‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 65 sur 130 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Message du gonrenieiir anx Xarayet.

Antonio Gor&ea , Hector de Acuiia , et les Indiens qu'ils avaient emmenés pour guides , afin de se rendre aux villages des Xarayes , et d'entretenir les habitants delà part du gouverneur , revinrent huit jours après leur départ, pour donner avis de ce qu'ils avaient fait et appris par eux-mêmes sur le pays , les natu-

rels et leurs chefs. Ils conduisirent avec eux un Indien, envoyé par le cacique des Xarayes» pour servir de guide dans la découverte du pays. Antonio CorreA et Hector d'Acuna dirent que , le même jour qu'ils avaient quitté le port des Rois , ils étaient parvenus à quelques villages dlndiens nommés Artanès.

Ce sont des gens de grande taille ; ils vont nus et sont agriculteurs ; mais ils travaillent peu à la terre , parce qu^ils ne possèdent qu'un petit territoire cultivable, la plus grande partie du pays étant inondée ou couverte de sables arides. Ils sont pauvres et vivent, pendant presque toute Tannée , de la pèche de certaines lagunes voisines de leurs villages. Les femmes de ces Indiens sont très-kîdes { elles se tatouent le visage , et elles y devinent des

lignes nombreuses avec la pointe d'une arête de raie. Elles couvrent leur nudité.

Ces Indiens sont aussi tràs* laids, parce

qu'ils se peix:ent la lèvre inférieure ; ils y 

troduisent Técorce du fruit d'un certain arbre^

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qui est aUsdi gros et aussi fond que là tête d'uh gros fuseau. CSela \^ut lait {>endre la lèvre él là t'éhd d'une gràndeuk* Si démeisurée» que c'feàl lîne clH>se àfibeUsè^ Antbtiio Cornea et son collègue âjoutèfrettt qtie le& Indien^ At-

rianés les avaient R>rt bien reçus datis leurs

maisons , et qu'ils leur avaient donné à manger. Le lendemaita , utt Indien de la peuplade était venu vers eux pour les guider pendant la route. Ils avaient recueilli de 1 eau dans deS calebasses , et pendant fx>ut le jour ils avaient marché dans les marais , ce qui était extrêmement pénible. En posant un pied on entrait jusqu'aux genoux , et aussitôt que l'on appuyait l'autre on ne pouvait s'en retirer qu'à grande peine. La boue était si échauffée par l'ardeur du soleil , qu'elle brûlait les jambes et fkîsait des plains très -douloureuses. Le même joikt qu'ils eurent passé ces marais , ils 8ë crurent certains de mourir de soif, l'eau que les Ifidiens portaient dans des calebasses n'étant pas suffisante pour aller jusqu'à

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la moitié de la journée. Cette nuit-là ils dormirent dans la campagne au milieu des marais« Us souffrirent extrêmement de la soif , de la fatigue et de la faim. Le lendemain matin » à huit heures , ils arrivèrent à un étang dont Teau était trés-bourbeuse ; ils en burent et ib «npliroit les calebasses que portaient les Indiens. Poidant toute la journée ils marchànmt sur un terrain inondé , comme ils avaient fiut la veille ; cependant ils trouvèrent dans quelques endroits de Feau d'étam; qui leur servit à se rafiraichir, et un arbre qui donnait un peu d^ombrage , sous lequel ils se reposerait. Ils mangèrent le reste de leurs provisions. Les guides leurdirent qu'il y avait encore une journée de marche pour arriver aux villages des indiofis Xarayes.

