CHAPITRE LXXIV
Le gonrernenr ëtant arriré à l'Assomption , l'on s*empare de sa
personne.
Le gouverneur était à TAssomption depuis quinze jours , lorsque les officiers de sa majesté qui le haïssaient parce qu'il leur avait refusé une chose contraire au service de Dieu et du roi y rayant vu arriver à Fextrémité, lui et tous les autres chrétiens, ourdirent un com-
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plot le jour de Saint-Marc avec des partisans qu'ilsavaient, et résolurent de s'emparer la nuit même de sa personne. Déjà ils avaient dépeuplé le port le plus important et le meilleur de la province, dans rintention de sHnsui^er comme ils le sont encore. Pour exécuter leur projet en toute sûreté, ils dirent à cent hommes, qu'ils savaient que Cabeça de Vaca avait l'intention de prendre leurs femmes et leurs Indiennes f tout ce qu'ils possédaient , et de les partager avec ceux qui arrivaient tout malades du voyage de découverte : que c'était une injustice révoltante eteontraireauservicede sa majesté. « Cette nuit, ajoutèrent-ils, nous irons vous enjoindre au nomduroi de ne point abandonner vos maisons, vos terrains , ni vos Indiennes. Comme on craint que le gouverneur ne les fasse prendre de force, tenez -vous sous les armes et rassemblez vos amis; et nous-mêmes, qui sommes attachés à vos intérêts, nous vous faisons cette réquisition qui peut être très-profitable à sa majesté, et à vous
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en particulier. » A FAye Maria , ces gens deiraient se rendre armés dans deux maisons que les conspirateurs leur indiquèrent , pour y rester jusqu'à ce qu'on leur eut dit ce qu'ils avaient à faire. Les insurgés , au nombre de dix ou douze , se présentèrent dans une chambre ou le gouvemeur était très-malade, en criant : Liberté ! liberté ! vive le roi ! Cétait le contrôleur ( Fieedor) Alonzo Cabrera, le contador Phelippe de Gaceres , Garcia Vannas , lieutenant du trésorier , un homme de la suite du gouverneur, sommé Pedro de Onate, et qui se tenait dans sa chambre (ce dernier ou* vrit la porte aifec conjurés, les introduisit et fut le promoteur de l'insurrection), don Francisco de Mendoce, Jaime Rasquin, qui appliqua une arquebuse et une pique empoisonnée sur l'estomac du gouverneur, Diego de Acosta, interprète portugais, etSolorzano, natif de la grande Canarie. Ces gens entrèrent les armes à la main pour prendre le gouverneur , et Tenlevèrent en chemise en criant -. li-
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bertë ! liberté ! Us l'appelaient tyran , lui mettaient leurs arquebuses sur la poitrine, en disant : « Vous allez expier maintenant les injures et les torts que vous nous avez faits. » Etant arrivés dans la rue , ils se réunirent aux autres personnes qu'ils avaient rassemblées pour leur prêter main-forte. Quand celles-ci virent qu'on emmenait le gouverneur prisonnier, elles dirent au facteur Pedro Dorantes et aux autres : « Maudits soient les traîtres, vous nous faites venir dans la crainte que Ton ne prenne notre bien/nos maèsons et nos Indiennes , et vous ne vouliez que nous . entraîner dans votre trahison contre le foi , en vous emparantde la personne du gouverneur, v Us mirent répée à la main , et il s'ensuivit une rixe trés-sérieuse. Comme les insurgés étaient près de la demeure des officiers , plusieurs s'y réfugièrent en emmenant le gouverneur dans la maison de Garcia Yanegas. D'autres resté* rent à la porte et dirent à ceux qui avaient pris la défense de Cabeça de Vaca : «Vous nous
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trahissez ; ne dites pas que vous ignoriez ot que Ton devait foire ; aidez-nous pour que le gouverneur reste en prison. Si vous essayez de le délivrer , nous vous taillerons tous en pièces , et nous vous couperons la tête ; il y va de votre vie ; aidez-nous donc à poursuivre notre dessein. » Ils ajoutèrent qu'ils partageraient ensemble les biens , les Indiennes , et le mobilier du gouverneur. Les officiers entrée rent dans une pièce très^petite où était Gibeca deVaca ; ils le mirent aux fers , placèrent une garde à la porte , et ils se rendirent à la maison de Talcade major , Juan Pavon , et à celle de l'alguazil Francisco Peralta. Quand ils furent chez Falcade major, Martin Dure de Biscaye se présenta le premier et s'empara de vive force de ta baguette de lalcade.
Il en 6t de même à Talguazil ; et, les ayant pris après leur avoir asséné nombre de coups de poings et de bourrades, et les avoir traités de traîtres, eux et les gens qui les soutenaient, ils les menèrent à la prison publique. Ils leur
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mirent un carcan , et délivrèrent plusieurs prisonniers, parmi lesquels était un condamné à mort, qui avait tué un certain Morales , gentilhomme de Séville. Os prirent ensuite un tambour et s'en allèrent dans les rues pour soulever le peuple , en criant à haute voix : Fîve la liberté ! vive la liberté ! vive le roi! Après avoir fait le tour de la ville, les mêmes individus se rendirent chez Péro Hernandez, secrétaire de la province, qui alors était malade. Us arrêtèrent aussi Bartholomé Gonzalez ; s'emparèrent de ce qu'il possédait et de ses écritures , puis ils le transportèrent à la maison de Comingo dlrala , où ils lui mirent une double chaîne, après Favoir accablé d'injures, et ils posèrent des sentinelles à la porte. Ils publièrent ce qui suit : Les seigneurs officiers de sa majesté défendent à qui que ce soit de se montrer dans la rue : quiconque sortira de chez soi sera con* damné a mort comme traître. Après cette proclamation ils recommençaient à crier :
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Five la liberté l vive la liberté! En publiant cet ordre ils maltraitaient ceux qu'ils rencontraient dans les rues , les frappaient du plat de leur ^pëe et les forçaient de rentrer chez eux.
Us se portèrent ensuite à la maison de Gabeca de Vaca où était son mobilier , ses papiers , les lettres que sa majesté lui avait fait expédier comme gouverneur de province, ainsi que les actes de soumission et d'obéissance faits au nom de sa majesté , en qualité de gouverneur et de capitaine général. Ils forcèrent des caisses, s'emparèrent des papiers qui s'y trouvaient et de tout ce qu'elles contenaient. Ils ouvrirent aussi une autre caisse fermée avec trois clefs» où étaient les procédures instruites contre les officiers au sujet de délits par eux commis , et qui étaient adressées à sa majesté. Ils s'emparèrent de tout ce qu'il possédait» de ses éto£Pes, de ses vivres» de son vin » de son huile» de l'acier , du fer , et de quantité d'autres choses. La plupart de
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ces objets disparurent, tout fut pillé; on le traita de tyran « et on l'accabla d'autres injures ; le reste de sa fortune fut remis entre les mains des personnes qui passaient pour lui être plus attachées, et elles le reçurent comme en dépôt ; niais ces prétendus amis soutenaient eux-mêmes les insurgés. On dit que sa fortune s'élevait à plus de cent mille cas* tillans , d'après la valeur des objets dans le pays : il avait dix brigantins.