‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 70 sur 130 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

Retour de l'interprète qui arait été enroyé à l'habitation in*

dienne.

L'iNTEKFRiTB reviot le lendemain à trois heures du soir ; il amena avec lui l'Indien qui disait connaître le chemin. Le gouverneur le reçut et lui parla avec beaucoup de bonté ; il

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lui fit des présents, dont cet homme fut satisfait; puis il ordonna à l'interprète de lui dire de sa part, et même de le prier d'indiquer franchement la route du pays habite. Cet homme répondit qu'il y avait fort longtemps qu'il n'y était allé, que cependant il le connaissait, qu'il y avait été plusieurs fois en se rendant à Tapuaguaçu; que, depuis cet endroit, on apercevait la fumée de tous les villages. Il allait à Tapua chercher des flèches que l'on y trouve en abondance i mais depuis fort longtemps il avait cessé de s'y l'endre, parce qu'il avait vu, avant d'y arriver, la fumée des feux des Indiens, ce qui lui avait fait connaître que ces gens commençaient à repeupler ce pays qu'ils habitaient avant l'époque des guerres. Dans la crainte qu'on ne le tuât, il n'avait osé continuer sa route ; elle est si obstruée par les arbres , qu'il faut une peine infinie pour y marcher. II pensait qu'en coupant les arbres et en ouvrant le chemin on arriverait à Tapua en seize jours. On lui

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deipapda s'il voulait aller avec les chrétiens pour leur montrer la route : il dit qu'il irait bien volontiers, quoiqu'il eut une grande frayeur de$ natui^la. Le gouverneur , en rai^ son du rapport de cet Indien , de la difficulté et des inconvénients que le chemin présentait suivant cet homme, fit rassembler les officiers de sa majesté , les prêtres et les capitaines, afin de se concerter sur ce qu'il y avait à fttirc pour découvrir le pays, et il leur communiqua ce que l'Indien avait dit. Us répondirent qu'ils voyaient que la plupart des Espagnols manquaient de provisions. Depuis trois jours ils n'en avaient plus et n'osaient en demander à cause du désordre qpi avait eu lieu dans la consommation. En effet , le premier guide que nous avions emmené ayant assuré que le cinquièpie jour on trouverait de quoi se nourrir , une terre bien habitée et beaucoup de vivres ; comptant sur oette promesse, et pensant que c'était vrai, les chré-

tiens et les Indiens avaient consommé avec peu d'économie et peu de prévoyance ceux qu'ils avaient emportés. Chaque chrétien avait reçu deux arrobes de farine. Le gouverneur , suivant eux , (levait considérer que les vivres qui restaient ne suffiraient que pour six jours, après quoi la troupe n'aurait plus de quoi se nourrir. Ils pensaient donc que ce serait trèsdangereux d'aller plus avant sans provisions, d'autant plus que les Indiens ne disent jamais rien de positif; que le guide assurait, à la vérité , qu'il n'y avait que seize journées de marche, mais il pouvait y en avoir beaucoup plus ; et lorsqu'il faudrait retourner , la faim les en empêcherait , et ils mourraient tous , comme cela est arrivé dans les voyages de découvertes qui se sont faites dans ce pays. En conséquence , ils étaient d'avis que la sûreté et Texistence des chrétiens et des Indiens qu'ils emmenaient exigeaient que l'on retournât au port des Rois , où l'on avait laissé les navires. Là on pourrait se pourvoir de

vivres et continuer la découverte. Tels furent leurs avis, et ils ajoutèrent que, s'il était nécessaire , ils requéraient le gouverneur , au nom de sa majesté , de s'y conformer.

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