La nuit étant venue , ils se reposèrent, et au jour ils se remirent en marche. Ils parvinrent bientôt dans d'autres marais » d*où ils ne crurent pas pouvoir sortir, tant la marche V était difficile. Outre qu'ils se brûlaient les

jambes. Ton enfonçait jusqu'à la ceinture, et il était presque impossible de s'en retirer. Ces marais avaient un peu plus d'une lieue d'étendue. Ils arrivèrent ensuite dans un chemin plus ferme. Le même jour , à une heure après midi , n'ayant encore rien mangé , ils virent une vingtaine d'Indiens qui venaient au devant d'eux par la même route. Ces gens arrivaient , tout joyeux , chaînés de pain de mais, d'oies toutes cuites, de poissons et de vin de mais. Ils racontèrent aux Espagnols comment leur chef, ayant appris qu'ils se rendaient dans leur pays par cette route , avait ordonné de leur porter à manger, de leur parler de sa part et de les conduire près de lui. Tous ces gens parurent très-contents de l'arrivée des nôtres. Grâce à ce que les Indiens leur avaient apporté , Antonio Gorrea et ses compagnons se remirent des privations qu'ils avaient éprouvées ^ ce jour-là , une heure avant la nuit , ils parvinrent au village. A une portée d'arbalète, avant d'y ar-

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rÏTer, plu4 de oiqq cenU X»raye4 vinrent les recevoir ^veo jK^ueoup d« joie : tous étaiieiit parés très-élégEiniment 4ve« Af» oraement^ composés d'un grand aonibre de plu- B|Ç8 de p^Toquets , df>S tabliers de poquili^gw Jailancs dont îla couvraient t^ur nudité. lU mifent les Espi^nols au milieu d'eux et le^ conduisirent dans le villagfi , k l'entrée difqpel un grand no^ibre de femmes et d'enfants les fittjspdaiept. Toutes les fçmmes pouvraiept cette partie qpe la pudeur doit cacher ; beaucoup étaient vêtues de r^bçs de wton blanches dont elles font usage et que l'on pomme tipoef. Quand les Espagnols firent parvenus dans le village, \H se rendirent près du chef des %s^yes. Il était ap milieu de trois eestp J^ di^Qs de très-bonne mine, la plupart âgés. Ce chef était a^s sur un hamso de coton, au ctsatre d'une grande place. Tous ses sujets étaient debout et autour de lui.' Dès que les Espar gnols arrivèrent, les Indiens se rainèrent et firent un passage par où les nôtres s'avance-

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rçlit. Aussitôt qu'ils furent auprès 4u cljef , qn leur apporta deujç petits esoabot^ de bois ^ur lesquels il leur fit ^igne de s'asseoir. Il fit venir ensuite un Indien Guarani, qui, depuis trèi^ longtemps, était établi daps le pays. IJ avait épousé une feni^iede la liation des Xaraye^ : il était très- aimé I et on le regardait pomo^ un bpmme du pays. J^e cacique leur dit , par Taptremiae de cf t Indien , qu'ils étaient les bien-venus^ et qu'il se réjouissait beauispup de les voir, jjarçç que , depuis fort longtemps, il souhaitait d# connaître les ebrétiens» Il avait entendu parler d'eu^ à l'époque où Garcia 4tait venu dans w paya; il les considérait comme ses parenta, et il désirait beaucoup voir les Eapagnolp , parce qu'ils étaient bons et trèHimésdes Indiens, qu'ils leur faisaient des présents, et qu'Ds n'étaient pas avarçs; que si le gouverneur les envoyait ppur avoir quelqueehosede ehezlui» il le l^ur accorderait, Les Espagnols direnit par la bouche dç l'înterpi'ète que le gouverneur les avait envoyés

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afin qu'ils apprissent de lui le chemin qui conduisait dans rintérieur; quels étaient les villages et les peuplades que l'on rencontrait en s'y rendant, et le nombre de jours nécessaire pour parvenir chez les Indiens qui possédaient de l'or et de l'argent Leur voyage avait aussi pour but, ajoutèrent-ils, de lui faire savoir que Gibeca de Vaca désirait le connaître et contracter amitié avec lui. Us tinrent aussi d'autres discours suivant l'ordre du gouverneur. L'Indien leur répondit : Je me réjouis de vous avoir pour amis; moi et les miens, nous regardons le gouverneur comme notre midtre , et il n'a qu'à ordonner ce qu'il désire. Quant à la route pour se rendre chez les populations de l'intérieur , j'ignore s'il en existe une , ni moi ni mes gens nous n'y avons été , parce que tout le pays est couvert d'eau pendant deux lunes à l'époque des inondations ; lorsque toutes les eaux se retirent , toute la contrée reste dans un état tel , qu'il est impossible d'y voyager. Néanmoins , Un-

