‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 23 sur 130 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Conuneot les naturek tuent leurs euneinis et les mangent.

Quelque temps après l'arrivée du gouverneur, les naturels et les conquérants lui adressèrent des plaintes très-graves contre les officiers de sa majesté. Cabeça de Yaca fît donc rassembler tous les Indiens sujets du roi, et leur dit , en présence des religieux et du clergé, que le roi Tavait envoyé pour les pro-

tëger, qu'ils devaient s'appliquer à la a>nnaissance de Dieu, s'instruire, se faire chi-étiens par le moyen des prêtres, qui étaient venus pour eux comme des envoyés de Dieu , et se soumettre à sa majesté ; qu'en agissant ainsi , ils seraient mieux traités et protégés pluseffîcacement que jamais ils ne l'avaient été.

Il leur défendit de manger de la chair humaine, leur disant que c'était un grand crime et une grave offense qu'ils faisaient k Dieu. Les religieux et le clergé leur parlèrent aussi, les instruisirent; et, afin de les satisfaire, on leur distribua de nombreux présents , des chemises , des vêtements, des bonnets et autres objets, qu'ils reçurent avec un plaisir extrême.

Les Guaranis parlent une langue comprise de toutes les autres nations de la province. Lorsqu'ils sont en guerre, ils mangent la chair des Indiens leurs ennemis ; alors ils conduisent les prisonniers à leur village, se divertissent avec eux; ils dansent, chantent et cé>

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lébrent des fêtes jusqu'à ce que le captif soit bien en chair; car, dès qu'ils se sont emfmrés de lui , ils l'engraissent et lui fournissent autant d'aliments qu'il en désire. Us lui livrent leurs femmes et leurs filles , afin qu'il prenne ses ébats avec elles. Ce sont ces Indiennes elles-mêmes qui ont soin de le nourrir. Celles qui sont le plus en considération le font coucher avec elles 9 et le parent de diverses manières , suivant leur usage. Elles lui mettent beaucoup de plumes et des colliers blancs, faits avec des os et des pierres qu'ils recherchent extrêmement Quand le prisonnier a pris de l'embonpoint » les plaisirs , les danses et les chants redoublent. Alors les hommes arrivent ; ils arrangent et parent trois petits garçons de six à sept ans, et leur mettent dans la main une petite hache de cuivre. Le plus brave de la peuplade saisit une épée de bois, nommée macana^ puis on conduit le captif sur une place, où on le fait danser pendant une heure ; l'Indien s'avance , et

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lui assène des deux mains un coup de son épëe dans les reins , et un autre dans les jambes pour le terrasser. Il arrive quelquefois que six coups appliqués sur la tête ne peuvent le tuer. La dureté de leur crâne est surprenante, car répée avec laquelle on le frappe à deux mains est d*un bois noir dur et pe^ sant y et le bourreau serait de force à abattre un taui'eau d'un seul coup. Cependant il en iàut un grand nombre pour les tuer. Aussitôt qu'il est terrassé , les enfants arrivent avec leurs petites haches; le plus grand d'entre eux , ou le fils du chef du village, frappe sur la tête du captif, puis les autres l'imitent à coups redoublés jusqu'à ce que le sang jaillisse , pendant que les Indiens les exhortent à être braves, à s'exercer, à avoir le courage de tuer leurs ennemis et à faire la guerre. Ils leur disent de se venger et de se souvenir que ce prisonnier a tué leurs amis. Après sa mort , celui qui lui a donné le premier coup prend son nom , qu'il porte par la suite comme un

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témoignage de sa vaillance. Alors les vieilles femmes dépècent le cadavre , font cuir les chairs , les partagent, et on les mange. Ils regardent cette nourriture comme un aliment excellent. Ensuite .ils recommencent leurs danses et leurs jeux, qui durent plusieurs jours. Ils disent que leur ennemi, le meurtrier de leur parent , est mort par leurs mains ; que maintenant ceux-ci reposeront en paix , et se réjouiront de cette vengeance.

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