‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 12 sur 130 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De «e qui arrÏTa an gonTemeur et à tes troupes. — De la nature dn payi.

Db la rivière nommée Yguaçu , le gouverneur et ses gens s'avancèrent en découvrant du pays , et le 3 décembre ils parvinrent à un cours d'eau nommé par les Indiens, Tibagi, et dont le lit est garni de grandes pierres disposées avec autant d'ordre et de régularité

que si elles l'eussent été de main d'homme. On éprouva beaucoup de peine à le traverser, parce que les hommes et les chevaux glissaient sur les pierres, et ne pouvaient se tenir sur leurs pieds : on y remédia en se tenant l'un près de l'autre. Quoique la rivière ne fût pas très-profonde, l'eau coulait avec beaucoup de force et de rapidité. A deux lieues environ de là , des naturels vinrent très^gaiement et portèi'ent tant de vivres à Tarmée, que les troupes en laissèrent sur les chemins ; aussi le gouverneur fut - il trèsgénéreux envers eux et surtout envers leurs chefs. Non-seulement il leur payait les vivres, mais encore il leur faisait quantité de présents et de caresses , de sorte que le bruit s'en répandit dans le pays, et les naturels, bannissant toute crainte, venaient le voir, pcnrtaîent ce qu'ils possédaiœt , et l'on avait toujours soin de les payer.

Le même jour, comme on se trouvait dans un autre village , dont le chef se nommait

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Tapapiraçu , il arriva un naturel de la oAte du Brésil , nomme Miguel. Cet homme, nou* vellement converti , venait de T Assomption , et retournait à la cote du Brésil. Il avait véeu longtemps aVec les Espagnols. Le gouverneur eut une joie extrême de cette rencontre, l'Infliîen lui ayant appris précisément dans quel état se trouvaient nos compatriotes et les ba* bîtants. Le grand danger où ils devaient être exposés par la mort de Juan d'Ayolas, des autres capitaines et des soldats qui avaient été massacrés, rendait ces nouvelles trés^pré** cieisses. Cet iiomme , après avoir fait ce rap^^ port , demanda de son propre mouvemait à retourner à l'Assomption avec le gouver* neor et à servir de guide; alors Cabeca de Vaca ordonna de renvoyer les Indiens qui étaient venus avec lui de Sainte*Catherine. GeusMâ s'en retournèrent fort satisfaits , tant à cause des bons traitements, que des présents qu'ils reçurent de lui.

Les hommes que le gouverneur avait ame^

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nés manquaient d'expérience; dans la crainte qu'ils ne fissent tort aux Indiens et qu'ils ne les maltraitassent , il leur défendit de traiter avec eux et d'aller dans leurs habitations, parce que tel est le caractèredes naturels, qu'ils s'inquiètent et se fâchent de la moindre des choses, et cela aurait pu occasionner de grands malheurs et des révoltes sérieuses dans toute la contrée. Alvar ordonna que les seules personnes de l'expédition , qui comprenaient les naturels communiqueraient avec eux et achèteraient à ses frais les vi\Tes pour la troupe. Tous les jours il distribuait lui-même les rations à chacun , et cela gratuitement et sans aucune rétribution.

La terreur que les Indiens avaient des chevaux était réellement curieuse à voir. Dans la crainte de leur déplaire , ils leur apportaient toute sorte de nourriture , des poules et du miel, leur disant de ne pas se fâcher, qu'ils^ leur donneraient bien à manger, de se tranquilliser, qu'ils n'abandonneraient pas leurs

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villages. Mais, craignant que les chrétiens ne leur fissent quelques violences , ils établissaient leur campement très-loin de ces animaux/Les choses étant ainsi disposées, et voyant que le gouverneur punissait quiconque leur faisait le moindre mal , les naturels venaient tous sans défiance avec leurs femmes et leurs enfants. Ils arrivaient chargés de vivres , de plusieurs lieues à la ronde , dans Vîntention de voir les chrétiens et leurs chevaux, comme des êtres nouveaux pour eux.

Le gouverneur et ses gens s'avançaient toujours dans l'intérieur. Étant arrivés à un village appartenant à la tribu des Guaranis , le chef sortit avec son peuple rempli.de joie, et vint au-<levant des nôtres. Ils apportaient du miel, des oies, des poules, de la farine de mais, et par le moyen des interprêtes ils les engageaient à se reposer chez eux , se montrant très-joyeux de leur arrivée. Ce qui fut fbrt agréable aux Indiens, c'est qu'on paya tout

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ce qu'ils apportaient. Le chef de ce village se nommait Pupehaje : on lui fit présent de quelques paires de ciseaux , de couteaux et de plusieurs autres cAjets. Nous laissâmes ces naturels si contents , que ce n'étaient que chants et que danses par tout le pays , et nous poursuivîmes notre chemin.

Le 7 du mois de décembre , on arriva à une rivière que les Indiens nommèrent Taquari. Il y avait une grande quantité d'eau et le cou* rant était très»fort. Les rives sont habitées par une peuplade dont le chef se nommait j^bangobi. Il vint avec tous ses sujets , hommes , femmes et enfknts , au-devant du gou* verneur, et lui apporta beaucoup de vivres <pii furent payés suivant Thabitude. Tous ces Indiens sont de la même race , et par^ lent la même langue.

De ce village on poussa plus avant en laissant les naturels très'^satisfaits; ils allaient d'un village à l'autre pour annoncer les bons traitements qu'ils recevaient, et montrer nos

présents , de façon que partout où Ton devait passer on trouvait des gens très-pacifiques , et qui venaient au-devant de nous. Ils étaient chargés de vivres dont ils recevaient le prix à leur satisfaction. Le i4 décembre, après avoir traversé quelques villages dlndiens guaranis , où le gouverneur fut bien reçu et se pourvut de vivres, il arriva avec sa troupe chez une nation dont le chef se nomme Tocatiguoir^ et Ton se reposa un jour, car la troupe était fatiguée. Le chemin que Yon suivit était à Fouest-nord-ouest quart nord. Les pilotes prirent la hauteur qu'ils trouvèrent de vingt-quatre degrés et demi, à un degré du tropique. Pendant tout le chemin, depuis que Ton était entré dans le pays habité, la contrée n'était que grandes plaines fort gaies , boisées et arrosées par de nombreux cours d'eau, des fontaines, des ruisseaux d'une eau excellente et légère; enfin tout le pays est très-propre à mettre en culture et à coloniser.

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