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dien qui vous parle et qui est Guarani ^ ayant été dans les villages de Tintérieur , connaît e chemin; et, pour faire plaisir au chef des chrétiens, j'enverrai cet homme afin de vous guider. £n effet , à l'instant même, en présence des Espagnols , il ordonna à ce Guarani de les accompagner , ce que celui-ci fit de trè&-bon cœur.

Les Espagnols ayant vu que le chef avait nié qu'il y eût un chemin , en s'appuyant sur d'aussi fortes raisons et d'aussi bonnes preuves , le crurent , attendu ce qu'ils avaient déjà vu du pays. Ils le prièrent de les faire accompagner aux villages des Guaranis qu'ils désiraient voir. Aussitôt l'Indien se i roubla , se mit fort en colère , et répondit en dissimulant avec beaucoup d'astuce , que ces Indiens Guaranis étaient ses ennemis , qu'ils étaient en guerre , et que tous les jours ils s'entretuaient : que puisqu'il était ami des chrétiens , il ne fallait pas que ceux-ci allassent chercher ses ennemis pour contracter amitié avec eux.

Cependant, ajoutn-t-il, si vo^s yoidez ksvair, mes gens vous y eonduirant demein matin- Comme il était nuit, ce chef les neoa daqa sa maison. H leur fit donner des vivres et un hamac de coton pour se coucher, fois il offrit, si chacun d'eux voulait une jeune femme , de la leur donner ; mais ils m Facceptèrent pas, disant qu'ils étaient trop fatigués.

Le lendemain , une heure avant le point du jour, un si grand bruit de tambours et de cris se fit entendre , qu'il semblait que le village s'engloutissait. Tous les Indiens couverts déplumes, parés comme lorsqu'ils vont à Ja guerre , et armés de leurs arcs et de leiiri^ flèches , se rassemblèrent sur unq place qui était devant la maison du chef. Aussitôt cet indien fit ouvrir la porte de sa maisoii afin qu'on les vît ( il y avait bien six cents hommes de guerre ) , et il dit aux Ësp^nola : « Chrétiens, regardes mes gens, voilà comme ils vont au village des Guaranis ; allez avec eux

(jUp d^ çeUtç iwfniçrç iA§ );ie flouri^^gRt pa»

vers J^i^ phpÇ ppnv ^i vpndrç ^oiçipte d^ tout ce qui s'était passé , qu'ils verraient ce qu'il ordonnerait, et qu'ils reviendraient pour le lui faire savoir : c'est ainsi que les Indiens se calmèrent. Ce jour-là tous restèrent dans le village des Xarayes qui peut compter mille habitants. A une demi-lieue de là et à une lieue plus loin , il y avait quatre autres villages appartenant à cette nation : tous étaient sous les ordres du chef dont nous avons parlé ; il se nomme Camire.

Les Xarayes sont grands et bien faits , ils

cultivent la terre , et récoltent deux fois par an du mais, des patates, du manioc et des

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mandubies. Us ëlèyent beaucoup d'oies, et des poules semblables à celles d'Espagne. Ha se percent les lèvres comme les Ârianès : chacun a sa maison où il vit avec sa femme et ses enfknts. Ils labourent, ils sèment; les femmes i*écoltent et rentrent les produits : elles filent beaucoup de isoton. Ces Indiens élèvent un grand nombre d'oies pour détruire les grillons ainsi que je l'ai dit plus haut.

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