CHAPITRE VIIL
Des fatigues que le gouTerueur et ses geus supportèreut pendant la route.— De la nature des pins et des pommes-de-pins de ce pays*
ÂPiiÈs avoir quitté la ville de Tuguy, \û gouverneur et sa troupe marchèrent jusqu'au 19 décembre sans trouver aucun village; la route fut très-pénible à cause des nombreuses rivières et des mauvais pas qu'il fallut faire franchir aux hommes et aux chevaux. On fut
foix:é de construire jusqu'à dix-huit ponts dans un seul jour y t^nt pour le passage des rivières que pour celui des marais qui.étaient dangereux ettrèsriiombreux. Oq trav«rsaaussi des montagnes fort élevées et couvertes de forêts de cannes très-grosses , garnies d'épines trèsfortes et très-pointues , ainsi que d'autres arbustes qui obligeaient à envoyer vingt hommes en ayant pour ouvrir le chemin* On resta longtemps à franchir ces forets qui étalent si touffues qu'on n'apercevait pas le ciel. Le 19 on arriva à un village de guaranis. Ces Indiens , leur chef, les femmes et les enfants vinrent jusqu'à deux lieues au-devant des Espagnols, en portant des vivres, des poules, des oies , du miel , du mais , des patates y d'autres fruits et de la farine de pomme de pin dont ils préparent une grande quantité.
Le pays abonde en pins , et ces arbres sont si gros , que quatre hommes ensemble ne peuvent en embrasser un. Ils sont très-éle-
vës » trèsKirpits et fort bons pour &ire >des mâts de visiisseau. Les fruits en sont gros, et les graines du volume des glands. L'écorce est semblable à eelle des châtaignes, mais le goût diffère de celles d*Espagne. Les Indiens en font de là farine, il y a dabs ce pays beau-* eoup de sangliers et de singes qui mangent ces graines de pins de la manière suivante : les singes montent au sommet des. pins , s'y accrochent piar la (|ueuevet, travaillant des pieds et des mains , ils font tomber une grande quantité de pommes , ils descendent ensuite pour les manger; mais souvent il ar^ rive que les sangliers attendent que les singes les aient fait tomber , et, tandis que ceux-* oi descendent , ils se précipitent sur ces fruits et les dévorent malgré les cris que les singes polissent du haut des arbres. Ce pays produit auissi une variété de fruits de diverses espè-. ces et de différents goûts qui mûrissent deux fois l'an.
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Le gouYerneur séjourna à Tuguy le jour de Noél pour célébrer cette fête et pour f^ire reposer la troupe. On y trouva de quoi se nourrir, car les Indiens fournirent abondamment de tous les vivres qu'ils possédaient. Les Espagnols , tant à cause de la fête que des bons traitements des Indiens , se diverti-^ rent beaucoup ; cependant le repos était très* préjudiciable. La troupe , ne prenant pas d'exercice et ayant des vixres autant qu'on en pouvait désirer, ne cessait de manger, et cela occasionnait des fièvres, ce qui n'arrivait pas quand on était en marche. L'on partit > et les deux premiers jours la santé revint comme au commencement du voyage, La troupe demanda avec instance au gouverneur d'accorder quelques jours de repos, mais il ne voulut pas y consentir parce que déjà l'expérience lui avait appris que les soldats retomberaient malades. Ceux - ci pensaient qu'il le faisait pour leur donner plus de mal , mais l'événement leur fît
comprendre qu'il en agissait ainsi pour leur bien, puisque beaucoup s'étaient trouvés indisposés par suite d'excès de nourriture, comme il l'avait prévu.