CHAPITRE LUI
On érige trois croix k l'embouchure de la riTière Ygata.
Lb gouverneur donna Tordre de faire de nombreux signes de reconnaissance à Fentrëe de ce fleuve en coupant des arbres ; puis il fit planter trois grandes croix» afin que les navires entrassent dans cette embouchure et que Ton ne manquât pas la passe. Nous voyageâmes à rames pendant trois jours , après lesquels on jeta l'ancre » puis on remonta par
deux autres bras très-considérables qui viennent d^une lagune.
Le 8 du mois , une h^ure avant le jour, on atteignit des roches qui gisent au milieu du fleuve : elles sont rondes et très-élevées , leur forme ressemble à celle d'une cloche. Ces hauteurs sont arides ; il n*y croit ni arbres ni végétation. La couleur en est rougeatre ; nous pensons qu'elles contiennent beau* coup de métaux , car les autres terrains hors de la rivière , dans les environs, sont couverts de grands arbres et de végétaux. Ces roches en étant dépourvues , c'est un indice qu'elles renferment beaucoup de métaux, car les arbres ni les herbes tie croisMQfc pas cm il y ea a. Les Indiens nous dirent qu'autnefois leurs aiu»^ très en retiraient du métal blanc ; mais comme la Couper était très «^ malade et que noua fl'aivions aucune machine de mineur ou ée fondeur, ni les outils nécessaires pour sonder lé terrain et fiiire des essais , le gouverneur ne fit pas exploiter le métal , et il laissa cetfce
entreprise pour lorsqu'il repasserait par-là , car ces roches sont dans les environs du port des Rois.
On continua à remonter le courant de la rivière qui se rétrécissait , et nous pénétrâmes dans une lagune dont l'entrée a plus d'une lieue et demie de large. Nous navigàmes ensuite dans une autre embouchure de cette même lagune , et nous parvînmes jusqu'à k terre ferme {a la tierra firme )• A dix heures du matin noua jetâmes l'ancre à Ventrée d'une lagune , où les Jacocis , les Xaques et les Ghanes ont établi leurs villi^es. Le gouverneur ne voulut pas pousser plus avant ; il expédia sans retard un canot monté par quelques chrétiens et un interprète , afin de prévenir les Indiens de son arrivée , et de les prier de venir lui parler. Ces envoyés retournèrent le soir à cinq heures , ils laeontérent que. les naturels étaient venus les recevoir avec de grandes démonstrations de joie, et leur avaient dit qu'ils savaient déjà l'annvée du gouver^
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neur, et qu'ils désiraient vivement le voir ainsi que les chrétiens. Suivant eux, les eaux avaient beaucoup baissé , ce qui était cause que le canot n'avait abordé qu'avec beaucoup de difficulté. Ils ajoutèrent que, pour que les navires pussent franchir ces bas-fonds, il était nécessaire de les allier, car il n'y avait qu'un peu plus d'un palme d'eau, et les embarcations en tiraient cinq ou six. Ces bas-fonds étaient près du port des Rois. Le lendemain matin , le gouverneur ordonna le départ des navires et de toute la troupe indienne ou chrétienne, et que Ton remonterait à la rame jusqu'aux bas-fonds que les navires devaient franchir. Tout le monde reçut l'ordre de débarquer , et de se mettre à l'eau : les gens n'en avaient que jusqu'aux genoux. Ensuite , ayant placé de chaque côté du brigantin , qui se nommait le Saint-Marc , autant d'Indiens qu'il put en tenir , ils le passèrent sur leurs épaules en le portant à force de bras , et sans qu'on l'eût déchargé. Ce bas-
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fond avait plus d'une portée et demie d'arquebuse de longueur. Ce travail fut très-pénible : les autres brigantins passèrent avec moins de peine , car ils étaient plus petits. Après qu'ils furent remis à flots, nous allâmes débarquer au port des Rois.
Nous vîmes sur le rivage un grmd nombre
de naturels qui nous attendaient avec leurs femmes et leurs enfants. Le gouverneur dé* barqua ainsi que tout son monde : les Indiens vinrent au-devant de lui. Il leur dit que sa majesté Vavait envoyé pour les engager à se faire chrétiens et à se reconnaître sujets du roi ; qu'à ces conditions il les protégerait et les défendrait contre leurs ennemis; qu'ils se^ raient toujours bien traités et considérés , conformément au désir de Tempereur ; que , s'ils se conduisaient bien , il leur donnerait toujours des présents, comme il n'avait manqué de le faire à tous ceux qui étaient de braves gens. Il fit aussitôt appeler les prêtres et les religieux , et leur dit qu'il voulait qu'à
Finstant on construisit une église pour dire la messe pour ces naturels, et afin que cela servit d'exemple et de consolation aux autres chrétiens. Il leur recommanda d'avoir un soin particulier de ces derniers ; ipuis il fit faire une grande croix de bois , qu'il ordonna de planter sur le rivageaux pieds de quelques palmierS'élevés, en présence des officiers de sa majesté et de beaucoup d'autres personnes ^i se trouvaient là. Ensuite le notante du goevevnement prit possession du pays , au nom de sa majesté , comme terre nouvellement découverte. Après avoir soumis les naturels , Cabeça de Vaca leur donna des présents, «t fit loger les Ëspaguols et les 'Guaranis sur les bords de la lagune. Il leur recommanda de ne faire ni mal, ni violence^ ^ni aucun tort quelconque aux habitants de ce port^rpuîsqu'ils étaient nos alhés et sitjets'de sa majesté. Il défendit d'aller daias leur village ou dans les maisons ; car c'est la chose que les Indiens abhorrent le plus et qui les irrite davantage.
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Il est vrai que , quand les chrétiens et les Indiens, qui les accompagnent, vont chez les naturels , ils mettent tout en désordre et prennent le peu qu'ils possèdent. Si les nôtres traitaient avec eux, ils étaient obligés de leur donner des échanges , autrement ils auraient été punis.