CHAPITRE XXXI
Le gouTerneur ayant fait la paix arec les Guaycurus rend les
prisonniers de cette nation.
Après le discours des envoyés guaycurus, le gouverneur, voyant qu'une nation si redoutée dans toute la contrée venait se met-' tre en son pouvoir avec tant de soumission
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( ce qui surprit cxtraordinaîrement tous les autres naturels), leur fit dire pur les interprètes qu il était venu dans ce pays par Tordre du roi , afin que tous se fissent chrétiens et fussent sujets de sa majesté et bien traités : que s'ils cessaient la guerre contre les Guaranis, il les prot^erait, les regarderait comme des amis, les traiterait mieux que les autres nations , et qu'il rendrait sans rançon tous les prisonniers quels qu'ils fussent. Les Guaranis en avaient un grand nombre en leur pouvoir. En effet , ceux des Espagnols et ceux des Guaranis furent tous
amenés devant lui et il les rendit sans rançon.
Dès que les Guaycurus les eurent reçus , ils affirmèrent qu'ils voulaient être vassaux de sa majesté , puis ils firent acte de soumission. Ils cessèrent la guerre contre les Guaranis^ et promirentdorénavantdeporter à la ville tout ce qu'ils prendraient , pour servir de nour^ riture aux Espagnols. Alvar-Nufies reçut leurs ptxMQesses avec joie; il distribua aux
chefs de nombreux prëseata et des }oymux, puis la paix fut cimentée , et ils en observèrent constamment les conditions.
Us venaient chaque fois que le gouverneur les disait appeler * et ils lui obéissaient toujours ponctuellement Tous les huit jours ils arrivaient à la ville ^ chargés de cer|^ ei des sangliers rôtis sur des barbacoas. Ces barba* coas ressemblent à des grils. Us sont hauts de deux pieds au-dessus du sol , et faits de morceaux de bois très*minces. On place la viande dessus après Tavoir coupée en tranches. Les Guaycurus apportaient aussi beaucoup de poisson , une quantité considérable d'autres vivres , de la graisse et un grand nombre de couvertures tissues avec une espèce de cardon et quMls teignent de diverses couleurs. Us fournissent aussi beaucoup de peaux de tigres ^ de cerfs et d'autres animaux. Quand ils arrivent , le marché pour la vente de ces vivres dure deux jours. Les naturels qui ont leur cabanagede Tautre cètédu fleuve
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traitent avec eux : le commerce est fort actif, et les Guaycurus sont trés-inoffensifs envers les Guaranis. Ceux'Ci leur donnent en échange du mais , du manioc et des mandubies : ces derniers sont des fruits semblables aux noisettes ou châtaignes de terre ( avellanos 0 chufas ) , et viennent en terre ; ils leur fournissent aussi des arcs et des flèches. Deux cents canots réunis et chargés des objets que nous avons détaillés , passent la rivière pour ces échanges. La célérité avec laquelle ces Indiens naviguent est la chose du monde la plus belle à voir. Pour aller commercer ils se peignent et se parent de plumes , et tous ces gens emplumés , emportés par le courant , font tous leurs eflTorts pour arriver les premiers. Quelquefois ils s'entrechoquent, de sorte que toute la marchandise coule à fond. Les gens à qui cela arrive , et ceux qui sont à terre à les attendre , se prennent à rire de si bon cœur que pendant deux jours ils ne cessent d'en
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faire un sujet de plaisanteries. En commerçant ils font tant de bruit qu'ils ne s'entendent pas les uns les autres : tous sqnt fort gais.
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gèrent en bataille, et firent $igne aux habitants qu'ils voulaient se rendre à la ville. Cabeça de Vaca l'ayant appris , envoya deux canaux pour savoir qui ils étaient. Dès que les embarcationsfurentà terre, ces Indiens y montèrent, traversèrent le fleuve et vinrent à la ville. Ils se présentèrentdevant le gouverneur, disant qu'ils étaient des Aperus, s'assirent sur un pied comme pour demander id paix , et quand ils furent dans cette position, ils assurèrent qu'ils étaient les chefs de la nation nommée Aperus, qu'ils venaient voir le commandant des chrétiens , rechercher son amitié et se soumettre à ses ordres.
On avait appris dans tout le pays l'expédition contre les Guaycurus; en conséquence toutes les peuplades étaient émerveillées de ce que les Indiens les plus braves et les plus redoutes avaient été vaincus par les chrétiens. Les Aperus avaient amené avec eux plusieurs de leurs filles; ils prièrent Alvar-Nunez de les recevoir en otage pour qu'ils fussent plus
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tranquillisés et plus certains qu'on les traiterait en amis. Le gouverneur, en présence des capitaines, des religieux et des officiers du roi , leur dit qu'il était venu dans ce pays pour persuader aux naturels d'embrasser le christianisme , de reconnaître la souveraineté de sa majesté , et pour leur faire faire la paix avec les Guaranis qui étaient sujets du roi. Que s'ils voulaient maintenir des liaisons d'amitié , et se conformer à d'autres ordres qu'il leur intimerait au nom de sa majesté , il les recevrait en qualité de sujets , et comme tels il les protégerait contre tous , pourvu qu'ils restassent en paix avec les naturels <le la province, n ajouta qu'il ordonnerait à tous les Indiens de les traiter en amis. Chaque fois qu'ils le voudraient ils pourraient venir en toute sûreté à l'Assomption pour faire des échanges , et commercer avec les chrétiens et les Indiens qui s'y rendaient, ainsi que les Guaycurus, depuis qu'il avait fait la paix avec eux. Pour tranquilliser ces gens , il reçut
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leurs femmes et leurs filles , qui furent eonfiées aiuc religieux et aux prêtres pour qu ils les instruisisa^it daps la doctrine chrétienne et dans la morale : les Indiens en furent trés^-satîsfaits. Ils s en allèrent trés*contents d^avoir été reçus siyeta du roi » et par la suite ils se conformèrent ponctuellement aux ordres du gouverneur. Celui-ci leur donna de nom^ iH^eux présents qui leur furent fort agréables. Les Indiens dont nous venons de parler ne sont jamais que deux ou trois jours dans le même endroit ; ils vont à la chasse ou à la pèche pour subvenir à leur subsistance , et emmènent avec eux leurs femmes et leurs enfants, lie gouverneur , jaloux de les attirer à notre sainte foi catholique, demanda aux religieux s'il y avait moyen de les civiliser et de les instruire. Ceux-ci lui répondirent que c'était impossible , parée qu'ils n'avaient pas de séjour fixe , qu'ils employaient tout leur temps à se procurer des vivres , et que l'obligation absolue où ils étaient de se nourrir,
les forçait d'aller tous les jours à la chasse avec leurs femmes et leurs enfants , qu'autrement ils mourraient de faim : ce serait donc
peine perdue de l'entreprendre, et cela était vrai. Les religieux étaient dans l'impossibilité de vivre parmi eux , ne s'y trouvant pas en sûreté.