CHAPITRE II
Comment nous partîmes de l'île du cap Vert.
La voie d'eau de Famiral ayant été réparée, on se pourvut d'eau, de viande et d'autres objets nécessaires, et nous nous embarquâmes pour continuer notre voyage.
Nous passâmes la ligne équinoxiale.' Après un certain temps de navigation , le com-
3o COMMENTAIRES
mandant s'informa de la quantité d'eau que portait le vaisseau amiral. De cent tonneaux qu'on y avait chargés , on n'en trouva plus que trois qui devaient servir à quatre cents hommes et à trente chevaux. Le gouverneur ordonna de prendre terre : on fut trois jours à la chercher. Le quatrième, une heure avant le coucher du soleil, il arriva une aventure surprenante, et comme il n'est pas hors de saison d'en parler ici , je vais la raconter. Les bâtiments étant sur le point de toucher sur des rochers très - élevés , sans que personne de l'équipage s'en fût aperçu, un grillon qui avait été apporté dans le navire par un soldat malade qui voulait entendre le chant de cet insecte , se mit tout à coup à chanter. Deux mois et demi s'étaient écoulés depuis que nous étions en mer, et nous ne l'avions pas entendu , ce qui contrariait beaucoup celui qui l'avait apporté. Dès que ce petit animal sentit la ten^e il recommença son chant. Cette musique inattendue
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excita lattention de l'équipage, qui découvrit les rochers qui n'étaient plus qu'à une portée d'arquebuse. Aussitôt l'on cria de Jeter les ancres , car nous allions droit sur des écueils; on le fit à l'instant , ce qui nous empêcha de couler à fond. Il est certain que si le grillon n avait pas chanté, nous aurions tous péri j les quatre cents hommes et les trente chevaux , et c'est par un miracle de Dieu en notre faveur que cet insecte se trouva avec nous. Depuis lors, pendant plus de cent lieues que nous fîmes le long des côtes , toute la nuit le grillon répétait sa chanson, et l'escadre accompagnée de cette musique arriva à un port nommé la Cananea, situé au-dessus du cap Frio, à vingtrquatre degrés environ.
Le port est bon : à l'entrée sont quelques iles; il est clair, et profond de dix-neuf brasses. Le gouverneur en prit possession au nom de sa majesté , après quoi il en partit. Il dépassa la rivière et la baie de Saint-François , et il ar-
3a COMIIE^TAIRES DE CABEÇA DE TACA.
riva à Tile de Saînle-CaLherîne qui en est à vingt-cinq lieues. Âpres avoir enduré tous les maux et les accidents de la route, il entra dans ce port le vingt-neuvième jour du mois de mars i54i. L'ile de Sainte-Catherine est à peu près à vingt-huit degrés de latitude.