CHAPITRE XIX
Le goaTcrncur reçoit des pUintei contre les Indiens Guay-
cumf.
Lis caciques des bords et des environs du Rio-Paraguay les plus voisins de T Assomption, sujets de sa majesté , se présentèrent ensemble devant le gouverneur, et portèrent plainte contre une peuplade dlndiens . qui habitent près de leurs frontières. Ces gens sont très-
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aguerris et très-braves ; ils vivent tous de gibier, de graisse, de miel, de poisson et de sangliers ; leurs femmes et leurs enfants n ont pas d'autre nourriture. Chaque jour ils vont à la chasse ; c'est leur seule occupation. Ils sont si vigoureux , si bons coureurs , et leur respiration est si forte, qu'ils prennent à la main les cerfs du pays. Ils en chassent d'autres avec des flèches , et tuent beaucoup de tigres et d'animaux féroces. Ils traitent très-bien les femmes, non-seulement les leurs, qui jouissent chez eux d'une grfiode considération , mais toutes en général : quand ils en prennent à la guerre, ils les mettent en liberté et ne leur- font aucun mal. Toutes les autres nations ont une grande terreur de ces Indiens. Jamais ils ne s'arrêtent f4u6 de deux jours dans un endroit; ils transportent bientôt k une ou deux lieues de là leurs maisons , qui sont fkites de nattes , pour poursuivre le gibier qu'ils ont effrayé. Cette nation , et d'autres encore qui vivent de poisson, mangent aussi une espèce de ga-
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roubes du pays. Ils vont chercher ces fruits dans les montagnes, où croissent les arbres qui les portent, tels que les sangliers, qui tous se rendent sur les hauteurs à la même époque. Ceci a lieu quand les garoubes sont mûres, depuis le mois de novembre jusqu'au commencement de décembre ; ils en font de la farine et du vin qui est si fort qu'ils s'en enivrent.
i CHAPITRE XX.
ht fomrcniiiir ordonne d'informer fiir U pUinle qu'on Ini
«▼ait toomiie.
Les chefs indiens se plaignirent au gouverneur d'avoir été dépossédés de leurs terres par les Guajcurus , qui avaient tué leurs pères , leurs frères et leurs parents. Ils dirent que , puisqu'ils étaient sujets de sa majesté , on devait les protéger et les réintégrer dans leurs
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propriétés. Us avaient des pêcheries dans les lacs et les rivières et des chasses dans les montagnes , où ils allaient chercher le miel nécessaire à leur nourriture ; ou bien ils portaient ces vivres aux chrétiens. On avait effectivement tué des gens qu'ils r^rettaient , et on avait causé les dommages dont ils se plaignaient depuis l'arrivée du gouverneur. Celui* ci prit en considération les plaintes de ces chefs indiens, nommés Pedro de Mendoça, Juan de Salazar, Cupirati, Francisco Ruiz Mayraru , Lorenzo Moquiraci , Gonzalo Mayraru et d'autres , tous chrétiens nouvellement convertis. Afin de s'assurer de la vérité et de procéder suivant le droit , il leur dit , par l'entremise des interprètes , de bien informer sur ce qu'ils avançaient. Ceux-ci présentèrent un grand nombre de témoins chrétiens et espagnols, qui avaient vu les faits et qui se trouvaient dans le pays quand les Guaycurus les avaient attaqués, les avaient chassés du territoire et dépeuplé un très - grand village ,
DB GâBEÇA DK TACA. IS^
nomme G^açu, qui était environné de fortes palissades* Le gouverneur, après avoir reçu ces informations y envoya chercher les religieux et les prêtres qui se trouvaient dans le pays , et il les réunit en assemblée. C'étaient les commissaires frcre Bernard d'Armanta , frère Alonzo Lebton , son collègue , le hache* lier Martinez d'Armanta , et Francisco d' An* drade, tous deux prêtres. Il leur donna connaissance de Tenquête , et demanda leur avis pour savoir si Ton pouvait , sans manquer k la justice , faire la guerre aux Guaycurus : ils écrivirent leur opinion et signèrent. L'on pouvait, disaient-ils , marcher à main armée contre ces Indiens, puisqu'ils étaient des ennemis implacables. Le gouverneur ordonna que deux Espagnols qui entendaient leur lan* gue et Martinez d'Armanta , accompagnés de cinquante Espagnols , iraient les sommer de se soumettre à sa majesté , de cesser la guerre qu'ils faisaient aux Guaranis, de les laisser aller librement sur leur terri-
