‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 60 sur 130 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Gomiiient lei Undieni dn port des tlois ôuItiTent la ierté.

Lbb tiaturels du port des Rois sont labou^

reurs ; ils sèment du miâs et cultivent du ma^

nioque , qui est la cassave des Indiens. Ils ré^

coltent aussi beaucoup de mandubies^ sembla^

blés à des noisettes. Ils font deux récoltes par

an. Le pays est fertile , rempli de gibier et très- 6. 20

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poissonneux. Ces Indiens élèvent beaucoup d'oies pour se défendre contre les grillons , comme je l'ai déjà dit ; ils nourrissent aussi des poules qu'ils enferment la nuit dans la crainte des chauves-souris qui leur coupent les crêtes , ce qui les fait mourir.

Ces chauves-souris, très-nombreuses sur les bords de cette rivière, sont d'une méchante espèce; elles sont aussi grosses et même plus grosses que les tourterelles de notre pays , Biles mordent si doucement avec leur dents , qu'on ne le sent pas. Jamais elles ne mordent les hommes, si ce n'est aux doigts des pieds ou bien au bout du nez. Lorsque plusieurs personnes sont réunies, une fois qu'une d'elles est mordue , les chauves-souris ne mordent plus. Elles ne paraissent pas le jour, elles ne înordent que la nuit. Nous avions beaucoup de peine à garantir lés oreilles de nos chevaux* Quand une chauve-souris «ntre dans uii endroit arù il y a dés chevaux , ces Animaux s* hiquiètent tel-

DE CABEÇA DE VACA. Zcj

lement , qu'ils éveillent les gens qui se trouvent dans la maison , et jusqu'à ce qu'on ait tuë les chauves - souris ou qu'on les ait chassées de récurie , il est impossible de reposer. Le gouverneur fut mordu par un de ces ani* maux y tandis qu'il dormait à bord d'un brigantin et qu'il avait un pied découvert* Le sang coula toute la nuit jusqu'au matin ; alors il sentit froid à la jambe et vit son lit rempli de sang : il crut qu'on l'avait blessé ; mais ceux qui étaient à bord ayant cherché l'endroit où était la blessure , se prirent à rire en voyant une morsure de chauve •* souris , qu'ils connaissaient par expérience. Le gouverneur s'a* perçut que cet animal lui avait enlevé un morceau du bout du doigt de. pied. Ces chauves^souris ne mordent que dans les endroits où il y a des veines; Elles nous jouèrent un tré&-vilain tour : lorsque nous partîmes pour le voyage de découverte , nous avions emporté fflx truies pleines, afin d'en multiplier la raec Quand les petits vinrent au monde

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et qu'ils voulurent téter, ils ne trouvèrent pas le tétin i les chauves-souris les a jant dévorés tous; ils moururent donc, et nous mangeâmes les mères , puisqu'elles ne pouvaient plus nourrir leur portée.

n existe dans ce pays une autre espèce de mauvais animaux , ce sont des fourmis fort grosses. Il y en a de deux sortes, les unes rouges et d'autres noires; dans quelque endroit qu'elles mordent , celui qui en est touché jette des cris pendant vingt - quatre heures, et se roule à terre; c'est la chose du monde la plus pitoyable à voir. Tant que ces vingt-quatre heures ne sont pas écoulées, il n'y a aucun remède ; là douleur disparait après ce terme. On trouve dans cette Ii^une une grande quantité de raies (raias). Souvent ceux qui allaient pécher, ne les voyant pas i marchaient dessus. Alors ces poissons retour^ naient leurs queues et les blessaient avec une pointe d'un doigt de long, dont elles sont armées. Ces raies sont de la grandeur

d'un demi -pied; leur aiguillon est comme une scie , et s'il pique le pied , il le traverse de part en part; la douleur est aussi aigué que celle produite par la morsure des fourmis; mais il y a un remède qui la fait disparaître à l'instant. Les Indiens emploient pour cela une herbe qu'ils pilent et qu'ils appliquent sur la blessure. La douleur cesse aussitôt ; mais on est plus d'un mois à guérir.

Les naturels de ce pays sont de taille moyenne, ils n'ontaucuneespèce de vêtement, leurs oreilles sont percées de si grands trous , qu'on y passe le poing fermé : ils y introduisent des callebasses moyennes qu'ils remplacent par d'autres plus grosses; enfin ils en mettent de si grandes, que leurs oreilles descendent sur leurs épaules; c'est pourquoi les autres Indiens les appellent les oreillons { orejones ) comme les Incas du Pérou. Quand ils se battent, ils ôtent les callebasses ou les petits ronds qu'ils portent aux

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oreilles : ils les roulent en paquet ou bien ils les attachent derrière la tête. Les femmes ne cachent pas leurs nudités. Elles s'oocupent à filer du coton. Chacun vitavec son épouse etses enfants. Les hommes cultivent les champs, et, quand le soir arrive , ils retournent chez eux, où ils trouvent leur repas préparé. Us ne travaillent jamais dans leur intérieur, excepté quand arrive la saison de recueillir le tnait ; alors les femmes vont le moissonner , et elles le rentrent dans leurs maisons. Depuis cet endroit-là y les Indiens commencent à être idolâtres ; ils adorent des idoles de bois qu'ils ùh briquent. D'après ce que l'on rapporta au gouverneur , plus avant dans l'intérieur , on trouve des naturels qui ont des idoles d'or et d'argent.

Cabeça de Vaca chercha par des discours convenables à détourner de l'idolâtrie les naturels du port des Rois, leur disant de brûleries idoles , de les abandonner et de croire au vrai Di«u, qai a créé le ciel, la terre, les hom-

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mes , la mer , les poissons , et toutes les autres choses, et qu'ils adoraient le diable qui les trompait. Ces gens brûlèrent donc beaucoup d'idoles , bien que les principaux Indiens leur fissent peur en disant que le diable les tuerait, et qu'il était très -irrité. Aussitôt que Ton construisit l'église et que l'on eut dit la messe , le diable quitta le pays , les Indiens se tranquillisèrent et n'eurent plus peur. Celait la première ville de la contrée ; elle avait un peu plus d'une demi-lieue ; on y comptait huit cents maisons : tous les habitants sont cultivateurs.

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