‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 83 sur 130 · CHAPITRE LXKVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXKVIIl

Les iiunrgëB rarageoi le payi et s^empareat dn bien dei habitants.

Pensant que le gouverneur était dans cette situation, les officiers et Domingo dlrala donnèrent publiquement la permission à tous leurs amis et à leurs partisans d'aller dans les villages et dans les cabanes des Indiena prendre de vive force les femmes , les filles , les ba-

446 GOMHBNTAIRES

macs et les autres objets qu*ils possédaient , chose contraire au service de sa majesté et à la tranquillité de la province. En agissant ainsi, ces gens parcouraient le pays, frappaient les naturels à coups de bâton, les emmenaient malgré eux dans leurs habitations pour les faire travailler à la terre sans les payer. Lors-

que les Indiens venaient se plaindre à Domingo d'irala et aux officiers , ceux-ci répondaient que cela ne les regardait pas , ce qui satisfaisait plusieurs chrétiens, car ils savaient qu'on répondait ainsi pour leur complaire et pour les engager à soutenir les officiers et leur faire dire que Ton avait lajiberté, et qu'on pouvait faire ce qu'on voulait. Ces réponses et ces mauvais traitements furent cause que le pays se dépeupla^ Les naturels se retiraient dans les montagnes et s'y tenaient cachés dans des endroits où les Espagnols ne pouvaient les trouvjer. Un grbnd nombre étaientchrétifins, ainsi queleura.frâimes et leurs enfants. En s'iéloignant, ils .oubliaient Ja doctrine ^ue las reli-

gieux et le clei^é leur avaient enseignée : le gouverneur avait eu beaucoup de peine à les faire instruire. Peu de jours après sôta arres* tation « on dëmeikibra la caravelle qu'il avait fait faire pour donner avis à samajestë de ce qui se passait dans la province ; car les insurgés espéraient engager les habitants? à èntr^pren-fdre le voyage d'explbration dans le pays qu€ le gouverneur avait découvert, qu'ils en rapporteraient de Tor et de l'argent, et qu'ils s'en attribueraient l'honneur et le prétendu service qu'ils auraient rendu à sa majesté.

Comme il n'y avait pas de justice dans le pays, les habitants et les colons souffraient des torts considérables de la part des officiers et des magistrats que les insurgés avaient imposés aux Espagnols. On les emprisonnait , on s'emparait de leurs propriétés : plus de cinquante habitants, mécontents et irrités, s'en allèrent dans l'intérieur pour se rendre au Brésil, dans Tintention de se procurer un transport pour venir donner avis à sa majesté

48 COMMENTAIRES DE CAtEÇA DE TACA.

des malheurs et des troubles qui ravageaient ce pays. Beaucoup d'autres qui étaient partis, furent rattrapés , et ils restèrent pendant longtemps en état d'arrestation. On saisit lesarmes qu'ils possédaient : les insui^és partagèrent les biens de ces Espagnols entre leurs amis et leurs partisans , afin d'engager ceux-ci par la reconnaissance à les soutenir.

Page 1