PAIX DE LONGJUMEAU OU DE CHARTRES
tait impatiemment cette audacieuse entreprise, à ce que j'ai ouï conter à ceux qui y étaient. Il montra son courage généreux et vraiment digne d'un roi, se mettant à la tête des Suisses pour se retirer à Paris. Et pensez-vous, messieurs, qui avez conduit ces troupes, qu'il oublie cette injure? malaisément l'endureriez-vous de votre pareil : voyez ce que vous feriez de votre valet. Je n'ai jamais vu chose si étrange, ni lu : ce qui me faisait toujours penser que le roi s'en ressentirait. M. le prince et M. l'amiral firent en cette paix un pas de clerc, car ils avaient l'avantage des jeux et crois qu'ils eussent emporté Chartres. Ceux qui moyennèrent lors la paix, firent un bon service au roi et à la France.
Voilà la fin de ce que j'ai fait aux seconds troubles. Il me semble que ce n'est pas faire peu de service au roi, de lui envoyer de secours 1100 ou 1200 chevaux, trente enseignes de gens de pied, et lui garder le pays de la Guyenne, lui conquérir les îles, et ne tenir point à moi que je n'allasse tenter la fortune à La Rochelle, et lui envoyer tout l'argent qui se levait par deçà : mais je ne pouvais faire miracles- Ceux qui sont auprès de Sa Majesté m'en ont toujours prêté quelqu'une; je crois que si le roi les veut écouter encore à cette heure que je n'ai nulle charge, ils trouveraient quelque chose encore à redire, car il ne faut pas perdre les coutumes de la cour, qui sont rapports et traverses à ceux qui ont envie de bien faire. Si j'étais près
246 COMMENTAIRES DE MONTLUG
d'eux, je saurais bien leur répondre; mais il y a trop loin de Gascogne à Paris; et puis j'ai perdu mes enfants, et en vieille bête il n'y a point de ressource.
Cette paix des seconds troubles, qui fut faite à Chartres, ne dura que huit ou neuf mois au plus ; ainsi on l'appela la petite paix. Pendant ce temps je me transportai à Bordeaux au commencement de mai, pour voir comme toutes choses se passaient; et, selon les nouvelles qui ordinairement venaient de la cour par ceux qui en partaient, je connaissais bien par discours que cette paix ne durerait guère : car aucune fois on me disait que M. le prince de Condé et M. l'amiral étaient contents en leurs maisons, et le plus souvent on m'assurait le contraire, et aussi que le roi n'avait fait aucun commandement qu'on laissât les armes, comme il avait fait à la paix des premiers troubles, et que ceux de la nouvelle religion allaient et venaient d'un lieu à un autre, et tenaient souvent consistoires. On disait que La Rochelle ne se rendrait point, ni Montauban, ni Castres, Millau, et autres places, et qu'il semblait que ce fût plutôt une trêve qu'une paix. D'autre part j'étais entré en défiance du capitaine de Blaye, nommé Des Rois. J'allai à Blaye, et menai le procureur général du parlement, nommé Labet, avec moi. Lequel Des Rois me commença à tenir beaucoup de propos de la cour de parlement et des jurats de Bordeaux, me disant qu'ils le soupçonnaient, et craignait d'aller à Bordeaux. Je lui