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toire, et jouir des chasses et des pêcheries qui s*y trouvaient; qu'à ces conditions on les traiterait en amis et on les prot^erait; qu'au contraire , s'ils agissaient autrement , on leur ferait la guerre comme à des ennemis mortels. Les envoyés partirent, chargés de prendre soin, d'une manière particulière, de les avertir une , deux et même trois fois avec douceur. Huit jours après ils revinrent , et affirmèrent sur l'honneur qu'ils avaient prévenu les Indiens, et que ceux-ci avaient pris les. armes contre eux, en protestant qu'ils ne voulaient pas faire acte de soumission à sa majesté, ni être les amis des Espagnols ou des Guaranis , et ils avaient ordonné aux envoyés de sortir de chez eux. Ils leur avaient tiré une nuée de flèches , et plusieurs personnes avaient été blessées. En conséquence de ce rapport , Cabeca de Vaca ordonha de réunir deux cents arquebusiers , ou autres soldats, et douze cavaliers , et il partit à leur tête de la ville de
]' Assomption un jeudi le 1 3 du mois du mois de juillet 154^.
Comme on devait gagner Tautre rive du Rio-Paraguay, il commanda deux brigantins^ pour passer ses troupes et se rendre à Gapua, village qui appartient aux Guaranis. Le cacique , très-brave et très-redouté dans le pays, s'appelait Mormocen. Il était chrétien, et portait le nom de Lorenzo. Le village de Caguaçu lui appartenait, mais les Guaycurus le lui avaient pris. Tous les soldats et les chevaux devaient se rendre par terre jusqu'à ce dernier endroit, éloigné de quatre, lieues de r Assomption. On marcha tout le jour : on rencontra des troupes nombreuses de Guaranis qui se rendaient à Capua pour se réunir au gouverneur. L'cwdre et l'appareil de guerre de ces gens , leurs corps couverts de plumes de perroquets, leurs flèches et leurs arcs peints de diverses manières, le3 instruments de guerre dont ils se servent, tels
que timbales , cors et autres , tout cela 6. 9
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formait un spectacle vraiment cwieux.
Le même jour toute Tarmée , cavaliers et fantassins arrivèrent à Gapua, où Ion trouva un grand nombre dlndiens Guaranis qui avaient pris leur quartier dans cet endroit et sous les arbres des bords du fleuve. Le cacique Mormocen et d'autres chefs, ses parents, s'y trouvaient aussi. La plupart vinrent audevant du gouverneur à une portée de flè- »che du village; ils apportaient une grande quantité de viande de cerfs et d'autruehes que les Indiens avaient tués le matin ou la veille. Il y en avait tant que l'on en donna à tous les soldats autant qu'ils en voulurent , et on laissa le reste. Les chefs indiens tinrent conseil et dirent qu*il était nécessaire d'envoyer des chrétiens et des naturels pour reconnaître le pays où l'on devait passer, et examiner le village des ennemis , afin de savoir s'ils avaient appris l'arrivée des Espagnols, et s^ils faisaient la garde pendant la nuit. Alvar-Nu- Aez prît l'avis des officiers , et expédia avec
DE CliBfiÇA DE VACA. ]3l
MorniOGen deux Espagnols et des Indiens de bonne volonté qui connaissaient le pays. Le lendemain , vendredi , à rapproche de la nuit, <!cs envoyés revinrent et racontèrent que les Guaycurus chassaient dans les plaines et dans les montagnes , suivant Leur coutume ^ en mettant le feu dans beaucoup d'endroits. Les nôtres avaient pu reconnaître que le jour même ils avaient transporté plus loin leur village, et qu'ils marchaient en chassant avec leurs enfants et leurs femmes » pour se rendre dans une contrée où il leur serait facile de vivre de gibier et de pêche. Us n'avaient pas le moindre soupçon de l'arrivée des Espagnols. De l'endroit où nous étions , jusqu'au pays où les Indiens s'étaient établis, on pouvait compter cinq ou six lieues, car on voyait les feux dans les endroits où ils chas* saienL