CHAPITRE LXKXJI
Les alcades donnent ans Indiens la permission de manger de
la chair homaine.
Les officiers et Domingo d'Irala , voulant se faire bien voir des naturels , leur donnèrent la permission de tuer et de manger les Indiens leurs ennemis. Un grand nombre de ceux qui reçurent cette autorisation étaient des chrétiens nouvellement convertis. Les in-
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siirgés avaient employé ce moyen si contraire au service de Dieu et de sa majesté , et si en horreur à tous ceux qui en eurent connaissance , pour les empêcher de quitter le pays et pour les attirer à leur parti. Ils leur dirent que le gouverneur était un méchant homme puisqu'il n'avait pas voulu consentir à leur laisser tuer et manger leurs ennemis; que c'était pour cela qu'ils l'avaient arrêté , et que non-seulement ils le leur permettaient , mais qu'ils donneraient des ordres pour qu ils pussent le faire.
Malgré tous leurs efforts , les officiers et Domingo d'Irala , voyant que les tumultes et les querelles loin de cesser augmentaient tous les jours, résolurent de faire enlever le gouverneur de la province » et ceux mêmes qui prirent ce parti voulurent rester dans le pays et ne pas revenir en Elspagne ; ils désiraient seulement le faire sortir du pays lui et quelques-uns de ses amis. Les partisans du gouverneur en eurent connaissance , ce qui occa-
DE CABEÇA BE TACA. ^6i
ftionna une rixe trés-sérieuse. L'on disait que puisque les officiers avaient dit qu'ils avaient le pouvoir de se saisir de la personne de Ga-« beça de Yaca , et qu'ils avaient fait entendre à leurs partiians qu'ils iraient avec lui rendre eompte de leur conduite à sa majesté ; ils de* vaicnC tenir leur promesse , et que s'ils refusaient de s'expliquer, il fallait qu'ils fissent en sorte que deux officiers accompagnassent le gouverneur, et que les deux autres restassent dans la province (i). Pour l'emmener on arma un des hrigantins qu'il avait fait construire pour découvrir le pays et en faire la conquête. Cette mesure occasionna de grands troubles et les plus vives altercations à cause du mécontentement que témoignèrent les habitants , en voyant que l'on voulait enlever Cabeça de Vaca de la province. Les officiers résolurent de s'emparer de ceux qui avaient plus d'influence sur la population. Ayant su qui ils étaient, ils ne
(i) Ce passage ferait croire qu'il n y avait que quatre officiers à la tête de Tinsurrection.
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les perdaient pas de vue» mais ils n'osaient les arrêter. Ils eurent recours aux prières auprès du gouverneur , ils le conjurèrent d'ordonner de mettre fin aux troubles : que si ses amis donnaient leur parole de se pas Tenlever de sa prison , eux-mêmes et les magistrats qu'ils avaient institués promettaient de n'attenter à la liDerté de qui que ce fût , de ne lui faire aucun mal, de délivrer ceux qu'ils avaient arrêtés , et ils le jurèrent. Comme il y avait longtemps que le gouverneur était en prison , et que personne ne Favait vu, on soupçonnait qu'ils l'avaient fait mourir secrètement On leur demanda de laisser entrer dans sa pri* son deux religieux et deux gentilshommes, pour qu'ils pussent le voir, et certifier à la po« pulation qu'il était vivant. Les officiers promirent de le faire trois ou quatre jours avant ^ qu'il ne fût embarqué , mais ils ne tinrent pas leur promesse*