leurs femmes et leurs enfants, et leur maison en ruine et perdition» Lectoure, place forte, était aussi révoltée, de sorte que la noblesse de Gascogne n'avait où se retirer, et tous se rendaient à moi : lesquels entre eux firent une conclusion que si je prenais délibération de m'en aller trouver le roi, comme il me mandait, ils demeureraient sans chef, et qu'il me fallait prendre comme prisonnier, et ne me laisser partir. Sur le tard, j'assemblai tous ces seigneurs, et leur remontrai qu'il fallait que je dépêchasse en diligence devers le roi pour l'avertir de la révolte de toute la Guyenne, sauf Toulouse et Bordeaux, et que si celles-là n'étaient secourues, qu'elles étaient en branle d'être perdues, aussi bien que le reste : et le trouvèrent tous bons. Et je dépêchai incontinent le capitaine Cousseil pour donner avis au roi et à la reine de tout. Et après sa dépêche faite, M. de Masses, qui est dernièrement mort à Limoges, qui pour lors portait la cornette de M. le maréchal de Termes, me dit en présence de tous que j'avais fort bien fait de prendre cette résolution, car ils avaient fait un arrêt entre eux de me retenir par force.
Le matin, nous passâmes la rivière à deux ou trois ports malaisément, car Layrac était révolté, comme était aussi tout le pays Bazadais, sauf La Réole, et jusques aux portes de Toulouse, sauf Auvillar et Condom, où le capitaine Arne était
avec la compagnie du roi de Navarre : et avant qu'elle y fût, ladite ville s'était révoltée par deux fois; mais le lieutenant général, nommé du Franc, que j'ai ci-dessus nommé, avait pris les armes pour défendre l'autorité du roi, et en était demeuré maître : toutefois à la fin il ne fût pas été le plus fort, sans ladite compagnie que j'envoyai dedans. Je mis ma compagnie à La Sauvetat de Gaure; M. de Terride avait la sienne aux environs de sa maison , en ses terres propres, car Beaumont était aussi révolté. M. de Gondrin et moi parlâmes ensemble à ma maison, au Sampoy en Gaure, où je l'avais prié de venir? et là conclûmes de faire amis tous les gentilshommes catholiques, afin que nous fussions tous unis ensemble. Et par ce que les seigneurs de Fimarcon et de Terride, tous deux sortis d'une même maison, ne s'entr'aimaient point, nous arrêtâmes de les faire amis, et les assignâmes à se trouver à Faudoas, où il se trouva une bonne compagnie de noblesse : et comme nous y fûmes, les fîmes bons amis. Le capitaine Gharry partit en diligence pour s'aller jeter dans Puymirol, parce que je fus averti que les ennemis l'avaient abandonnée et pris l'artillerie qui était pour porter à Agen. Ledit capitaine Gharry alla passer la rivière à La Magistère, et fut au point du jour dans la ville, car les bonnes gens l'ouvrirent; et n'y avait que dix soldats au château, lesquels se rendirent. Soudain chacun des autres capitaines prit incontinent son parti pour aller dresser leurs compagnies. Et