MONTLUC MALADE A AGEN
tento*. Ainsi pouvons nous dire à ces messieurs qui gouvernent tout, qu'il ne se faut étonner de ce qu'ils font, ni espérer mieux; à la longue le royaume s'en trouvera bien ; il ne se faut étonner de rien qu'ils fassent. Je reviens à mon propos. Or je m'en retournai devers le pays d'Agenois : à mon arrivée à Agen je m'offensai une jambe, ce qui me tint trois mois au lit; et en outre, comme je pensais être guéri, un catarrhe me surprit, qui me faillit couper la gorge, et, sans ce qu'il prit son cours par une oreille, les médecins disaient que j'étais mort. Comme je fus un peu relevé, je m'en vins à Cassaigne pour changer d'air, qui fut environ la fin de juillet. Je fus averti du côté de Béarn, que la reine de Navarre était partie de Pau pour s'en aller en Foix faire tenir ses états. Soudain après j'eus avis qu'elle s'était arrêtée à Vie Bigorre ; et incontinent après j'eus un autre avertissement, qu'un mercredi au soir lui était arrivé un gentilhomme de monsieur de La Rochefoucauld, qui avait demeuré plus de quatre heures enfermé avec elle dans son cabinet. Quelque paix qu'il y eût, j'étais toujours aux écoutes, et avais des gens apostés pour observer ce qui se faisait en Béarn, car je savais bien qu'il se forgeait là quelque chose qui ne valait guère. J'eus avis que le jeudi elle était partie en grande hâte, et prenait le chemin de Nerac, comme il fut vrai, car elle y arriva le diman-
1. Pardonnez-moi ; vous avez fait tant de sottises que j'ai pensé que vous feriez encore celle-là; il suffit, je suis content,
che matin. Sa venue donna à penser à beaucoup de gens beaucoup de besogne, et que la paix ne durerait guère. Je l'envoyai le lendemain visiter par mon neveu de Leberon, la suppliant très-humblement que sa venue nous apportât quelque profit pour l'entretien de la paix, l'assurant sur mon honneur que de mon côté je prendrais tel soin, que par les catholiques la guerre ne se commencerait point. Elle me manda qu'elle n'était venue à Nerac que pour cette occasion, et pour abattre les opinions qu'aucuns de sa religion pourraient prendre, sachant bien que d'une religion et d'autre il y en avait qui ne désiraient que la guerre ; et puisque j'étais en cette volonté de faire entretenir la paix, que bientôt je connaîtrais que sa volonté et intention n'était autre ; et que je l'avertisse seulement de tout ce que j'entendrais, car elle donnerait ordre à tout ce qui dépendrait de ceux de sa religion. Deux choses me commandaient de la croire, encore qu'à la cour on m'en ait voulu reprendre: la première, que jamais le roi ne lui avait donné occasion de rien faire contre lui, me souvenant que le roi l'avait soutenue contre le pape, et de nouveau contre ses sujets de Béarn; et l'autre, des grandes promesses qu'ordinairement par lettres et par messagers exprès elle faisait au roi de ne lui être jamais contraire : je crois que Sa Majesté en a une centaine de lettres. Toutes ces choses considérées, et la parenté prochaine qu'elle a avec le roi, qui serait celui-là qui eût osé entreprendre de