MONTLUC A BLAYE
répondis que cela ne venait point du parlement, ni des jurats principalement, mais que lui-même était cause de se faire soupçonner, parce que tous ceux de la garde de la place étaient huguenots, lesquels il favorisait dans la ville, hors de laquelle, en sa présence, ils avaient forcé une église, mais que s'il voulait que personne n'eût soupçon ni parlât de lui, qu'il mît la plupart de ceux de la garde de la place catholiques. Il me répondit qu'il y en avait beaucoup de catholiques : toutefois je savais bien le contraire. Je lui fis une remontrance comme d'ami à ami, qu'il se souvînt de quel père il était sorti, et que, pour les bons services qu'il avait faits aux rois François et Henri, ils lui avaient donné la charge de cette place, et depuis continué à lui; et plusieurs autres remontrances qui me semblaient être à propos pour lui ôter une mauvaise opinion, si déjà il l'avait mise en son entendement. Auparavant je l'avais toujours soutenu, pour l'avoir toujours connu fort affectionné au service du roi, comme il me semblait ; et avais écrit à Sa Majesté que si je devais répondre d'un homme, je répondrais de celui-là : voyez comme on se trompe quelquefois à juger les hommes à la parole. Mais comme je fus de retour à Bordeaux, et vu des apparences qui ne me plaisaient guère, je n'en eus pas l'opinion que j'en avais eue, et en écrivis à Leurs Majestés, mais ce fut sept ou huit jours après que j'en fus parti. Je sus depuis que, quelques jours après mon départ, il s'était rendu
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à Estauliers, pour parler avec M. de Mirambeau et le baron de Pardaillan, où ils avaient demeuré ensemble cinq ou six heures enfermés dans une chambre. Trois jours après ils se rassemblèrent encore. Je fus aussi averti qu'il avait résolu d'aller à la cour se présenter au roi, et lui donner encore plus grande assurance de sa fidélité. Je dépêchai devers le roi, lui donnant avis de tout ce que j'en avais entendu, et que ci-devant je lui avais donné assurance dudit Des Rois, mais qu'à présent je ne l'en assurais plus, révoquant ma parole, vu les parlements qu'il avait faits à Estauliers, et que, si Sa Majesté me voulait croire, il l'ôterait de là, y mettant un qui fût de la religion de Sadite Majesté; et que, s'il trouvait mon conseil bon, il devait retenir ledit Des Rois jusqu'à ce que j'y eusse mis celui qu'il voudrait en sa place, et que j'eusse changé la garnison. Par mes lettres je suppliai trèshumblement Sa Majesté de vouloir croire le conseil que je lui donnais, autrement qu'il s'en repentirait le premier. Des Rois ne faillit pas de partir au jour même, qui était un lundi, que j'avais donné avis au roi. Et à. ce qu'il me fut dit, il s'adressa à M. de Lansac, et crois bien qu'il lui fit ses doléances, et mit en opinion ledit sieur de Lansac que tous ces soupçons ne procédaient sinon de ce j'avais eu quelque envie de faire bailler la charge de cette place à quelque gentilhomme qui fût à ma dévotion. Je crois bien que, tant pour le voisinage qu'il avait avec ledit sieur de Lansac, que