CHAPITRE LXIIL
Le gourernenr enroie k la dëcouyerte de la maison qui était'
plut ayant dans les terres.
Le jour suivant le gouverneur envoya un interprète avec deux Espagnols et deux Indiens pour reconnaître la maison qu'on disait être plus en avant, afin d'apprendre le chemin, et combien de temps il fallait pour arriver au premier pays habité. Il donna
358 COmiENTAIEES
Tordre de lui faire savoir le plus prompte^ ment possible tout ce qu'ils apprendraient , afin qu*il pût agir en conséquence. Le lendemain du départ de Finterpréte et de ses compagnons j il fit avancer sa troupe par le même chemin qu'ils suivaient. Après avoir marché ainsi pendant trois jours , un Indien se présenta au gouverneur, et lui remit une lettre de l'interprète, qui lui faisait savoir qu'il était arrivé à la maison des Indiens, et qu'il avait parlé à celui qui connaissait la route de l'intérieur. Cet homme lui avait dit que le premier endroit habité était au sommet d'une montagne nommée Tapuaguaçu ; qu'aussitôt arrivé à cet endroit qui est un rocher trèsélevé , on découvre une grande contrée habitée : que de chez lui à Tapuaguaçu il pouvait y avoir seize journées de marche à travers le désert, que la route était très-pénible à cause des arbres, des herbes, des buissons trèsélevés et très-étendus qui l'encombraient. L'interprèteajoutait que, depuis qu'ils avaient
quitte le gouverneur, la contrée était si fourrée de bois et si difficile, qu'ils en avaient éprouvé beaucoup de fatigues. Ils avaient fait la plus grande partie de la route sur leurs pieds et leurs mains. L'Indien disait même que le chemin qui restait encore à faire était bien pire que celui que l'on avait fait. Les éclaireurs écrivirent aussi qu'ils emmèneraient l'Indien avec eux , afin que le gouverneur prit lui-même des informations prés de cet homme. Après avoir lu cette lettre, Cabeça de Vaca suivit la même direction que le messager. Il trouva le pays si embarrassé , si couvert d'arbres énormes et de broussailles , que pendant un jour entier on ne pouvait pas en abattre assez pour pratiquer une route d'une portée d'arbalète. Des pluies abondantes étant survenues, le gouverneur craignit que sa troupe n'en souffrît, et que ses munitions ne se gâtassent ; il fit mettre son monde à l'abri dans les cabanes qu'il avait laissées le matin , et qui leur servirent de refuge.