CHAPITRE II
Comment nous partîmes de l'île du cap Vert.
La voie d'eau de Famiral ayant été réparée , on se pourvut d'eau , de viande et d'autres objets nécessaires, et nous nous embarquâmes pour continuer notre voyage.
Nous passâmes la ligne équinoxiale. Après un certain temps de navigation , le côm-
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mandant s'informa de la quantité d'eau que portait le vaisseau amiral. De cent tonneaux qu'on y avait chargés , on n'en trouva plus que trois qui devaient servir à quatre cents hommes et à trente chevaux. Le gouverneur ordonna de prendre terre : on fut trois jours à la chercher. Le quatrième, une heure avant le coucher du soleil, il arriva une aventure surprenante, et comme il n'est pas , hors de saison d'en parler ici , je vais la raconter. Les bâtiments étant sur le point de toucher sur des rochers très - élevés , sans que personne de l'équipage s'en fût aperçu, un grillon qui avait été apporté dans le navire par un soldat malade qui voulait entendre Iç chant de cet insecte, se mit tout à coup à chanter. Deux mots et demi s'étaient écoulés depuis que nous étions en mer , et nous ne l'avions pas entendu , ce qui contra^ riait beaucoup celui qui l'avait apporté. Dès que ce petit animal sentit la terre il recommença son chant. Cette musique inattendue
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excita l'attention de l'équipage, qui décourrit les rochers qui n'étaient plus qu'à Une portée d'arquebuse. Aussitôt l'on cria de jeter les ancres , car noua allions droit sur des écueils; on le fit à riilstaût , ce qui nous empêcha de coulei^ à fond. Il est certain que si le grillon n'avait pas chanté, nous aurions tous péri , les quatre cents hommes et les trente chevaux , et c'est par un miracle de Dieu en notre faveur que cet insecte se trouva avec nous. Depuis lors, pendant plus de cent lieues que nous fîmes le long des côtes , toute la nuit le grillon répétait sa chanson, et l'escadre accompagnée de cette musique arriva à un port nommé la Cananea, situé au-dessus du cap Frio, à vingt-quatre degrés environ.
Le port est bon : à l'entrée sont quelques iles; il est clair, et profond de dix-neuf brasses. Le gouverneur en prit possession au nom de sa majesté , après quoi il en partit. Il dépassa la rivière et la baie de Saint-François , et il ar-
navigation. 11 voulait aussi s'informer prés des Indiens du pays dans quelle position se trouvaient les Espagnols que Ton allait secourir. Alvar-Nufeez prit possession de ce port au nom de sa majesté comme il avait fait de celui de la Cananea. Pendant tout le temps qu'il resta à Sainte-Catherine , les naturels de l'ile , et ceux * des autres parties de la côte du Brésil , sujets de sa majesté, lui firent un trèsbon accueil. Il apprit d'eux, qu'il y avait à quatorze lieues de là, dans un endroit nommé el Biaça ( la Besace ), deux moines franciscains, l'un nommé frère Bernard d'Armenta natif de Gordoue, l'autre frère Alonzo Lebron, de la grande Canarie. Peu de jours après, ces religieux vinrent où le gouverneur se trouvait avec ses gens. Ils avaient la plus grande frayeur des naturels qui tou* laient les égorger parce qu'ils avaient bt^lé des maisons appartenant aux Indiens , ce qui avait été cause que ceux-ci avaient tué deux chrétiens qui habitaient ce pays. Alvar s^é^-
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tant bien informé du fait , s'employa à calmer les Indiens et à leur faire entendre raison ; il reçut les franciscains , les réconcilia avec leurs ennemis, et les chargea de s'employer à convertir les habitants de cette île et du voisinage.