CHAPITRE LXXIII
De ce qui arrÎTa au goaTemenr el à i^ gens dans le port des
Roîi.
Le gouverneur resta pendant trois mois dans le port des Rois avec tout son monde malade de la fièvre. Tous attendaient que Dieu daignât leur accorder la santé , et que les eaux baissassent pour mettre à exécution le voyage de découverte ; mais chaque jour la maladie
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augmentait et les eaux ne cessaient de croître. Nous fûmes donc obligés d'abandonner le port des Rois ; ce qui fut très - difiBcite. Outre les maladies dont. nous étions attaqués, les eaux avaient produit une si grande quantité de moucherons de toute espèce, qu'il était impossible de reposer ni le jour ni la nuit: c'était un tourment insupportable et pire que la fièvre. En raison de ces désagréments , et comme les officiers de sa majesté avaient demandé au gouverneur d'abandonner ce- port, et de retourner à l'Assomption , oà la troupe pourrait se rétablir, Cabeça de Vaca prit l'avis des prêtres et des officiers , et commença sa retraite. Néanmoins , il ne voulut pas permettre que les chrétiens emmenassent avec eux aucune des cent filles que les naturels du port des Rois avaient offertes aux capitaines et aux principaux chefs, au moment de leur arrivée , pour qu'elles vécussent avec eux , et pour qu'ils en fissent ce qu'ils avaient coutume de faire de celles qu'ils
possédaient. Le motif de ce i^efus était d'éviter ro£Pense que Ton faisait à Dieu en agissant ainsi. Il ordonna aux pères de ces filles, qui , eux - mêmes , les avaient o£Pertes , de les reprendre au moment où Ton s'embarquerait , et de les garder jusqu'à notre retour , ne voulant pas les laisser mécontents ni occasionner un sujet de scandale dans le pays. Pour don* ner plus de force à ses ordres , il publia une instruction de sa majesté, qui défend, sous des peines sévères , à qui que ce soit, d'oser enlever un Indien de son pays. Cette mesure satisfit complètement les naturels , mais les Espagnols en furent désespérés ; c'est pourquoi plusieurs voulurent du mal au gouverneur ; et depuis lors il fut un sujet de haine pour la plupart. Voilà le motif ou leprétexte qu'ils prirent pour se conduire ainsi qu'ils l'on fait, etcomme je le dirai plus loin. Toute la troupe des chrétiens et des Indiens ayant été embarquée , on revint en douzejoursà la ville de l'Assomption, tandis que Ton avait mis deux mois pour faire
ce voyage en remontant. Bien que la troupe fût malade à la mort , cependant le désir de retourner chez soi faisait trouver des forces. Cette navigation fut très - pénible ; car on ne pouvait prendre les armes pour résister aux ennemis, et encore moins oianier la rame ou diriger les brigantins. Sans les petites couleuvrines que nous avions à bord , nous aurions même beaucoup plus souffert Nous faisions marcher les canots des Indiens au milieu des brigantins, afin de les mettre à Tabri des attaques de Tennemi , jusqu'à ce qu'ils ftissent de retour chez eux , et pour plus de sûreté, le gouverneur fit embarquer plusieurs chrétiens dans leurs canots.
Nous avancions avec toutes ces précautions , toujours en garde contre nos ennemis, lorsqu'en traversant le pays des Guaxarapos , ces Indiens se présentèrent tout à coup avec un nombre considérable de canots. Ils assaillii'^nt les radeaux qui marchaient de conserve avec nous ; ils lancèrent un dard qui frappa
DE CABEÇA DE VACA. J^l^J
un chrétien, lui perça la poitrine de part en part, et le fit tomber mort: cet homme se nommait Miranda , il était de Valladolid. Us blessèrent aussi plusieurs de nos Indiens , et si ces derniers n'avaient été protégés par le feu de nos couleuvrines, ils auraient beaucoup soufiert Uafiaiblissement des soldats fut la cause de ce malheur.
Le 8 du mois d'avril delà même année, nous entrâmes à l'Assomption avec nos troupes, nos bâtiments et les Guaranis. Le gouverneur et les^chré tiens qui l'accompagnaient étaient tous malades et fatigués. A son arrivée , le ca^ pitaine Salazar lui dit qu'il avait fait un appel aux armes dans toute la contrée, qu'il avait rassemblé vingt mille Indiens, un nombre considérable de canots, afin d'aller â la rencontre des Agazes qui , depuis le départ du gouverneur, n'avaient cessé de faire la guerre aux chrétiens qui étaient restés dans la ville et aux naturels. Ils les pillaient, les massacraient,
prenaient les femmes et les enfants, rava-
4l8 GOMMBNTAIRBS DE CABBÇA DE TACA.
geaieot le pays, brûlaient les villages et commettaient les plus grands excès. Quand Alvar arriva, ce projet n'avait pas encore été mis à exécution. Nous trouvâmes la caravelle ordonnée par le gouverneur presque terminée. Il avait l'intention lorsqu'elle serait tout à ftiit achevée de faire savoir à sa majesté le résultat de son voyage de découverte ainsi que ce qui s'était passé dans le pays* De nouveaux ordres furent donnés pour qu'on la terminât.