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CONSEIL DÉDAIGNÉ

pitaine Verre en firent le calcul avec le jeton devant moi ; et conclûmes que le sieur de Leberon irait remontrer tout ceci à la reine , et que Sa Majesté comprendrait mieux cette affaire que personne de son conseil. Et ainsi je dépêchai ledit sieur de Lebero/i en poste à la cour.

La reine écouta toutes les remontrances que mondit neveu lui fit. Sa Majesté lui dit qu'elle en voulait parler au conseil : et au bout de trois jours la reine lui dit que le conseil du roi ne l'avait pas trouvé bon; je crois que ce fut plus parce qu'aucuns mirent en avant que je faisais cela plus pour courir au long de la côte que pour raison qu'il y eût que cela dût advenir. Il me souvient que je donnai charge à mondit neveu de dire à la reine que j'étais si malheureux aux conseils que je lui donnais, qu'elle n'y avait jamais voulu ajouter foi, encore qu'elle voyait qu'ils se trouvaient toujours véritables ; et que je la suppliais de me vouloir croire une fois en sa vie seulement, et que si elle ne le faisait, elle s'en repentirait; qu'il ne serait pas temps d'y remédier quand le malheur serait advenu. Mais toutes ces remontrances ne servirent de rien ; elle me renvoya mondit neveu sans autre dépêche, sinon que le conseil du roi ne l'avait pas trouvé bon : ce qui a porté un très-grand dommage, car je pense que les affaires des huguenots ne seraient aujourd'hui tant à leur avantage comme elles sont; mais Dieu fait comme il lui plaît. Je sais bien, encore que tous les jours je fisse mi-

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racles, qu'on ne croirait jamais à la cour que je fusse devenu saint, à tout le moins ceux qui sont auprès du roi, car ils seraient bien marris que Leurs Majestés pensassent qu'il y eût gens en tout le royaume de France qui fussent si vigilants ni attentifs aux affaires du royaume qu'eux, ni qui fussent si sages. J'ai toujours ouï dire que ceux qui présument tant d'eux sont le plus souvent les moindres. Oh ! qu'un roi sage et prudent doit veiller pour découvrir ces piperies! J'étais trop éloigné pour le leur faire toucher au doigt, et les lettres n'ont point de réplique; aussi dans le conseil du roi un ennemi peut faire plus de mal que trente amis ne peuvent faire de bien: je n'en ai que trop senti les effets ; et cependant tout va au rebours, sans qu'on puisse espérer qu'on s'amende, quoi qu'on sache dire. Je puis bien ici faire le conte de Marc de Brescia. C'était un Italien, lequel avait fait quelques services à la seigneurie de Venise ; il avait poursuivi et sollicité sa récompense, mais il n'avait eu que du vent. La fortune porta que le doge mourut ; ce qu'ayant entendu, le segnor Marc dressa une requête par laquelle il suppliait la Seigneurie de le vouloir élire doge pour récompense de ses ser~ vices. Toute la Seigneurie fut fort ébahie de la hardie demande de cet homme; et furent quelquesuns députés pour lui faire une réprimande et remontrance. Il leur dit, les ayant ouïs : Perdonate mi, voi avete fatto tante coionerie, che io pensato che farette cmpora questa; ma basîa, son con-

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